AMBITIONS ET DECEPTIONS COLONIALES
redoutaient M. Ad. Wagner et quelques autres professeurs.
Sur ce chiffre, plus de 12000 étaient des fonctionnaires ou dos missionnaires.
M. Bonn, professeur à l'Université de Munich, directeur tic l'Ecole supérieure du commerce, prononça, en 1911, dans une circonstance solennelle, un discours étudié sur la politique coloniale allemande surtout en Afrique. Il fît ressortir lit contradiction existant entre les postulats et les faits ^ On .'ivait dit que les colonies africaines pourraient fournir le
ton nécessaire à la consommation de l'Allemagne.
Elle était, en 1909-1910, de i 664 000 balles = 877 millions (le kilogrammes. Pour couvrir les besoins de l'Allemagne, il aurait fallu planter 2 millions d'hectares et disposer de 2 ou H millions d'ouvriers ; et le docteur Bonn estimait qu'il y avait en tout, hommes, femmes, enfants, i4 millions de nègres I
Le total du commerce des colonies allemandes était de :
Importations. Exportations. Total.
(Millions de francs.) 1912... 322 25l 873
Mais si on sépare la part de Kiao-tchéou :
On trouve :
Kiao-tchéou constitue les deux cinquièmes du commerce total.
L'ambition du Kaiser fut, pendant quelques années, détournée de la Turquie vers la Chine.
L'Allemagne considérait qu'en vue du partage futur de la Chine, Kiao-tchéou était la meilleure place à prendre. La
En voir l'analyse. Journal des Economistes, septembre 191 1
Belgique, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne avaient obtenu des chemins de fer, mais sans cessions de territoires.
En novembre 1897, deux missionnaires allemands furent assassinés; il y avait là, comme par hasard, une petite escadre allemande, sous le commandement de l'amiral von Diedricks. Le i4 novembre, elle débarqua quelques troupes qui prirent possession des terrains entourant la baie de Kiao-tchéou et hissèrent le drapeau allemand sur les collines voisines. De suite, une proclamation assura les Chinois de l'amitié de l'Allemagne, mais déclara que dans le but d'obtenir satisfaction pour le meurtre des deux missionnaires, elle occuperait ce territoire.
Péking en demanda l'évacuation. Les Allemands, loin d'y' consentir, demandèrent la concession d'un chemin de fer et de mines dans la province de Ghantoung. La Chine n'était pas en mesure de résister, et le gouvernement allemand obtint à bail de quatre-vingt-dix-neuf ans, igS milles carrés de la province de Chantoung, la baie de Kiao-tchéou, et une sphère d'influence égale à 2760 milles carrés. La cession fut signée le 6 mars 1898. Le second paragraphe de l'article premier commence par ces mots : « Sa Majesté l'empereur de Chine, désirant que les troupes allemandes prennent possession du territoire ci-dessus désigné... »
L'ironie continue. La province de Chantoung est abandonnée au gouvernement allemand. En échange, l'Allemagne assure qu'elle n'entretient aucune intention traîtresse à l'égard de la Chine, et « qu'elle n'essayera de saisir illégalement aucune terre dans cette province «. En échange des concessions de mines, l'Allemagne assure encore la Chine « qu'elle n'a pour mobile aucune intention traîtresse contre elle, mais qu'elle veut seulement augmenter le commerce et améliorer les relations entre les deux pays ».
En demandant un crédit de 5 millions de marks pour mettre ce territoire en état, le prince de Bulow disait :
Les autorités chinoises auront une preuve constante de la puis-
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sance allemande qui leur prouvera qu'aucun préjudice contre le [leuple allemand ne sera laissé sans vengeance. Nous nous sommes assurés à Kiao-tchéou une position stratégique et i tique qui nous donne une influence décisive sur l'avenir de l'Ex- II lae-Orient.
L'Allemagne travailla activement à sa fortification. On dit
qu'elle y envoya cinq cents canons Krupp des derniers
modèles. On célébra le développement de son port; mais
me partie de son activité était due aux transports nécessités
par ces travaux et ceux du chemin de fer.
En 1904, le chemin de fer de Tsing-tao à Tsinan-fou, long
o56 milles, fut ouvert. Il traverse les terres les plus fer-
3 et les plus peuplées, jusqu'alors dépourvues de moyens
communication et rejoint la principale ligne de la Chine
Nankin à Pékin.
De là le développement de ractivité commerciale du port
Kiao-tchéou, qui, d'après les chiffres de la douane, est
[ issé de 59482 Hiakuam taels en 1900, à i 670000 en 1912.
Le développement de la marine de guerre allemande
ricide avec l'occupation de Kiao-tchéou : elle a coûté cher
i I Empire allemand.
Maintenant, les Japonais en ont éliminé les Allemands,
[iii n'y rentreront jamais. Cette colonie a été la seule qui ait
1 un brillant succès commercial, parce qu'elle a mis des
yens de transport à la disposition des Chinois; mais ce
lit les Chinois, non les Allemands, qui en ont fait la pros-
rité. Ceux-ci la considéraient toujours « comme un point
atégique^ ».
•}uand l'Allemagne parlaitdes intérêts allemands au Maroc, ^ii aurait cru qu'elle y avait un commerce de premier ordre.
I. Tsingtan and ils significance : with some impressions from a récent visit by VVilliam Blanc. Tke Nineleentk centary and after. Décembre 1914. Tsing-iao et la Haine de la culture allemande en extrême-orient, i>&r D. BeL let. Hevue des deux mondes, i" mars 1915.
Or, le commerce total de TAllemagne avec le Maroc était, en 1909, de 11 Sooooo marks; tandis que son commerce total élait de 17 milliards : pas i p. 100, quelque chose comme 0.6 I
La valeur du commerce au Maroc du Royaume-Uni était de 2 20A 000 livres sterling; celui du commerce français, de 2 196000; celui de l'Allemagne, de 564 147.
Ebranler le monde pour un intérêt si minuscule, prouve que le Kaiser et ses conseillers n'ont pas la notion des proportions.
En même temps, il essayait, d'une manière artificielle, de grossir l'importance des affaires allemandes. La comparaison du tonnage des navires entrés dans le port de Tanger est très instructive sous ce rapport :
Allemands.
Anglais
Chargés.
Sur lest.
Chargés.
Sur lest.
koM
io4,5i7
Tandis que la proportion des navires anglais sur lest est d'environ un huitième relativement aux navires chargés, les navires allemands surlestreprésentent les quatre cinquièmes du total. Ces navires se promènent pour montrer le pavillon allemand, « en échange de subsides, écrivait le consul britannique; autrement, ils ne continueraient pas leurs services sur cette côte ».
En 1901, on comptait i6 5oo Européens au Maroc, sur lesquels les Allemands, y compris les Autrichiens et les Suisses, n'atteignaient que le chiffre de i53: ip. 100!
Le Panther fut envoyé pour protéger la vie des Allemands et des protégés des Allemands, disait la note officielle; et Agadir, village de 3oo ou 4oo habitants, ne contenait pas un seul Allemand.
En réalité, ce qui intéressait le Kaiser, c'était la position