CHAPITRE V
Les Croates. — Influence latine. — Les Serbes, influence byzantine. Droit historique : Koloman II. — Croates contre Magyars. — La défaite de Kossovo. — La Serbie. — Pachalik turc de i^ôg à i8 )4. — Les Croates ont échappé à ce régime. — L'Illyrie. — Provinces sujettes ou royaumes alliés. — Nationalité croate. — La nogoda de 1868. — Subordination aux Hongrois. — Oppression de la Croatie. — Émancipation de la Serbie. — La Bosnie et l'Herzégovine. — Oppositions et aspirations. — Le Congrès d'Abbazia.
Les Romains possédaient la Pannonie l'an 35 avant notre ère. Au moment de la constitution de l'Empire d'Orient, en 3i5, elle resta à l'Empire d'Occident.
Après les invasions des Goths, des Avares, pendant le cinquième et le sixième siècles, nous voyons apparaître, dans la première moitié du septième siècle, les Croates, que les chroniqueurs contemporains appellent Chrobaiit Chrovati et Khwraty. Ils formaient l'aile droite de la grande invasion slave qui s'étendit de la Bulgarie à l'Adriatique. Ils occupèrent les régions entre la Drave et la Save, connues maintenant comme Groalie-Slavonie, la Dalmatie, le nord-ouest de la Bosnie. Ils subirent l'influence latine et, en 806, quand ils furent annexés à l'Empire des Francs, ils adoptèrent l'Église romaine et l'alphabet latin.
Les Serbes passèrent le Danube, peut-être un peu avant l'occupation de la Pannonie par les Croates. Ils ne représentaient qu'un groupement dedans, plus ou moins apparentés, sans unité politique. Ces clans, appelés zhupaniyas, vou
laient se dominer réciproquement. Tiraillés entre l'Empire etl'Église d'OrientetrÉgliselatine, menacés par les Bulgares qui, dès la fin du septième siècle, formaient un royaume puissant à l'est et au sud-est de leurs territoires, ils avaient une existence tourmentée.
A la fin du neuvième siècle, ils reconnurent la suzeraineté de l'Empire byzantin et adoptèrent l'Église grecque, ainsi que l'alphabet cyrillique. Mais, à la fin du douzième siècle, la Serbie s'affranchit de tout hommage à l'Empire d'Orient et fonda une église nationale, avec une liturgie slavonno < t des livres sacrés en langue slavonne.
Les différences qui ont séparé, et qui séparent encore le groupe croate et le groupe serbe, viennent de la rivalité de ces deux influences. Leurs caractères somatiques sont identiques; les uns et les autres sont de grands bruns brachycéphales.
Les Croates, comme les Serbes, eurent à se défendre à la fois contre les Bulgares et contre les Hongrois. Ils offrirent en II02 la royauté à Koloman II.
Magyars et Croates, partisans du droit historique, discutent encore avec passion le caractère de cette royauté.
Les écrivains magyars, comme Pesty, soutiennent que la Croatie s'est donnée par peur aux Magyars et que, depuis cette date, elle est sous leur domination. Les Croates prétendent que Koloman ne devint roi qu'à titre personnel; qu'ils conservèrent leur capitale Zagreb; le droit de régler leur administration, de nommer les évêques, d'avoir leur armée, leur monnaie, leur régime fiscal : ils invoquent encore aujourd'hui la maxime : Regnum regno non prœscrihit leges; et à l'appui, ils rappellent le fait indéniable qu'ils n'ont pas cessé de lutter contre les empiétements des Magyars.
Le roi de Serbie, Etienne Dushan, se fit proclamer, en