LA TURQUIE 1S
sultan, en devint le fournisseur, le grand ami et obtint le chemin de fer de Bagdad.
En i853, Nicolas i*"^ dans une conversation avec l'ambassasadeur anglais, sir George Hamilton Seymour, lui dit : (( Nous avons sur les bras un homme malade ». Il déclarait : (( Je ne veux pas de l'occupation permanente de Conslantinople par les Russes ; mais je ne veux pas davantage qu'elle soit jamais occupée par les Anglais, par les F'rançais ni par aucune des grandes puissances.» Il affirmait, en même temps, la solidarité des intérêts de la Russie et de l'Autriche, et ne s'opposait pas à ce que l'Angleterre prît possession de l'Egypte et de Candie.
Sir George Hamilton Seymour répondit :
« L'Angleterre par l'Egypte ne souhaite que s'a<<nrer une rapide et libre communication avecTInde. »
La Grande-Bretagne et la France firent la guerre de Grimée. Le traité de Paris remit les détroits à la Porte, interdit à la Russie d'avoir une marine de guerre dans la mer Noire, clause qu'elle fit abroger en 1871. Depuis le canal de Suez a été ouvert, la Grande-Bretagne occupe l'Egypte.
A cette époque la Grande-Bretagne ne voulait pas que la Russie franchît le Gausase, s'approchât de la Perse. La Russie a construit le Transcalpien. Elle a partagé avec la Grande-Bretagne des sphères d'influence en Perse.
L'intégrité de la Turquie est un dogme de la diplomatie française depuis François I*^ Il fut affirmé solennellement par le congrès de Paris en i856.
Mais Lord Derby disait, en 1876 : « Nous avons, il y a \ingtans, par le traité de Paris, garanti à l'Homme malade qu'il ne serait pas tué, — nous n'avons pn le «garantir (pi'i! ne se suiciderait pas. »
Il a fini par se suicider. Si on n'avait pas fait tant d'efforts j»our le maintenir en vie pendant si longtemps, <»n aurait probablement évité la guerre actuelle.
L'importance de Constantinople est mn tradition qui
remonte aux croisades. Elle était à cette époque la seconde ou la troisième ville du monde. Elle est maintenant la quatorzième ou la quinzième.
Contrairement à ce qu'ont répété la plupart des livres de géographie, d'histoire et de diplomatie, Gonstantinople n'est point la route de l'Inde. Elle n'était une des grandes routes du monde que pour les croisés qui avaient Jérusalem pour but. On a répété que la possession de Gonstantinople donnait l'empire du monde. Alors les Turcs l'auraient acquis depuis longtemps. Mais elle est la porte de la mer Noire. Il est absurde qu'un gouvernement qui n'est qu'une anarchie puisse subordonner à ses caprices les relations de la Russie avec le monde.
Ladépêchedu i*'^ novembre de sir Edward Grey rappelle qu'au débutde la guerre, la Turquie avait reçu de la Grande- Bretagne, de la France et de la Russie des assurances que, si elle restait neutre, son indépendance et son intégrité seraient respectées pendant la guerre et dans les conditions de paix.
Or, le gouvernement a laissé usurper son autorité par des officiers allemands.
La Turquie est encore moins une nation que l'Autriche- Hongrie. Sa dissolution est un fait accompli depuis longtemps. Il faut mettre un autre régime à la place pour assurer le libre passage du Bosphore et des Dardanelles.
Le Sultan ne sera plus que le Khalife de l'Islam, comme après l'entrée de Italiens à Rome, le pape est resté le chef des catholiques. Il sera entouré d'égards et de pompes, mais il perdra son pouvoir temporel.
Gonstantinople n'est pas une ville turque. G'est une ville internationale où les Grecs, les Arméniens, et des hommes de tous les pays s'agitent en servant des intrigues de toute sorte.
Un condominium de la Grande-Bretagne, de la France et de la Russie peut-il y prendre le pouvoir et assurer la liberté des détroits ? L'expérience prouve que la pratique d'un con-