‹ Les Causalgies Post-Traumatiques de Weir-Mitchell et Leur DevenirChapitre 44 sur 69 · FRET · texte numérisé non relu

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Toutefois, le malade présentait un phénomène curieux qui se répéta pendant plusieurs années: au moment des émotions, sa main, de froide et violacée devenait subitement rouge et chaude; elle transpirait et il ressentait davantage la sensation de chaleur.

Pendant l'hiver 1915-1916, les douleurs s’accentuent, les sensations de brûlures deviennent plus intenses aussi bien à lavant-bras que dans la main. L’insomnie continue; à partir de ce moment, le malade présente de l’hyperhydrose de l’aisselle. Dès maintenant il est à noter que chaque hiver, surtout par les jours de grand froid, l’acuité des douleurs est beaucoup plus accentuée. Les piqûres d’épingles n’étaient pas senties dans le territoire du nerf radial, mais elles déclenchaient des paroxysmes douloureux dans les territoires du médian et du cubital.

L'état du blessé demeura stationnaire jusqu’en janvier 1918, époque à partir de laquelle les douleurs augmentèrent encore d'intensité. L'influence des émotions sur l’apparition des crises douloureuses se fit de plus en plus sentir. L’effleurement de l'épaule, — devenue ainsi que le moignon un champ causalgique, — commença également à provoquer des douleurs répercutives dans l’avant-bras et dans la main.

Il accepta néanmoins un emploi d’écritures dans un bureau privé situé dans une fabrique de magnétos où il ne put rester à cause des bruits qui eux aussi contribuaient à accroitre l’acuité de ses douleurs, voire même à déclencher de véritables paroxysmes.

Au début de l’été 1919, il partit donc en Savoie pour se soustraire à l’influence des émotions et des bruits de la ville. Son séjour à la campagne fut de trois mois pendant lesquels son état sembla, sinon s’améliorer, du moins rester stationnaire.

À l’automne, il revint à Lyon, mais à partir de janvier 1919 les douleurs augmentèrent de nouveau, et, coïcidence à noter, à partir de ce moment, les émotions, bien qu’accentuant de plus en plus les douleurs, ne produisirent plus de phénomènes de vaso-dilatation au niveau de la main malade.

Le membre supérieur droit étant inutilisable, et le moindre attouchement provoquant des paroxysmes douloureux, les Professeurs Vallas et Leriche décidèrent et pratiquèrent en

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janvier 1920 l’amputation au tiers supérieur du bras. L’examen du membre amputé révéla alors la présence de névromes multiples sur le trajet du médian et sur celui du cubital, mais aucun sur le trajet du radial.

Immédiatement après l’opération, les douleurs, — au lieu de disparaître, — prirent une telle acuité, que le malade pré-

senta des crises d’énervement. La nuit, il ne pouvait plus dormir une minute et on dut lui donnér du pantopon. Puis elles diminuèrent mais furent néanmoins encore plus vives qu'avant l'opération. Le moignon devint blanc et froid comme il l’est actuellement. Il ne présenta jamais, même momentanément, des phénomènes de vaso-dilatation.

Notre ancien blessé retourna passer l’été en Savoie, séjour pendant lequel l’absence de bruits et d’émotions améliora son état. Mais hélas, quand il revint à Lyon en automne, les paroxysmes douloureux réapparurent. Il reprit néanmoins avec beaucoup d’énergie, — car là pension ne suffisait pas pour vivre, — son emploi d’écritures dans le bureau privé qu’il avait quitté antérieurement et où il allait travailler tous les jours quand son état le permettait.

Jusqu'en 1924, son état est resté stationnaire. Alors, les douleurs réaugmentèrent de nouveau. Le malade se rendit compte qu’il ne pouvait plus tenir sa place dans un établissemeñt privé et entra dans un bureau de la Préfecture au titre de mutilé de la guerre. l

Durant l’année 1924, il y a plusieurs , faits à signaler, D'abord, des séances de radiothérapie n’ont produit aucune amélioration; puis l’apparition progressive de mouvements invoiontaires du moignon, tremblements et trémulations pour ainsi dire continuelles et en outre, secousses myocloniques au cours des crises douloureuses; enfin, apparition, à la suite des paroxysmes douloureux de pseudo-coliques néphrétiques, qui duraient environ deux heures et qui se répétèrent souvent au cours de cette même année. Ces pseudo-coliques néphrétiques survenaient après les paroxysmes douloureux du membre amputé; elles étaient accompagnées d’un état vagotonique et d’hématurie. Les douleurs siégeaient des deux côtés, quoique un peu plus accentuées à gauche, et s’irradiaient jusque dans la verge. Mais il semble bien que ce ne furent pas là de véritables coliques néphrétiques au sens lithiasique du

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mot. Le régime alimentaire n’eut aucune influence; les radiographies furent négatives; le catétérisme des uretères a d’ailleurs. été négatif. Les Docteurs Gautier et Giuliani, consultés par ie malade, ne purent faire aucun diagnostic; mais il semble bien que ce furent là des manifestations vagotoniques — avec spasmes et vaso-dilatation au niveau des bassinets et des uretères, — qui étaient en quelque sorte la conséquence des paroxysmes douloureux du membre amputé. D'ailleurs, le jour où ces pseudo-coliques néphrétiques ont disparu, elles ont été remplacées, dans les mêmes circonstances, par des coliques intestinales avec diarrhée sanglante, qui, selon nous, constituent leur équivalent, puisqu'elles s’éclairent de la même pathogénie. D’après des renseignements précis donnés par son médecin traitant le Docteur Pierre Morel, il est même arrivé à ce malade de présenter, à la suite des paroxysmes douloureux, de véritables petites hémoptysies sans aucun signe auscultatoire.

Le 18 décembre 1924, le malade fut examiné par M. le Professeur J. Froment qui porta son invalidité de 50 % à 95 %.

Nous arrivons ensuite en 1925, où une recrudescence des douleurs se manifesta. C’est alors qu’on a été obligé de sortir de son bureau les machines à écrire, tant leur bruit contribuait à accroître l’acuité de ses douleurs. C’est alors que les paroxysmes. douloureux furent également déclenchés par l’effleurement, même avec un linge humide, de la partie supéroexterne de l’hémithorax droit, de la partie droite du cou et de la face, régions devenues, ainsi que le moignon et l’épaule, des champs causalgiques. Dès lors, l’acte de se raser constitua un supplice.

Par moments, — particulièrement les journées froides, — l’œii droit commença à pleurer, sa pupille à se dilater. L'hyperhvydrose de l’aisselle devint encore plus manifeste. Enfin, après les paroxysmes douloureux, le malade commença à présenter des nausées et des coliques intestinales.

Il passa l’été en Savoie; son état demeura stationnaire jusqu'à l’année suivante.

En 1926, la toux, l’éternuement, les aspirations profondes, les mouvements de flexion du tronc, la rotation de celui-ci à gauche, commencèrent à provoquer des douleurs intolérables dans le membre amputé avec recrudescènce la nuit.

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Le 30 octobre 1926, le malade passa devant une Commission de réforme qui porta son invalidité de 95 % à 100 %.

A partir de 1927, le paroxysmes s’accompagnèrent de douleurs syncopales, à l’occasion d’un déchargement de rails, du claquement d’une porte, d’un bruit de klaxon, du choc d’un battant de porte sur son moignon, paroxysmes douloureux se traduisant par la sensation de gouttes d’huile bouillante tombant dans son avant-bras et d’une bombe éclatant dans la main absente, paroxysmes douloureux qui furent également suivis, pendant les jours consécutifs, d’un état vagotonique marqué, avec coliques intestinales et diarrhée sanglante.

En outre, à partir de cette même époque, les paroxysmes sont accompagnés de sÿnalgies, de sensations désagréables et pénibles dans les dents, analogues à celles produites par du jus de citron.

Durant cette année 1927 le blessé eut des périodes terribles de découragement, au cours desquelles des idées de suicide traversèrent son esprit.

En mai 1927, il s’arrêta de travailler, car il avait perdu dix kilogs depuis le mois de janvier.

De nouveau, il résolut de repartir vers le coin tranquille de Savoie pour lequel il avait maintenant une prédilection et où l’absence de bruits et d’émotions, le port de vêtements moins compliqués, furent pour lui une source d’amélioration considérable de ses souffrances et de son état général.

A l’automne, il revint prendre son travail à la Préfecture, mais les paroxysmes se manifestèrent de nouveau au point qu'on dut lui enlever, cette fois, le téléphone de son bureau, à cause des bruits inattendus de la sonnerie.

Semblables à la tache d'huile, les champs causalgiques s’étendirent cette fois à tout l’hémithorax droit et les douleurs répercutives devinrent plus accentuées.

En janvier 1928, le Professeur J. Froment le proposa pour avoir la tierce personne. En avril 1928, la surprise d’un bruit inattendu, d'un presse-papier tombé par terre, lui causa une douleur syncopale avec diarrhée sanguinolante.

Au mois de mai de la même année, un jour, le malade eut l'impression qu'il allait glisser. L’émotion qu’il eut alors lui provoqua une douleur terrible, beaucoup plus intense que celle qu’il eut par le fait du choc du sol contre son moignon.

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