‹ Les causes de la folie, prophylaxie et assistanceChapitre 17 sur 62 · MERE · texte numérisé non relu

MERE

1" Fille, M'" L..., déli-

12' Garçon inlelligent, ni:)rt d'a-

nerveuse, émo-

rante par persécu-] poplexie à 24 an?

Pas d'enfanls.

tive, en raison

lion, s'est suicidée. . (IS" Garçon, imbécile compliit.

surtout des

. erotique, kleptomane . . .

Id.

craintes que

Il 4° Garçon, artiste, extravagant,

lui inspirait

erotique, mobile, bizarre. .

Id.

son mari.

1 15° Garçon, névropatbique, mort

S" Garçon, simple d'es-j

dans un .accès de folie fu-

prit /

Id.

16° Fille, disparue depuis long-

9" Garçon, soupçonneux.

Néant.

hypoclioiidriaciue.

n'a jamais voulu

vivre avec sa femme. 10. Garçon, bypochon-

Id.

driaque, alleint de

semi-imbécillité. . .

id - .

Id.

A) DouTRRiîKNTE. Etuilc généalogique, ouvr. cité, 385.

Les signes physiques et psychiques de la dégénérescence que je viens de passer en revue s'observent surtout chez les prédisposés héréditaires et congénitaux, et ils sont quelquefois accumulés chez le même sujet ('). Mais les stigmates mentaux, l'émotivité morbide notamment, peuvent aussi survenir chez des individus jusqu'alors indemnes et qu'une maladie grave ou un traumatisme a fait tomber dans la dégénérescence, peut-être par l'intermédiaire de la neurasthénie.

La dégénérescence n'atteint pas seulement l'individu, mais les descendants, en suivant une marche progressive de génération en génération. Morel (^), qui a établi cette loi, avait imaginé une sorte de hiérarchie morbide qui comprenait quatre classes. Dans la première, les sujets issus de nerveux, d'excentriques simples, pouvaient déjà présenter des délires plus ou moins durables ; dan¥ la seconde, les individus étaient surtout atteints de délire des actes, et leurs idées morbides avaient de la tendance à se coordonner et à devenir incurables. Dans la troisième, les instincts vicieux et les tendances psychopathiques étaient très précises et une variété de stupeur démentielle (idiotisme), survenait à l'occasion des causes les plus légères. Enfin, la quatrième classe comprenait les imbéciles et les idiots, les derniers représentants inféconds de leur race, qui s'éteignait après eux.

M. Magnan, qui a accepté plus tard cette idée générale, a ajouté aux idiots, imbéciles et débiles de Morel, le groupe des dégénérés supérieurs. Ceux-là sont intelligents et quelquefois ont de brillantes facultés (^), mais ils manquent de pondération et sont tout aussi déséquilibrés. D'après cet auteur, la caractéristique de la dégénérescence mentale serait la dissociation des divers centres psychi" ques et moteurs (^) ; d^où les obsessions, les impulsions, les actes extravagants.

La dégénérescence pourrait enfin imprimer aux états psychopathiques, des caractères particuliers. Morel admettait que d'ordi-

(1) Magnan. Ânn. méd. psych., 1885, II, 23o. — Magnan et Galippe. Sociéti de Biologie, 30 juillet, 1892.

(2) Morel. Traité des malad. ment., 1860, o73 et suiv.

(3) Magnan. i/m. merf. ps^e/i., 1886, III, 94.

(4) Magnan. Ann. méd. psych., 97 et suiv. ■

naire l'hérédité se retrouvait d'une façon plus ou moins constante dans l'étiologie des psychoses. Mais parfois, elle était pour ainsi dire accumulée et pouvait alors produire des trouhles mentaux spéciaux, cju'il a nommé les folies héréditaires (^). Dans ce cas, l'hérédité était cause efficiente de l'aliénation, qui se distinguait alors par des caractères particuliers, l'explosion subite du délire sous l'influence de la moindre cause déterminante et sa cessation subite, et, d'autres fois, par fixité des conceptions morbides ou la perversion instinctive.

M. Magnan a repris, avec Legrand du Saulle ('), cette doctrine qu'il a faite sienne (•^). Les dégénérés sont des aliénés chez lesquels l'accumulation de l'hérédité ou d'autres causes moins connues ont produit un état de grande déséquilibration intellectuelle. C'est ainsi qu'ils n'auront pas d'ordinaire des accès de manie et de mélancolie à marche continue et avec une certaine intensité des symptômes. Leurs délires ne sont pas fortement systématisés. Les idées de persécution, par exemple, ne se coordonnent pas comme chez les délirants chroniques ("), mais sont très mobiles et ne suivent pas une marche progressive ; d'autre fois, ce seront les persécutés persécuteurs sans hallucination de Falret ('). Ils sont au contraire sujets à des boutlées délirantes, qui éclosent et disparaissent comme des feux de paille, et leurs conceptions morbides sont le plus souvent polymorphes, empruntant des éléments variés à des idées religieuses, hypochondriaques, erotiques, de grandeur et autres. L'obsession et l'impulsion avec conscience, seraient encore des caractères importants de la dégénérescence mentale.

L'exposition de ces idées (^), à la Société médico-psychologique de Paris, rencontra des approbateurs plus ou moins réservés,

(1) MoREL. Traité des malad. ment., 1860, «13 et suiv.

(2) Legrand du Saulle. La folie héi-éditaire importante de la dégénérescence mentale, Gazette des Hôpitaux, 1873.

(3) Magnan. Ann. méd. psych., 1886, III, 91 et suiv. — Legrain. Du délire che:: les dégénérés. Th. Paris, 1886. — Saury. Étude clinique sur la folie héréditaire, 1886. — Magnan et Legrain. Les dégénérés.

(4) Magnan et Sérieux. Le délire chronique, Encyclopédie des Aide-mémoire.

(5) Pottier. Et. sur les aliénés persécuteurs. Th. Paris, 1886.

(6) Ann. méd. psych., 1886 et 1887.

mais aussi des contradicteurs. Le terme d'héréditaires appliqué aux dégéuérés, dont beaucoup pouvaient n'être que des congénitaux (Boucliereau, Cotard), a été discuté. Mais ce n'est là qu'une affaire de niot. La théorie vise plus loin. La dégénérescence imprime-t-elle un cachet spécial aux troubles psychopathiques qui, le plus souvent, surviennent chez des héréditaires? Mais alors, comment justifier l'autonomie de ces aliénations spéciales? On ne peut dire que ces folies dites héréditaires se caractérisent par le fait qu'elles surviennent chez des sujets dont les familles présentent de lourdes tares névropatliiques, puisque c'est là une condition écologique presque générale en pathologie mentale, et que, d'autre part, certains dégénérés peuvent, selon l'expression de Lasègue, hériter d'eux-mêmes. Les antécédents familiaux n'ont donc pas une grande valeur critériale; et caractériser ce groupe nosologique par des caractères cliniques, c'est, a-ton dit, faire une pétition de principe. Car ces délires soi-disant spéciaux et ces syndromes épisodiques se rencontrent dans tant de circonstances variées, qu'il faudrait d'abord prouver qu'ils n'apparaissent que chez des sujets profondément tarés. Or, la preuve est difficile à faire, car la mesure de cette tare profonde n'existe pas.

Et cependant, il n'est pas niable que les types cliniques de M. Magnan sont vrais et méritent d'être conservés. Parmi la foule d'aliénés, certains se distinguent parleur déséquilibra tion profonde- Et il est logique d'admettre que si ces individus délirent d'une façon plus incohérente, moins raisonnable en quelque sorte que les autres, c'est que leur cerveau est réellement anormal, inégalement développé. Mais le difficile est de grouper ensemble ces malades, de les distinguer des autres. Sur quoi s'appuyer pour légitimer la constitution de cette classe de psychopathes ? Sur les caractères de leur délire? Mais c'est justement ce qu'il est question d'isoler des autres vésanies.

Il faut donc montrer que ces états délirants ne surviennent que chez des sujets différents des autres. Différents en quoi? Par les tares biologiques plus nombreuses? Or, plus on fouille les familles des aliénés, plus on y constate, quelle que soit la forme vésanique, des antécédents névropatliiques (').

(1) Par leurs tares individuelles? mais elles sont si répandues.

En résumé, il doit exister et il existe certainement des individus plus dégénérés que d'autres ; mais le difficile est de leur trouver des caractères communs et spéciaux, surtout si l'on veut les rechercher dans l'hérédité morbide. Et ce qui est vrai aussi, c'est que tous les aliénés, tous les névropathes, tous les individus fortement atteints dans leur système nerveux, ont des cerveaux invalides et sont des déséquilibrés, des dégénérés, au sens du mot; c'est ainsi que l'entend M. Jofïroy.Les folies au type le plus pur (?),à la marche la plus régulière, ne peuvent se développer que dans des cervelles plus ou moins débiles.

Il faut donc élargir provisoirement le sens de la dégénérescence, tout en essayant d'y établir des catégories. C'est d'ailleurs revenir aux premières idées de Morel ('), qui écrivait en 1857 : la folie est, (( dans la presque généralité des cas, un état de dégénérescence ». On doit considérer cette dernière d'une façon vague et générale, comme la déviation du type normal anatomique et physiologique, dont les malformations, les anomalies fonctionnelles, l'émotivité morbide, l'incapacité de l'adaptation au milieu et la tendance à la stérilité sont les manifestations principales.

A ce titre ('), les aliénations mentales, les névroses, les maladies nerveuses organiques, et aussi les syndromes diathésiques qui trahissent des troubles de la nutrition, aussi importants, quoique cachés, qu'un stigmate morphologique, tous ces phénomènes morbides doivent entrer dans la dégénérescence. Elle est la mère commune de toutes ces lésions, car elle porte son action sur tous les tissus et tous les appareils et principalement sur le système nerveux, qui tient sous sa dépendance tous les autres.

M. Joffroy comprend de la sorte la dégénérescence qui peut se manifester par la plupart des maladies nerveuses et mentales. Il a montré récemment (^) que l'on devait considérer l'hystérie, non pas comme associée fréquemment à la dégénérescence, mais comme étant elle-même une forme de cette dernière. Cette synthèse explique le plus clairement les parentés morbides que j'ai essayé d'établir au cours de ces derniers chapitres.

(1) Morel. Traité des déjjénérescences, 1857. 345.

(2) .loFKROY. Congrès des médecins aliénistes et neurologistes (Session de Clermont-Ferrand, 1894).

(( La dégénérescence, dit M. le P^^' Joiïroy('), ou en d'autres termes, la malformation congénitale du système nerveux, provoquée par une hérédité plus ou moins lourde, plus ou moins longue, ne frappe pas, n'atteint pas tous les appareils également. Chez l'un ce sera surtout et peut-être exclusivement l'appareil moteur qui sera atteint; chez l'autre, l'appareil intellectuel; chez le troisième, l'appareil trophique ou sensitif. Souvent aussi, ces différents appareils seront atteints simultanément et à des degrés variables, de manière à réaliser des combinaisons très diverses. De telle sorte que les dégénérés forment, non pas un petit groupe restreint et isolé au milieu de l'aliénation mentale, mais une famille excessivement nombreuse, dont chacun des membres se présente avec sa physionomie individuelle. Tous, cependant, sont réunis par ce lien commun, à savoir que leur système nerveux, présentant des points d'une résistance insufTisante, sera presque fatalement atteint d'un trouble organique ou fonctionnel, lorsque l'occasion se présentera. La fatalité pèse sur ces sujets .

» Ainsi comprise, la dégénérescence s'étend sur toute la pathologie mentale, sur la plupart des affections nerveuses et aussi sur la plupart des maladies dues à un trouble de la nutrition (arthritisme, diabète, rhumatisme chronique, goutte, etc. ».

On peut encore se demander quelle est la cause prochaine de la dégénérescence chez l'individu et dans les familles. Lorsqu'elle est acquise, que survient-il dans la constitution du sujet? L'accident pathogénique a-t-il déterminé une sorte de fatigue chronique, d'épuisement nerveux durable? Ce n'est là qu'une hypothèse et une hypothèse un peu vide.

Mais lorsque la dégénérescence passe de l'individu à ses rejetons, faut il voir là une transmission héréditaire? On a vu plus haut que cette explication ne serait pas tout à fait exacte. Le plus souvent, il n'y a pas d'hérédité au sens biologique du mot.

M. Féré (^) a proposé une explication qu'avait déjà entrevu Morel. Dans la plupart des cas où la dégénérescence semble se transmettre des parents aux enfants, il y aurait une interruption de l'hérédité

(1) JoFFROY. De la folie choréique, Semaine médicale, 1893, 91.

(2) Féré. la Famille néor apathique, 1894.

normale, atavistique, qui tend à créer des individus conformes au type de l'espèce. Aussi la dégénérescence serait la dissolution de l'hérédité. Les cellules spermatiques ou ovulaires, ou encore le fœtus, frappés dans leur puissance d'évolution embryogénique, ne pourraient plus se développer dans le sens du programme ancestral. D'où des arrêts dans l'évolution qui se traduisaient par des difformités variées (stigmates physiques), et aussi par une moindre résistance des appareils organiques, notamment du système nerveux, qui, mal équilibré, deviendrait un terrain propice à l'apparition de toutes les psycho-névropathies. La dégénérescence aurait donc habituellement (' ) une action tératogénique et par conséquent congénitale. En résumé, il n'est pas illogique de considérer la prédisposition vésanique comme un des symptômes de la dégénérescence, dont les facteurs sont infinis. Jusqu'à quel point cette aptitude morbide est nécessaire dans la genèse des délires? c'est ce que l'étude des diverses causes de la folie nous permettra d'établir plus tard.

(1) Car elle peut être acquise aussi par l'individu. A ce propos, rappelons la différence que M. Ballet {Traité de médecine de Charcot-Bouchard), établit entre les héréditaires, c'est-à-dire les individus issus de parents tarés et qui ne sont point pour cela forcément déséquilibrés, et les dégénérés, qui par contre peuvent, par suite d'accidents pathologiques qui les atteignent directement en deliors de toute hérédité, être des sujets frappés par la dégénéi-escence.

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