M. HENRI MONOD
Est et sous-préfet dans le Midi, révoqué par le 16 mai, nommé préfet au lendemain des élections générales (préfet de l’Ailier, du Calvados, du Finistère), il avait trente-sept ans sonnés lorsque se révéla sa vocation d’hygiéniste. C’est la route de Caen au Havre qui fut son chemin de Damas.
Tandis qu’il administrait le département du Calvados, il avait pour voisins et amis deux Havrais éminents, M. Siegfried et l’excellent D" Gibert, passés maîtres dans la science des épidémies; tous deux le convertirent à leurs idées sur la protection de la santé publique; une visite à l’exposition internationale d’hygiène de Londres acheva de lui démontrer la possibilité de iaire un peu de bien et d’empêcher beaucoup de mal. Il eut la révélation des services que pourrait rendre en France un homme capable de rédiger et de faire adopter des règlements bien faits, des lois sévères permettant de lutter efficacement contre les maladies « évitables » et de créer une administration capable de faire exécuter ces lois.
Tout de suite il se mit à l’œuvre et publia sur V administration de Uhygiène publique en France et à l’étranger, un mémoire qui, par le nombre des documents, par la précision des arguments, par la lucidité des conclusions, ne pouvait manquer d’attirer l’attention des bons esprits.
L’année suivante, étant préfet du Finistère, M. Henri Monod avait occasion de mettre sa doctrine nouvelle
Causeries. — 21.
LES TRIUMVIRS DE l’hYGIÈNE
en pratique : le choléra fit invasion dans son département, et en moins de trois mois l’épidémie fut jugulée, grâce à la rigueur des précautions prises, grâce à l’entente parfaite entre l’administration et les médecins hygiénistes qu’elle avait appelés à son secours.
Nommé, en 1887, directeur de l’Assistance publique en France, M. Monod entreprit la réorganisation logique des services, fit transporter les services de l’hygiène du ministère du commerce au ministère de l’intérieur. En janvier 1889, il prit le titre définitif de directeur de l’assistance et de l’hygiène publiques et son effort fut incessant vers le but qu’il s’était fixé.
La série de ses publications et de ses discours donne une idée de l’œuvre accomplie.
Outre son gros et très documenté volume sur l’épidémie de choléra du Finistère, il faut citer de lui toute une série de substantielles plaquettes sur Vadministration sanitaire en Italie, sur les povvoirs de V administration en matière sanitaire, sur les dépenses d'assistance publique, sur les œuvres de l'enfance, sur les hôpitaux marins, sur Vassistance aux vieillards, etc.
Une de ces remarquables études est, à coup sûr, son ouvrage sur les mesures sanitaires en Angleterre, depuis '1877, où d’excellents graphiques comparatifs captivent l’attention, prennent l’œil à toutes les pages, et démontrent, de la plus saisissante façon, l’impérieuse nécessité d’organiser en France une législation sévère