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profonde des masses musculaires, par exemple, n’est pas douloureuse, tandis que le simple frôlement de la peau du territoire envisagé, est terriblement douloureux. On observe donc de l’hyperesthésie cutanée. Bien plus, dans de nombreux cas, le frôlement le plus superficiel de Ia peau d’autres parties du corps, voisines ou symétriques — auxquelles Tinel (78) donna le nom de « champs causalgiques », — produit des synesthésies, c’est-à-dire, simultanément, des sensations normales, indolores de contact localisées aux points touchés, et des douleurs répercutives extrêmement pénibles localisées dans le membre affecté. Souques (24) donna à ce phénomène le nom de synesthésalgie. Il montra, de même que Weir-Mitchell, que cette répercussion était abolie, si l'observateur avait soin de se mouiller les mains avant d'explorer le causalgique, ou si celui-ci se mouillait les parties examinées, ou trempait dans l’eau son membre malade. Souques montra que, si le frôlement des lèvres produit, dans certains cas, le transfert douloureux, le frottement de la muqueuse labiale ne le produit pas. En somme, l’hyperesthésie cutanée. du causalgique déborde Jargement le territoire proprement douloureux et arrive, dans certains cas, à couvrir la majeure partie de la surface du corps.
Aünsi que l’a montré Tinel (78), l'étendue des champs causalgiques est généralement proportionnelle à l’intensité de la causalgie, diminue quand celle-ci régresse ; augmente, au contraire, lorsque son acuité s’accroît. L’étendue des champs causalgiques peut,
, d’ailleurs, varier d’un examen à l’autre et au cours
d’un même examen, sans qu’on soit autorisé, le moins du monde, à attribuer un caractère pithiatique à ces modifications, car, ici, nous sommes en plein dans le domaine du sympathique. Concernant de pareils phénomènes, nous rapportons des exemples classiques de Weir-Mitchell (6) : « Un de mes malades poussait les choses jusqu’à mouiller la main saine lorsqu'il devait toucher l’autre ; d’autres malades ne pouvaient enfiler leurs chaussettes qu'après les avoir mouillées ; un autre enfin, ne pouvait supporter le contact du sol, qu’en remplissant ses bottes d’eau froide ».
En outre, cette hyperesthésie peut se montrer sur des tissus différents. C’est ainsi que notre causalgique de l’observation XXXVI ressent des douleurs dans son moignon lorsqu'il déglutit des boissons froides, lorsqu'on lui instille des gouttes d’argyrol dans l’œil. C’est ainsi, également, qu’un malade de Ribierre (146) (observation XV), ressentait d’atroces douleurs dans sa main au moment de la miction, quand l'urine passait dans lurètre. vies
Mais si les synesthésies sont fréquentes au cours de Ja causalgie, les synalgies, c’est-à-dire des douleurs ressenties simultanément en diverses régions de l’organisme, sont relativement rares. D’après nos recherches, nous les avons trouvées dans deux observations de Weir-Mitchell (6), dans une observation d’Annandale (7), dans une de Tinel (107), dans une de Babinski et Froment (61), dans une qui nous est personnelle, et enfin dans l'observation XXXVI, prise en collaboration avec M. le Professeur J. Froment, dans laquelle
le causalgique présente, à l’occasion de ses paroxys-
RENE Dar
mes douloureux, des sensations désagréables dans les dents, que le malade compare à celles que produit le jus de citron. :c'sque les synalgres appar :'ssent dans le membre symétrique au membre affecté, on observe également des troubles vaso-moteurs dans celui-là.
En outre, la causalgie de Weir-Mitchell, avons-nous dit, est caractérisée par un aspect lisse et luisant de la peau, dans le domaine du nerf irrité, c’est le « glossyskin ». Ce même territoire est caractérisé également par une hypersudation localisée, c’est Phyperhydrose. Ces deux derniers caractères, lorsqu'ils sont bien délimités, donnent parfois, au territoire douloureux, l’aspect d’un schéma anatomique. Ce territoire est, en outre, fréquemment le siège de vésicules, de sudaminas, de diverses manifestations d’irritation cutanée, dues à la sueur hyperacide et d’odeur désagréable; la peau se fendille facilement.
On observe également de l’hyperhydrose de Paisselle et de l’hypertrichose de celle-ci, de l’atrophie musculaire du membre atteint, des désordres articulaires plus ou moins marqués. Les extrémités du membre malade prennent un aspect allongé ; c’est la main en calice de Pierre Marie (18, 19), c’est le pied effilé d'André Léri (34).
En outre, tant à la palpation qu’à la radiographie, on note une décalcification osseuse du squelette correspondant au territoire douloureux. Dans certains cas, cette décalcification peut être très prononcée et aboutir à la main ostéoporeuse de Sicard.
A l’occasion des paroxysmes douloureux, on peut
observer des trémulations, des mouvements fibrillaires