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CHAPITRE XIV LA RÉINTÉGRATION DE L'ALSACE-LORRAINE

. Protestation des députés en 1871. — Non-assimilation des Alsaciens- Lorrains par les Allemands. — Maintien de la culture française» — Superficie et population des territoires annexés. — La proportion des immigrés allemands. — Les quatre départements à reconstituer. — II, Réintégration de plein droit. — La question du plébiscite ne se pose pas. — Plébiscite système mécanique et simpliste, mais mauvais. — L'article 5 du traité de Prague. — Impossibilités de sincérité.

Les trente-six députés du Haut et du Bas-Rhin, de la Moselle, de la Meurthe et des Vosges ont déclaré solennellement, à l'Assemblée nationale de Bordeaux, le 16 février 1871, qu'ils ne reconnaissent pas la validité du traité de Francfort :

« Nous proclamons à jamais inviolable le droit des Alsaciens-Lorrains de rester membres de la nation française et nous jurons, tant )our nous que pour nos commettants, nos enfants et leurs descenlants, de le revendiquer éternellement et par toutes les voies envers ît contre tous les usurpateurs.

Au bout de quarante-quatre ans, cette protestation aurait DU être périmée. Elle ne l'est pas.

Les Allemands n'ont pas été plus capables d'assimiler los Vlsaciens-Lorrains qu'ils n'ont su assimiler les Polonais.

( A Metz, à Strasbourg, dans des centaines d» p. tils groupes on peut trouver des citadelles de patriotes (pii, à 'abri des moyens brutaux des conquérants, maintiennent ntacteg les nobles traditions de la vie et de Toeuvre fran- ;aises. Dans les conditions du monde modcrno. ils mniiitirîi-

nent un glorieux conflit 1 celui de la civilisation française, raffinée et supérieure, contre le pouvoir organisé, massif et brutal de l'Allemagne K »

La réintégration de l'Alsace-Lorraine dans la France est au-dessus de toute discussion comme l'évacuation complète de la Belgique par les Allemands.

M. André Weiss soulève cette question :

Il va sans dire, au surplus, que cette réintégration de plein droit dans la nationalité française, conséquence de la cessation de la mainmise allemande sur l'Alsace-Lorraine, ne peut s'appliquer qu'aux familles établies en pays annexés avant 1871, et que les immigrés d'origine allemande ne sauraient y prétendre. Peut-être sera-il possible d'ouvrir plus ou moins largement, au moyen de naturalisations privilégiées, mais toujours individuelles, l'accès de notre patrie à ceux qui, par leur conduite et leur culture, lui auront donné des gages d'attachement et de fidélité.

M. Maxime Leroy dit fort bien :

Nous aurons à prévenir toutes mesures qui, dans l'ex-Reichslana, tendraient à menacer les droits des tiers Allemands de bonne foi : je veux dire que la France devra respecter les propriétés privées desj Allemands en Alsace-Lorraine, non seulement dans la forme, mais encore dans le fond, pour éviter tout ce qui pourrait ressembler aux abominables expropriations polonaises. C'est sur ce point, et principalement sur ce point, que la France devra montrer qu'elle est aussi capable de respecter un moulin que de ne pas voler une province.

La superficie et la population des territoires enlevés à la France en 1871 était de ^ :

1. A. F. Whytte. Some issues 0/ ihe war. Fortnightly review. Décembre

2. Journal de la société de statistique. Paul Meuriot, La Statistique comparée des territoires cédés par la France en 1871.

LA RÉINTÉGRATION DE l'aLSACE-LORR AINF :{0'>

KiloinrtrO-^ 1'..; :;l, :;

carrt'is. en Is'iù.

f Alsace 8 o63 i oG6 ooo

Lorraine G 4^2 535 ooo

4 oo5 I t)Oi ooo

Ces territoires comprennent tout le département du Bas- ; Rhin, soit près de 4550 kilomètres carrés et 85 p. loo du département du Haut-Rhin.

Dans la détermination de la frontière, il n*a été tenu compte ni des limites naturelles, ni des limites linguistiques.

Au recensement de igio, la population civile de l'Alsace était en chiffres ronds de 1800000 se répartissant comme suit :

Alsaciens-Lorrains i 495 00 » ou 83,4a

Allemands 220000 i2,3o

Etrangers 76 000 4,28

Les habitants qualifiés allemands sontceux qui ont l'indigénat dans un des Etats d'Empire autres que l'Alsacc-Lorraine.

Si on ne tenait compte que du lieu de naissance, le total des Allemands ne serait que de 16/^000. Mais parmi les enfants d'immigrés un certain nombre peut avoir pris l'iii' digènat Alsacien, et cet élément augmente, d'une manière indéterminée, le cmtingent allemand.

Etant donné la forte émigration alsacienne-lorraiiM' tu France, l'immigration des fonctionnaires, il est curieux que la proportion des Allemands ne soit pas plus élevée. Sur les 220000, 120000 sont des Prussiens; la Bavière et Bade comptent chacune 35 000; le Wurtemberg i5ooo.

Dans la Basse-Alsace l'effectif de la population allemande est plus du double de celui de la Haute; il dépasse 68000

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unités. Ce sont les centres urbains qui en renferment la majorité.

M. Paul Meuriot reconstitue de la manière suivante les départements absorbés ou démeniibrés par les annexions de

1866. 1910. Augmentation.

Bas-Rhin 588 000 655 000 67000

Haut-Rhin 53o 000 610000 80000

Moselle 452 000 590 000 i38 000

Meurthe 428 000 543 000 ii5ooo

1 998 000 2 398 000 4oo 000

Certains publicistes ont parlé de subordonner la réintégration de l'Alsace-Lorraine à un plébiscite. La question ne se pose pas.

Ce serait la reconnaissance du droit de conquête par l'Allemagne. Nous l'avons subi. Le traité de Francfort a enregistré cette résignation. L'Allemagne a déchiré ellemême le traité de Francfort. Elle a remis les choses dans l'état oii elles se trouvaient avant la guerre de 1870.

Mais ce système ne vaudrait pas mieux s'il était employé pour la reconstitution des nationalités émancipées de la Prusse ou de l'Autriche-Hongrie.

L'idée de ce système simpliste et mécanique était chère à Napoléon III qui avait montré comment on pouvait s'en servir avec succès le lendemain d'un Coup d'Etat.

Il s'était consolé delà bataille de Sadowa en faisant insérer dans le traité de Prague l'article 5 ainsi conçu :

S. M. l'empereur d'Autriche transfère à S. M. le roi de Prusse tous les droits que la paix de Vienne du 3o octobre i864 lui avait reconnus sur les duchés de Schleswig et de Holstein, avec cette réserve que les populations des districts au nord du Schleswig seront de nouveau réunies au Danemark, si elles en expriment le désir par un vote librement émis.

LA BÉINTÉGRATION DE l' ALSACE- LORR AI ^Ê 395

Cet article n'a jamais été appliqué.

Mais s'il avait été appliqué quelle garantie aurail-il donné ?

Qui tient les urnes le jour du vote? Qui en garantit la liberté? qui garantit la sincérité du dépouillement? Les votants sont-ils libres? Et les votants d'aujourd'hui peuventils engager l'avenir perpétuel? Bien au-dessus de ce système, est la constatation des aspirations traditionnelles qui lient tel ou tel groupe d'hommes et le dissocient de tels ou tels groupes.

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