DE GUERRE
Exigences de l'Autriche-Hongrie. — Ses prétentions. — Réponse du gouvernement serbe. — Coïncidences voulues. — Le voyage de M. Poincaré en Russie. — L'attitude du gouvernement allemand. — Démarches des ambassadeurs. — L'Aulriche, l'Allemagne et la Russie. — Déclaration de guerre à la Russie, le i'*^ août. — Déclaration de guerre à la France, le 2 août. — Mensonges.
Les auteurs de cette guerre, éprouvant quelque embarras de la responsabilité qu'ils ont assumée devant leurs contemporains, leurs compatriotes et la postérité, essaient, avec une duplicité effrontée et naïve, de la reporter sur la Russie, la Grande Bretagne et la France.
Cependant, ce ne sont ni la Russie, ni la Grande-Bretagne, ni la France qui ont remis à la Serbie l'ultimatum du 23 juillet.
Cet ultimatum rend la Serbie collectivement responsable du meurtre de l'Archiduc et il lui intime l'ordre de publier à la première page du Journal officiel du 26 juillet renonciation suivante : il comprend trois paragraphes dans lesquels (( le gouvernement royal de Serbie condamne la propagande dirigée contre l'Autriche-Hongrie » et s'engage « à procéder avec la dernière rigueur contre les personnes qui se rendraient coupables de pareils agissements ».
Le gouvernement serbe s'engage en outre :
i" A supprimer toute publication qui excite à la haine et au mépris de la monarchie:
l'ultimatum a la SERBIE ET LA DÉCLARATION DE GUERRE 5
2" A dissoudre immédiatement la Société dite « narodna odbrana » ;
3° A éliminer de l'instruction publique tout ce qui peut ou pourrait servir à fomenter la propagande contre l'Autriche-Hongrie ;
4° A éloigner du service militaire et de l'administration tous les officiers et fonctionnaires coupables de la propagande contre h\ Monarchie austro hongroise ;
5° A accepter la collaboration en Serbie des organes du Gouvernement Impérial et Royal dans la suppression du mouvement subversif dirigé contre l'inlégrilé territoriale de la monarchie ;
6" A ouvrir une enquête judiciaire contre les partisans du complot du 28 juin, se trouvant sur territoire serbe; des organes, délégués par le gouvernement impérial et royal, prendront part aux recherches y relatives ;
7° A procéder d'urgence à l'arrestation de Vonya Tankosic et du nommé Milan Ciganovic, employé de l'État serbe, compromis par les résultats de Sarajevo ;
8" A empêcher le concours des autorités serbes dans le trafic illicite d'armes et d'explosifs à travers la frontière; — à licencier et à punir sévèrement les fonctionnaires du service frontière de Schabatz et de Loznica, coupables d'avoir aidé les auteurs du crime de Sarajevo en leur facilitant le passage de la frontière ;
9° A donner au Gouvernement Impérial et Royal des explications sur les propos injustifiables des hauts fonctionnaires serbes, tant en Serbie qu'à l'étranger;
10" A avertir, sans retard, le gouvernement impérial et royal de 1 'xécution des mesures comprises dans les points précédents.
Le Gouvernement Impérial et Royal attend la réponse du gouver-
inent royal au plus tard jusqu'au samedi 26 de ce mois, à 6 heures 1 11 soir.
Suivait un commentaire dont le ministre austro-hongrois devait accompagner la remise de cette note. Il mettait en opposition l'attitude hostile de la Serbie et l'attitude de bienveillante longanimité dont l'Autriche-IIongrie lui donnait une nouvelle preuve. Il contenait le paragraphe suivant :
Le Gouvernement Impérial et Royal est persuadé qu'en entreprenant cette démarche, il se trouve en plein accord avec les sentiments de toutes les nations civilisées, qui ne sauraient admettre que le régicide devînt une arme dont on puisse se servir impunément dans la lutte politique, et qu» la paix européenne fût continuellement troublée par les agissements partant de Belgrade.
Venait une annexe de cinq paragraphes, concernant le rôle des individus mentionnés dans l'ultimatum.
L'humilité de la réponse de la Serbie prouve la terreur que lui inspira l'ultimatum austro-hongrois. Cependant elle fit sur le paragraphe 5 la réserve suivante :
5) Le Gouvernement Royal doit avouer qu'il ne se rend pas clairement compte du sens et de la portée de la demande du gouvernement impérial et royal, que la Serbie s'engage à accepter sur son territoire la collaboration des organes du Gouvernement Impérial et Royal ; mais il déclare qu'il admettra la collaboration qui répondrait aux principes du droit international et à la procédure criminelle ainsi qu'aux bons rapports de voisinage.
6) Le Gouvernement Royal, cela va sans dire, considère de son devoir d'ouvrir une enquête contre tous ceux qui sont ou qui, éventuellement, auraient été mêlés au complot du i5 juin^ et qui se trouveraient sur le territoire du royaume. Quant à la participation à cette enquête des agents ou autorités austro-hongroises qui seraient délégués à cet effet par le gouvernement impérial et royal, le gouvernement royal ne peut pas l'accepter, car ce serait une violation de la constitution et de la loi sur la procédure criminelle; cependant, dans des cas concrets, des communications sur les résultats de l'instruction en question pourraient être données aux agents austro-hongrois.
9) Relativement à Voïslav Tankossitch, il était arrêté ; mais Milan Ziganovitch s'était dérobé et il était sujet de la monarchie austro-hongroise. Le gouvernement serbe demandait qu'on lui fît connaître.