AMBITIONS ET DÉCEPTIONS COLONIALES
Politique coloniale allemande. — Faim de territoires. — Colonies de peuplement en Afrique. — Massacre des indigènes. — Pas de débouché pour la population allemande. — Les postulats et les faits. — Kiao- Tchéou. — Les intérêts allemands au Maroc. — Navigation de parade. Prétextes économiques, visées politiques. — (( L'accroissement des superficies. ))
Les protectionnistes allemands, comme les protectionnistes des autres pays, en même temps qu'ils s'attachaient à restreindre les échanges de leur pays avec d'autres pays, voulaient s'assurer deux choses :
I** Que l'Allemagne pût se suffire à elle-même;
2" Que l'Allemagne augmentât ses débouchés en acquérant des consommateurs qui seraient sa propriété.
De là, la politique coloniale, à laquelle Bismarck, malgré ses méfiances, n'osa pas résister. En i884, il reçut Angra Pequena d'un marchand de Brème, Lûderitz, qui l'avait acquise d'un chef Namaquois.
M. F. Kolke, directeur du Koloniale Zeitschrift donne un tableau indiquant pour l'année 191 1, le commerce suivant de l'Allemagne avec les colonies de l'Angleterre, de la France, de la Hollande et de la Belgique.
Importations Exportations
on Allomagno. d'AHemagne.
(Millions do francs.) i i343,5 35a, 5
2lâ LES CAUSES ÉCONOMIQUES DE LA GUERRE
Acheter 3oo fois plus aux colonies étrangères qu'ils ne leur vendent : cela indignait les théoriciens de l'Économie nationale.
Ils étaient encore plus indignés quand ils constataient que, sur les i35 millions de kilomètres carrés de terrain habitables du globe, l'Angleterre en avait 82,8 millions, la Russie 19,7 millions, la France 11 millions, tandis que l'Allemagne n'en avait que 2962000.
De là, ce sentiment qu'ils ont exprimé par le mot Landgier. Ils avaient faim de territoires.
Ils disaient dogmatiquement : Une grande puissance doit disposer, dans différentes parties du globe, de territoires d'une étendue proportionnelle au nombre de ses habitants et à sa force d'expansion.
Ils entendirent que les colonies africaines fussent des colonies de peuplement. Les savants allemands ne voulaient pas savoir que le blanc s'acclimate fort mal dans les pays de la zone torride caractérisée par 25 degrés isothermes ^
Les Allemands massacrèrent les Herreros et autres nègres. Ils furent surpris de voir que les noirs étaient indispensables à la mise en valeur des colonies. Si le docteur Dernburg, le premier secrétaire d'État des colonies, méprisait les noirs, il n'estimait pas davantage les blancs ; il voulait faire des colonies vides d'hommes qui seraient exploitées par des banques. Mais les banques eurent de la méfiance. Son successeur. Soif, a voulu en faire de nouveau des colonies dépeuplement; maisPoménariens et Mecklembourgeois craignent la fièvre et la dysenterie; c'est toujours l'Amérique du Nord qui a leurs préférences.
En 1913, les colonies allemandes comprenaient 28800 individus de race blanche. Comme l'excédent des naissances, en Allemagne, est de 800000, le peuplement des colonies allemandes ne débarrassait pas la métropole du trop-plein que
I. V. Yves Guyot. Lettres sur la politique colonialef p. 4?, 55