LES STALAGMITES
§ 35. Généralités. — On ne considère ordinairement que la stalagmite pleinement développée, qui se dresse sur le sol et finit par se souder à la stalactite à laquelle elle doit son origine. La jonction opérée, le ruissellement continue le long de la colonnette, en la couvrant de côtes longitudinales, de ressauts superposés. Ainsi s^accumulent, au cours des années, des amas de calcaire jaunâtre, que l'on compare à des troncs de palmiers, des minarets, des tiares, toutes formes dont le schéma commun est une suite de cônes tronqués ayant la troncature bombée, la plus grande, vers le haut.
Plus directement en rapport avec mon sujet, sont les observations relatives au début de la constitution de la stalagmite.
Son établissement est laborieux, car elle n est constituée que de Texcès de matière incrustante que lui abandonne l'une ou Tautre excroissance de la voûte. Le liquide n'étant pas guidé comme chez les stalactites, la nature du plancher, sa forme, sa distance au plafond sont autant de facteurs qui interviennent dans sa genèse. Si Teau tombe de haut, la goutte s'aplatit violemment, éclabousse une large surface, de sorte que, à l'endroit qu'elle a frappé, l'apport de matière incrustante est presque nul. Si le terrain est en pente, il y a écoulement; s'il est soumis à des crues périodiques, le limon recouvre l'amorce déjà établie et empêche son développement régulier.
Il faut donc un concours de circonstances favorables pour l'édification des stalagmites; c'est pourquoi elles sont moins nombreuses que les stalactites.
Aussi, toutes les colonnes qui relient la voûte au plancher n'ont-elles pas pour origine la réunion d'une stalactite à une stalagmite normalement développée. Beaucoup proviennent d'une stalactite qui s'est elle-même fixée au sol.
Examinons donc rapidement, en manière de transition, ce qui se passe en cette occurrence.
§ 36. La soudure des tubes au sol. — Dans les salles assez basses, rallongement continu des tubes rapproche leur ouverture du plancher couvert d'une croûte de calcite. Les gouttes tombent d'une hauteur qui va en diminuant et la stalagmite n'a qu'un relief sans importance. Finalement, les deux pièces s'accolent.
Mais chaque tube ne donne même pas naissance à un rudiment de stalagmite; on vient de voir pourquoi. En outre, l'allongement du tube est beaucoup plus rapide que la croissance de la stalagmite; il vient donc se souder lui-même au plancher luisant, couvert de mamelons et de nodosités avortés. Ses destinées changent alors : qu'il passe par une phase intermédiaire, durant laquelle la circulation interne se continue et le couvre d'excroissances diverses; qu'il s'obstrue définitivement, le ruissellement externe finira par le transformer en une colonnette.
§ 37. — Quand les tubes arrivent en contact avec un sol limoneux, ils s'y évasent en un disque calcaire de quelques centimètres de diamètre; ils s'enracinent en quelque sorte et ferment, de Icîurs fils de cristal, les tortueux conduits des grottes.
En brisant leur attache supérieure, on les enlève avec leur base. Celle-ci, transformée en lame mince, permet l'étude détaillée de la soudure. La coupe verticale montre que le tube, dont l'extrémité inférieure est remplie sur une hauteur de quelques millimètres, se comporte, en lumière polarisée, comme un seul cristal; tandis que le pied, constitué d'un concrétionnement argileux, est composé de calcite fibreuse, qui rayonne autour des grumeaux d'argile qu'elle englobe. La plupart de ces petites boules de glaise sont si peu imprégnées, qu'elles sont entraînées par lavage.
On retrouve la même structure, en plus grand, à la base des stalagmites.
§ 38. — L'amorce des siALAOMnEs se laisse particulièrement bien étudier sur les échantillons fixés sur sol argileux ; on sait les détacher, les déplanter est plus exact, pour les nettoyer au jet d'eau.
Après cette opération, on a un disque légèrement bombé, de 6à 7 centimètres de diamètre, d'une épaisseur de i à 2 centimètres au centre, translucide, glauque,
rappelant l'aspect des méduses qui gisent sur nos plages. La face inférieure présente un aspect scoriacé, par suite de la pénétration irrégulière de la calcite dans l'argile. Le bord du disque est constitué d'une collerette tuyautée, trouée, où l'on voit le carbonate de calcium isoler des grumeaux argileux, gros comme des pois, et les FiG. II 5. entourer d'une pellicule hyaline fibreuse.
Le sommet du mamelon est quelquefois muni d'un rebord cristallin fragile, mince comme du papier, délimitant un petit godet de la contenance de quelques centimètres cubes (fig. ii5). Ces petites corolles, dont le mode de croissance est analogue à celui des sels grimpants, sont aussi subdivisées en logettes, où s'amorcent des pointements cristallins.
Elles sont à rattacher à d'autres formations, plus délicates encore, véritables eHlorescences du sol, décrites dans un paragraphe ultérieur (§ 43).
§ 39. — La croissance et la structure des stalagmites. — Dans ce qui suit,
je m'occuperai surtout des stalagmites
qui jaillissent, un peu partout, du
revêtement dargile, constituant le
plancher de certaines parties de la
grotte d'Engihoul. Chacun de ces
échantillons est donô un spécimen
complet.
Là où le sol argileux est assez
mou et le plafond ëlevë, les gouttes
creusent, en se succédant, un enfoncement cylindrique de quelques centimètres de profondeur. La solution
cristallisable étant diluée, la calcite a
le temps d*imprégner Targile, de s'y
concrétionner comme on Ta dit plus haut, bref, de consolider les environs
immédiats de l'enfoncement cylindrique.
Dans celui-ci, la cristallisation s'amorce; la calcite s'étend au delà de l'orifice,
et même, si une crue passagère exceptionnelle vient recouvrir l'embryon de stalagmite d'une couche de limon, les gouttes, en tombant exactement à la même place, reprennent le travail interrompu.
Bientôt, un mamelon se dessine sur une base large et bien fixée, en sorte que si le suintement continue, l'acci'oissement se fait sans encombres (fig. ii6; coupe).
Toutes les pièces sectionnées montrent une cristallisation en aiguilles divergentes vers le haut. Elles ont plusieurs centimètres de longueur; les couches d'accroissement les recoupent. Sur la section figure 117, illustrant ces détails, on voit aussi, à la base, le pédoncule cylindrique initial, creux, avec ses pointements cristallins.
Suivant la hauteur de chute des gouttes, une cupule se maintient au sommet
du mamelon ; la plupart des échantillons ont une terminaison hémisphérique, un
peu aplatie.
Sectionnons encore quelques-unes de ces stalagmites, pour lire, sur les coupes verticales, les accidents survenus au cours de leur dëveloppement.
En voici une qui a les apparences d'une actinie (fig. ii8). La coupe met en évidence, à la base, le concrétionnement scoriacé, avec inclusions d'argile, sur lequel s'est élevé un mamelon plat. A droite et à gauche, deux boules argileuses, deux cailloux incomplètement décomposés, n'ont pu être franchis par le ruisselle-
Fic. ii8.
ment; les strates, appartenant à cette période, s'y arrêtent. Le tube qui alimentait la stalagmite commençante a fini par arriver très près de son sommet, mais sans le toucher, la circulation du liquide et surtout la différence de structure cristalline ayant empêché la jonction des deux pièces (coupe agrandie fig. ii8). Un vide s'est maintenu entre elles; sa largeur est plus grande que l'ouverture du tube.
Le ruissellement extérieur amena la soudure par l'intermédiaire d'une couronne de bourgeons (une douzaine), appartenant au tube. Puis, un mouvement brisa le tube à la hauteur de cette couronne plus résistante. Enfin, une pellicule de calcaire ferma le sommet du tronçon et empêcha son remplissage.
Une autre stalagmite (fig. 119), plus haute (i5 centimètres), a une large base (diamètre, 11 centimètres). Le mamelon aplati, formé d'abord, n'atteignait que 3 centimètres de haut lorsqu'il fut recouvert, par une crue, d'une couche de boue gluante, adhésive, que l'eau ne sut enlever en se retirant.
Aprèâ la mise à sec, les gouttes tombant d'une faible hauteur sur son sommet plat, remirent la calcite à nu sur une surface ronde d'environ 12 millimètres de diamètre, visible dans l'intérieur de la pièce, grâce à sa transparence. En cet
endroit, les nouvelles couches cristallines purent donc faire corps avec les premières. Partout où il y a contact, on voir nettement les aiguilles de calcite du mamelon primitif se continuer dans l'ajoute nouvelle; ailleurs, le vernis argileux, qui a moins d'un millimètre d'épaisseur (en noir), n'a pas été imprégné.
Ainsi, une masse ovoïde, de 3 centimètres de hauteur, se constitua lente-
ment et elle aurait continué à croître en s'effilant, si le tube n'était venu toucher presque son sommet.
Au contact imparfait entre les deux pièces à structure cristalline si difiérente, il se développa, ainsi que je l'ai constaté plusieurs fois sur place, une sorte de collerette au sommet de la stalagmite et un boursoufflement au bout du tube, laissant entre eux un vide (en noir) qui ne put se combler. A quelques millimètres du contact, le tube reçut un épaississement annulaire interne, semblable à celui de la . pièce précédente (fig. ii8, à droite).
La soudure une fois accomplie^ le tube se rompit à près de 5 centimètres au
dessus du contact, sans doute en plusieurs endroits à la fois, comme cela se produit invariablement lorsqu'on veut en dëracher un, de sorte que lorifice de stillation fut reporte plus haut. LMpaississement et l'accroissement continuèrent ensuite par couches extérieures concentriques, avec cristaux fibreux radialement orientés. Le tix>nçon de tube, rempli d'eau, s'étant fermé au sommet, son intérieur resta libre.
§ 40. — L'instabilité du sol des grottes fait que beaucoup de stalagmites
présentent de ces anomalies structurales; elles se révèlent extérieurement par des coudes et des bosses. Le plancher stalagmitique n'est d'ordinaire qu'un revêtement étendu sur de la boue et des éboulis.
Que l'argile soit entraînée, que l'éboulis se décompose et se tasse, le jeu du plancher en est la conséquence : les colonnes qui semblaient supporter la voûte, largement scellées par la base et par le sommet, se rompent par traction. Celleci est rendue évidente par l'espace créé entre les tronçons, qui se déplacent quelquefois ensuite par des glissements latéraux.
Toutes les grottes offrent des exemples de ces accidents locaux, que l'on attribue communément à des mouvements considérables du sol, à des actions sismiques.
Le hasard amène parfois une stalags mite, qui s'est inclinée avec son support, sous une autre gouttière du plafond ; une ajoute verticale se grefle sur la colonnette penchée et fait avec elle un angle ouvert. On en voit un spécimen de grande taille à Han.
La coupe de la pièce (fig. 120) servira à illustrer ce qui précède. Les gibbosités qui la déforment proviennent :
1° D'un tube, point de départ de la stalagmite, indiqué par une simple flèche sur les croquis. Il n'est pas obstrué et peut être sondé, avec un fil métallique, jusque près de la surface extérieure, vers le haut; la coupe l'entame obliquement à la base de l'échantillon. Celui-ci était vertical au début, mais en se penchant, il a produit la rupture du tube, ainsi que le déplacement du point frappé par les gouttes.
Fig. 120.
2» D'un deuxième empâtetneat, plein, bien accusé par sa couleur plus foncée; il est marqué par une flèche à deux fers. Enfin, la stalagmite s'inclina une deuxième fois, provoquant le dépôt :
3^ D'une troisième ajoute, alimentée, cette fois, par un tube dont un débris inclus est actuellement presque vertical. Il présente la soudure incomplète déjà décrite (fig. ii8 et 119) et n'est peut-être que l'extrémité du premier tube régénéré, mais brisé à nouveau pendant l'accumulation de ce troisième dépôt, dont les couches serrées recouvrent l'ensemble de l'échantillon.
Les stalagmites, ayant pour support de grosses pierres appelées à se caler par à-coups pour suivre les réarrangements de l'éboulis sur lequel elles reposent, sont soumises à de semblables oscillations.
Le visiteur isolé dans une grotte où le travail de dissolution se poursuit encore, démêle bientôt, au milieu des coups mats produits par la chute des gouttes, des craquements secs, des chocs précis, qui l'avertissent du jeu incessant de toutes les pièces dont se compose le décor, immuable en apparence, des cavités souterraines.
§ 41 . — L'eau qui mouille le sol des cavernes, celle qui imprègne l'argile, est encore active; elle agglutine les débris de toule espèce qu'elle vient à mouiller. Plus d'un beau fragment, qu'on croirait déposé par une main prévoyante sur le rebord d'une saillie du plancher, s*y trouve définitivement scellé. Les débris de tubes appuyés contre les stalagmites, les pierres détachées de la voûte, ne tardent pas à faire corps avec le pavement du souterrain, tout en contribuant à tracer de nouvelles routes au ruissellement et à varier le travail de l'incrustation.
Décrire ces curiosités, serait sortir de mon sujet. Pourtant, je dois m'arrêter aux produits cristallisés, véritables efflorescences du sol, que Ion trouve, avec une abondance variable, dans plusieurs de nos grottes.
§ 42. Concrétions doterses sur le sol. — Les descriptions courantes n'en parlent pas, tant ces excroissances sont insignifiantes d'ordinaire.
Leur diversité est la conséquence de la composition différente des solutions qui suintent dans le sous-sol; en passant sur des roches hétérogènes, en filtrant par des fissures dont le remplissage varie d'un point à un autre, leur nature se modifie constamment. Déjà la coloration particulière de stalactites et de stalagmites isolées attire l'attention sur ce fait; certaines sont noires et d'autres rouges. Tel groupe de tubes se distingue par sa transparence presque parfaite, alors que, non loin, on ne voit que des fils laiteux et jaunâtres.
Il circule même, dans les grottes, des liquides possédant une action dissolvante, comme en témoignent ces tubes dont il ne reste que des lambeaux troués, qu'un souffle éparpille. C'est une cause de rupture à ajouter à celles qui sont énumérées dans un paragraphe antérieur (§ i5).
tes fragments de tubes qui gisent à lerre, sur l'argile, sont ternes, dépolis sur la
cassure p^ dont le bord est parfois arrondi, comnoie fondu. La surface du tube a, au contraire, un poli gras, qui devient parfait au voisinage d*une sorte de côte spiralëe, striée, une grande face courbe (fig. 121).
FiG. 121 à 123.
Certains se collent à l'argile, aux points où ils la touchent, par de petites ventouses faites de calcite chargée de limon (fig. 122).
Sur Targile, on recueille encore d-'s concrétions globuleuses, rappelant des amas de noisettes, dont on reconnaît en coupe (fig. i23) la structure fibreuse et les couches concentriques plus ou moins colorées par du limon et des sels de fer. Je n'en eusse pas figuré la coupe, si elle ne donnait lieu à une remarque sur la disposition réelle des fibres qu'on y voit. A la base de l'échantillon, les individus élémentaires sont sectionnés en long; mais dans les couches supérieures, il y en a beaucoup qui sont coupés normalement à l'axe. Quelques-unes de ces parties sont désignées par de petites croix, sur le dessin.
^ 43. — Les concrétions les plus remarquables prennent naissance sur
les menus débris cristallins, que la chute des tubes éparpille sur le sol. Chacun de ceux qui tombent dans un endroit favorable, amorce une masse boursoufQée, tourmentée, qu'on peut comparer, comme aspect, à une scorie et, comme matière, à de l'ivoire (fig. 124).
Ces éi^hantillons, dont les dimensions n'excèdent guère 5 à 6 centimètres, sont parfois bosselés et lisses sur la face inférieure, tandis que le dessus est ourlé et fouillé comme une oreille compliquée: d'autres font penser à une fleur aux pétales chiffonnés. La plupart ont cependant des détails structuraux rappelant, à l'observateur, l'action des sels grimpants. Ce sont, d'abord, de minuscules cloisonnements verticaux, délimitant des tubulures d'une fraction de millimètre, qui permettent la circulation de l'eau incrustante;
ensuite, des becs d'écoulement, des cuillers si l'on veut, par lesquels se dëverse l'excès du liquide, ou encore des pochettes dans lesquelles il séjourne.
Ces particularités sont visibles sur Téchantillon fîg. i25, qui possède trois de ces petites vasques, dont chacune est munie intérieurement de divisions secondaires. Celle de droite est fort saillante; celle du milieu est très profonde et bien développée, tandis que sa voisine (à gauche), qui est massive, n'a qu'un rebord insignifiant.
Le dessin a été pris sous un éclairage heurté, afin de ne mettre que les principaux reliefs en évidence; il n*a pas la prétention de rendre la demi-transparence de l'objet, ni ses menus plissements, dont la délicatesse égale celle des dentelles d'une figurine de Saxe.
L'orientation verticale des petits tubes, visible de face, indique la position de gisement; l'un d'entre eux (en haut à droite) s'évase en une corolle au bord contourné.
J'ai trouvé ce fragile objet dans la grotte d'Engihoul, sur le sol, adossé contre une pierre; à l'égal de beaucoup de ces concrétions, il était sans soudure à la roche. Son analogie avec l'échantillon précédent (fig. 124) et même avec le petit godet de la figure ii5, est évidente.
Ces productions se rattachent aussi aux cristallisations grimpantes qui se développent à l'extrémité des tubes brisés encore attachés aux voûtes (§ 5). Toutes sont constituées de calcite fibreuse, couverte de pointements microscopiques. L'échantillon représenté figure 126, est également à classer parmi les eftlorescences greffées à l'extrémité d'un tube brisé; le fragment s'était fiché dans largile et soudé aux feuillets stalagmitiques intercalés entre ses strates.
Le tube est épaissi extérieurement. Sa lumière est libre jusque près du sommet, où s'ouvrent deux becs symétriquement placés. Ces cavités étant bouchées par de petits rhomboèdres, Taccroissement ne pouvait se faire que par imbibition.
Fig. 125.
g 44. — Des excroissances du même genre se trouvent aussi Kxëes directement
aux parois rocheuses, auxquelles elles n'adhèrent que faiblement; elles rentrent alors dans la catégorie des ornements stalactitiques.
Ce sont de petites consoles massives, mais à bords finement ourlés et dentelés de cristaux microscopiques, superposées à deux ou à trois, légèrement soudées les unes aux autres, avec tendance marquée à se séparer. Leurs surfaces contournées paraissent se toucher en plusieurs points et pourtant une bandelette de papier, que
Sou^wrfi
l'on glisse entre elles, établit l'absence de contact. Le dessous de la pièce inférieure est lisse et possède une saillie marquée à l'endroit où se forment les gouttes ; des rugosités cristallines s'y trouvent (fig. 127; avec coupe médiane, à droite).
Les parties plus creuses contiennent des rhomboèdres atteignant rarement un
millimètre, chacun disputant la place et la matière cristallisable à ses voisins, au lieu de contribuer avec eux à l'édification d'un seul individu, ainsi que cela se produit pour la majorité des cristallisations décrites.
tube,.
^ ^âlalctgfmite'
§ 45 — De la même nature encore sont les fragiles ajoutes qui terminent certaines stalagmites, relativement grandes.
Au sommet de l'une d'elles, haute de 40 à 5o centimètres, j'ai détaché le pompon réprésenté au double, figure 128, sous un éclairage heurté.
La partie verticale, tubulaire, très mince, composée de plusieurs pièces, est close par une membrane horizontale formant le fond d'une petite rigole inclinée; celle-ci est couverte, un peu plus loin (à droite), par une lame bombée, avec stries d'accroissement. L'extrémité est fermée par des colerettes, dont l'inférieure forme bec. Cette excroissance était alimentée par un tube brisé et partiellement obstrué par une formation analogue.
Fig. 128.
Son axe ne correspondait plus à celui de la stalagmite, celle-ci s'ëtant légèrement penchée.
La connexion entre un tube et la stalagmite qui se trouve en dessous (fig. 129a) ne peut durer que dans les parties les plus stables d'une grotte. Au moindre mouvement, le tube se brise; ses deux extrémités sont alors le siège de la cristallisation troublée plusieurs fois décrite (§§ 5 et 39). Dans le cas de Téchantillon figure 1296, il s'agit d'un tube épaissi, soudé au sol; après la rupture, l'épaississement s'est continué excentriquement et l'excroissance scoriacée s'est surtout développée au sommet du cône ainsi formé, en lui donnant les apparences d'une carotte surmontée d'une toufie de petites feuilles.
En admettant que les deux pièces se soudent à nouveau et que le ruissellement extérieur consolide définitivement le joint, la stalactite conservera, par des vides internes et un reste de tube, des traces de l'efflorescence scoriacée (fig. 1 19).
§ 46. Dépôt cristallin incohérent. — Dans ces vastes cristallisoirs que sont les grottes, les caprices de la capillarité, le hasard des éclaboussures, les variations dans les suintements amènent les combinaisons les plus imprévues, les plus étranges.
Une pierre est à peine tombée sur le sol, qu'elle se recouvre d'un vernis mat sur lequel s'élève, par places, ^^^ ^^^
une moisissure cristalline, sous laquelle certains explorateurs ont même supposé une moisissure réelle, tant son aspect est trompeur. Ce sont des concrétions vermiculées, fibreuses (parfois de l'aragonite), n'ayant pas l'intérêt de celles dont il va être question.
Entre les grosses pierres des éboulis, les pas grincent sur un sable grossier blanc, qui est probablement analogue à la Bergmilch ou Montmilch (et non Mondmilch)^ le (« lait des montagnes » des minéralogistes allemands, désignation que de Lapparent traduit par « dépôt calcaire de caverne ». {Minéralogie, 2"* édit.)
Ce corps, analysé par Rose, paraît être, dit Zirkel dans ses Elementc der Minéralogie, un mélange cryptocristallin d'aragonite et de calcite crayeuse, avec un peu de matière organique. Dans un aufre écrit, l'éminent pétrographe rappelle qu'Ehrenberg a trouvé le dépôt calcaire de Bar (France) constitué de microscopiques bâtonnets articulés, droits, tandis que celui de la célèbre Baumannshbhle (caverne du Hartz) se composait de bâtonnets articulés et spirales. Les articles isolés, globuleux, avaient 0.0006 à o.ooi5 millimètre.
Relativement à l'origine de cette matière, Tschermak rappelle qu'elle se forme dans les cavernes et les fissures du calcaire « grâce à une rapide diffusion de
TO
Tacide carbonique » et que, sous le microscope, elle se montre constituée de rhomboèdres;?, isolés et réunis en bâtonnets. {Lehrb. der Min., 2"« édit.)
Les éléments du dépôt de la caverne d'Engihoul, dont il s'agit particulièrement
£KUH4lMiit.é
ici, sont loin d'être aussi fins que ceux dont parle Ehrenberg; un faible grossissement suffit à reconnaître leur structure. Ce sont des paillettes, des grumeaux coralloïdes, des grains scoriacés constituant une sorte de givre, parfois d'un blanc pur, dont on peut extraire les différents cristallites de carbonate de calcium qui vont être décrits et figurés.
La plupart des paillettes sont opaques, laiteuses, blanc de porcelaine; d'autres sont transparentes à des degrés divers. Certaines s'éclaircissent dans la térébenthine
et perdent leur opalescence, due peut-être à des inclusions gazeuses. Leur contour est triangulaire, aveci un angle voisin de 90*; les extinctions se font parallèlement et perpendiculairement à l'hypothénuse. Une d'elles correspond à l'axe principal ce, et il est facile d'établir optiquement que c'est la première; les paillettes sont donc à orienter conformément au dessin figure i3o-
Beaucoup de ces pellicules sont plates, avec une fine structure réticulée (fig. i3oi) ; il y en a de presque pleines, plus cristallines, avec de petites lamelles disposées comme les lattes d'une persienne, comme les plumes d'une aile.
Deux de ces éléments s'accolent volontiers sous un angle de 120? environ. Lorsque, sur l'arête formée par leur réunion, se développe une troisième paillette, les trois plans de symétrie du système rhomboédrique sont amorcés, et l'ajoute de
Fig. i3i.
lames nouvelles, dans les trois espaces, y fait naître des faces imparfaites, plus ou moins concaves (fig, i3i).
Dans un stade suivant, un rhomboèdre incomplet se constitue; il appartient toujours a ^% le clivage se faisant parallèlement aux arêtes culminantes. Mais ce n'est qu'une ébauche de cristal, car il n'y a qu'un des pointements qui s'achève. L'autre est remplacé, dans tous ces petits solides, quelle que soit leur grandeur (jusque 5 millimètres), par un plan qui n'est jamais perpendiculaire à l'axe et n'a pas d'inclinaison constante. Cette troncature, légèrement concave, a, au centre, une cicatrice ou un pédoncule. Les dessins (fig. i32et i34J en représentent quelques-uns, choisis parmi les plus réguliers.
Les coupes normales à Taxe (fig. i32a), que j'ai taillées dans ces rhomboïdes, ont
mis en évidence, au centre, la disposition \\^ ^ ^/ isl \\ III Wj^SJ^ijCt à 120** des lamelles dendritiques de première w\ >VX\a/ /y ^^ !^^ formation, dont les pennes supportent des \k/'v^^\^ c^rUre"^^^^' grossissements considérables, tant elles sont ^ ""^^ ^^^^
ténues. La partie périphérique est plutôt p,Q ,32.
fibreuse. Les faces sont courbes. La figure
d'axe est régulière, quoique voilée; toutefois, elle se décentre vers la périphérie des coupes.
Parmi les formes fréquemment rencontrées, est la suivante, qui se rattache aux éléments moins nettement cristallisés encore, que contient le givre calcaire. C'est un pointement rhomboédrique, avec base plus ou moins oblique, avec ou sans pédoncule, surmonté d'une sorte de petite mitre, ornée d'épines, dont les trois crêtes correspondent aux trois faces du cristallite inférieur (fig. i33). Ces groupements sont loin d'être toujours aussi réguliers que le spécimen figuré ; les déformations auxquelles ils sont sujets leur donnent des apparences très curieuses.
Dans les endroits salis par les eaux limoneuses le dépôt qui nous occupe est moins blanc ; on y retrouve des parcelles jaunâtres, plates, opaques, à bord dentelé, les unes pleines, les autres annulaires (fig. i35/), ainsi que des agglomérations de ces éléments, auxquels sont joints des rhomboïdes qui, bien qu'ils soient analogues aux précédents, méritent un court examen. Je choisis, de nouveau, les plus réguliers.
On y retrouve le pointement e% ainsi que la large face qui coupe le solide plus ou moins parallèlement à une des arêtes culminantes (fig i34û). Comme c'est de préférence suivant ce plan que le cristallite se place sur le porteobjet, il re isemble à un toit minuscule, dont le faîte serait précisément une des arêtes culminantes (fig. i3^d).
Le clivage se lait suivant ces dernières et crée un plan qui montre une certaine fibrosité sous un éclairage approprie (fig. i3^c).
^i i(iS
FiG. i?4.
^ 47. — D'autres ëlëments de ce dépôt sont bientôt remarqués, lorsqu'on l'éparpillé sur un papier noir, pour le trier à la loupe.
Le plus simple est un secteur de sphère, à surface un peu rugueuse, avec une cicatrice au milieu de l'arête ou un pédoncule (rarement 3 à 4 millimètres). En réalité^ c'est déjà une association de deux parties sphériques plus petites, marquée par un joint, ainsi que par le double bombement de la surface arrondie et par la légère inclinaison des parties planes les unes sur les autres (fig. i35a).
d^istiê
FiG. i?5.
L'élément fondamental serait, par consé((uent, une sorte de pyramide trigonale à base courbe. On trouve, en effet, des globules ayant cette apparence et tous les passages vers des espèces de clous très petits, à pédoncule de longueur variable. Souvent le plan de la demi-sphère, formant la tête de ces clous, est un triangle curviligne, plutôt qu'un cercle. D'autres fois, la symétrie trigonale se marque sur ce
plan par le miroitement particulier de trois secteurs, qui aboutissent à de légères indentations (fig. i35 d^e^f^\ diamètre, 4 millimèrres).
La coupe mince, parallèle au plan d'une tête de clou, et passant par le milieu, possède un vide central; la structure est fibro-rajonnante. Près du centre, les fibres, couples normalement, donnent la figure monoaxe, négative, de la calcite.
Quant aux petites pyramides simples, déjà mentionnées, elles s'assemblent volontiers à deux, pour constituer une sorte de mâcle (fig. i356). Si l'on considère chaque partie du couple comme un rhomboèdre moitié pointement, moitié sphère, on peut dire que l'ensemble est une pénétration partielle, suivant l'axe principal, de deux individus e', parallèlement orientés (fig. i35c).
Celles de ces associations qui sont pédonculées, nous ramènent à des formes telles que celles des figures i33 et i35A. Quelquefois, on trouve des chapelets de cinq ou six de ces couples; les plus réguliers sont isolés. Les très petits cristallites en forme de clou, se réunissent à plusieurs autour d'un centre, pour former des toufies, des portions de sphère, rappelant les rabdosphères des boues marines (fig. i35/). Ils montrent aussi une tendance à se grouper en un seul glomérule, mamelonné comme un chou-fleur. Enfin, leur relation avec les pellicules triangulaires, constituant les rhomboïdes, décrites au début du § 46, se trouve indiquée par l'association de ces deux espèces d'éléments. Le bord des lamelles triangulaires, qui correspond à une arête culminante de e^ (fig. i3oa, bord supérieur), porte alors un petit clou à chaque indentation.
§ 48, — Le mode de formation de ce dépôt ne pourra être élucidé que par de nouvelles observations. On sait que les cristallites sont des mélanges moléculaires de corps différents; qu'ils naissent dans des solutions épaissies par des matières colloïdes ; qu'ils sont le produit d'une cristallisation troublée.
La première de ces conditions est certainement réalisée, dans les grottes, par les crues amenant des impuretés diverses en contacl avec les dépôts formés sur le sol; pourtant, la blancheur de certaines parties du givre calcaire d'Engihoul cadre mal avec semblable origine. De plus, le carbonate de calcium, qui se précipite dans les grottes, est toujours cohérent; seules les efflorescences du sol font exception et constituent des éléments isolés, libres.
C'est probablement à une formation de ce genre qu'il faut rattacher le dépôt de cristallites, plutôt qu'à un produit développé en plein liquide ; il est probable que ses éléments n^y resteraient pas longtemps séparés. En fait, j'ai trouvé des cristallites empâtés sous une croûte luisante, cristalline, jaunâtre, caverneuse, aux endroits mouillés par les suintements.
Les parties moins pures du dépôt, sont composées d'éléments analogues aux petites concrétions vermiculées, faites de sphérules associées, de grossières paillettes, végétant isolément sur les pierres qui ne sont qu'éclaboussées par les gouttes tombant du plafond. Tl y a peut-être là une indication sur leur origine.
§ 49. Les goors et ubs bassins de cbistallisation. — Ces vasques, de dimension oonsidërable parfois, sont lentement ëdifiëes par le ruissellement séculaire, ainsi que M. Martel le dit en termes excellents, dans le passage suivant, relatif aux « gours » de la Balme :
« La moindre saillie du sol primitif, arête rocheuse, relèvement du rebord d'une pente argileuse, bourrelet de sable ou cordon de cailloux suffit à Torigine pour provoquer en arrière de Tobstacle une retenue d'eau ; si faible que soit cette retenue, si légère que soit la saillie, il en résulte que, s'il y a des intermittences dans l'écoulement, le phénomène suivant se manifestera immanquablement au moment où le liquide cessera d'affluer : le carbonate de chaux, dont l'eau des grottes calcaires est sursaturé, commencera à se précipiter sur le relief, même à peine sensible, de l'obstacle; la couche d'eau, extrêmement mince, qui s'arrêtera sur la surface du bourrelet, sera bien vite saisie j pour ainsi dire, par l'évaporation... A la prochaine crue ou venue d'eau, celle-ci déposera une deuxième pellicule aussi fine, mais les siècles, répétant la manœuvre à l'infini, élèveront peu à peu ces étonnants barrages ou cuvettes qui se reforment, en définitive, de la même manière que les simples stalactites et stalagn^ites... Leur forme sera serpentine, en plan, selon les caprices de l'obstacle qui en aura formé la base originaire et à angle dièdre en profil, parce que l'eau en s'évaporant redescendra de part et d'autre de la crête. »
La coupe transversale radiale du rebord d'un petit gour plat^ de la grotte d'Engihoul, ayant la forme d'une assiette à soupe de soixante centimètres de diamètre environ, confirme la manière de voir du savant spéléologue. Elle est constituée d'une multitude de couches fibreuses superposées. Plusieurs vides, remplis d'argile très fine, marquent des périodes de crue.
D autres bassins sont le siège d'une cristallisation continue. Des bords, partent des cloisons qui se propagent vers l'intérieur, pour rejoindre des bouquets de cristaux arrivés jusqu'au niveau du liquide. Ils se découpent ainsi en petits golfes et en promontoires, frangés de cristallisations rayonnantes.
La section transversale verticale d'une de ces cloisons, à peine soudée dans le fond, mérite de nous arrêter un moment, parce que nous pouvons tirer de son étude la confirmation de certaines observations faites sur les stalactites.
Cette coupe a l'aspect de la figure i36; l'ancien contour, perdu durant le sciage, est restitué par un pointillé. Les deux faces étaient couvertes de pointements rhomboédriques remontants, fondus, vers l'intérieur, en une masse très résistante. Dans cette partie, elle est constituée de trois individus, dont l'un est séparé, par une suture mal jointe, des deux autres, qui ont une extinction presque commune, mais des clivages difiérents.
Des zones d'accroissement brunes, en arcs sensiblement parallèles, traversent indifiéremment les trois plages ; par contre, les striations dont ces arcs sont surtout formés, conservent une direction immuable, parallèle, dans chaque plage, à la direction d'extinction correspondant à l'axe principal.
Le pseudo-pléochroïsme marqué se manifeste par un maximum d'absorption
lorsque les fibres sont perpendiculaires à la section principale du nicol. Tous ces caractères sont bien ceux que nous avons reconnus dans les diverses cristallisations stalactitiques; seulement, la structure de la présente coupe est beaucoup plus grossière. Il suffit de comparer la figure i3ba aux dessins 28a et 46, qui sont à peu près à la même échelle, pour s'en assurer.
FiG. i36etji36a.
Un très fort grossissement établit que les fibres de la pièce que nous examinons maintenant sont des canalicules, des joints, remplis d'impuretés brunâtres, ou encore d'un liquide avec bulle ; la plupart ne paraissent contenir qu'un gaz. Les terminaisons successives des cristaux parallèles constituant cette masse sont aussi parfois soulignées par des inclusions, et l'on comprend que si ces pointements sont à peine visibles dans cette coupe à structure grossière, ils doivent échapper dans les sections des ergots, où la fibrosité est excessivement ténue.
Sous cette amplification considérable, on constate des traces d'un colorant brun clair, sépia, qui imprègne la calcite par places et contribue à augmenter le pléochroïsme constaté.
§ 50. — Dans certains de ces bassins, les cristaux peuvent se développer normalement; il est à prévoir qu'ils représentent les exemplaires les plus parfaits de ces groupements polysynthétiques tourmentés, qui végètent dans des conditions si spéciales sur les parois des cavernes.
Leur examen sommaire sera le complément naturel des descriptions précédentes.
Les cristaux de quelques millimètres, qui bordaient le cristallisoir rencontré à Ëngihoul, sont groupés parallèlement sur les deux faces de la cloison dessinée figure i36. Ils appartiennent à un rhomboèdre aigu, surmonté d un autre plus obtus. Ce dernier est e\ d'après le clivage; l'autre est également un inverse. Les mesures prises tant au goniomètre qu'au microscope (angles plans), sont sans
signification précise, à cause de la rugosité des faces et de leur courbure. Ces tâtonnements aboutissent à :
€ ? : e ? ar. culmin. =■ i lô» à 117® env.
Peut-être s'agit-il de e'^/^, inverse de c^, dont il va être question.
§ 51. — A Tilfï, M, Cosyns a découvert un bassin assez profond, bordé à difiérents niveaux de croûtes cristallines dont il a pu, en s'exposant à un bain désagréable, recueillir de bons échantillons.
Les tubes, qui plongeaient dans ce réservoir, étaient eux-mêmes munis de grosses masses de calcite, évasées vers le haut et toutes hérissées de cristaux analogues à ceux dont il me reste à parler
(fig. .37).
Pendant que je les examinais, M. Gesàro eut l'amabilité de me faire savoir que M. Arth. Abraham, l'épétiteur de minéralogie à l'Université de Liège, venait de découvrir un dirhomboèdre sur des échantillons de la même provenance.
De son côté, M. Abraham a bien voulu me communiquer ses observations, afin de les joindre aux miennes; je m'empresse donc Jde
transcrire, dans ce qui suit, la note qu'il m'a remise, concernant un de ces cristaux particulièrement net.
« Ce cristal est remarquable en ce qu'il présente la combinaison de deux rhomboèdres ayant même inclinaison sur l'axe ternaire vertical et sensiblement même développement. L'un d'eux, direct, a pour notation c^, l'autre, inverse, a pour notation e'^f^.
» A première vue, on est tenté de considérer cet ensemble dirhomboédrique comme un isoscéloèdre. Pour orienter ce cristal comme il doit l'être, il suflBt de cliver son sommet comme l'indique la figure i38. Projection orthogonale sur la face de façon à obtenir Une face p. L'arête d'intersection antérieure du prisme hexagonal.^ de Cette face avec le rhomboèdre e' est horizontale, ce
(dessin de M. Abraham). . . . .
qui vérifie l'orientation.
FiG. i38.
^ Les faces du rhomboèdre direct e^ sont bien miroitantes et bien planes et permettent des mesures d'angles précises.
» Quant aux faces du rhomboèdre inverse e '^/^^ elles sont ternes et légèrement incurvées à leur partie supérieure, ce qui rend la mesure des angles difficile.
» Ce dirhomboèdre est modifié par les faces peu développées du prisme hexagonal d^ donnant des images peu nettes.
» Rhomboèdre direct e^. — Angles qui ont servi à déterminer sa notation :
Donnés
Angles.
par
Des Cloizeaux.
Mesurés
pe^ adj.
îio 6'
eV ar. culmin.
li4*»io'
ii4°23'
eV sur d^
» Prisme hexagonal inverse d^ — Angles. qui ont servi à déterminer sa notation :
Donnés
» Rhomboèdre inverse e^/s. — Cette notation a été déterminée par la mesure
des angles suivants :
Donnés Angles. par Des Cloizeaux. Mesurés.
Angles.
par
Des Cloizeaux.
Mesurés.
d}e^ sup. adj.
d'e^ inf. adj.
d^d" adj.
eV» adj. (sur e*)
e"»e"»(sura(')
e'/ȉ('adj.
SaojV
» Remarques : i*" Les faces d^ sont à l'intersection des deux zones e^e^ et e'^lseVs. » 2° Les deux rhomboèdres e^ et eVs sont également inclinés sur Taxe ternaire, comme le prouvent les angles suivants :
Donnés
Angles.
par Des Cloizeaux.
Mesurés.
eV adj.
eV/^adj.
» Les valeurs marquées d'un astérisque dans ce dernier tableau n ont pas été mesurées directement, mais tirées respectivement des tableaux I (pe^) et III
{e^e'^ls sur c^). »
§ 52. — Les cristaux que j'ai examinés de mon côté, appartiennent à divers types. Le plus fréquemment, la zone prismatique est bien développée ; trois faces de e^ dominent et régnent même exclusivement. Elles sont défoncées et striées suivant les arêtes de combinaison avec les t^ correspondants. Les faces de é^ sont brillantes, mais inégales, au pointement libre; tandis que celles de l'attache sont très planes. La terminaison présente une troncature courbe sur les arêtes é\ qui n'est pas mesurable (^^/s?). D'ordinaire, elle s'étend jusqu'au sommet, parallèlement à l'arête, et constitue alors é^ (fig. 139a). En effet, les mesures donnent :
\^ cristal : e^ : e' = 57*4' (moyenne de onze mesures).
3« cristal : c^ : «' «= 57*1 3' (moyenne de six mesures).
Cale. 57*5'.
Fig. 139.
Fréquent aussi est le pointement p^ très développé sur certains individus (même plus que sur fig. \i^h) et d'une pureté telle, que le résultat de la mesure est identique à la valeur calculée :
Les faces d^ ^ du deutéroprisme, sont parfois assez lisses; lorsqu'elles apparaissent nettement, elles effacent presque trois des faces étroites et courbes du protoprisme e^. Elles ont des inégalités diverses et présentent volontiers la striation habituelle, parallèle aux arêtes en zigzag à^p. Les mesures sont néanmoins suffisamment précises ; on a par exemple :
d':d' ^ 5g*49' c^ d" : = 3o** env.
cale. 60°.
cale. 3o*».
Ces cristaux reproduisent, par conséquent, la combinaison des mêmes formes que chez les stalactites (déjà représentée fig. i, en bas, à droite), moins tourmentée, mais imparfaite encore, par suite des lentes fluctuations du niveau de l'eau des cristallisoirs et des variations dans la nature du liquide qu'ils reçoivent.
La première cause détermine des arrêts et des reprises de la cristallLsation, raar-
qués sur bien des cristaux par la présence d'un deuxième individu, greffé sur ceux de première formation; beaucoup s'évasent en trémies.
Ce sont encore des bâtonnets triangulaires, de quelques millimètres de longueur, à terminaisons répétées, courbes, aux arêtes desquels on retrouve e^ inférieur, méconnaissable presque, ainsi que e^ et p supérieurs, mesurables (fig. 140).
UO. \h\.
Fig. 140 et 141.
Lorsque la troncature terminale a} apparaît, elle constitue une trémie de profondeur variable (fig. 141).
Parmi les types évasés en pyramides triangulaires creuses, on en rencontre qui sont à rapporter à une moitié inférieure de é^ (fig. 142). Elles sont bordées, à la partie supérieure, d'une fine lame p et remplies de pointements microscopiques également p supérieur, puisqu'ils miroitent à l'unisson avec le clivage.
Le prisme é^ est plus ou moins indiqué, tandis que e^ inférieur a des faces répétées, qu'on reconnaît à leur angle de 3i° environ avec le clivage p. Les trois faces les plus développées sont indéterminables, tant elles sont bosselées ; par comparaison, je les note e^ inférieur, avec doute.
Dans une revision des échantillons, j'ai trouvé des petits tronçons de tubes, de quelques centimètres de longueur, dont le bord était garni des mêmes pointements
dendritiques ^, donnant également, à la mesure, la valeur exacte de Pangle culminant du primitif.
Les calices, ayant aussi la forme de pyramides triangulaires, mais chez lesquels les plans de clivage p inférieur correspondent aux grandes laces, sont assimilables à une moitié inférieure de e^. Ils sont constitués d'une foule de sous-individus (e'?), orientés presque parallèlement, dont beaucoup sont terminés par des facettes c^, parfois assez grandes (fig. 143). Le bord supérieur est finement dentelé de pointements p brillants; certains exemplaires ont des traces de prisme e^. Quant à Tévidement central, il constitue un cristallisoir en miniature, au fond duquel se di-essent des bâtonnets triangulaires isolés, parallèlement orientés, terminés par e' supérieur assez net, avec troncature;? brillante (fig. 143; Tintérieur, vu de dessus, est figuré d'après un autre cristal).
/Si.p.
A suf>*
ri
1 inf.
cw^^l/. ^\j /
Fig. 14a.
Ces élégantes corolles tapissent, de leurs groupes divergents, les croules de calcite des bassins de cristallisation ; elles sont toutes coupées par un même plan, quelle que soit leur inclinaison. Par leur disposition et par leur forme, elles rappellent de près celles que Des Cloizeaux a trouvées dans une galerie abandonnée des Eaux- Bonnes (Basses-Pyrénées). Le savant cristallographe les décrit ainsi dans son Manuel de Minéralogie (t. II, p. 116) :
(K Celte croûte se compose de grosses baguettes creuses terminées, du côté de la surface libre, par un prisme Irièdre e^ et par le rhomboèdre e^ qui est profondément tronqué par une base triangulaire a^ Les bases de tous ces cristaux, complètement évidées au centre ou seulement comme vermiculées par un burin qui n'aurait réservé qu'un bord étroit et régulier, sont sensiblement alignées sur un même plan, ce qui leur donne l'aspect d'un cliché typographique. »
^ 53 Estimation de l'âge des stalactites. — Les circonstances ne m'ont pas permis?d'observer, sur place, des faits utiles à la solution de ce problème, objet de bien des controverses. Quelques déductions peuvent cependant être tirées des observa tions^.réunies dans le présent travail.
A Han, on admet que l'accroissement de certaines stalagmites est moindre que l'épaisseur d'une petite monnaie, par an (un millim. env.), ce qui paraît considérable relativement aux constatations rappelées par Volger : en treize années l'écriture tracée sur des incrustations était seulement recouverte d'une sorte de vernis, et l'on calcule que, dans les grottes d'Adelsberg, certains dépôts puissants auraient exigé de 77 à 128 mille ans pour leur édification.
émf.
FiG. 14^.
A l'aven Armand, où le suintement est actif, M. Martel a constaté que des noms inscrits au crayon et gravés au couteau sur le sommet plat d'une stalagmite n'avaient subi, aprèsjun an, qu'une altération à peine appréciable à l'œil nu.
Suivant Farrer et Dawkins, l'accroissement de la circonférence d'une stalagmite, observé, de 1845 à 1873, à Ingleborough cave, se faisait à raison de 7,66 millimètres par an.
Dans une note bien documentée et d'une savante discussion, comme le soni tous les travaux de M. S. Giinlher, se trouvent de bons exemples de croissance rapide de stalactites dans des constructions souterraines. Ces formations, dont M. Stan-
Meunier a récemment donné une description, se développent parfois dans un court espace de temps. Les observations précises de M. F, Adami, citées par M. Giinther, donnent, en chiffres ronds, i mètre de longueur pour vingt années, soit 5 centimètres par an.
Je pourrais citer des faits analogues.
M. Adami a même réalisé des stalactites artificielles, en laissant écouler de l'eau calcaire, d'un récipient dont l'ouverture était incomplètement close par un chiffon ; en s'échappant goutte à goutte, la solution créa une tige de calcite de 5 centimètres de longueur, en deux mois.
Si les estimations faites dans les grottes, ont le désavantage d'être imprécises, les mesures relevées dans les bâtisses et les laboratoires ont l'inconvénient de se rapporter à des objets nés dans des conditions fort peu comparables à celles que réalise la nature.
On admet que les eaux chargées d'acide carbonique, qui agissent sur les calcaires naturels, proviennent de la couche végétale recouvrant le massif dans lequel une grotte est creusée; pour certains auteurs, c'est même une condition sine qua non. Dans les constructions, il n'^ a rien de comparable et la composition de la matière qui fournit la solution calcique est sans analogie dans les deux cas : d'un côté on a des calcaires, des dolomies, avec traces de silice, d'alumine, d'oxydes de fer, etc. ; de l'autre, on ne trouve que le mortier de Tédifice qui puisse fournir la matière des stalactites, c'est à-dire un silicate de chaux et d'alumine, avec magnésie, oxydes de fer, etc.
L'élaboration du liquide cristallisable est certes fort différente de part et d'autre; la façon dont il entre en contact avec l'atmosphère, et se vaporise, ne l'est pas moins. En résumé, il n'y a de similitude que dans le mode de croissance et dans la forme extérieure.
Les meilleurs points de repère, pour ces évaluations si difficiles, sont les mesures de M. Rfiz. Par ses consciencieuses études sur les grottes de la Moravie, ce spéléologue précis nous donne quelques valeurs d'accroissement des dépôts calcaires, comme première estimation et en insistant sur la nécessité de répéter les observations. Voici celles qui peuvent nous être utiles.
Ayant mesuré la quantité de liquide débité par une stalactite et la quantité de matière qu'il abandonne à l'évaporation, M. Kriz trouve :
par jour 1728 centimètres cubes.
par an 63 1 litres.
Chaque litre donnant o8'i5 de résidu calcaire (avec un peu de silice et d'oxyde de fer), le dépôt sera :
en I an, ()4.5 grammes.
• » 10 ans, 945.0 —
Partant de là, une colonne comme la « Denksaule » de la Slouperhohlc, qui a plus de 2'°5 de haut et un poids approximatif de 358 kilogrammes, aurait demande trois mille huit cents ans environ pour s'édifier.
Dans la même grotte on a brisé, en 1880, des stalactites de l'épaisseur d'un tuyau de plume (« kielfederdicke Stalaktiten »); en octobre 1891, après dix ans, elles avaient repoussé de 3 à 4 centimètres.
Des remblais accumulés en 1881 étaient couverts, après dix ans, d'une couche de 2 à 3 millimètres d'épaisseur.
Dans la Vypustekhbhle, un endroit creusé en 1879-1880 avait reçu, après quatre années, un enduit de i millimètre d'épaisseur.
Un montant en bois, placé en 1864 dans la Ochozerhbhle, s'était recouvert, en 1882, donc après dix-huit ans, d'une croûte de calcaire de 3 millimètres d'épaisseur.
Les trois dernières de ces observations paraissent concluantes au point de vue de la lenteur avec laquelle se constitue le plancher stalagmitique. La première, concernant les stalactites, plus précise encore, me semble discutable cependant. Le chiffre de o,i5 de résidu par litre, fourni par les mesures, est probablement trop élevé pour l'application qu'on en fait; il demanderait certainement à être réduit, si l'on voulait l'utiliser pour d'autres calculs.
La stalactite ne retient qu'une partie, probablement très minime, des ok^^iS de la solution qu'elle débite; le reste est employé à la formation de la stalagmite. Celle-ci, à son tour, ne fixe pas toute la matière, puisqu'il y a encore dépôt sur le plancher stalagmitique et concrétionnement plus loin. De façon générale, il n'est pas établi que toute la matière solide amenée par l'eau en un jour, soit déposée durant ce laps de temps.
Nous pouvons arriver, relativement à certaines stalactites, à une appréciation que je crois plus juste, grâce au soin avec lequel M. Kfiz a réuni ses renseignements. Par sa deuxième observation, nous apprenons que les stalactites « épaisses comme un tuyau de plume » — par conséquent semblables aux tubes de nos grottes — avaient repoussé de 3o h 40 millimètres en dix ans. Cherchons à quelle quantité de matière cela peut correspondre. Dans ce but, prenons les poids de fragments de longueur connue, de ces stalactites, et réduisons-les à l'unité de longueur, soit le millimètre. On trouve :
Tube jaunâtre; enveloppe mince ... 17 milligrammes par millimètre.
— laiteux; — . . . ig — —
— en spath ; enveloppe plus épaisse .20 — —
— — à canal excentrique . . 26 — — Baguette, jaune, mince 26 — —
— avec assez grand canal ... 27 — — Tube, gros, passant à une baguette . . 32 — — Baguette, grosse, canal excentrique . . 35 — —
— mince, petit canal excentrique 35 — — ^— grosse — 37 — —
Un gros tube ne dépasse pas 37 milligrammes par millimètre courant^ soit 37 grammes au mètre, valeur qui concorde avec une première estimation déjà donnée (fin § 3). Dès lors, les 40 millimètres de régénérntion, établis par l'observation ci-dessus, correspondent à :
oP'o?7 X 40 nim. «= 1.48 grammes.
ou, en chiffres ronds, i gramme et demi en dix ans; ce qui fait :
en 100 ans : iS grammes, en 1,000 ans : i5o —
Cette évaluati >n, qui est admissible pour les stalactites tubulaires, ne pourrait être appliquée, sans plus, à tous les échantillons; chacun mériterait une étude particulière, tant les condition» peuvent changer, d'un point à Tautre, dans une grotte. Admettons, pour rester dans les exemples cités, que la colonne de la Slouperhbhle reçoive de tous côtés de la solution incrustante par Fextérieur; celle-ci, étalée sur une large surface exposée à l'air, déposera beaucoup plus de calcaire que le liquide circulant dans les tubes. Les conditions se rapprocheraient de celles qui servii-ent de base au calcul de M. Kriz^ sans les atteindre cependant.
Que conclure, si ce n'est que les stalactites croissent avec une excessive lenteur? Elle nous est attestée par le mécanisme de leur cristallisation et par la parcimonie avec laquelle la solution nutricière est déversée à la surface des appendices volumineux et des renflements coniques dont elles sont chargées. Que l'on parte des chiSres qui viennent d'être obtenus, que l'on prenne des taux d'accroissement plus considérables, on trouvera que beaucoup de ces fragiles barreaux, que l'explorateur brise par douzaines pour se frayer un premier passage, ont demandé plusieurs siècles à s'édifier.
Il n'y a pas de relation à établir entre ces appréciations et l'âge des cavernes elles-mêmes. Leur creusement, surtout déterminé par la dissolution, a exigé un temps qui échappe au calcul et pendant lequel leur parure s'est bien des fois renouvelée.