CHAPITRE IX LA JALOUSIE MARITIME
(iierston et la marine allemande. — Des navires sans ports. — Le <( Kolossal ». — Les grandes compagnies allemandes. — Flotte britannique et flotte allemande. — Constructions navales. — Part delà marine allemande dans les ports allemands. — Les tramps ignorés des Allemands. — La navigation pour le prestige. — Primes d'exportation et subventions. — Récriminations subjectives contre la Grande-Rretagne. — La liberté des mers et l'Empire allemand.
Quoique l'Allemagne ne puisse lutter avec le Lancashire )our ses filés de coton, ni pour ses machines à filer et à isser, ce ne sont pas ces industries qui excitent la jalousie »aladive de ses hommes d'Etat et d'un certain nombre de ics industriels ; c'est la marine britannique.
Ils n'ont jamais pardonné à Palmerston d'avoir dit en i86t :
Les Allermnds peuvent labourer le sol, voguer dans les nuages et :onstruire des châteaux en Espagne; mais jamais depuis le commenement des temps, ils n'ont eu le génie de parcourir les mers, de se lasarder sur les eaux.
Ils citent si volontiers cette boutade, et d'une telle façon, (u'on croirait qu'ils ne lancent VImperator et le Waterland (ue pour y répondre.
L Imperator a 210 mètres de long, 3o mètres de large, I mètres de tirant d'eau, un tonnage de 55ooo tonnes et me force motrice de 65 000 chevaux. Le Waterland atteint 0000 tonnes, a une longueur de 276 mètres, un creux de 9 m. 25, et une force motrice de 70000 chevaux.
Dans leur besoin de faire « Kolossal », afin d'écraser VOlympic, ils ont construit ces navires avant d'avoir des ports pour les recevoir. L'Elbe n'a pas assez de profondeur pour les supporter et le vent peut y produire des dénivellements d'un mètre. Ils ont mis en service VImperator sans que Guxhaven fût aménagé pour son installation, de sorte qu'il était obligé de mouiller au large. Mais les Anglais n'avaient pas un navire aussi grand : et c'était là l'important!
Les Allemands ont constitué les deux compagnies qui ont chacune la plus grande flotte mondiale du monde. Au début de igiS, la Hamburg Amerika Linie possédait un tonnage de I 307000 tonnes ; le Norddeutscher Lloyd de 821 000 tonnes. Les plus grandes compagnies anglaises, VElleman Lines n'atteignait que 563ooo tonnes, la British India stèam O 553 000, la Peninsular and oriental C 539000. Les autres tombaient au-dessous de 5ooooo. Toutefois elles sont plus nombreuses^ ! Sans doute, mais en quoi la Grande-Bretagne a-t-elle gêné les compagnies allemandes. ^>
Seulement, en 1913, la Grande-Bretagne a une flotte de 12602 steamers représentant 11 273000 tonneaux; et df 8 336 voiliers représentant 846 000 tonnes, soit un total de 20 938 navires ayant un tonnage de 12 121 000 tonnes.
L'Allemagne n'arrive, au i"'" janvier 1914, qu'avec 2 17c steamers ayant 2832000 tonnes et y compris les voiliers l 4935 navires ayant ensemble 3 320000 tonnes.
Les constructions navales ont représenté en 1914, d'après le Lloyd, 2 852 000 tonnes pour le monde entier, soi 48000 tonnes seulement de moins qu'en 1913. Sur ce chiffre le Royaume-Uni compte 59 p. 100 dont il a conservé 1 288 6o( tonnes. Si on ne compte que les navires au-dessus d( 3ooo tonnes, la part du Royaume-Uni est de 64 p. 100.
I. Georges Michon. Les grandes compagnies anglaises de navigation. 191 (A. Rousseau, éd.).
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j Avant l'ouverture des hostilités, l'Allemagne avait mis à f flot 387 200 tonnes soit 78000 tonnes de moins qu'en igiS. i, Cependant les Allemands, pour favoriser la construction des navires, ont déchargé de tout droit de douane les maté- (;iriaux qui y sont employés.
l Dans le mouvement des ports allemands, l'étranger figure à t l'entrée pour 62266000 tonnes et la marine allemande pour ) 29000000: malgré l'appoint des lignes subventionnées, cette i proportion de <45 p. 100 en plus pour l'étranger prouve que leur marine est loin de suffire aux transports des Allemands. Voilà ce qu'ils ne pardonnent pas à la Grande-Dretagne.
Les Allemands connaissent à peine les tramps. Ces navires indépendants, qui vont d'un port à l'autre, là où il y a du ^fret à transporter, choquent leurs conceptions. Dans la Grande-Bretagne, au contraire, ils constituent 60 p. 100 de la flotte. En 1909, dans une enquête faite par the Economist sur 160 sociétés maritimes interrogées, 78 n'avaient que des tramps, représentant 2600000 tonnes et de petits armateurs en avaient eux-mêmes 2 700 000 tonnes.
Les Allemands préfèrent concentrer tous leurs efforts sur leurs grandes compagnies.
Leur activité maritime a quelque chose de factice. Le service direct de Hambourg au golfe Persique est non pas un service commercial, mais un service politique.
Beaucoup de lignes au Chili, à la Colombie, à la République de Saint-Domingue, à Siam, au Maroc, aux îles Philippines, au Venezuela, à la Bolivie, à l'Uruguay ont surtout pour but de promener le pavillon allemand. Elles travaillent pour le prestige : mais le prestige coûte et ne paye pas.
Toutes les expéditions au-dessous de 5 000 kilos et la plupart des expéditions au-dessus sont envoyées aux ports sous le régime de tarifs d'exportation. Vers 1900, pour le Levant et l'Afrique orientale, des tarifs furent établis de toute ville d'Allemagne jusqu'au lieu de destination; ils constituèrent à la fois des primes d'exportation et des subventions pour
les lignes affectées à ces transports. Une clause introduite dans tous les connaissements spécifie la nullité de toute convention spéciale.
Seulement la Grande-Bretagne est toujours en tête : mais en quoi gêne-t-elle les navires allemands. S'ils viennent dans les ports britanniques, ils sont traités en navires nationaux? De quoi se plaignent-ils. î^
Une personne jalouse n'a pas besoin de motifs réels pour alimenter sa passion. Elle en invente de chimériques. De même, les Allemands. Ils disent que la Grande-Bretagne peut leur fermer la Manche; et ils ont eu l'ambition d'occuper Calais I Ils prétendent que la Grande-Bretagne a le monopole! de la mer : mais ils ne peuvent trouver un fait à alléguer quii prouve qu'elle a gêné, en quoi que ce fût, le développement de leur marine; et ce développement même estune réfutatiou sans réplique de leur allégation.
Ils se vantent eux-mêmes « d'avoir fait perdre à la Grande-Bretagne sa place prééminente parce que leur marine s'est développée avec une rapidité plus grande que la sienne ». Au point de vue du pourcentage, c'est peut-être exact. Alors, pourquoi la Ligue navale et pourquoi son excitation belliqueuse contre la Grande-Bretagne? — Au nom de la liberté des mers I prétendent les docteurs, chargés selon la méthode de Frédéric II, de justifier les actes politiques du souverain.
Est-ce que la suprématie navale de la Grande-Bretagne a gêné le développement de la marine norvégienne? Est-ce que les Pays-Bas craignent qu'elle ne coupe leurs relations avec les Indes néerlandaises?
Le jour où la maîtrise de la mer appartiendrait à l'Allemagne, les Pays-Bas auraient disparu comme nation indépendante et la marine norvégienne ne se sentirait pas en sécurité.
L'Empire allemand n'a pas plus de souci de la liberté des mers que de la liberté sur terre. Sa politique, c'est d*en avoir le monopole, et, comme il ne pourra l'obtenir, tant que la