‹ Les Causalgies Post-Traumatiques de Weir-Mitchell et Leur DevenirChapitre 33 sur 69 · DS NES · texte numérisé non relu

DS NES

solide et vigoureux, capitaine de cavalerie dans le 16e régiment de Pensylvarie; fut blessé par ure balle Minié à la bataille de Cold Arbor, Virginie, ie 28 mai 1864. Le coup, tiré à une dizaine de pas de distance, atteignit lavant-bras gauche. La balle pénétra à cinq centimètres au-dessous de la tête du radius, et croisant obliquement l'articulation du coude, elle sortit au-dessus au Condyle interne äe l’humérus. Depuis l’accident, le malade éprouva des souffrances très vives, et perdit une grande quantité de sang.

La blessure fut pansée sur-le-champ et guérit très rapidement. Le capitaine retourna bientôt "en permission dans sa famille à Erié, et il y resta jusqu’à la fin de juin. N’éprouvant pas alors d'amélioration de son état, il alla à Washington consulter le chirurgien Bliss, alors à la tête de l’Hôpitai militaire. On lui ft prendre pendant quatre ou cinq jours des bains électriques, sans effel apparent. La douleur alors était contimue, insupportable, limitée assez exactement à la paume de la main et semblable à la sensation que l'on éprouverait en saisissant un fer rougi. Il réclamait une opération que le chirurgien Bliss exécuta le 5 juillet 1864 en enlevant par la plaie de sortie une étendue dau nerf de sept centimètres.

Deux jours après l’opération, les douleurs avaient considérablement diminué; mais lorsque la plaie commença à se fermer, les soufframces reprirent leur première intensité. 4 -

Le blessé avait commencé à faire usage de la morphine en injections hypodermiques, environ quinze jours avant l’opération, et il la reprit deux jours après. I1 l'employait d’abord de 20 à 30 centigrammes par jour, et il augmenta graduellement la dose jusqu’au moment de la seconde opération; à ce moment, il usait de 60 centigrammes par jour et quelquefois de plus de 2 gramim'es en 3 jours. Les deux bras étaient ponctués de piqüres de la seringue, et le tissu cellulaire était induré. Le blessé me consulta au mois de juin 1865. Je conseillai une seconde opération. Il s’y refusa en s'appuyant sur l'opinion d’un certain nombre de médecins qui lui avaient dit n’en attendre aucun bon résultat. Je fus consulté de nouveau en juin 1870, c'est-à-dire six ans après la blessure. La situation du malade était alors déplorable. La moindre excitation causait dans la main des souffrances indescriptibles qui empêchaient toute occupatior active, sauf pendant le temps où agissait la morphine.

Le patient éprouvait des frissons de froid nerveux irréguliers qui duraient deux ou trois heures et qui l’obligeaient même au plus fort de l’été à s'étendre sur une étuve chauffée, en s'’enveloppant de quatre ou cinq couvertures. En même temps il était baigné d’une sueur froide. L’appétit avait à peu près disparu. La constipation était habituelle, le corps était amaigri, faible, en état de consomption. Pour soulager ses, souffrances, le malade était maintenant décidé à quelqire opération que ce fût, même à l’amputlation.

Le 27 juin 1870, aidé de mon ami le Docteur Woolvertun, de la Marire militaire, je procédai à l’éthérisation du malade, opération qui se fit avec de grandes difficuliés. Nous employämes 400 grammes d’éther, eL il nous fallut plus d’une heure, avant que le malade fût dans le relàchement et eût traversé la période d’agitation.

Une incision de huit centimètres de longueur fut faite à l’avant-bras, entre le grand palmaire et le fléchisseur radial. Elle se terminait à cinq centimètres au-dessus du poignet. Le nerf médian fut incisé dans l’étendue de sept centimètres.

Aussitôt que le patient fut soustrait à l’influence de l’éther, il déclara qu’il n’éprouvait plus aucune douleur dans la main. Sous l'action de doses considérables de bromure de potassium, il dormit trois ou quatre heures pendant la première nuit. Il a renoncé aux opiacés, devenus inutiles; il insiste sur ce qu’il n’a dormi qu’à peine ure heure en quinze jours, et qu’il n’a pas eu une nuit de bon sommeil avant vingt-six jours. Mais l'appétit est revenu et la satisfaction d’être débarrassé de cette souffrance est énorme. Pendant les quatre premiers jours qui ont suivi l’opération, je ne pus parvenir à ramener le sommeil, même avec les doses les plus fortes de chloral, de chanvre indien, de jusquiame. Je l’envoyai

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