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par le même mécanisme ; lorsqu'on voit les inslruments dont se servent les vieillards qui ne peuvent vider leur vessie sans le secours delà sonde, on se demande comment cela n'arrive pas plus souvent. Nous avons, pour notre part, vu à Contreiéville de ces malades qui se servaient de sondes en gomme à moitié cassées, parce qu'il leur répugnait de changer un instrument auquel ils s'étaient habitués, et qu'un neuf n'était pas aussi facile à introduire.
Fig. M, Ciloul dâvBloppA dai
La fabrication des instruments a fait assez de progrès pour que la fracture d'un brise-pierre soit une chose aujourd'hui très-exceptionnelle; nous n'en avons jamais été témoin. Du reste, si cela arrivait à un opérateur, son premier soin serait d'eitraire ce fragment sans lui laisser te temps de devenir le noyau d'un calcul.
La seconde variété de noyaux fournis par des corps étrangers ayant traversé les paroisde la vessie est aussi fort rare. Néanmoins, l'histoire de Con-
trexéville possède un cas trop intéressant pour ne pas le citer. Il a été observé en 1821 par le docteur Mamelel, qui le rapporte en ces termes:
Le maréchal de camp baron de Montgardé, habitant Paris, reçut en 1809, à la bataille de Wagram, alors qu'il était aide de camp du major général Berlhier, une balle qui lui traversa le bassin, entrant au-dessus de l'articulation de la cuisse et sortant à la racine de la verge, du côté opposé, de manière qu*elle traversa la vessie dans une partie de la largeur et lésa les nerfs cruraux. Cette blessure fut très-longtemps à se guérir à cause des divers accidents qui se succédèrent. Le général fut envoyé aux eaux de Con trexéville, où il arriva le 31 juillet 1821. Après une cure de trois semaines, pendant laquelle le malade expulsa du sable roux et des glaires, comme l'écrit M. Mamelet, il fut pris, le 18 août, d'envies d'uriner fréquentes, avec douleurs au col de la vessie. Jet interrompu et élancements dans le gland.
Le malade, qui rendait beaucoup de sable en pellicules assez larges, finit, dans la nuit du 20 au 21 août, par expulser un morceau de drap rouge roulé sur lui-même et enduit d'une couche épaisse d'acide urique. Ce morceau de drap, déroulé, avait la grandeur et la forme de l'ongle du doigt médius d'un adulte, llséjournaitdansla vessie depuis 1809.
D'autres fois on a vu la balle elle-même ou un fragment d'os entraîné servir de noyau. Ailleurs^
c'est un morceau de bois, comme dans le fait relaté en 1836 par Leroy d'Etiolles (1) et intitulé : « Chute « sur le périnée, empalement par un éclat de bois, « introduction dans la vessie d'un fragment détail ché; guérison prompte de la plaie; formation « d'une pierre autour du morceau de bois. Litho- « tritie, écrasement et extraction du noyau' lift gneux ; guérison. »
La troisième variété des corps étrangers introduits dans la vessie y est portée par les malades eux-mêmes.
On peut difficilement se faire une idée de la variété des corps que, pendant un moment d'aberration d'esprit, des individus se sont introduits dans Turèthre, dit M. Leroy d'Etiolles. Ces malheureux, ces insensés plutôt, laissent échapper quelquefois les objets dans les mouvements qu'ils leur impriment; ils tombent dans la vessie, enflammant cet organe et vont servir de noyau à un calcul.
Heureux si Tobjet, s'il est pointu, ne perfore pas la vessie du côté de l'abdomen et n'amène pas une mort rapide.
Le calcul a d'autant plus le temps d'acquérir un volume considérable que ces individus, hommes ou femmes, n'avouent les souffrances qu'il détermine qu'à la dernière extrémité et quand ils ne peuvent plus les supporter.
(1) De la lithotHpsie, p. 216.
11 serait impossible d'énumérer les objets intro* duits de cette manière dans la yessie, tant ils sont nombreux et variés; néanmoins on y a trouvé, plus ou moins incrustés de sel calcaire, les corps suivants : épingles à cheveux, épingles ordinaires, aiguilles, passe-lacet, cure-oreilles, épis de graminée, tiges de plante, étuis, tuyaux de pipe, tiges de thermomètre et de baromètre, crayons, porte-plume ; morceaux d os, de bois, de cuir, de ficelle; des haricots, des fèves, jusqu'à des clefs; et même une petite pomme d'api, incrustée de matière calculeuse, a été retirée par Moreau de la vessie d'une femme.
Nous avons vu qu'une jeune fille avait expulsé, à Contrexéville, un énorme calcul développé autour d'un fuseau de dentelière, qui n'est pas compris dans cette longue énumération. M. le professeur Ricbet a constaté dernièrement par Télectricité la présence d'une dent de fourchette dans la vessie d'un malade.
Il n'est pas de musée d'anatomie pathologique qui ne possède un ou plusieurs calculs développés autour d'épingles et extraits par la taille.
Ambroise Paré raconte qu'en sa présence on montra au roi une pierre au milieu de laquelle fut trouvée une aiguille w de quoy coustumièrement les cousturiers cousent » . Cette pierre était de la grosseur d une noix . On voi t donc que ces faits ne datent pas d'hier et qu'on a pu en constater de tout temps.
Colot. fit présent à Charles 11 d'Angleterre d'un poinçon dont une extrémité était revêtue d'une pierre de la grandeur d'une pièce de trente sols. Ce poinçon avait séjourné deux ans dans la vessie d'un garçon de vingt-trois ans que Colot aval t taillé. Le calcul représenté figure 20 a pour origine un porte-crayon qu'un malade s'était introduit
dans l'urèthre pour se sonder (?). M. le docteur Gaudmont, appelé à lui donner des soins, saisit d'abord l'extrémité C du porte-crayon, dont il fit l'extraction sans difficulté, car celle-ci étaitlibre et ne faisait pas corps avec le tube creux dans lequel elle entrait à frottement. L'habile opérateur ayant reconnu la présence du corps étranger adhérent avec le fragment B voulut, avant d'entreprendre une ilitbotritie, exciser celui-ci, que ses tentatives d'extraction avaient aplati et déformé. Un instrument spécial fut commandé par U. Gaudmont, dans
ce but ; mais le malade, au lieu de garder le repos
qu'on lui ayait prescrit, se rendit de la rue Oudinot au Jardin des Plantes, où il se promena ; pendant le trajet en Toiture, l'extrémité B du porte-crayon fit à la Tessie deux plaies profondes; des accidents surîinrent, qui en peu de jours emportèrent le malade.
Le frère Côme conservait une pierre tirée de la vessie d'une femme; cette pierre avait une longue épingle pour noyau. Chopart (1) énumère de nom* breux faits du même genre, observés chez Fhomme et chez la femme. Ci viale, Leroy d'Ëtiolles, Mercier, Reliquet et tous les auteurs qui se sont occupés delithotritie en citent de
Fig. 24. iMtmmenl destiné à extraire nnmhrPllT PTPmnlac le» corps étrangers de la vessie (plan- "VlUUlCUi I^XeilipieS.
ehê tiiiêe deToaTragede M. BL Leroy if ¥\^-^ — ^jt e
d'Eiioues). ^ ' M. Denucé, professeur
(1) Traité des maladies des paies urinaires, 1. 1\, p. 99.
M^THIEU
Fig. 25 et 26. Instruments destinés à extraire les corps étrangers de la vessie (planches tirées de Tonvrage de M. R. Leroy d'Etiolles].
à l'École de médecine de Bordeaux, a réuni 391 faits de corps étrangers servant de noyaux à des calculs (1); 258 de ces corps ont été introduits dans la vessie par les malades pour satisfaire une passion déréglée.
a II est peu de sujets sur lesquels les chirurgiens et les fabricants d'instruments de chirurgie aient plus exercé leur esprit inventif, dit M. Mercier, et le nombre des appareils destinés à extraire les corps étrangers de la vessie est considérable. » Les figures 24, 25 et 26 en sont des spécimens.
Pour compléter Tétude des causes de la pierre, nous devons parler des concrétions qui se forment de toutes pièces dans la vessie, sans qu un gravier venu du rein ou un corps étranger venu de l'extérieur leur serve de noyau. Nous le ferons brièvement; car ce travail a surtout pour but l'étude de la gravelle rénale et de ses différentes terminaisons. C'est encore lorsque l'urine est devenue alcaline par suite de fermentations ammoniacales que se forment ces pierres secondaires. Elles sont relativement fréquentes chez les malades âgés qui, pour une raison quelconque, ne vident cas complètement leur vessie, surtout chez ceux dont la prostate hypertrophiée met depuis longtemps obstacle à l'écoulement de Turine. La muqueuse vésicale s'enflamme, et le mucus qu'elle sécrète sert de ciment au mortier formé dans ces conditions par les
{{) Journal de médecine de Bordeaux, !856.
phosphates terreux que fait précipiter lalcalinité de r urine.
Ils sont quelquefois formés en quantité si considérable, qu'on a vu des ouvertures pratiquées pour l'opération d'une taille s'en incruster et rester fîstuleuses. Un malade atteint de cette affection; client de MM. Manec et Leroy d'EtioUes, dut être opéré tous les six mois. Cela dura quinze ans, nous apprend l'opérateur. M. le docteur Denis, à la fin de sa carrière, dut recourir pendant plusieurs années à la lithotritie tous les trois mois, malgré les injections vésicales auxquelles il se soumettait pour éviter une récidive.
Heureusement pour ces malades, les concrétions formées dans ces conditions ont peu de cohésion et s'écrasent très-facilement. C'est d'eux que M. le docteur Baud a pu dire qu'il les a vus maintes fois à Contrexévillepmer leur calcul en bouilliey suivant l'expression imagée de notre regretté confrère.
C'est encore à cette variété qu'appartiennent les placages phosphatiques de la vessie, quelques calculs enchatonnés et certaines pierres développées dans des cellules de la vessie, l'effroi des lithotriteurs, qui, on le comprend, ne peuvent en avoir raison sans recourir à la taille. Entre autres exemples de calculs en plaques, nous citerons celui que relate, dans son Traité des opérations des voies uri-nairesy le docteur Reliquet, p. 758, et intitulé : «Pierre volumineuse enchatonnée; plaques cal-
M caires adhérentes à la paroi vésicale décolléi « par une dilatation brusque de la vessie due aiii
^^H u courants continus, puis évacuée spontanément;
^^^^ a extraction de la pierre par la taille. Guérison. »
^H (FIg. 27et28.)
^^H D'autres fois, ce sont des poches formées soit aux
^H les
dépens de la muqueuse vésicale faisant hernie entre les faisceaux de la tunique musculeuse, ou par l'am-
pliation des trois tuniques qui contiennent des calculs.
Sanson a présenté, le 14 mai 1833, à TAcadé* mie, la vessie d'un vieillard. Aux deux côtés de celte vessie se voyaient deux poches dont les parois étaient composées de trois tuniques. Elles communiquaient avec la vessie par des ouvertures de 1 centimètre de diamètre ; Tune d'elles contenait sept calculs gros comme des noisettes. On a pu, chez d'autres malades, compter jusqu'à sept, dix et môme, dans un cas cité par Schenkius, trentedeux cellules renfermant chacune un calcul.
EXCEPTIONNELLEMENT, UNE PIERRE PEUT SE BRISER SPONTANEMENT DANS LA VESSIE, ET LES FRAGMENTS QUI EN RÉSULTENT SORTIR SANS OPÉRATION.
Depuis Olaiis Borrichius, qui, en 1671, rapporte l'histoire d'un enfant de six ans qui rendait des morceaux d'une^pierre brisée spontanément dans la vessie, bien des auteurs se sont occupés de cette intéressante question. J'ai, pour ma part, rapporté des faits de ce genre observés à Contrexéville, une première fois dans une lecture faite dans la séance du 5 mars 1872 à la Société d'hydrologie de Paris, et une seconde dans un mémoire présenté au congrès médical de Bruxelles, en 1875.
Ce ne sont, du reste, pas les faits qui manquent dans la science, mais bien une explication de ce phénomène singulier qui a nom la fragmentation spontanée. On peut néanmoins les classer sous deux chefs différents :
1* Les pierres qui se brisent par éclatement;
2® Les pierres qui s'exfolient.
Un cas type en quelque sorte de la première variété a été observé par le docteur Cross (1). Ce chirurgien trouva dans la vessie d'un septuagénaire vingt-deux pierres ; Tune de ces pierres se cassa d'elle-même peu après l'extraction. Les vingt et une autres purent être rajustées de manière à donner la certitude qu'elles avaient appartenu à trois calculs semblables au premier, mais réduits, l'un en quatre, l'autre en huit, le troisième en neuf morceaux.
Les fragments des derniers étaient aigus et accusaient une fracture récente. Les autres, plus anciens, étaient recouverts d'une légère couche phosphatique.Le volume de chacun des calculs primitifs était celui d'un œuf de pigeon. Ils étaient formés d'acide urique et d'un peu d'urate de chaux.
Tulpius, Deschamps, Witt, Rousseau, Heister, Camper, le professeur Cloquet, Civiale et, après lui, tous les auteurs modernes, ont rapporté des faits de ce genre. L'observation IX de l'ouvrage sur les eaux de Contrexé ville, que j'ai publié en 1869, en est
(1) A Treatise on Urin. Cale, pi. Il, fig. 13.
encore un exemple. Leroy d'Ëtiolles a extrait par la taUle,à'un habitant de la Côte-d'Or, âgé de soiianle- GÎoq ans, cinq pierres, dont quatre se réunissaient pour former un calcul du volume d'un oauf de pigeon, tandis que l'autre, en apparence intacte et d'une fort grande dureté, présentait, quand elle eut été sciée par le milieu, six fissures partant du centre, mais n'atteignant pas la circonférence, ce qui aurait eu lieu certainement et donné naissance à six fragments (6g. 29).
Le volume de ces fragments, non plus que ceux
rig, ît. Pierre prMa t ècUter dia> la ïes>ie(R. Leroy d'EtiolUi).
représentés figure 30, ne leur aurait pas permis de sortir par lurètbre ; mais, dans le cas que nous avons cité (obs- IX), les morceaux de la pierre qui avait primitivement le volume d'une noisette furent expulsés à Contrexéville. Ils présentaient au centre une cupule qui indiquait la présence d'un noyau du volume d'un grain de blé et étaient composés d'acide urique. Le petit volume de la concrétion primitive ne permet pas d'admettre l'explication
de M. Civiale, qui considère le morcellement spontané comme un résultat des contractions vésicales. Leroy d'Étiolles l'explique par un retrait dû à la sécheresse du centre, qni, dans ces pierres tojijours composées d'acide urique dense et de grain serré,
n'est plus imbibé par l'urine. TI se formerait alors - des fissures quis'allongeraient à mesure que la partie desséchée augmente d'épaisseur. Ce qui, suivant nous, peut donner beaucoup de vraisemblance à cette explication, c'est que certaines de ces pierres se brisent peu après avoir été extraites de la vessie, comme on l'a vu dans le cas de Cross.
Tout autre sera l'explication des calculs qui se brisent par exfoliation. Ici, dans certains cas où les pierres sont multiples, on peut faire intervenir l'action contractile d'une vessie souvent hypertrophiée.
Mais il nous semble bien difficile d'appliquer aucune de ces deux explications au fait suivant, observé par nous à Conlrexéville en 1874 et 1875.
H. G..., habitant de l'Algérie, âgé de soixantedouze ans, rendait depuis vingt ans de la brique
t. Leroy d'EtloUea}.
pilée, sans douleur des reins ni de la vessie, lorsqu'en 1872 il eut une colique néphrétique trèsviolente, mais qui ne dura qu'un quart d'heure. Ce malade fît alors constamment usage d'eau de Vichy
aux repas et ne vit plus de sable dans ses urines. Vers la fin de l'année 1875, il commença à rendre, par l'urèthre, des fragments qui ne sauraient être
mieux comparés qu à des morceaux de coquille d'œuf.
L'expulsion de ces fragments était, chose bizarre, toujours précédée de maux de reîns. Dans ces conditions, le malade se rendit à la fin de juin 1874 à Vichy, où il se confia aux soins de notre collègue M. Durand-Fardel, qui lui administra les eaux avec toute la prudence que nécessitait l'état de M. C... Pendant trois semaines le malade but quatre demiverres en deux séances, à THôpital, à la Grande-Grille, puis aux Célestins. Après trois semaines de ce traitement, notre confrère, jugeant, d'après les résultats qu'il constatait journellement, que le malade avait dans la vessie une concrétion plus volumineuse que celles qu'il avait expulsées jusque-là, nous l'adressa à Contrexé ville. Un traitement, commencé également par des doses très-modérées le 21 juillet 1874, nous permit, dès le 1*' août, d'affirmer l'existence d'un corps étranger dans la vessie, et le 15 août le malade expulsait un gravier volumieux ou un noyau représenté dans la figure 32 au milieu de quelques-uns des derniers fragments expulsés. Les premiers n'avaient, nous l'avons dit, que l'épaisseur d'une coquille d'œuf.
Nous devons ajouter que le malade avait continué à rendre des fragments en forme de coquille pendant le traitement, et cette expulsion se prolongea encore deux mois après son départ de Contrexéville, comme nous l'a raconté, avec pièces à l'appui,