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Les Catholiques Ruthènes

Quant on est convié à quelque honneur, les convenances veulent que Ton se tienne sur la réserve, que Ton se fasse prier un peu. J'ai oublié toutes ces exigences de l'étiquette, quand M. le Président m'a invité à donner, à une réunion du Cercle Lavérendrye, une conférence sur notre épineuse question ruthène. En bon camarade je lui ai répondu par un « oui » empressé. Et je ne le regrette pas, car à voir l'intérêt que vous portez à la cause ruthène, je prévois que la tâche ne sera pas trop lourde et que vous retournerez contents, si seulement je puis vous donner quelques renseignements sur ce problème si important, au point de vue social comme au point de vue religieux, pour l'ouest canadien.

J'ai demandé à M. le Président de vouloir bien m'indiquer à quel point de vue il voulait me voir traiter ce sujet. « — Au point de vue pratique », m'a-t-il répondu. Au point de vue pratique ... ce n'est pas le plus facile,surtout pour quelqu'un qui a étépeu mêlé aux hommes et aux choses. Ce qui me rassure toutefois c'est que le mot qu'il a employé a une signification assez élastique, si l'on en juge du moins par l'usage qu'en font les censeurs de tout acabit. Mais pour ne point donner dans les abus, je reconnais de suite qu'il m'impose certaines restrictions. Ainsi, vous parler des Ruthènes au point de vue historique, vous dire comment leurs ancêtres, deux mille ans avant Jésus-Christ, étaient des Lithuaniens, comment ils ont pris le nom de Wendes vers le sixième siècle A. C, et celui de Slaves vers le septième de l'ère chrétienne, pour s'appeler Russes à partir du neuvième, et Petits Russes ou Ruthènes à partir du treizième, vous dire comment ces ancêtres sont passés du paganisme au catholicisme vers le neuvième siècle, du catholicisme au schisme dans les onzième, douzième et treizième siècles, et enfin, partiellement, du schisme au catholicisme, à partir du seizième siècle, serait un thème intéressant et instructif en certains milieux, mais ce ne serait pas « pratique. » Pour nous conformer aux vœux de M. le Président, laissons de côté ces beaux thèmes pour nous placer au point de vue le plus actuel possible pour les Ruthènes canadiens. Essayons de dire en trois quarts d'heure ce qu'un observateur judicieux recueillerait au premier

1 — Conférence donné au Cercle Lavérendrye, A. C. J. C, le 26 février 1909, au collège de Saint-Boniface.

coup d'œilen visitant leurs colonies. Pour ne point compliquer les choses, faisons abstraction, si vous le voulez, des petits groupes de deux, trois ou quatre familles dispersées un peu partout, du lac Supérieur au Pacifique. Selon le cours ordinaire des choses, ce sont autant de malheureux destinés à se détacher peu à peu de l'Eglise catholique sous l'influence de l'école neutre et du milieu généralement protestant où ils vivent. Faisons plus. Pour ne point dire ce que l'en tient de sources fort autorisées sans doute mais assez limitées, ne parlons point des cent et quelques mille Ruthènes déjà établis au Canada. Ne parlons que de ceux du diocèse de Saint-Boniface.

Le recensement ecclésiastique, d'après les données de 1906, évalue leur population dans le diocèse à vingt-cinq mille catholiques. Or, depuis cette époque, il y a certains centres qui se sont doublés et triplés, tandis que d'autres se sont ouverts de toutes pièces. En sorte que ce n'est nullement une exagération de dire qu'il y a de trente à trente-cinq mille Ruthènes dans le diocèse. Les groupes les plus importants, à l'heure actuelle, sont "Winuipeg, Yorkton, Sifton, Stuartburn, Shoal Lake, Gimli. Et puisque c'est d'eux surtout que nous parlons, je crois que je vous aurai communiqué l'essentiel de ce que j'en sais, en vous disant ce que sont chez eux la Paroisse, l'Ecole et le Journal.

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