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Les Causes et l'origine de la seconde guerre punique et le commencement de la troisième décade de Tite-Live

La troisième décade de Tite-Live est très importante, à cause de la grandeur des événements qui y sont racontés. La guerre d'Hannibal contre les Romains est l'une des deux époques décisives où, suivant les paroles de M. Littré, les Sémites entrèrent en lutte avec les Aryens pour l'hégémonie du mondei Tite-Live l'avait bien senti. Au commencement du premier chapitre du livre XXI il montre, en imitant Thucydide, toute l'importance de la seconde guerre punique. Il est donc d'un intérêt capital de voir comment ces événements sont retracés par Tite-Live, et cela d'autant plus que nous avons dans son entier le livre III de Polybe. où il fait l'histoire de la seconde guerre punique jusqu'après la bataille de Cannes. Nous pouvons étudier, dès lors, en quoi le récit de Tite-Live difïere de celui de Polybe.

Ici se pose un problème très discuté: Tite-Live s'est-il servi de Polybe dès le commencement de la troisième décade, et quel emploi fait-il de ses sources ? Il sera curieux de rapprocher la méthode de Tite-Live de celle des piincipaux historiens modernes qui ont raconté cette période.

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Nous nous demanderons d'abord quelles étaient les causes et quelle fut l'origine ou le commencement de la seconde guerre punique. Ce point devait surtout attirer l'attention de Polybe, qui écrivait une histoire pragmatique^ ou, comme nous dirions aujourd'hui, philosophique, où il s'occupait moins des événements en eux-mêmes que de ce qui leur avait donné naissance, et de ce qui en avait été le résultat comme nécessaire.

I La première cause de la seconde guerre punique fut, suivant Polybe (1), la hained'Hamilcar pour les Romains. Il avait été contraint par le traité de Catulus, qui mit fin à la première guerre punique, d'évacuer la Sicile, quoiqu'il n'eût 'y/\ pas été vaincu, et cette grande île avait été cédée à Rome

ly par les Carthaginois. JLa seconde cause, ce fut la conduite

(/i déloyale des Romains : profitant des embarras des Cartha-

-j ^^ ginois pendant la guerre des mercenaires, ils s'étaient fait \î2v céder la Sardaigne, avec une augmentation de la contribu- ^ tion de guerre, en menaçant Carthage de recommencer les

hostUités. [Enfin, la troisi''me cause fut la conquête de TEs- 'jlpagne par Haniilcar, Hasdrubal etHannibal.

Polybe critique d abord le récit des autres historiens sur les causes de la seconde guerre punique. Ainsi Fabius Pictor Soutenait que ce qui avait amené la reprise des hostilités entre les Romains et les Carthaginois, c'était, outre la prise

de Sagonte, ravarice et rambition d'Hasdrubal. ^Celui-ci avait voulu' renverser à Carthage le gouvernement oligarchique, pour y substituer l'autoilté absolue d'un chef militaire.) Les citoyens les plus puissants à Carthage ayant fait échouer son projet, il revint en Espagne, où il poursuivit ses conquêtes, sans s'inquiéter du gouvernement de Carthage, et où il exerça une domination sans contrôle. Hannibal, son beau-frère, qui avait commencé par être son auxiliaire, fut bientôt son successeur, et il n'eut rien de plus pressé que de recommencer la guerre contre les Romains.

Si l'on acceptait le récit de Fabius, dit Polybe (1), on croirait qu'il y avait un antagonisme profond entre les généraux commandant l'armée carthaginoise en Espagne et le gouvernement carthaginois. Mais il n'en était pas ainsi : les Romains ne déclarèrent la guerre dans le Sénat de Carthage que parce que celui-ci nia qu'Hannibal eût assiégé et pris Sagonte au mépris des traités, et refusa, par conséquent, de livrer o^^,^^- Hannibal aux Romains, qui le réclamaieniJSi le Sénat car- '^ thaginois était hostile aux Barcas et voulait conserver la paix avec Rome, rien n'était plus facile que de consentir aux demandes des députés romains. Au lieu de cela, on laissa ceux-jci libres de déclarer la guerre, ce qu'ils firent, et on accepta cette déclaration de guerre aussi résolument qu'elle avait été faite.

Fabius Pictor, comme cause de la seconde guerre punique, /^nommait d'abord la prise de Sagonte. D'autres ajoutaient le passage de l'Ebre par Hannibal à la tête d'une armée carthaginoise^est confondre, dit Polybe (2), la cause avec le commencement. C'est comme si on disait que la cause de la guerre des Macédoniens contre les Perses fut le passage d'Alexandre en Asie. Le passage de l'Èbre par Hannibal n'eut lieu qu'après la déclaration de guerre ; il ne saurait

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(lune en être logaidé comme la cause. — Mais la prise de Sagonte précéda la déclaration de guerre ; on ne peut donc, avec les historiens romains postérieurs, faire du siège de Sagonte le commencement de la seconde guerre punique. Tout au plus pourrait-on dire qu'il servit de prétexte pour commencer les hostilit^sIStrictement Polybe a tort de dire (1) qu'il veut bien voir dans l'attaque d'Hannibal contre Sagonte le commencement de cette grande lutte.

Les Sagontins, dit Polybe, craignant d'être attaqués par les Carthaginois, envoyèrent à Rome plusieurs ambassades qui restèrent sans effet. Enfin les Romains se décidèrent à faire partir des députés, qui allèrent trouver Hannibal à ses quartiers d'hiver de Carthagène. Ici nous citons les paroles mêmes de Polybe (2). t Les Romains le conjurèrent, aunoin des dieux, d'épargner Sagonte, qui était sous leur protection, et de ne pas franchir l'Èbre, d'après les conventions conclues avec Hasdrubal. Mais, emporté par sa jeunesse et son ardeur guerrière, confiant d'ailleurs en sa fortune et depuis longtemps désireux d'assouvir sa haine contre Rome, Hannibal, prenant tout d'un coup le rôle de protecteur des Sagontins, reprocha aux Romains d'avoir, lors de récentes dissensions, où ils avaient été choisis comme arbitres, fait périr quelques-uns des premiers citoyens, et déclara qu'il n'abandonnerait pas les victimes de cette violation des traités (3) ouç où Trspiid^saôat ::apeaTcovoY][j,ivouç. » Cette dernière expression fait supposer que les Sagontins mis à mort avec l'aide des Romains étaient protégés par une convention. Quelle était cette convention?

Après la mort d'Hamilcar, son gendre Hasdrubal avait étendu la domination carthaginoise en Espagne et fondé Carthagène. « A la vue de cette puissance, dit Polybe (4)...,

(3) Traduction Bouchot.

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