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I. Discussion du huitième congrès évangélique

On releva les tarifs sur les céréales. En rendant l'alimentation plus chère, on pouvait espérer obtenir le résultat préconisé par Ad. Wagner. 11 ne s'est pas produit. La population a continué d'augmenter : et si son taux d'accroissement s'est ralenti considérablement dans ces dernières années, le phénomène s'est produit dans les parties les plus riches de l'Allemagne.

Cette question de doctrine est abandonnée par les deux grands groupes de protecteurs* : les propriétaires et les agriculteurs, d'une part; les industriels, de l'autre. Quoique les industriels soient nationaux libéraux et hostiles en politique aux agrariens, ils sont d'accord avec eux pour poursuivre une politique protectionniste.

Cependant, leurs intérêts sont différents; mais le centre catholique s'appuie à la fois sur les ouvriers et les propriétaires agricoles et sur les ouvriers de la Province rhénane. En Silésie, les grands propriétaires sont en même temps métallurgistes et sont très puissants.

En septembre 1911, les chemins de fer prussiens diminuèrent de moitié leurs tarifs pour le transport des objets d'alimentation pour le bétail. La récolle des pommes de terre fut si faible que le gouvernement prussien permit d'y substituer le maïs pour faire de TalcooL

Les chambres de commerce et autres corps demandèrent la suppression temporaire des droits sur le maïs, qui sont de 3 marks (3 fr. 70) par quintal, sur l'orge de basse qualité, et la suspension des restrictions contre Timportalion de la viande et du bétail.

Au Reichstag, le chancelier répondit que toute suppression ou réduction de droits porterait atteinte aux cultivateurs. Une suppression temporaire serait d'autant plus dangereuse qu'elle pourrait devenir définitive.

Cependant les orateurs du centre et ceux des nationaux

[. Lujo Brentano, Congrès du Libre échange d'Anvers (1910).

libéraux, tout en protestant de leur fidélité à la protection, demandèrent la réduction ou la suspension temporaire des droits sur le maïs et sur l'orge, l'admission des viandes frigorifiées de la République Argentine, et une revision du régime des bons d'importation pour les grains. Le chancelier se trouva plus protectionniste que les protectionnistes. Le Deutsche Export revue, l'organe du Bund des Industriellon, déclara que son attitude aurait pour résultat de causer le plus grand mécontentement parmi les commerçants et les industriels.

Il est probable que cette attitude du chancelier a été pour quelque chose dans l'élection des cent dix socialistes aux élections de 1912.

Le tarif allemand de 1909 ne comprenait pas moins de neuf cent quarante et un articles. La bureaucratie prussienne qui le dressa voulut éluder un certain nombre des conséquences de la clause de la nation la plus favorisée. Son procédé consista à multiplier les numéros du tarif des douanes de telle sorte que telle et telle spécialité expédiée de France en Allemagne n'était pas comprise dans les traités de commerce qu'elle a conclus.

Les protectionnistes français dénoncèrent, avec beaucoup de fracas, l'article io3 visant les bovins à grandes taches baies ou brunes, vivant habituellement à 3oo mètres au-dessus du niveau de la mer et qui, chaque année, sont menés pendant un mois environà des pâturages situés à une altitude de 800 mètres; quelle qu'en fût l'origine, les bœufs destinés à l'engrais payaient le même droit de 9 marks par 100 kilos, tandis que d'autres vaches étaient astreintes au droit de 20 marks.

Il est évident que cette distinction avait été établie en faveur d'un certain troupeau suisse, peut-être dans le but d'introduire des spécimens utiles en Allemagne; en tout cas, les vaches françaises, autrichiennes, italiennes, néerlandaises, belges, danoises, etc., ne remplissant pas ces conditions, ne peuvent profiter de cette réduction de tarif.

j C'était une spécialisation. Au point de vue français, quel j en a été le résultat? Est-ce que nous avons un troupeau si l| abondant que nous puissions envahir l'Allemagne avec notre bétail P

Pouvait-on répondre à cette spécialisation en frappant des vaches d'origine allemande ? L'Allemagne n'en envoie pas. On ne pouvait pas frapper la houille, matière première. Les métallurgistes protectionnistes auraient récriminé. Dans le tarif français de 1910, on releva les droits sur les mécaniques et les machines, mais ils frappaient aussi bien les mécaniques et les machines belges ou anglaises que les mécaniques et les machines allemandes. Cette augmentation pouvait être favorable à quelques industriels; mais elle était nuisible à tous ceux qui avaient besoin de machines.

Ces spécialisations servirent de tremplin à M. Klotz pour sa campagne qui aboutit à la revision de 1910. Ses amis et lui répétaient que 12 p. 100 de nos produits avaient été atteints par les spécialisations allemandes tandis qu'il n'y en avait eu que 6 p. 100 à en bénéficier.

En tout cas, elles n'empêchèrent point les échanges de se développer ; et nos exportations dépassaient les importations. M. Klotz fît des discours belliqueux qui paraissaient s'adresser à l'Allemagne, mais en même temps il disait :

La revision n'a pas pour but le relèvement systématique de notre tarif minimum. Elle a pour but le relèvement systématique de noire tarif général.

Dans ses manifestes, M. Klotz désignait l'Allemagne et ses spécialisations ; mais en vertu de l'article 1 1 du traité de Francfort, la France ne pouvaitluiappliquer son tarif général.

Les Allemands savaient fort bien à quoi s'en tenir; mais les échanges de mauvaises paroles ne préparaient pas des échanges de bons procédés. Cependant, les échanges de marchandises augmentaient quand même. Cependant il y eut plus (jue des discours.

La loi douanière du ii janvier 1892 contient un article 1 ainsi conçu :

Sont prohibés à l'entrée, exclus de l'entrepôt, du transit et de la j circulation, tous produits étrangers, naturels ou fabriqués, portant, soit sur eux-mêmes, soit sur des emballages, caisses, ballots, enveloppes, bandes ou étiquettes, etc., une marque de fabrique ou de commerce, un nom, un signe ou une indication quelconque de nature à faire croire qu'ils ont été fabriqués en France ou qu'ils sont d'origine française.

Cette disposition s'applique également aux produits étrangers fabriqués ou naturels obtenus dans une localité de même nom qu'une localité française, qui ne porterait pas, en même temps que le nom de cette localité, le nom du pays d'origine et la mention « importé » en caractères manifestement apparents.

Cet article ne semblait avoir pour but que d'empêcher la confusion entre l'origine étrangère et l'origine française d'un produit. Mais dans ces dernières années on est arrivé à l'appliquer de telle manière que toute marchandise étrangère doit porter une marque d'origine.

La douane obligeait une maison allemande qui, depuis plus de soixante ans, vendait en France des instruments d'optique avec sa marque (Maison X à léna) à ajouter : « importé d'Allemagne ». La douane a bien voulu renoncer à ce pléonasme*.

Cependant, nous devons reconnaître que la douane, avec un rare esprit de modération, a bien voulu ne pas exiger une marque spéciale sur les morceaux de houille que nous importons d'Angleterre, de Belgique et d'Allemagne.

Pour répondre à ces mauvais procédés, on songeait en Allemagne à introduire une disposition qui répondrait à

I. Maurice Àjam. Le Conflit économique franco-allemand. Journal dei Économistes, novembre igiS.

ÉCHANGES DE MAUVAIS PHOCéoÉS 205

l'article i5 en exigeant non seulement que toutes les marchandises importées en Allemagne,, mais toutes les mar- ( handises en transit portassent des indications précises ; et la douane pourrait exiger qu'elles fussent inscrites en caractères indélébiles.

L'augmentation des droits de douane décidée par l'Allemagne en igio, élevait sur les vins mousseux le droit de 1^0 M. à i8o M. et sur les eaux-de-vie de 3oo à 35o M.

Le règlement de douane allemand exigeait qu'une analyse (If chaque expédition de vin fût opérée à l'entrée à la charge <!(' l'expéditeur. Les expéditeurs français s'y résignaient, la douane allemande se contentant d'une seule analyse par ivoi; mais le i**' septembre 1910, la douane allemande i cida qu'elle ne considérerait comme « vins homogènes » <]iie ceux d'un même cru, d'une même année, et d'un même prix : de là, cette conséquence : autant d'analyses qu'il y a de ( rus particuliers dans une même expédition.

La loi allemande permet le coupage jusqu'à 49 p. 100 : ce •(jupage légal n'était pas destiné à aniéliorer la qualité des vins de Bordeaux.

Un certain nombre de Français, sur l'initiative de M. Lucien

jquet, fondèrent, il y a quelques années, le Comité du mmerce français avec V Allemagne. Il a eu pour présidents M. Pierre Baudin, M. René Millet, et, à partir du mois de juin igiS, M. Maurice Ajam. On le connaît sous le nom 1' Comité franco-allemand. Il avait pour but d' « augmenter t ntro la France et l'Allemagne de fructueux échanges ». M. Maurice Ajam a fait dans l'été de igiS, un voyage d'études en Allemagne dont il a bien voulu publier le résumé dans le Journal des Économistes de novembre 1913 sous ce titre : le Conflit économique franco-allemand. Il a en outre donné les détails de son enquête dans un volume intitulé : le Problème économique franco-allemand^.

. i vol. in-i8. (Perrin éditeur.)

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Ce comité était surtout composé d*exportateurs des deux pays : j'en parle d'autant plus à l'aise que, quoique sollicité d'y entrer, je n'en ai jamais fait partie. Mais les protectionnistes qui veulent toujours vendre sans jamais acheter ne pouvaient cependant reprocher à des Français d'essayer de vendre des marchandises en Allemagne. Mais les Allemands en vendaient en France .^^ Les protectionnistes font le même reproche aux Anglais et aux Belges : et malgré tous leurs efforts, ils n'ont pas encore trouvé le moyen d'empêcher les produits de s'échanger contre des produits.

Mais les protectionnistes ont recours à d'autres moyens que les tarifs de douanes. En Allemagne, ils se servaient des tarifs de chemins de fer, très bas pour les exportations, très élevés pour les importations. Ils frappaient ainsi le consommateur de deux manières : en facilitant l'exportation du produit national et en élevant le prix du produit étranger.

Toujours vendre, ne jamais acheter : tel est dans chaque pays le premier commandement des protectionnistes : la politique des cartels l'applique largement. Mais les personnes qui cherchent toujours des « remèdes aux crises » voudraient encore mieux faire.

Dans le second semestre de igiS une dépression se produisit.

Aussitôt la presse trouva le remède; c'est l'exportation. Au nom de la mission économique de l'Allemagne dans le monde, et au nom du Weltwirtschaft, on dénonce à la haine la Grande- Bretagne qui a ses colonies, les États-Unis qui possèdent un Continent, tandis que l'Allemagne venue la dernière n'a pas de territoires privilégiés; et alors ces imaginatifs lui montrent la nécessité de prendre sa part en Afrique, de s'assurer le monopole de l'Asie turque, de l'Amérique du Sud et de la Chine.

A quarante-huit heures de distance, au mois de février 1914, furent inaugurées deux institutions scientifiques ayant pour but d'apprendre la science (?) ou l'art du commerce interna-

tional : l'une à l'Université de Kiel, le Kaiser Wilhelm Stif-

tung, et le Weltwirtschaftliche Gesellschaft ; constituées à j Berlin, composées de savants et poursuivant des fins théorijques, lectures et publications sur le rôle économique de

l'Allemagne dans le monde.

Jalousie commerciale; ignorance économique; procédés

hypocrites et déloyaux : tels sont les caractères de la poli- ' tique protectionniste dans tous les pays.

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