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CONCLUSIONS

Les grottes belges n'ont pas le privilège exclusif de posséder les cristallisations dont on vient de parcourir la description générale; mais, dans la plupart des cavernes explorées et exploitées, elles ont eu tant à souffrir des visiteurs et des modifications introduites dans le régime de leur milieu, qu'elles y sont fort rares. Celles que renferme notre sous-sol comptent certainement parmi les plus belles.

Les renseignements sommaires sur des formations analogues, réunies dans le présent travail, mentionnent tous le même habitus cristallin chez les calcites fistulaires : les trois rhomboèdres e\ e^ et p. Les autres formes se mettent moins en évidence; ce sont : d\ (P, e^ et e^/5.

Ce résultat vient d'être confirmé encore par de récentes observations sur les stalactites de Potter Creek cave en Californie, qui me parviennent à temps pour être mentionnées. M. A. S. Eakle y signale les terminaisons rhomboédriques 4R et — 2R, donc e^ et e\ avec des angles arrondis par un scalénoèdre (probablement (P).

Une « livrée » spéciale, suivant un terme du savant lithologiste F. Becke, est imposée à ces cristallisations, malgré les conditions variables, évidemment, dans lesquelles elles se trouvent placées. Le seul facteur constant étant la lenteur de la cristallisation, c'est à elle, probablement, qu'est due la similitude constatée.

Si ces trois formes cristallines revêtent les aspects les plus inattendus, c'est que la stillation, la capillarité interviennent sans relâche pour imprimer au cristal telle ou telle apparence extérieure. En outre, ces cristaux offrent la particularité de pousser à l'extérieur de la paroi poreuse du vase qui contient leur solution mère. Celle-ci, ne leur est amenée que par un canalicule ménagé dans Tédifice cristallin relativement volumineux, dont l'accroissement se trouve être à la merci de quelques gouttes de solution.

D'autres sont le résultat d'un mouillage externe et même d'une imbibition par des joints et des craquelures. Il en est, enfin, pour l'édification desquels ces actions ont combiné leurs effets.

Dans un ordre d'idées différent, les cristallisations des cavernes nous disent que tout n'est pas caprice du hasard dans la genèse des colonnettes, lambrequins et vasques, dont ces antres sont parés. Beaucoup de ces ornements ont pour origine des édifices moléculaires soumis aux lois de symétrie, et ce n'est qu'avec

le temps que les cristaux qui leur servirent d'amorce disparaissent, empâtes par le ruissellement.

Devenue puissante par le nombre, la goutte d'eau — dont le rôle avait été important, mais dissimulé — régit ouvertement la transformation du décor. Si elle reste inapte à modifier Tarrangement moléculaire, elle lui ravit de plus en plus ses apparences géométriques extérieures. Déjà au début, elle lui imposait un aspect particulier : car, c'est la goutte qui fixe le diamètre constant des tubes; c'est elle aussi qui maintient la faible épaisseur de ces draperies, dont on admire la translucidité; c'est elle encore qui oblige le cristal à se faire clochette, gargouille ou fil. Et, dans toutes ces excroissances, chaque goutte, peut-on dire, marque une trace indélébile, par la couche laiteuse, courbe, qu'elle superpose à la structure cristalline régulière.

Ces cas téralologiques du règne minéral sont susceptibles de fournir d'utiles contributions à la cristallogénie, comme la tératologie du monde organique éclaire certains faits relatifs aux êtres normaux.

S'il est permis de parler de « végétations »^ de calcite, simples formes imitatives analogues à celles dont les minéraux offrent d'autres exemples, ce ne sont pas encore les fils et les ergots de nos grottes qui nous aident à comprendre le lien réunissant certainement l'inorganique à l'organique. Ils nous apprennent, par contre, que '« l'individu » minéral de grande taille est moins sensible à certaines influences qu'on pourrait le supposer : ce n'est ni la pureté chimique absolue de la solution nutricière, ni son repos, ni le cristallisoir confortable qui importent; c'est plutôt l'absence d'une contamination physique du liquide, et le temps, qui sont les facteurs nécessaires à la croissance des grands cristaux.

Les géants parmi les minéraux, les quariz de plusieurs mètres, les rutiles du volume de la tète, ne sont point le résultat de « venues » extraordinaires, « d'injections » tumultueuses; ils sont l'œuvre de la patience multiséculaire de la nature. Aux lubes stalactitiques des grottes pendent de volumineux appendices, faits d'un seul cristal né par une simple humectation, par lesquels nous touchons du doigt le mécanisme de ce développement graduel et très lent.

C'est donc à des titres divers que l'étude des stalactites et des stalagmites mérite d'être continuée, en s'aidant des méthodes perfectionnées modernes. Il est à espérer que les spéléologues, que leur hardiesse rend souvent les seuls admirateurs des merveilleuses efïlorescences souterraines, consacreront une partie de leurs efforts à les récolter méthodiquement et à les décrire de façon précise.

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