INTRODUCTION
Depuis ces dernières anaëes, l'ëtude détaillée des couches carbonifères par les méthodes paléontologiques a montré la haute importance d'une connaissance plus précise de Tembranchement des Coelentérés.
Afin de contribuer pour notre part à une détermination exacte des espèces de ce groupe, nous avons entrepris de nouvelles recherches sur les polypiers du Calcaire carbonifère de la Belgique.
Avant d'exposer les résultats auxquels nous sommes arrivé dans cet ordre d'idées, nous donnerons un court aperçu critique des travaux sur les polypiers
(i) Mémoire déposé au Ministère des Sciences et des Arts, à Bruxelles, le 31 janvier 1910; couronné le 18 juin 1910 par le Jury du Concours interuniversitaire des sciences minérales, qui a proposé Timpression aux frais de l'État; présenté à la séance du 19 juillet 19 10, publié sous les auspices du Ministère des Sciences et des Arts.
carbonifériens, et particulièrement ceux qui intéressent la Belgique, depuis le dernier mémoire de De Koninck sur la matière (i). On trouvera à la suite de cette introducrion une liste alphabétique de ces travaux par noms d'auteurs.
Loi*sque, en 1872, De Koninck publia ses Nouvelles recherches sur les Animaux fossiles du terrain carbonifère de la Belgique, les méthodes de préparation de plaques minces étaient encore à leurs débuts. Aussi borna-t-il généralement ses diagnoses et descriptions des polypiers fossiles aux seuls caractères externes : la forme générale, Faspect du calice, le nombre et la grandeur relative des cloisons, les caractères de la fossette dans le calice, le dernier plancher, etc. Cette méthode était défectueuse par plusieurs endroits; négligeant totalement la structure interne, elle ne pouvait discerner sûrement, dans l'extrême variabilité des aspects extérieurs, la part de l'accidentel; de là, une multiplication anormale des espèces et une difficulté extrême pour classer d'après ces descriptions; de là aussi le peu d'utilité que pouvaient présenter des espèces aussi « artificielles » pour l'établissement d'une série d'horizons paléontologiques déterminés.
Un autre inconvénient de la méthode, et très grave, était d'exiger, pour la détermination, des échantillons extraordinairement bien conservés et dégagés, avec calice intact. Par conséquent, le plus grand nombre des exemplaires de polypiers fossiles de notre Calcaire carbonifère ne pouvait être spécifiquement analysé : nouvel obstacle à une étude sérieuse de paléontologie stratigraphique.
De Koninck lui-même se rendait compte des imperfections notables de ses descriptions, et, dans ses Nouvelles recherches (2), annonçant les efïorts de J. Thomson, H. Woodward et Harkness pour confectionner des sections dans les polypiers carbonifères, il regrette vivement que leur travail ne soit pas déjà connu et qu'il ne lui soit pas donné d'en profiter, afin d'éviter ainsi les lacunes que ses recherches ne manqueraient pas de présenter dans quelque temps.
Ce travail, J. Thomson le réalisa d'abord avec la collaboration d'AUeyne Nicholson. Dans une série de notes parues en 1875-1876, ils entreprennent, au moyen de coupes transversales et longitudinales, un nouvel examen des principaux types de polypiers paléozoïques. Sans s'arrêter à distinguer les espèces entre elles, ils mettent bien en relief les caractères distinctifs, dont plusieurs avaient été n(*gligés jusqu'alors, des grands genres Ajiiplexus Sowerby, Zaphrentis Ratinesque et Clifford, Cjathophjllum Goldfuss, Diphjphjllum Lonsdale, Lophophjllum Milne-Edwards et Haime, Lithostrotion Lhwyd (1699), Lonsdalea
(r) De Koninck, Nouvelles recherches sur les animaux fossiles du Calcaire carbonifère de la Belgique. (Além. de l'Acad. royale de liclgiqtie, t. XXXIX, i«S72.) — L'introduction de cet ouvrage donne une vue d'ensemble sur les travaux actinologiques antérieurs
(2) De Koninck, op. cit., p. 4.
M'Coy, Clisiophjllum Dana; puis des deux genres crées antërieurement par Thomson Rodophyllum et Aspidophyl lum. Enfin, ils créent trois genres nouveaux : Acrophyllum, Dibunophyllum et Koninckophjllum, que les auteurs postérieurs ont conservés.
Ensuite J. Thorason seul continua l'étude des polypiers du Carbonifère, principalement de l'Ecosse, en entrant celte fois dans le détail des espèces et les illustrant de coupes très remarquables.
Ses descriptions des différents genres de la famille des Clisiophyllides méritent surtout de fixer l'atteulion, et leur intérêt s'accroît encore de l'importance que ce groupe est destiné à acquérir dans l'élude des zones supérieures du Carbonifère.
^ous aurons à nous occuper également de son mémoire On the Gênera Calophyllum and Campophyllum (iSçS), où Thomson discute longuement l'extension de ce dernier genre. De très nombreuses conpes, que l'auteur a eu la patience de dessiner lui-même, sont autant de documents précieux pour les recherches ultérieures; leur valeur cependant aurait considérablement augmenté si Thomson avait photographié directement ses coupes; le dessin, en l'espèce, a toujours quelque chose de trop schématique, et, malgré lui, le dessinateur se laisse influencer par l'interprétation que sa pensée donne à certains caractères; nous aurons l'occasion de montrer le bien-fondé de cette critique.
En 1888, à l'occasion de la description d'une forme nouvelle de Favositide du Calcaire carbonifère trouvée à Argenleau, J. Fraipont étudie les affinités des genres Favositides, Emmonsia^ Pleurodictyon et Michelinia. Il insiste à juste titre sur l'inanité d'une description des caractères extérieurs seuls, (c La distinction entre Zoanthaires..., dit-il, ne peut guère se faire que par l'étude de la structure interne des polypiers. »
Les polypiers du Calcaire de l'Oural et de la Russie donnèrent lieu à trois mémoires de M. A. Stuckenberg abondaramenl illustrés. Les coupes sériées font défaut dans cette étude, qui crée quatorze genres nouveaux et donne cent vingt-trois nouveaux noms d'espèces.
Nous de\ons à M. le D' A. Vaughan, de Bristol, toute une série de travaux sur le Calcaire carbonifère et . particulièrement sur ses polypiers. En 1905, M. Vaughan publia une division du Calcaire carbonifère d'Angleterre en Horizons paléontologiques [\). Basée sur la répartition des polypiers et des brachiopodes, sa Palaeontological Séquence a le grand mérite de se retrouver sur le continent, comme M. le D"" A. Vaughan nous l'a fait constater à nous-même au cours d'une excursion dans la vallée de la Meuse, en août 1909.
(i) A. Vaughan, Ouater ly Journal Giolog. Soc, vol LXl, part. 2, Hy05, p. 186.
Oa trouvera ci-après le tableau de ces divisions : nous avons complété celui que IM. Vaughan dressait en 1905, à l'aide de ses travaux plus récents f i).