‹ Les causes et les conséquences de la guerreChapitre 38 sur 168 · CHAPITRE II LA POPULATION DE L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II LA POPULATION DE L'ALLEMAGNE

Le droit des pays surpeuplés n. — Les Allemands n'émigrent plus. Population comparée de la Belgique et de l'Allemagne. — Espaces disponibles. — Le climat torride. — Argument pour les nco-^malthusiens. — Les Slaves. — Impossibilité d'extermination réciproque.

Il faut toujours se rappeler que la superficie de l'Allemagne et de la France sont égales à 4 4oo kilomètres près: 54o 800 contre 536 4oo.

En 1871, l'Allemagne comptait ^loBgooo habitants: en 1900, 56367000; en 1910, 65 millions; et, d'après l'évalualion pour igiS, 66 835 000.

L'Allemagne est trop peuplée; il faut donc qu'elle ait de nouveaux territoires !

C'est la base de ses prétentions : et nombre d'étrangers répètent: « Oui, l'Allemagne est trop peuplée. Elle a droit à des augmentations de territoire. »

Cependant, les habitants de l'Allemagne ne trouvent pas que les conditions y soient devenues si dures qu'ils doivent aller au dehors en chercher de plus douces. Au contraire, l'émigration a diminué. On comptait, en i885, 171 000 émigrants ; en 1892, 116 000 ; en 1898, 23 000 ; et de 1908 à 1912, la moyenne annuelle n'a pas dépassé ce chiffre.

Puisque les Allemands ne se trouvent pas trop nombreux en Allemagne, que vaut donc l'argument : « l'Allemagne a trop d'habitants; il lui faut de nouveaux territoires. »

Les Pangermanistes répondent : « Il est vrai que l'Aile-

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magne actuelle peut donner à vivre à 68 millions d'habitants : mais elle serait trop petite pour 80 ou 90 millions. »

Une population atteignant ce dernier chiffre donnerait 166 habitants par kilomètre carré: or, la Belgique, sur une superficie de 29^55 kilomètres carrés, avait, au 3i décembre 1913, une population de 7668000 habitants, soit 260 habitants par kilomètre carré, ou 56 p. 100 en plus que l'Alleningne.

^i l'argument donné par les Allemands crée pour eux le droit de prendre des nouveaux territoires à d'autres peuples, il est beaucoup plus fort pour la Belgique ; et il donnerait aux Belges le droit de demander un morceau de l'Allemagne.

Si la population spécifique de l'Allemagne était égale, elle comprendrait i4o millions de têtes au lieu de 67. Il y a donc de la marge.

La Belgique n'a pas besoin de conquêtes pour que ses habitants puissent vivre. Ils n'émigrent même pas au Congo qui ne compte que 5 5oo blancs.

La terre n'est pas surpeuplée. Les États-Unis, le Canada, a République Argentine, le Brésil ont encore d'immenses espaces à peu près vides.

Les colonies allemandes sont presque toutes situées dans e climat torride, où l'Européen, surtout Thomme du Nord, ne s'acclimate pas. Le total de leur population blanche, y compris le territoire de Kia-tchéou, se montait à 27 800 têtes en 191 2. Ces colonies n'ont pas plus créé un débouché à hi )opulation allemande que le Congo n'en a créé un à la popualion belge.

Les Allemands espéraient mieux dans le Maroc; mais încore là ils se faisaient des illusions.

Les Allemands, en essayant de fonder un droit d'envahissement et de conquête sur le chiffre de leur population, ionnent un argument formidable à tous les chefs d'une nom- )reuse famille à l'intérieur. D'après cette conception, celui qui lurait le plus d'enfants aurait le droit de mettre la main sur

la propriété de celui qui en aurait moins. Les partisans de cette théorie doivent remanier le Gode pénal allemand qui punitles voleurs sans tenir compte de leurs chargesde famille.

Les partisans de cette théorie donnent un formidable argument aux malthusianistes qui peuvent leur dire : « Au lieu de pratiquer le self restraint, vous voulez multiplier à votre gré et arracher les territoires à d'autres peuples, en prétendant que votre imprévoyance vous confère un droit.

c( Et pour opérer ce déplacement de responsabilité, vous voulez vous servir de votre surcroît de population pour les écraser sous votre stratégie débordante et votre tactique massive! Ils résistent; et par vos procédés de guerre, vous faites vous-mêmes le vide dans votre trop-plein de population. 11 eût mieux valu économiser la naissance et l'éducation des malheureux que vous sacrifiez sur les champs de bataille. »

Mais si le nombre donne des droits, les Slaves dont la population s'accroît beaucoup plus vite que la population allemande, ont un droit d'expansion proportionnel : la Russie d'Europe comptait pendant la période i846-i855, 68 millions d'habitants : au i*"" janvier 1910, on évaluait la population de la Russie d'Europe, y compris la Pologne et la Finlande, à 137 millions d'habitants. Si on y ajoute la Russie d'Asie, on arrive à environ 170 millions d'habitants.

L'augmentation de la population delà Russie d'Europe est à peu près du double de celle de l'Allemagne.

Gomme principal argument pour l'augmentation de l'armée allemande en 1912 et en igiS, le chancelier a invoqué le péril slave : et ce péril a dû être une des causes de la volonté du Kaiser de faire la guerre en igià-

Aurait-il eu la prétention d'anéantir les 170 millions d'habitants de l'Empire russe .!> Supposons qu'il ait imaginé en tuer 2 millions : mais l'histoire militaire des Russes devait lui avoir appris qu'ils ne se laisseraient pas égorger comme des moutons; et s'il perd moitié moins d'hommes, la perte pour les Allemands, étant donné la différence de la

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