D'Alemberti Éléments de phH^t xwu
Dès que nous oouoevons un corps nous le concevons étendu, impénétrable, divisible et mobile : mais nous ne concevons pas nécessairement qu'il agisse sur un autre corps. La gravitation, si elle est telle que la conçoivent les attractionnaires décidés, ne peut avoir pour cause que la volonté d'un être souverain * i.
Mais si les lois de l'attraction sont, au dire de d'Alembert, des lois manifestement contingentes, il n'en est pas de même des lois de la communication du mouvement ou de la mécanique propre^ ment dite.
c II est démontré, dit-il, qu'un corps abandonné à lui-même, doit persister dans son état de repos ou de mouvement uniiorme : il est démontré que s'il tend à se mouvoir à la fois suivant les deas côtés d*un parallélogramme, la diagonale est la direction qu'il doit prendre, il est démontré enfin... De toutes ces réflexions, il s'ensuit que les lois connues de la statique et de la mécanique sont celles qui résultent de l'existence de la matière et du mouvement... Donc les lois de Téquilibre et du mouvement sont de vérité nécessaire. » '
On remarquera que dans ce passage, d'Alembert confond deu:: choses : les théorèmes de la mécanique, et les lois primordiales du mouvement ou les principes sur lesquels elle s'appuie. Or qae les théorèmes soient démontrés, les principes une fois admis, c'est ce qui n'est nié par personne. Mais les principes eux-mêmes sontils démontrés ? et une telle expression même n'est-elle pas contradictoire ?ce qu'il faudrait pour que ces principes fussent nécessaires, ce serait qu'ils fussent évidents par eux-mêmes, et que le contrairo impliquât contradiction. Or c'est ce qui n'a pas lieu; d'Alembert lui-même , lorsqu'il parle de la loi d'inertie ou d'uniformité, dit c que c'est la loi la plus simple qu'un mobile puisse observer dans son mouvement. » Mais pourquoi la matière obéirait-elle aux lois les plus simples ? et si l'on peut dire qu'il résulte de l'idée d'un corps c qu'il ne peut se donner le mouvement à lui-même i, il n'^
i. D'Alembert, Ibid.^ xvii. — On ne doit pas supposer que, dans ce pnasage, d'Alembert fasse aucune concession aux idées théologiqnes : car, puisqu'il coDsi* dère les autres lois de la mécanique comme nécessaires et essentielles à h malièrei il n'y a nulle rnison pour qu'il n'eût pas dit la même chose des lois de rallracliooi •1 c'eût été sa pensée.
LEIBNIZ ^^l
résulte nullement qu'il ne perdra jamais le mouvement une fois acquis , sans une cause nouvelle. L'affaiblissement progressif d'un mouvement n'a rien qui répugne à la raison pure ; et ce n'est que depuis Galilée que la loi d'inertie est devenue un principe incontesté de la mécanique. D'Âlembert, là où il répugne aux conclusions de l'école Leibnizienne, n'a donc point touché au vrai point de la question.
Nous ne pensons pas que cette question ait été reprise depuis le xviii« siècle ^ ; et la conclusion qui parait ressortir de l'analyse précédente, c'est que les lois du mouvement sont, en effet, comme l'a dit Laplace, c les plus simples et les plus naturelles que l'on puisse imaginer •, » mais cependant que d'une part elles ne sont pas nécessaires à priori : de l'autre, qu'elles ont pour conséquence c la formation d'un système » , et Tordre de l'univers. On est donc autorisé à y reconnaître la trace d'une volonté intelligente.
1. L'auteur di^lingué d'un travail sur la Contingence des lois de la nature Paris, 1874), M. Emile Boutroux s'est appliqué surtout à discuter d'une manière
très-habile, mais toute métaphysique, la question abstraite des lois en général : mais il ne s'est point circonscrit sur le terrain limité et concret des lois du ipouvemeot*