‹ Les causes et les conséquences de la guerreChapitre 5 sur 168 · Vieux style · texte numérisé non relu

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L*ULTIMATUiM A LA SERBIE BT LA DECLARATION DE GUERRE 7

^dans la forme ordinaire, les présomptions de culpabilité et les preuves éventuelles de leur culpabilité.

Tous les accusés étaient des sujets austro-hongrois.

Le gouvernement austro-hongrois, en rédigeant ce document diplomatique qui n'a pas de précédent, savait que la Serbie ne pouvait accepter, sans renoncer à son indépendance, les deux paragraphes sur lesquels elle faisait des réserves.

Cet ultimatum à la Serbie, exigeant une réponse dans un délai de quarante-huit heures, avait été remis le 23 juillet, jour où M. Pachitch, président du Conseil, était loin de Belgrade. A Vienne, seul M. Von Tschircky, l'ambassadeur allemand, en avait eu connaissance *. Auprès de tous les autres ambassadeurs, le silence du Ballplatz avait été si complet et si rassurant que le 20 juillet, l'ambassadeur de Russie avait quitté Vienne pour un congé de quinze jours. Le 22 et le 23 juillet, l'ambassadeur français eut deux entrevues avec le baron Macchio, sous-secrétaire d'État des Affaires étrangères : dans la première, il reçut l'impression que la démarche du gouvernement austro-hongrois aurait un caractère tel que tout gouvernement pouvait l'accepter; dans la seconde, il ne fut même pas informé que la présentation de la note avait lieu ce jour même, ni avisé de sa publication le lendemain. Sir M. de Bunsen, ayant vu le même jour l'autre sous-secrétaire d'État, It; comte Forgach, avait été plus heureux : il en avait appris la présentation et le caractère. L'ambassadeur d'Italie, le (iucd'Avarna, fut laissé dans une ignorance complète. Aucun ambassadeur, sauf l'ambassadeur allemand, ne fut prévenu par le comte Berchtold de l'acte si grave qu'il préparait. Pen-

I. Rapport de sir M. de Bunsen, n" 161, Great Britain and the European ri sis. Cette brochure contient le livre bfanc, complété par divers doculents. Publiée par la Couronne, elle est vendue au prix de i d. (o fr. 10). vju eu a fait une traduction française.

dant les quarante-huit heures qui précédèrent la présentation de la note, s'étant rendu à Ischl, il était inaccessible aux ambassadeurs. Il est vrai que sir M. de Bunsen, dès le i5 juillet, en reçut quelque avis, mais ce fut d'une source privée. Il est vrai que la Neue frète Presse et d'autres journaux employaient un langage belliqueux à l'égard de l;i Serbie; mais le journaloffîcieux Fremdenblatt était plus prudent, si bien que <( l'opinion dominante parmi mes collègues, dit sir M. de Bunsen, était que l'Autiiche s'abstiendrait de toute démarche risquant de jeter l'Europe dans de graves complications ».

La note fut publiée le 2/i et reçut immédiatement le titre d'ultimatum. Un moment, le bruit courut que la Serbie l'acceptait. Ce fut un vif désappointement à Vienne, mais le soir on apprit que la Serbie faisaitdes réserves et que le ministre autrichien, le baron de Giesl, avait rompu tout rapport avec la Serbie. Une explosion d'enthousiasme, très bien réglée d'ailleurs, éclata à Vienne et dans beaucoup de villes d'Autriche. La foule et les journaux demandaient une guerre immédiate avec la Serbie, comme vengeance du crime de Sarajevo.

Pendant que le Ballplatz tenait l'ambassadeur français dans l'ignorance, il savait que le président du Conseil et le président de la République, revenant de Russie, ne pouvaient pas être en France avant quatre ou cinq jours. On peut supposer, sans témérité, que la coïncidence de ces faits n'était pas fortuite.

A Saint-Pétersbourg, le 24 juillet, le ministre des Affaires de Russie, M. Sazonof, dit à Sir George Buchanan, ambassadeur de la Grande-Bretagne, que jamais « l'Autriche n'aurait eu cette conduite provocatrice et immorale, sans être d'accord avec l'Allemagne ».

Le gouvernement allemand niait et a continué de nier qu'il connût l'ultimatum; seulement, dès le 24, ildéclarait que « les demandes du gouvernement austro-hongrois lui paraissaient équitables et modérées »; s'il ne connaissait pas l'ul-

l'ultimatum a la SERBIE ET LES DECLARATIONS DE GUERRE 9

timatum, comment pouvait-il déclarer que ses demandes étaient équitables et modérées? Il ajoutait que « la question devait être réglée uniquement entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie; que le gouvernement impérial entendait localiser le conflit; que toute intervention d'un autre pouvoir entraî- ! nerait des conséquences incalculables » ; et dès le 23, date de I l'ultimatum, il avait lancé unordreindividuelde mobilisation.

Le 25 juillet, au matin, il avait consigné les garnisons d'Alsace- ; Lorraine. Le même jour, il avait mis en état d'armement les ouvrages i: proches de la frontière. Le 26, il avait prescrit aux chemins de fer : les mesures préparatoires de la concentration. Le 27, il avait effectué p les réquisitions et mis en place ses troupes de couverture ^

Sir Edward Grey dit au comte Mensdorff, ambassadeur de l'Autriche-Hongrie à Londres, que la réponse de la Serbie était la plus grande humiliation qu'il eût vu subir par un pays, et qu'il était extrêmement désappointé d*apprendre qu'elle était traitée par le gouvernement autrichien comme insuffisante et négative.

Si le gouvernement autrichien n'avait eu que le but de se préserver de l'agression et des intrigues serbes, il se serait assuré, par des négociations diplomatiques, l'agrément de la Russie et des autres puissances.

Aussitôt la réponse reçue, il compléta sa mobilisation.

Le 27 juillet. Sir Edward Grey annonça à la Chambre des Communes qu'il proposait une démarche commune à Vienne et à Saint-Pétersbourg des représentants de l'Angleterre, de la France, de l'Allemagne et de l'Italie. Ce projet fut

•epté par. la France et la Russie et repoussé par l'Alleiiagne.

Pour ménager toutes les susceptibilités à Vienne, M. de lUinsen, en communiquant, le 28, cette proposition au comte

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