Le Marché financier, 1912-13, p
les banques sont entraînées par elles. Ses professeurs appellent cette situation le règne du capitalisme. Une industrie ne se fonde pas pour répondre à des besoins de consommateurs. Elle se fonde parce que des banques ont des capitaux à placer et qu'elles supposent que telle ou telle industrie pourra donner des bénéfices. Dans l'enquête sur les cartels par la Société de politique sociale (Vereinfur Sozialpolitik), le professeur Wagner a insisté sur cette transformation du caractère de l'industrie en Allemagne. La direction en échappe aux hommes techniques pour appartenir aux financiers ; et les financiers poussent à la constitution des cartels, espérant qu'ils y trouveront pour leurs capitaux un élément de stabilité et de sécurité. M. R. Liefmann a la loyauté de dire :
L'exclusion de la concurrence entre les membres de la même profession ou de la même industrie n'a pas le moins du monde conduit à la paix économique; mais une lutte, beaucoup plus acharnée que la même lutte en vue des clients, est maintenant déchaînée dans de nombreuses industries, à savoir la lutte contre les clients 1 surtout la lutte contre les transformateurs de matière première et contre les marchands.
Conclusions : Les cartels sont l'organisation du monopole des grands producteurs contre les industriels qui ont besoin de leurs produits et contre tous les consommateurs.
Les industriels ayant besoin des matières premières produites par grandes masses sont sacrifiés au groupe restreint des industriels qui les détiennent; et avec eux leurs ouvriers. L'organisation industrielle allemande est oligarchique. Les grands industriels des bords du Rhin sont favorisés comme les junkers de l'Est.
Les cartels ne peuvent stabiliser les prix et quelquefois ils sont un élément de perturbation.
Par la politique du dumping, ils suscitent à leurs nationaux des concurrents à l'étranger, et ils pratiquent à l'égard
de l'étranger le protectionnisme agressif, qui est une cause de perturbation pour son industrie.
Ils essayent de supprimer entre les producteurs la concurrence économique dont bénéficient les consommateurs pour établir des monopoles contre les consommateurs.
Tandis que dans un marché libre, le prix de vente a toujours une tendance à se rapprocher du prix de revient, ils essayent, par la subordination de l'acheteur, d'établir le prix de vente qu'il leur plaît.