L'INDEMNITÉ DE GUERRE
La guerre esl un fait d'Etal à État non d'individus à individus. — (c Juguler les Allemands. )> — Politique de compression et politique d'évaporation.
— L'indemnité de guerre. — Prétentions de M. de ZedJitz. — Responsabilités pécuniaires. — Crimes de droit commun qui devraient entraîner des responsabilités personnelles . — Gages. — Les chemins de fer de l'Etat prussien. — Les mines fiscales. — La guerre ne sera pour aucun État une source de profits matériels.
Les personnes qui jugent par impression, par sentiment M et non par raisonnement, ont une politique fort simple à * l'égard des Allemands.
— Ils ont déclaré la guerre après nous avoir maintenus dans une angoisse perpétuelle. Ils ont menti impudemmient pour changer leur rôle de provocateurs en celui de provoqués. Ils ont violé la neutralité de la Belgique et y ont commis des atrocités. Ils ont continué en France. Leurs intellectuels se solidarisent avec leur gouvernement et approuvent les procédés de guerre employés par leurs généraux et leurs soldats. Il faudra leur faire payer celai II faudra « juguler les Allemands I »
— Qu'entendez-vous par juguler les Allemands.^ Voulezvous prendre la responsabilité de les gouverner? Vous avez déjà bien assez de peine à gouverner vos compatriotes. Voulez-vous recommencer l'expérience de 1806 à l'égard d'une population qui, au lendemoin de la guerre, sera encore de 64 ou de 65 millions d'habitants ? Allez-vous couvrir l'Allemagne d'une armée que vous y laisserez en perma-
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nence? Ses hommes et ses chefs se perdront » t sr> corrompront dans cette besogne.
Pour que la paix ne nous coûte pas trop cher, il faut suivre un tout autre système.
Selon la formule affirmée par J.-J". Rousseau, par Purlalis et par les théoriciens sérieux et honnêtes du droit international, la guerre est un fait d'Etats à Tlals, ce n'est pas un fait d'individus à individus.
Dans la guerre, chaque belligérant doit s'efforcer de détruire les forces militaires de son adversaire, de manière que celui-ci, se voyant désarmé, soit obligé d'accepter ses conditions.
Ces conditions peuvent être des modifications politiques, territoriales : mais elles doivent être infligées à l'État; elles ne doivent pas frapper les individus.
Elles ne doivent pas avoir pour objet de ruiner les paysans, les propriétaires, les industriels, de priver les ouvriers de travail.
— Mais alors, les Allemands relèveront la tête.^ Notre victoire aura été inutile.^
Je supplie ces personnes emportées de vouloir bien examiner avec sang-froid la question suivante :
— Si vous réduisez vos ennemis individuellement au désespoir, vous les groupez autour du gouvernement ennemi, ou s'il est disparu, autour de son souvenir. Votre compression forge la revanche.
Ce que vous devez faire, c'est de vous efforcer de dissoudre les forces adverses. Si les individus trouvent qu'ils peuvent reconstituer leur existence, et rétablir leurs affaires, s'ils ont la tranquillité de l'existence, si chacun jouit de la même sécurité ou même d'une sécurité plus grande que celle dont il jouissait, ses souvenirs s'estompent, son arlivité a des dérivatifs, ses capacités d'opposition se disj et se dissolvent. La haine s'évapore.
Telle est la politique que nous devons, tnent de la
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conclusion du traité, opposer, avec une méthode résolue, à la politique de compression.
Malgré tous nos efforts, si la victoire est lourde pour les vainqueurs, elle sera encore plus lourde pour les vaincus.
Les vainqueurs devront réclamer une indemnité de guerre, à titre de dommages-intérêts.
L'ancien directeur de la Banque d'État prussienne, M. de Zedlitz, naturellement convaincu de la victoire austro-germanique, a exposé des idées intéressantes au sujet de l'indemnité de guerre qne le vainqueur serait en droit de réclamer du vaincu. Il fait entrer dans le compte tout d'abord le coût de la mobilisation, celui de l'entretien des armées et des flottes en campagne, la réfection de l'armement, des fortifications, des navires, le rétablissement des voies ferrées, des ponts, le remboursement des dépenses provinciales et locales résultant de la guerre (secours, allocations), le remboursement des pertes de toute nature, subies par les particuliers, les communes rurales, les villes, enfin le capital des pensions à servir aux invalides et aux familles des soldats morts.
Il rappelle que le comte Henkel (devenu plus tard prince Donnersmark) conseilla, en 1871, de prendre 5 milliards en espèces et effets à courte échéance, 5 milliards en titres de rente, afin de pouvoir déprécier le cours des fonds publics de la France le jour où cela deviendrait nécessaire à la politique allemande. Le calcul était faux, dit M. A. Raffalovich, le maintien du cours de la rente nationale ne joue heureusement pas de rôle dans les conceptions de la nation, le jour où ses intérêts vitaux sont en jeu.
Il ajoute :
« Lorsque les alliés auront à examiner cette question de l'indemnité de guerre, ils devront en équité commencer par inscrire, avec un droit de priorité, les dommages infligés aux particuliers par les Allemands, les Austro-Hongrois et les Turcs. Ce n'est qu'en seconde ligne que les Etats devront présenter leurs demandes et lors de la réparti-