‹ Les Causalgies Post-Traumatiques de Weir-Mitchell et Leur DevenirChapitre 43 sur 69 · OBSERVATION XXXVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXVI

Observation personnelle prise en collaboration avec M. le Professeur J. FROMENT.

I s’agit d’un sujet, actuellement âgé de trente-six ans, qui n’a aucun antécédent héréditaire particulier, sauf une mère morte d’un cancer de la vessie, qui n’a aucun antécédent personnel. Pas de maladie vénérienne ni d’alcoolisme; très bonne santé antérieure. Tempérament excessivement actif. Avant la guerre, préparait le concours de l'Ecole militaire de Saint- Maixent. À cette époque, il était déjà un véritable artiste en photographie, excellant à rendre les nuances les plus agréables et les tons les plus propices, témoignant ainsi une certaine affinité esthétique.

Alors âgé de 21 ans, il fut blessé, le 29 août 1914, dans les Vosges au col de Mendrey, par une balle dite explosive, au niveau de la partie inférieure de l’humérus droit, dont la fracture fut réduite une semaine après dans un hôpital de l'arrière. Mise en plâtre pendant quarante jours. Dès la réduction, outre des picotements et des fourmillements dans tout le membre supérieur, le malade sentait se manifester d’une façon progressive de la chaleur brûlante dans la main, dans les doigts et dans la partie postérieure de l’avant-bras, territoires cutanés du médian, du cubital et du radial.

Au moment de l’ablation du plâtre, le blessé, qui avait été dirigé sur l’hôpital d’Albertville, présentait d’une part une

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griffe cubitale, une paralysie du médian, une paralysie du radial et de l’atrophie musculaire. D’autre part, la peau des doigts, de la main et dans tout le territoire cutané du radial, était froide, blanche, transparente, lisse et luisante (glossyskin), de telle sorte que, fait caractéristique le blessé comparait ses doigts à ceux d’un mannequin. Ces territoires étaient le siège de douleurs cuisantes. C’est alors que le malade, semblable aux causalgiques décrits par Weir-Mitchell durant la guerre de Sécession, commença à entourer le membre impotent de linges humides ou à le tremper dans de l’alcool mentholé. En outre, la main droite, par suite de l’ischémie et des troubles de la nutrition qui en étaient la conséquence, sécrétait une sueur, non pas abondante, mais irritante, hyperacide et à odeur franchement désagréable. Les ongles de cette main croissaient, non pas d’une façon exagérée, mais ils étaient durs et se détachaient facilement. Les extrémités des doigts étaient parsemées de bulles épidermiques. Le blessé perdit le sommeil et l’appétit. Il ne présenta pas alors de manifestations oculaires; le psychisme fut peu modifié. Cependant, les douleurs augmentèrent, et au printemps de l’année suivante (1915), le Docteur Armand, qui le soignait à l'hôpital d’Albertville dont il était le chirurgien, se décida à plusieurs reprises à intervenir chirurgicalement pour libérer les nerfs. Deux opérations sur le radial, une sur le cubital, qui n’arrêtèrent pas la marche croissante de la causalgie. Le Docteur Armand pratiqua ensuite, d’après la méthode de Jaboulay, non pas une sympathectomie périartérielle qui n’était pas encore connue, mais une dénudation pure et simple de l’humérale, à la suite de laquelle l’état du malade est resté stationnaire pendant plusieurs mois. |

Du mois d’août au mois de décembre 1915, le blessé a séjourné à Aix-les-Bains où on lui a appliqué l’hydrothérapie et les rayons ultra-violets, qui n’ont produit aucune amélioration.

Le 24 décembre 1915, il est alors réformé avec invalidité de 50 %, pour troubles paralytiques et trophiques, douleurs à leffleurement de la main et de l’avant-bras, troubles circulatoires, car lorsqu'on lui palpait le pouls, on ne le sentait pas et son membre était froid, et lorsque le malade se coupait la main droite, il ne se produisait aucun écoulement de sang.

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