PRÉFACE. XXXIII
la tuer par l'erreur, ce qui révolte les modérés, on aurait fait la conspiration de la supprimer par le silence? Au reste toute cette tactique elle-même n'aboutirait pas à un grand résultat. Tout est fouillé aujourd'hui, tout est à la disposition de la science inerédule dans les bibliothéques, et si nous n'avions d'autre rempart contre l'agression de nos adversaires que la chance de les voir passer à cóté d'un bouquin sans l'ouvrir, nous serions à la merci du plus fragile des hasards. On peut consulter à ce sujet la continuation de l'Histoire littéraire de la France, par une commission de l'Institut.
En prenant cette objection d'un autre point de vue, il nous semble que notre œuvre n'est point frappée du vice de provocation gratuite, et que sous un rapport au moins elle est opportune. Il faut avoir le courage de le dire, la polémique chrétienne depuis le Concordat, telle qu'elle a été faite par des membres du clergé et par des laiques que leur zéle et leur talent ne rendaient pas moins admirables les uns que les autres, cette polémique n'a pas encore été orientée. Ce fait amer résulte du plus léger examen sur la moitié du siècle qui vient de s'écouler. Les œuvres de Chateaubriant ne ressemblent pas à celles de Joseph de Maistre, et ici bien entendu, nous ne parlons ni du style, ni des méthodes d'application, nous parlons des principes générateurs, de la synthèse qui doit être l'âme de l'ouvrage. Dans la chaire des conférences,
XXXIV PRÉFACE
Mgr Frayssinous ne ressemble pas davantage au P. Lacordaire. À la tribune de la chambre des Pairs, deux maitres de la parole et deux serviteurs de la bonne cause, M. de Bonald et M. de Montaleinbert n'ont aucune analogie. La distance qui sépare Mgr Fayet de Dom Guéranger, et les auteurs du Droit coutumier de M. l'abbé Bouix est celle des antipodes. Nous ne pouvons donner que des échantillons. Si nous en venons aux recueils périodiques, aux journaux, quel rapprochement peut-on faire de la Revue du monde catholique et du Correspondant, de l'Univers et de l'Ami de la religion? Cependant nous pensons qu'il y a encore plus de différence entre l'Ami de la Religion du commencement et l'Ami de la Religion de la fin, qu'entre ce journal et n'importe quoi. Dire que chacune des gazettes qui ont cherché à défendre l'Église n'ait pas fait preuve de bonne volonté et d'esprit, serait une partialité; mais d'un autre côté, peut-on constater l'immense quantité de poudre qui s'est brülée dans le camp catholique, la prodigieuse dépense qui s'est faite d'éloquence diverse, d'intrépidité dans nos luttes célébres, sans en venir à déplorer que les résultats n'aient pas répondu à une flamme si pure et si ardente? D'où est venue cette déperdition de force à jamais regrettable, et comment pourrait-on l'éviter dans les luttes que la fin du siécle nous aménera nécessairement? Tous les capitaines aprés une campagne, et Napoléon III le leur recommandait naguére, passent en revue moins les