‹ Les Causalgies Post-Traumatiques de Weir-Mitchell et Leur DevenirChapitre 11 sur 69 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Étude historique

s « On ne sait bien une scierce que l’orsqu’on en connaît lPhistoire. »

Auguste COMTE.

« …Æ£t dans le grain qu’on sème Sur terre propager le plus pur de soi-même,

C’est peut-être expirer, mais ce n’est pas finir. Et ceux-là seuls sont morts qui n’ont rien laissé d’eux. »

SULLY-PRUDHOMME (le Zénith).

Au cours des siècles les plus reculés, à la suite des batailles et des cataclysmes, il est fort probable qu’on dut observer des causalgies, mais il faut remonter jusqu’à l’année 1813 pour retrouver, dans les annales de la Médecine, la première description des phénomènes qui nous intéressent. C’est Alexandre Denmark qui, au cours d’un travail publié en 1813, dans un numéro du Medico-Chirurgical Transactions of London, volume IV, page 48, décrit, à propos d’un blessé ayant un fragment de projectile enchâssé dans le nerf radial, les

lignes que voici

ques

« Le malade décrivait les sensations qu’il éprouvait, comme une douleur qui, partant du pouce et du bout des doigts, — le petit doigt excepté, — remontait le long du bras, jusqu’au siège de la blessure. C'était une impression de cuisson si violente, que son visage était continuellement baigné de sueur. Il y avait à la paume de la main une excoriation, d’où s’écoulait un liquide iquoreux. Le malade ne pouvait supporter d’être touché, sans éprouver un redoublement de tortures. »

Plus tard, en 1825, Langstaff, dans le même périodique, volume xvi, page 140, rapporte l’cbservation

suivante :

« À la suite d’une blessure, une femme fut atteinte d’une névralgie rebelle, avec sensations cuisantes dans l’avant-bras. Les douleurs étaient tellement tenaces qu’on pratiqua l’amputation. Celle-ci, loin d’apaiser les douleurs, les exacerba et il se produisit un état convulsif permanent des muscles du moignon. Un grand nombre de procédés de traitement échouèrent complètement. La peau était devenu rouge et d'ouloureuse. Les artères battaient avec une violence extrême. Les accès convulsifs devenaient plus fréquents, la santé générale baissait. Le membre fut enfin amputé une seconde fois audessus du coude. Les nerfs furent trouvés élargis dans le moignon, avec une forme de tumeur renflée. L'opération amena la guérison définitive et complète. »

En 1838, Hamilton, dans un article du Dublin Medical Journal, rapporte des faits superposables à ceux antérieurement décrits par Alexandre Denmark et par Langstaff.

Près de six lustres s’écoulent, et nous arrivons en 1864, époque à laquelle jaillirent, de deux pays différents et fort éloignés l’un de l’autre, de nouvelles descriptions se succédant à quelques semaines d’intervalle.

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Ce fut d’abord Paget, l’éminent chirurgien de la Cour royale d'Angleterre, qui, dans un article du Medical Times and Gazette, du 26 mars 18614, écrivit le

passage que voici

« L'aspect luisant des doigts paraît être la conséquence de quelque trouble de la nutrition et de la circulation des nerfs, déterminé par la lésion nerveuse. On n’observe pas cet accident dans toute lésion nerveuse, et je ne puis pas préciser les conditions exactes dans lesquelles il se manifeste; mais il constitue un symptôme important, et, qui, à ce que je crois, s'accompagne constamment de douleurs excessivement rebelles, Dans les cas les plus nets, les doigts affectés sont effilés, lisses, glabres, luisants, sans trace de ride, roses ou rouges, ou couperosés, comme s'ils étaient atteints d’engelures. Ils sont d'ordinaire très douloureux, surtout lorsqu'on les fait mou- Voir. »

Vers la même époque, au milieu du siècle dernier, l’orage commençait à gronder sur la terre lointaine des Etats-Unis d'Amérique. Un mouvement social d’une importance considérable se dessinait, c’était la question de l'abolition de l'esclavage dans les Etats du Sud. Le courant des idées aboutit progressivement :

in 1852, à la publication de la Case de l’'Oncle Tom, roman, plein de cœur, écrit par Mrs H. Beecher- Stowe, au service de la noble cause.

En 1860, à l'élection présidentielle d'Abraham Lincoln, l’homme énergique qui résolut d'entreprendre la lutte pour le triomphe.

Au mois de mai 1861, éclata la Guerre de Sécession, lutte entre deux partis d’une force considérable, lutte qui devait aboutir à la libération des Noirs, au

prestige et à la puissance des Etats-Unis, mais guerre

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qui ne dura pas moins de quatre ans (avril 1861-mai 1865), et au cours de la quelle il fut livré deux mille combats, dont cent douze grandes batailles héroïques.

Au môis de mai 1863, W. Hammond, chirurgien général de l’armée des Etats-Unis, eut la sagesse de confier à S. Weir-Mitchell, G. Morehouse et W. Keen, la tâche d’organiser un Hôpital militaire spécialisé pour les affections des nerfs. En réalité, premier centre de Neuro-Chirurgie qui date dans l’histoire de la Médecine, et dont le nom est resté intimement lié à celui de la Guerre de Sécession.

Les services rendus par cette organisation dépassèrent bientôt l’attente légitime du fondateur, et lhôpital de quatre cents lits dut être transféré de Christian Street à Turner’s Lane, dans les faubourgs éloiognés de Philadelphie. C’est là, dans cette admirable ruche humaine, que l’activité de Weir-Mitchell, jointe à celle de ses collaborateurs dévoués, donna naissance à des entités nosographiques, devenues classiques aujourd’hui, parmi lesquelles figurent la chorée des moignons, la paralysie des béquillards, et laffection si douloureuse qu’il baptisa du nom de « causalgie »

CDD UIUTÉ 32200 , douleur).

Si, antérieurement, cette affection avait été entrevue furtivement par Denmark, Langstaff et Paget, il ne. reste pas moins vrai que c’est Weir-Mitchell qui en groupa le plus grand nombre d’observations, qui les étudia de la façon la plus soignée, en dégagea la notion d’une maladie particulière, et en précisa la symptomatologie que nous pouvons résumer de la façon suivante : |

Pi QD Neae

Douleurs de brûlure localisées, en grande partie, au territoire cutané d’un nerf irrité ; ce même territoire étant caractérisé, en outre, par des troubles vaso-mcteurs accompagnés du « glossy skin », c’est-à-dire d’un aspect lisse et luisant de la peau, lequel est parfois caché par de l’hyperkératose ; l’acuité des douleurs étant considérablement accrue par les émotions, et ‘apaisée, au contraire, par les applications locales d’eau froide ; ces douleurs étant également réveillées ou exaceérbées, non pas toujours mais souvent, par les contacts superficiels des régions saines symétriques ou voisines. |

Cette définition représente, en quelque sorte, la trame des observations que nous avons reproduites

et des passages que nous allons, maintenant, citer :

« La persistance d’une souffrance très vive peut avoir sur l’orgalrisme, et même sur l'intelligence, un retentissement tellement profond, qu’un médecin seul peut s’en faire ujrre idée. La totalité du corps finit par s’hyperesthôsier, et il semble que fous les sens ne soient autre chose que des routes par lesquelles s’imtroduisent des tortures affreuses et toujours renoûüvelées. La moindre vibration, la plus petite variation de lumière un simple effort de lecture, suffisent à provoquer de mrouveaux tourimnents. De pareilles souffrances altèrent le tempérament; le caractère le mieux fait devient irritable; le soldat devient pusillanime: l’homme le pius robuste 10ombhe dans un névrosisme pareil à celui de la jeune fille la plus hystérique. C’est surtout darrs les cas où existent les douleurs cuisantes que j'ai désignées sous le nom de « causalgies », que ces phénomènes sont bien marqués, el qu’on observe les plus terribles tortures qu'ur homme puisse endurer. » ,

« Nous avons rencontré fréquemment, dans notre pratique médicale, des homes qui se plaignaient de douleurs très vives qu’ils Comparaient eux-mêmes à une brûlure ou à l’action d’un sinapisme très chaud ou à l’effet d’ure lime rougie au feu qui éroderait la peau. Chez ces malades, la douleur dont nous parlons s'accompagne de cette disposition particulière que nous avons appelée « glossy-skin ». Jamais nous n'avons rencontré cette affectiorr des tégumerts sans la sensation de cuisson; celle-ci, d’ailleurs, peut se montrer sans l’altération de la peau, ou alors que cette altération ne fait que commiencer. La sensation de cuisson est donc le phénomène primitif; les modificatiors cutanées, le symptôme secondaire. Jamais cette espèce de souffrance n’a fait défaut dans les cas où la nutrition de la peau était gravement compromise. Sur li question de savoir si cette douleur particulière apparaît au moment même de la blessure, nous conservons des doutes. IL semble rm avoir été ainsi dans deux ou trois cas, mais, en général, la sensation de cuisson naît, beaucoup plus

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