CHAPITRE II
La France alliée de la Prusse. — Le traité d'Aix-la-Chapelle (1748). — La France alliée de l'Autriche pendant la guerre de Sept ans. — Le manifeste de Brunswick en 1792. — Le traité de Bâle de 1795. — Accord de la Prusse et de la France. — Le traité de Lunéville. — Bénéfices de la Prusse et de l'Autriche. — Le Saint-Empire romain devenant protestant. — L'acte final de la diète de Ratisbonne. — Faute de Napoléon. - La Convention de Potsdam et le lendemain d'Austerlitz. — La paix dt Presbourg. — La confédération du Rhin (12 juillet 1806). — Près du Saint-Empire romain. — Napoléon héritier de Charlemagne. — La guerre de Prusse. — La paix de Tilsitt. — Procédés de Napoléon. — Stein. — Le général Scharnhorst. — Offres de la Prusse à Napoléon. — York et les troupes prussiennes après la campagne de Russie. — Hardenberg : offres à la France. — Indifférence de la Prusse pour l'Allemagne.— Le traité de Kalisz. — Appel à la guerre. — Le traité de Paris. — La confédération germanique.
Quand Frédéric partit pour la conquête de la Silésie, il demanda l'alliance de la France; la France envoya quarante mille hommes au fond de la Bavière au lieu d'aller dans les Pays-Bas. Marie-Thérèse abandonna la Silésie à la Prusse; l'armée française fut enfermée dans Prague : et nous eûmes toute l'Europe contre nous, après avoir travaillé uniquement pour le roi de Prusse. Au bout de cinq ans de guerre, nous renonçâmes par le traité d'Aix-la-Chapelle (17A8), complètement aux Pays-Bas dont nous occupions la majeure partie. La marquise de Pompadour avait dit aux parlementaires français : <( Ne revenez pas sans la paix. Le roi la veut. »
LA FRANCE ET LA PRUSSE DE i73o A 1814 263
Il est vrai que, dans la guerre de Sept ans, la France fut
lliée de Marie-Thérèse contre Frédéric II. C'était un chaniient complet dans sa diplomatie. Frédéric battit si bien Saxons qu'il incorpora leur armée dans la sienne : et s'il tit victorieux de la Coalition constituée contre lui, ce fut, grande partie, grâce à l'incapacité de nos généraux. Il -opposa la Prusse puissante, protestante et unie, à l'Autriche catholique et composée de peuples de races diverses.
Marie-Thérèse acheta la succession de l'électeur de Bavière à son héritier direct, l'électeur Palatin. Frédéric s'y opposa avec l'appui de la France et de la Russie (1779)-
Pendant le dix-huitième siècle, la France se trouva tantôt adversaire tantôt alliée de la Prusse.
Le ^rj août 1791, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume et 'Empereur Léopold II, réunis à Pilnitz, près de Dresde, lirent une déclaration annonçant leur intervention en faveur le Louis XVI. Le s>5 juillet 1792, le chef de l'armée prussienne, le duc de Brunswick, lança un manifeste menaçant de ivrer la capitale de la France à une exécution militaire si Louis XVI n'était pas rétabli dans tous ses droits. Elle proiroquala journée du 10 Août.
Les Prussiens furent battus à Valmy le 20 septembre(i792); nais en 1796, par le traité de Bâle, le roi de Prusse abandonna es adversaires de la Révolution.
Les instructions, données à son ministre le comte de Golz, sortaient que (( la Prusse avait toujours eu des sentiments avorables à la France, ce dont Sa Majesté avait donné des preuves dans le cours de la guerre * ».
Le traité et ses articles additionnels donnaient à la France es Provinces Rhénanes tandis que les cercles de West- )halie, la Basse et la Haute-Saxe, la partie des deux cercles Ju Rhin situés sur la rive droite du Main, formaient une
I. Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la boicrille de '>adov)a, par Eugène Vcron. (Libr. F. Alcan.) Thiers. Hisloire du Consntat t de VEmpire.
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ligne de démarcalion dont la Prusse s'engageaità respecter la neutralité. En fait, la France donnait à la Prusse le protectorat de l'Allemagne du Nord. La Prusse, en concluant cette paix séparée, trahissait le Saint Empire Romain.
Lors de la paix de Lunéville (g février 1801) elle offrait de lier sa politique à celle du Premier Consul, de s'engagera lui par une alliance formelle, de garantir tous les arrangements faits en Italie. Le traité de Lunéville spécifiait que les princes laïques, ayant des possessions sur la rive gauche du Rhin dont la France prenait possession, recevraient des indemnités.
Pour se les procurer, on eut recours à un moyen qui avait déjà été employé pendant la Réforme et à la paix de Westphalie : la sécularisation des principautés ecclésiastiques. Aussi bien la catholique Autriche que la Prusse luthérienne considéraient que ces territoires, avec leurs habitants, étaient des propriétés dont on pouvait traQquer. L'Autriche prenait pour des parents de l'empereur, deux archiducs italiens dépossédés et la Prusse pour le stathouder de Hollande qui n'avaient rien de commun avec l'Allemagne, le quart des sécularisations.
Le Premier Consul, assiégé par toutes ces réclamations^^ demanda à l'empereur de Russie d'intervenir en même temps que lui.
La Prusse avait perdu sur la rive gauche du Rhin les duchés de Gueldres et de Juliers, la principauté de Mœurs et une partie du duché de Glèves, comprenant en tout une population de 187000 habitants et ayant un revenu de 3 millions de francs. Une convention signée le i3 mai 1802 avec la France lui assurait, en échange, les évêchés de Paderborn et d'Hildesheim, Eichsfeldt, Erfurth, Untergleichen, la ville et l'évêché de Munster avec plusieurs autres villes et abbayes. Elle gagnait plus de Aooooo habitants à l'échange. Le prince de Nassau recevait l'évêché et l'abbaye de Fulde, les abbayes de Corwenetde Weingarten qui devaient revenir à la Prusse en cas d'extinction de la ligne directe.
Le Premier Consul se mit ensuite d'accord avec Bade,
rWiirteraberg, les deux Hesses qui furent 1res bien traités. [ L'Autriche n'avait pas à se plaindre; car elle reçut pour f'archiduc de Toscane, les évêchés de Brixen, de Trente, de jSalzbourg, de Passau (sans la place de Passau), la Prévôté de ilBerchtolsgaden représentant un revenu de 3 5odooo florins t^our compenser un revenu de 2600000.
jj Mais ces remaniements impliquèrent de profonds changeilnents dans la constitution du Saint-Empire romain. Le colège électoral se composait alors de huit membres. Des trois iHecteurs ecclésiastiques, deux disparaissaient, les archevêques de Cologne et de Trêves. Restaient la Bohême ; l'électeur Palatin pour la Bavière et le Palatinat; le duc de Saxe; le roi ie Prusse pour le Brandebourg; le roi d'Angleterre pour le Hanovre.
Finalement, le nombre des électeurs fut porté à dix : mais es protestants y disposaient de six voix contre quatre cathoiques. S'ils avaient dû élire un nouvel empereur conformément à leur foi, le Saint-Empire romain aurait eu pour hef un hérétique auquel le pape ne pouvait demander ie renouveler le serment de Gharlemagne contre les lérétiques.
La majorité catholique qui était dans le collège des princes, ie 54 voix contre 43, disparaissait. Presque tous les princes, léritiei^s des voix ecclésiastiques étaient protestants et, par X)nséquent, du côté de la Prusse.
Toutefois, cette démarcation n'était pas absolue. La Bavière catholique volait avec la Prusse contre l'Autriche ; la Saxe, protestante, était habituellement en opposition à la Prusse lont elle avait peur.
Le 25 février i8o3, la Diète de Ratisbonne adopta l'acte inal. La Suède fut le seul opposant : et les membres de la Diète, loin de dissimuler leur reconnaissance pour les soluions données, auraient volontiers demandé que la France fût chargée de son exécution.
L'Autriche le ratifia le 2/1 mars; et elle commit un abus de îonfiance en s'emparant de 3o millions de florins déposés à
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la Banque de Vienne par les principautés récemment sécularisées.
La politique de Bonaparte avait été habile ; mais après la rupture de la paix d'Amiens en i8o3, il fit occuper le Hanovre par ses troupes : et le Czar était garant de l'application de l'acte final de la Diète de Ratisbonne. Il avait pris aussi sous sa protection le royaume de Naples, que Napoléon faisait occuper. L'enlèvement du duc d'Enghien sur le territoire badois provoqua la rupture avec la Russie. Napoléon avait besoin de la Prusse ; mais l'occupation du Hanovre, la fermeture de l'Elbe et du Weser la choquaient. Son aris tocratie détestait la France. La reine Louise avait été conquise par l'empereur de Russie, Alexandre. Le roi Frédéric- Guillaume restait passif; à la veille d'Austerlitz, il n'osa accepter le Hanovre que lui offrait Napoléon, mais pendant qu'il faisait respecter la neutralité de son territoire par la Russie, les armées françaises la violaient.
Alors a lieu la Convention de Potsdam entre Alexandre et le roi de Prusse ; mais le lendemain d'Austerlitz, l'envoyé prussien à Vienne, le comte de Haugwitz, félicite Napoléon de sa victoire, a Voilà un compliment dont la fortune a changé l'adresse », lui répondit-il. U en profita. Le i5 décem bre, il signait avec Haugwitz un traité d'alliance offensive et ] défensive donnant le Hanovre à la Prusse. Il lui enlevait quatre cent mille sujets et lui en donnait un million.
Mais le traité ne fut pas ratifié à Berlin. Pendant que le roi de Prusse se perdait en hésitations et en contradictions, Napoléon résolut de faire la Confédération du Rhin.
Par la paix de Presbourg, l'Autriche avait été expulsée d'Italie, la Bavière avait reçu de sérieux avantages. Napoléon conféra le titre de roi aux princes de Bavière et de V^urtemberg. Il constitua d'abord avec eux et le grand duc de Bade son projet de confédération, sans s'occuper de l'opinion des autres princes, ni de celle des villes libres, encore moins de celle des populations. Il n'essaya même pas de sauver les apparences comme en i8o3. Il donna le traité à'
iigner aux autres princes qui furent compris dans la Gonféiération, sans leur demander leur avis (12 juillet 1806).
Elle était composée de deux collèges : le collège des rois, omprenant : i" le prince Primat, ex-électeur de Mayence ;
• le roi de Bavière auquel étaient données les villes libres [e Nuremberg et de Ratisbonne; 3" le roi de Wurtemberg; ' le grand duc de Bade; -5° le grand duc de Berg; 6° le grand
. de Hesse-Darmstadt. Le collège des princes se compoiiit des ducs de Nassau-Usingen-Weilbourg; des princes <^ Hohenzollern-Hechingen-Sigmaringen ; des princes de ;ilm-Salm, de Salm-Kirbourg, d'Isambourg, d'Aremberg, <■ Lichtenstein et de Leyen. La noblesse immédiate enclavée ans les territoires de ces Etats était incorporée. Elle perail ses droits de législation, de juridiction, de haute ulice, d'impôt, de recrutement.
Le i*"" août, l'ambassadeur français annonçait à la Diète
Ratisbonne que l'empereur des Français, qui consen-
à devenir le protecteur des princes confédérés, ne
jnnaissait plus désormais l'existence de l'Empire. Fran-
II, par une circulaire du 6 août, déclara qu'il considérait
• inme dissous les liens qui l'attachaient au corps germaique, releva de 'l'allégeance les Etats qui le formaient, et
■^ confina dans le gouvernement de ses domaines héréires sous le titre « d'Empereur d'Autriche » qu'il avait - en i8o4. Le Saint-Empire romain, fondé en 800 par ouronnement de Charlemagne avait duré mille six ans. : disparition était définitive.
Le Saint-Empire romain n'était plus, mais le souvenir de harlemagne obsédait Napoléon. Bourrienne raconte qu'un
• II r il dit : « Je n'ai pas succédé à Louis XIV, mais à Ghariiiagne. » Il devait faire frapper une médaille avec cet cergue : Renovatio imperii. Il entendait devenir Empereur Occident, entouré de rois, de grands-ducs, de ducs, de )mtes qui seraient ses vassaux.
Par une note, il félicita le roi de Prusse d'être dégage îB liens de l'Empire germanique. « Il verrait avec plaisir
que la Prusse rangeât sous son influence au moyen d'une Confédération semblable à celle du Rhin, tous les Etats du nord de l'Allemagne. » C'étaient Hesse Cassel, la Saxe avec ses diverses branches, les deux maisons de Mecklembourg et quelques petits princes du Nord.
Le roi de Prusse, séduit par cette invitation, voulut en profiter : mais Napoléon avec le sans-gêne que lui donnai! l'orgueil de ses victoires, invita le prince de Hesse Cassel jj entrer dans la Confédération du Rhin, et, pour le séduire, lui offrit Fulde qui était la propriété du prince d'Orange, beau-frère du roi. Ilinterditaux villes hanséatiques, Brème, Hambourg et Lubeck d'entrer dans la Confédération di Nord. En même temps, il négociait avec l'Angleterre la res 1 titution du Hanovre qu'il avait donné au roi de Prusse.
Le roi de Prusse se résigna à la guerre qu'il n'avait pai faite quand il pouvait entrer dans la coalition de l'Autrichij et de la Russie. Les troupes légendaires dont il avait hérité furent écrasées à Auerstœdt et à léna (i4 octobre 1806), e en sept semaines, la Prusse n'existait plus. L'arrivée de.' Russes prolongea la résistance de sept mois. Ce ne fut qu» le 9 juillet que fut conclu le traité de Tilsitt.
Le roi de Prusse cédait tous les territoires compris entre 1* Rhin et l'Elbe qui devaient former le royaume de West phalie et en reconnaissait Jérôme Napoléon comme souve rain légitime. Il renonçait à toute la Pologne prussienn' qui fut donnée à l'électeur de Saxe. 11 gardait la Pruss' orientale et occidentale, la Poméranie, le Brandebourg et l Silésie, environ cinq millions d'habitants sur dix. Le paye ment des contributions arriérées qui devait être remis ai vainqueur était évalué par les commissaires du roi à 19 mil lions de francs.
Daru en réclama i54, puis consentit à réduire de 35 mil lions. En attendant le payement de ces sommes, deux cen mille hommes vécurent en Prusse aux dépens des habi tants. H y avait en Prusse deux monnaies d'argent de titr^ différent; naturellement, il ne resta en Prusse que la mon
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naie au plus bas titre. Ce ne fut qu'au bout de trois ans lu'elle put être retirée de la circulation. Soumise au Blocus ritinental, la Prusse ne pouvait plus exporter de bois, et i Ile ne pouvait importer ce qui lui était nécessaire.
Après la défaite de la Prusse, la Confédération du Rhin
mprit quatre royaumes, cinq grands-duchés, vingt-trois
duchés et principautés, une population de vingt millions
d'habitants. Napoléon voulut constituer des principautés et
s royaumes pour des membres de sa famille : il forma