‹ Les causes finalesChapitre 20 sur 142 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Notre intention n'est pas de reproduire ici les innombrables faits énumérés, si utilement d'ailleurs, dans les traités de théologie physique S et qui déposent en faveur de la finalité. Nous

1. Les traités de théologie physique, surtout au xviii* siècle, sont innombrables, et formeraient à eux seuk toute une bibliothèque. Les principaux ouvrages de ce genre sont les suivants : Derham, Physico-théologie (Londres, 1714) ; Astro^ théologie (1715). — John Ray, Wisdom of god in ihe Works of création (1714). — Swammerdam, Bibel der natur (1738). — Reimarus, La religion naturelle (1754). — Ch. Bonnet, Contemplation de la nature (176i). — Paley, Na^ tural theology (la dertiière édition est accompagnée de notes de Lord Brougham et de Ch. Bell). — On avait fini par tirer une théologie de tous les objets de la nature. Le naturaliste Lesser est surtout remarquable par ses ouvrages en ce gemre. Nous avons de lui : Héliothéologie{\l^i)\ litho-théologie (1757) ; testaceo-lhéoîogi» (17 i4) ; Inêecto^théologiCf etc. Citons encore la théologie de Veau par Fabricins (1741). — En France, les ouvrages de ce genre ont été beaucoup moins norn^ breux. — On citera le Traité de Veofintencê de Dieu, de Féneion ; le Spectacle de la nature par Tabbé Pluche, les Etudes et les Harmonies été la nature de Bernardin de Saint-Pierre (ouvrage où Timagination a plus de place que la science sévère et la bonne logique) ; et enfin de nos jours : la Théologie de la nature par Strauss-Durckeim, Paris, 1852 ; et les Harmonies providentielles de M. Ch. Lé* vôque, 1872, Paris. — Quant à Tanalyee philosophique et logique du principe des causes finales en lui-môme , elle a été rare au xvii" siècle, avant Kant. Citons seulement Topuscule, malheureusement inachevé, de Lesage de Genève inséré dans la Notice sur la vie et Im travaux de Lesage par Prévost. (Voir notre Appeu" dice^ dissertation III, Lesage et Us causes finales), et Boullier, Discourf phHo» êophiques sur les causes finales et Vinertie de la matière, Amsterdam, 1759.

nous contenterons d'en citer un certain nombre, et les principaux, à titre d'exemples et pour fixer les idées.

Les opérations de la nature viTante dans lesquelles on peut reconnaître d'une manière saisissante le caractère de la finalité, sont de deux sortes : les fanetiaru et les instincts. — Les premières peuvent être définies les actions intérieures des organes ; les secondes, les actions extérieures de ces organes et en particulier des organes de relation. Pour ce qui regarde les fonctions, nous signalerons principalement l'accord du mécanisme organique avec la fonction; pour les instincts, l'accord du mécanisme fonctionnel avec TefTet à produire. Ce qu'il y a de plus frappant, à notre point de vue, dans la fonction, c'est la structure de l'organe; et dans l'instinct, c'est l'opération elle-même.

L Organes et fonctions^.

De tous les faits d'appropriation, le plus saillant est la structure de l'œil dans son rapport avec l'acte de la vision. C'est, on peut le dire, l'argument classique en cette matière. Ce serait un vain scrupule que de nous priver d'un exemple si saisissant et si merveilleux par la raison qu'il serait trop connu, et devenu banal par l'usage. Ce qui vient à sa place' n'est jamais

1. Il est inutile de faire remarquer que ce que nous exposons ici, ce sont les faits favorables à la doctrine de la flnalité. Quant aux faits défavorahîes on con^ iraires, ils seront ullérieuiement Tobjet de notre examen. (Voir chap. VIII, Objections et difficultés.) Contentons-nous de dire que le fait de l'existence, du développement et de la durée de la vie dans l'univers prouve suffisamment la prépondérance des cas favorables sur les cas contraires : car si ceux-ci l'emportaient en nombre, il est évident que la vie ne poorrait pas subsister.

LIVAË h GHAP. U

banal. Cherchons donc à nous rendre compte aes difficultés du problème et des innembr abks cenditioBS qu'en exigeait la solution *i

La première condition pQfnr que la Yision poisse é^opérer est Texislènee d'ntt nerf sensible à lé Iftttière : e'est là un M^ primordial qu*tt n'est pas possible d'expliquer; èl au-ddà dthfml Fanidyse ne petit paâ remonter jusqu'il r il fstnt donc ttn nerf doué d*ane sensibilité spéèifiqne^ qui ne puisse se eonfondte eh auenne fagon aree la sensibilité tactile. Mais nn nerf sinifrtef& liient sensible à \k Itimière he sernrait qu'à distinguer le jerd^ de la ndit ; ot pour discerner les objetsi pour Tôir téritabiemeltt^ il faut nécëssairetbent quelque cho^è de plus^ à Sarbil* vih appà^ reil optique, plus ou moins semblable à ceux que peut fobri^ quer l'industrie humaine. Voici ce que dit à ee su|et l'iUu^re physiologiste allemand Muller:

« Pour que ht lumière projette sur la rétine l'image des db^ jets ddnt elle part^ il faut que celle qui profient de certaines parties déterminées des corps extérieurâ^ soit immédiatement^ soit par réflexion, ne mette non plus en action qt(e des parties correspondantes de la rétine^ ce qui exige certaines conditions physiques. La lumière qui émane d'un corps lumineux se ré-

1; Yoif kfar M itiëme ijueflUoD, tidn-sèaîemedt tes tHiié» ^ue nodâ tetiotis de dominer^ th&is an ouvrage écrit dtiia tin tout autre sens : la Philosophie de Vineonscidni ôe Hârtmatin. L'duteI]^ {Introd,; ch. II) énumère 14 ëonditions dlstincles tiéoossaires à la vision, et il réduit à une frdctioti Infiniment petite (c'estft-dire que l'oti peut considérer comme nulle), là probabilité que tûotes ces Côddltions se trouveraient ironies en v0rta d'une loi pbysiqde.

pand en rayonnant dans toutes les directions où elle ne rencontre pas des obstacles h son passage : un point lumineux éclairera donc une surface tout entière^ et non pas un point unique de cette surface. Si la sur^ce qui reçoit la lumièrie irradiante d'un point est la surface unie de la rétine, la lumière de ce point fait naître la sensation de lumière dans la totalit;ië et non dans une partie seulement do la membrane nerveuse ; at ïl m €^t de même pour tous les autres points luminei^x qui peuvent îUuminer en rajonnanl la rétine. »

Oa cofiiprend facilement que, dans £6 cas-là, il n'y aurait pfs vision propreiifteat dite. La rétine unie, sans appareil optique, ne versait rien ée déterminé : elle percevrait la lumière, et Aon les images* £b Gehséqu^ce, c'est toujours Muller qui parle^ < poof que k lumière extérieure excite dans TcbU u#e image ^orrespoi&dante aux cc^rps, il faut de toute nécessité la présence d'appareils qui fasseat que la lumière émanée des points a, d, c*... n agisse seulement sur des points de la rétine isolés, disposés dans le môme ordre, et qui s'opposeat h M 4fafuîk point de cette meoibTêXke soit édairé à la fois par pto« sieurs points du monde extérieur » *.

On voit que la vision distincte est un problème tout A fait du même ordre que ceux que peilt avoir à résoudre le mécaoicien ou le géomètre. Pour ïa solution des problèmes, la géométrie emploie la méthode analytique, q«ii suppose le pro-

1. Maller, Maniuel de physiologie^ tnK|> Ç(W9.ide Jo»ryian,:t. Jl^-p^^df

blême résolu. De même, comme nous Tavons dit plus haut s il semble que la nature a dû ici employer une méthode analogue. Elle a dû, partant de Thypothèse d*un être qui a besoin de distinguer les objets les uns des autres pour se conduire, ou pour s'en senrir, se demander quelles conditions un tel résultat suppose préalablement. Entre la vision diffuse qui consiste simplement à distinguer le jour de la nuit, et la vision distincte qui perçoit des images, il y a un abtme, et il faut un nombre infini de précautions et de conditions, sans lesquelles il serait impossible de passer d'un de ces phénomènes à l'autre. Si l'on admet que la vision distincte n'est qu'un résultat et non un but, il faut que la rencontre de ces innombrables précautions ht conditions soit purement fortuite, c'est-à-dire ait eu lieu par hasard, en d'autres termes, sans cause. Quand même, en effet, une cause physique suffirait à rendre compte de la structure matérielle de Torgane, l'accord de cette structure, foçonnée d'avance, avec un phénomène éloigné, qui lui-même est de la plus haute importance pour la conservation de l'être vivant, serait une rencontre tout extérieure ^ et absolument sans cause. — Entrons dans le détail.

Pour atteindre ce résultat que nous venons d'indiquer, la nature pouvait employer et a employé en effet deux systèmes différents. — Elle a créé deux sortes d*appareils : les appareils isolateurs et des appareils convergents. Les premiers sont ceux

i. Voir le chapitre précédent, pagr. 54.

LES FAIT? Blè

qu'on remarque dans les yeux des insectes et des crustacés, et que l'on appelle yeux composés ou à facettes ; les autres sont réalisés soit chez certains insectes ou crustacés, soit et surtout ch^ les animaux vertébrés. Le premier de ces systèmes consiste^ je cite encore MuUer, a à placer devant la rétine, et perpendiculairement à elle, une quantité innombrable de cônes transparents, qui ne laissent parvenir à la membrane nerveuse que la lumière dirigée suivant le sens de leur axe, et absorbent, au moyen du pigment dont leurs parois sont revêtues, toute celle qui vient les frapper obliquement ^ » On voit que dans ce premier système, la nature a procédé exactement comme font le physicien et le chimiste dans leur laboratoire, lorsque, pour étudier un phénomène, ils savent trouver le moyen de le produire et de Tisoler en môme temps, en prenant certaines précautions, pour que les circonstances concomitantes ne viennent pas en troubler l'effet. Cette combinaison àes cônes transparents^ à parois absorbantes^ ce soin de faire parvenir la lumière dans un sens, et de l'absorber dans tous les autres, rappellent les précautions du physicien qui supprime l'air pour faire tomber les corps avec une vitesse égale, qui les sèche pour avoir de l'électricité pure, qui, en un mot, écarte d'un côté les obstacles par des moyens préventifs, tandis que de l'autre, par des moyens actifs, il provoque le phénomène qu'il veut étudier. Ajoutez en outre la quantité effroyable de

L md., p. 277.

M LIVRE 1, QHAP. H

combinaisons que suppose un tel système, puisque Ton compte jusqu'à douze mille, vingt mille cônes dans un seul œil, et qu'à ces cônes doivent correspondre dans la cornée autant de petites divisions géométriques, appelées facettes, et que sans cette cor* respondance, rien ne serait fait. Pour écarter ici toute cause finale, il faut admettre que pendant que certaines causes pby s i» ques et aveugles produisaient des cônes transparents, d'autres causes physiques, également aveugles, préparaient des parois propres à absorber la lumière ; que les unes faisaient les côoes, et les autres, les facettes correspondantes; que d'autres causes aveugles mettaient d'accord les unes avec les autres, lûS forçaient à se rencontrer dans cette combinaison si étonnam*ment d'accord elle-même avec un acte final, s'accordant à son tour avec les intérêts de l'animal. Si un aussi prodigieux ensemble d'accords et de convenances peut se produire pajr une simple rencontre, il n'y a plus de principe de causalité.

Mais le plus haut degré d'adresse et de perfection dans l'arA de la nature se manifeste surtout dans le second système dont nous avons parlé, à savoir dans le système des appareils coji* vergents, ou des yeux à lentilles, tels qu'on les rencontre dans les animaux supérieurs.

Dans le système précédent, a le procédé dont la nature se servait pour isoler sur divers points de l'organe la lumière émanant de points différents consiste à exclure les rayons qui empêcheraient l'effet de se produire. Elle arrive au lûême résultat avec bien plus de précision encore et surtout .axec

hm FAITS «

Une plus fraiide intetinlé de luœi^e) en obligeant à se téUnir de noBTeatt sur ns mftœe. point les Payons dirergents cjui émanent d'nn antre point. » Les corps qui ont unsi le pontoir de réunir la Inmièfe sont les milieux transparents et réfrin*' gents : la forme la plus parfaite est cette d'une lentille. Tel est le principe des yeux kntieuiaires ou à enstathn^ dont le phis eomplet médëte est l'œil humain.

Lœil est un organe tellenrent cennn t[u'il est inutile d'insister sur les détails de sa structure. Rappelons seule^ ment qu6 cet apparett est absolument semblable à Tapparèll artificiel appelé chambre noire. Etant donnée une boite fermée de toutes parts, et n'euyrani issue à la lumière que par une petite ouTerture, si l'on place derrière cette ouverture^ dans l'intérieur de la botte, une lentille couTergente , les rayons lumineux partis d'un objet cfueleonque et forcés de traverser cette lentille^ iront se réunir au fbnd même de la boite, sut* la surface opposée à TouTerture^ et y reproduiront l'image de l'objet externe, mais renversée; cet appareil est devenu popu-* laire depuis la découverte du daguerréotype. On sait que l'œil est un appareil de ce genre : il est une chambre noire ; et toutes les eondltions des phénocUènes que nous venons de décrire s'y trouvent réalisées aussi bien qu'il est nécessaire. Insistons sur les précautions combinées qui ont rendu possible la vision dans ce remarquable appareil ^

1. qMH iux ISipërPeciîbns que i'ob à signalées dans la structure de l'œil, nous

de M. He] cet orgade.

avpDs répondu plus haut (p. 60), à Taide du témoignage de M. Helmholtz luidtébé, à l'bbjéction que Ton Ure dés prétendus défauts de

n faut . d*abord que la membrane solide qui constitue le globe de l'œil et que Ton appelle la sclérotique^ devienne transparente en un point de sa surface, aûn de permettre aux rayons lumineux de la traverser; et il fout que cette partie transparente que Ton appelle la eoméet se trouve correspon* dre précisément à l'ouverture même de Torbite de l'œil; car si la sclérotique était opaque, là précisément où Tœil est en rapport avec la lumière, et transparente, là où elle est cachée dans Torbite oculaire, il y aurait une contradiction. Telle est la première précaution que la nature a prise. En second lieu, il faut que par derrière Fouverture transparente, qui permet de recevoir la lumière, se trouvent des milieux con-» vergents qui réunissent les rayons lumineux : car si de tels milieux ne se rencontraient pas, la rétine située au fond de cet appareil ne recevrait pas les images des objets, mais simplement la lumière diffuse; et ce serait inutilement que la nature aurait construit une chambre noire : de simples points oculaires, tels qu'on en voit chez les vers ou animaux inférieurs, auraient suffi pour le discernement du jour et de la nuit. Troisièmement enfin, il faut qu'à Textrémité de cette chambre noire,, et en opposition à Tissue, se trouve la rétinej ou épanouissement du nerf optique , du nerf sensible à la lumière, et qui ne peut voir qu'à la condition de recevoir l'image de l'objet. Supposez que la rétine ne soit pas placée dans Taxe même de la cornée transparente et du cristallin; supposez qu'elle soit dans une autre partie de l'œil» elle ne

LU» FAITS n

recevrait rien et par conséquent ne verrait rien ; et les images allant se dessiner sur une surface insensible, ne seraient point perçues : les milieux transparents seraient alors entièrement inutiles , et mieux eût valu s'en épargner la dépense.

Ainsi, un œil ou chambre noire, qui n'aurait pas une partie transparente correspondant à l'ouverture de son orbite, des milieux convergents correspondant à cette cornée trans* parente, et une rétine correspondant à ces milieux convergents; un œil où ces divers éléments, ouverture de l'œil, cornée transparente , milieu convergent , rétine , ne seraient pas placés dans un même axe, de manière & ce que la lumière puisse les traverser successivement, un tel œil impliquerait contradiction.

Mais remarquez que cette contradiction n'existerait qu'au point de vue des causes anales, et non des causes efficientes : il n'y aurait contradiction que si l'œil est un œil, c'està-dire un appareil destiné à voir : car s'il n'est qu'une combinaison mécanique, se trouvant par hasard propre à la vision , il n*y a nulle contradiction à ce que les conditions de la vision ne se réalisent pas. Physiquement parlant, on ne voit pas pourquoi il n'y aurait pas d'œil , où la rétine ne correspondrait pas au cristallin, le cristallin à la cornée transparente, la cornée transparente à l'ouverture de l'orbite, et enfin pourquoi un œil parfaitement construit ne serait pas caché dans un orbite fermé. Car, que des causes qui ne se proposent pas un but, ne réalisent exactement que ce qui

M LIVRE h OBAP. U

est oomtûÊum 1 ee hat, c^esik ce i^mB |>ai«|t fdà {irobable 4. Oa a objfiolé à ceux qm admirealla slracture de rœil> Tiauf tilité du iu^istallia, puisfaa les aiei^glas opérés de la catarpoie peuvent s'«b passer 2. D*ahord, que le iCrislaUiB m s(Hjt paâ d'une abscdœ néces^té, c'est ce que ïw comporend IftcUement i^iMsqu'il y a dans l'œil iroîs initiaux réfriageais : l'huT meur vitrée d'i^rd» l'iiumeitr aq^ieuse, ^t enfin 1» eristaUia Ittwnéme. Si l'uu de ces troisi milieux di^pari^lt, le^ a^b*^ peuvent encore à ila loueur exercer leur fwclîw, et rendre la vision possible : .op ne voit pas bien, mais eaS^ w ^it; <^ qui vaut mîeia qu'uue çéaité al^l^* Jb^ ootr^, w oubUe qu'après l'opératien de ia ciytiu^te, le cristjiIJUp devient m^r tile à la condition qu'on le remplace par une dç^^de lentille con^xe, qui n'est autre qu'un double /ei)is|piU|n artiÇoif^. En raisonnant de cette manière, on p$iurrait tout aus^ bien dice que les jambes sont inutiles , puisqu'on peut A la rigueur

1. On nous objectera ici les espèces aveagles, dont on a trouvé dans ces deroierB temps ao assez grand nopbre (Voir ks eompUt^enàm ds VAe. des êeitneêê, séance du 16 nov. 1874). Ceci touche à la question des organes radimenlaires, que nous examinerons plus ioin (cb. VI>. Disons seaiemeot quint à présent qu'un organe ru^imentaire n'est pas un organe contradictoire» — Nous ne niqps pas d'ailleurs qu'il no puisse y avoir quelques exceptions : par exemple, dans le génie des Néréides (voir MuUer, t. II, p. 301). Cea perturbations s'expliquent, suivant nous, par le conflit inévitable des causes efficientes et das causes finales (voir plus Jloin, pbap. V().

2. « On peut, à ce sujet, indiquer comme un exemple frappant de cette absurde dis- P9si(^, la p)^ér^e afiecUliçiu de certain^ philosophes i vanter la prétendue sagesse de la nature dans la structure de l'œil, particulièrement en ce qui concerne le rôle ^çristaUia, dont Hs so^t allés jtyiqu'à admirer l'iaotilité fo^idaroentj^le, cçmme s'il pouvait y avoir beaucoup de sagesse à introduire aussi intempestivement une pièce ^i «'est point indispensable au phénomène, et qui uéanmains devient, eu çerteki cas, capable de Tempôcher entièrement, s (Comte, Philosophie positivCf t. Ili, ^. .44a, DOte)i

LflBFAITB »

■urahor ute des iiécpHles* à. k Téiité, il 7 «4es cas où ki( cataractes voient saog lufieltes ; ks oculistes oon«eiUeRi nèwe td'âranoar Voâl k phis possibk pour parvenir à ce i^iAtt Mais fie résultat arrive é'>ord«Mi«e dans le «as de «fopèe, c\estMà*dire ^ns te eas où les milieux de Vm\ saut .doBés>d'«Be propriété pé£rti(geiite exeessiiie : dans ce cas, IVAfilitien Ai crist^dUa peut simptem^it avoir pour effet de nwMBer l'œil à l'état et ^éfractiou norinak ; c^'CSt une sor4e de «oorrectif accidesttel de k myopie. £n outre, le cristallin peut iencor« «être suppléé jusqu^à un c^iain point d'une a«toe maniàre. Tout k monde sait que k pupille est contnet&k; qu'elle se -cesserre ou se dilate, suivant l'intensité de k lumitoe, par un effet de k volonté. Or, k contraction de k pnpilk a pour efif^ d^augmenter le degi^ de réfraction des trftyons lumineux : ear, dans une chambre noire, on peut se dispenser de pkcer une kntiUe convergente derrière l'on* ^6iture qui reçoit le faisceau de lumière, pourvu que eette oumrture soit estrémement petite. Dans ce cas, les rayons peuvent eonverger, et deasiner l'image de Tobjet sur un écran dastiné à cet effet sans avoir besoin de traverser des milieux féfringents. On conçoit donc que le cataracte puisse prendre Pàabitude de donner à la pupille un degré de resserrement plus grand que dans l'état normal, et réussisse ainsi jusqu'à un certain point, dans quelques cas, à se passer de cristallin et m^e dç iuneltes. Mais on n'a rkn gagné par \k ; car cette contractilité de k pupille est elle-même une propriété des;

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plus remarquables, qui vient s'ajouter à toutes celles que nous avons déjà admirées dans la structure de l'œil.

Le cristallin nous fournit encore un des exemples les plus intéressants et les plus frappants de la loi de finalité : c'est le rapport qui existe entre son degré de courbure, et la densité des milieux où l'animal est appelé à vivre : « Cette lentille, dit MuUer, doit évidemment être d'autant plus dense et plus con« vexe qu'il y a moins de différence de densité entre Thumeur aqueuse et le milieu dans lequel vit Tanimal. » Cette loi n'est évidente que si l'on admet que le cristallin a un but ; car s'il n'en a pas, il n'y a nulle nécessité physique à ce que sa convexité soit en raison inverse de la différence de densité de Thumeur aqueuse et du milieu. Parce qu'un animal vit dans l'air ou vit dans l'eau, il n'en résulte point du tout physiquement que le cristallin doit être plus dense et plus convexe; car je ne crois pas qu'on puisse dire que les milieux humides^ en agissant mécaniquement sur le cristallin, déterminent par l^'iii^ pression précisément le degré de courbure qui, dans cette circonstance, est nécessaire à la vision. U y a donc là seulement un rapport de prévoyance et non de nécessité. Or la loi signalée par MuUer se vérifie dans ce fait, f Chez les poissons, où la différence de densité entre l'humeur aqueuse et l'eau dans laquelle ils nagent est très-faible, le cristallin est sphérique, et la cornée plate; chez les animaux qui vivent dans Tair, la cornée est plus convexe et le cristallin plus déprimé. >

En même temps qu'il joue le rôle de lentille convergente, il a aussi une autre action, récemment découverte, et qui fait ressortir encore la merveilleuse industrie de la nature : tf Si l'on s'en tenait à considérer l'œil comme une chambre noire, dont toutes les parties seraient invariables et invariablement situées à la même distance d'un objet extérieur, il est clair qu'il n'y aurait qu'une distance déterminée à laquelle un objet serait parfaitement visible. Mais tout le monde sait par expérience que la vue est loin d'êlre aussi imparfaite : l'œil se porte-t-il sur un objet placé à quinze centimètres de distance, par exemple sur un fil métallique très -brillant, il le voit parfaitement limité tout aussi bien que s'il était à la distance de trente centimètres. Mettons le même fil à une distance de quarante, de cinquante centimètres et même beaucoup plus loin, la netteté continue à être parfaite pour les vues bonnes. L'œil possède donc une laculté-d'accommodation, et chacun de nous d'ailleurs en a <^nscience. Plaçons deux points lumineux à des distances trèsdifférentes de l'œil, nous sentons l'effort exercé pour voir successivement celui qui est le plus proche et celui qui est le plus éloigné * . »

Cette faculté d'accommodation de l'œil a beaucoup embarrassé les physiologistes et les physiciens; et l'on a proposé des explications diverses. U parait aujourd'hui démontré que cette

1. Physique de MM. Boulan et d'Alméida, tome II, p. 415, 2* édit. Voir le iQème Gavrage, 1. \l, oh. vi, pour les faits suivants

JAJSET. 7

9a LIVR£ I». GHAP. U

propriété réside dans le aristâllio. Des expârience» tpès^'pvéoiâes ont déoioatré que le cristallin est susceptible de ^mi^ier lai^ courbure des surfaces qui le terminent. La Tolonté en^ agissant sur lui par des moyens qui ne sont pas encore bien connus peut l'amener à se bomber, et à variep par conséq:uent les degrés de convexité^ qui déterminent la réfraction du rayon lumineux : ces changements de courbure ont été mesurés à un centième de millimètre près,, et ils sont précisément conformes à eeux qu'exige la théorie pour que les images à distance vamble puissent venir se peindre sur la rétine. Ces beaux résultats sont encore confirmée par l'exemple des cataractes chez lesquels- la perception de la distance variable est très^imparfaite ^.

Je n'insisterai pas sur une autre propriété remarq^iable de* l'œil , encore mal expliquée, mais qui est indubitable : c'est' ce qu'on appelle Vachromcuisme de l'œil. Cette propriété con^siste à corriger le défaut des lentilles, que Ton appelle en optique aberration, de réfrangibilité. Loi»sque deux couleurs très- vives sont à côté l'une de l'autre, il se forme entre elles une ligne plus ovu moins, large, colorée des couleurs de l'arcenrciel : c'est au moins-ce qui arrive au» images aperçues par le moyen de ces lentilles. Nevv^ton croyait impossible de remé*dier à ce défaut de nos instruments d'optique; On y est pour* tant arrivé dans une certaine mesure; les lentilles exemptes d^

1. Elle n'est pas fout à fait nulle ; parce que, comme je I^ai dit tout à Theure» on obtier>t par le rélréoissament ou la ciilalation de la publie, un résuHat amidgue ft celui qui résulte de la courbure du o«i«toUiA.| mais oe réeuMat est tràHasirfiBaBH-

LES PÀrrs w

ce défàuf sont ce que l*oh appelle des leriûlles achromatiques, ffais Fart humaîii est încapàÉle tf obtenir un parfait achromatisme. Or Foeil humain ésl achromàtiquiè : ce qui le prouve, c'est qu'en regardant lïn objef blanc sur un fond noir, nous ii'apercevôns aucune ligné intermédiaire. Peut-être cet achromatisme n'esf-il pas rui-niéme parfait; mais en tout cas, il est très -suffisant pour Tusage pi*atîque. Ajoutons d'ailleurs que cette condition n'a pas' précisément la même' valeur que les conditîôtis précédentes; car, après fout, si Fœil n'était paî achromatique, il s'éîi suivrait seulement qu'il verrait les objets tfutremenf qùll né les voit ; néanmoins, on peut nier que cette propriété né rende plus commode la délimitation des objets.

iSignalons encore le rôle que jouent dans Tacte de la vision lès organes exférnés, qui sans faire partie de Tœil, en sont en qûerque sorte les protecteurs, iutamina ùculi, comme on les appelle : par exemple, les paupières et les cils. Depuis longtemps on avaîV fecilement remarqué que ces organes servent à empêcher certaines matières nuisibles d'entrer dans rœil; mais on était' loin de se douter d*un rôle bien autrement important, à savoir la pï*opriété d*arrêter en partie ce que Ton appelle les rayons ultraviolets^ c'est-à-dire les rayons lumineux qui sont au-delà des rayons violets dans le spectre solaire, rayons qui existent certainement, puisqu'ils exercent une action chimique sur la plaque photographique : or, il parait démontré que ces rayons agissent d'une manière très-nuisible sur la rétine. Éh second lieu, M. Janssen a constaté par des mesures

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nomoreuses et précises que ces milieux protecteurs ont la faculté d'arrêter la presque totalité de la chaleur rayonnante obscure qui accompagne toujours la lumière en proportion considérable : or, ces rayons caloriques pourraient altérer le tissu si délicat de là rétine; et ainsi, grâce à ces organes qui paraissent accessoires, les seules radiations qui sont transmises au nerf, sont celles qui sont capables de produire la vision sans altérer Torgane. Ces derniers faits achèvent de montrer que de combinaisons il a fallu pour rendre l'œil apte à la fonction si éminente qu'il remplit dans l'organisme.

Nous avons naturellement insisté sur l'organe de la vue» comme étant de tous, celui qui présente le plus grand nombre d'appropriations, et dans les conditions les plus notables. On peut cependant faire des observations analogues sur l'organe de roule, quoiqu'il présente des circonstances moins favorables et moins saillantes.

En effet, il fallait un appareil particulier pour assurer la reproduction des images, et pour passer de la vision diffuse à la vision distincte; mais pour l'audition, il ne s'agit que d'avoir des appareils conducteurs de son; et comme toute matière quelconque conduit les ondes sonores, l'audition est déjà possible, quelle que soit la structure de l'organe auditif. Cependant, il y a encore ici des précautions à prendre : et les plus importantes sont relatives à la différence des milieux dans lesquels vit l'animal. Ecoutons encore MuUer sur ce point :

K Chez les animaux qui vivent dans l'air, les ondes sonores

de l'air arrivent d'abord aux parties solides de Tanimal et de l'organe auditif^ et de là elles passent à la lymphe du labyrinthe. La force de l'ouïe d'un animal qui vit et qui entend dans l'air doit donc dépendre du degré auquel les parties solides de son organe auditif sont aptes à recevoir des ondes aériennes, de la diminution que les excursions de molécules vibrantes éprouvent au moment où les vibrations passent de l'air dans les parties extérieures de l'organe auditif, et du degré d'aptitude de la lymphe labyrinthique à recevoir des vibrations des parties externes de l'organe auditif. La portion extérieure tout entière de Vorgane est calculée dans la vue dt rendre plus faciles les vibrations de tair à des parties solides^ transmission qui présente en, elle-même des difficultés. »

a Chez les animaux qui vivent et qui entendent dans l'eau, le problème est tout autre. Le milieu qui transmet les vibrations sonores est l'eau ; il les amène aux parties solides du corps de l'animal , d'où elles parviennent encore une fois dans l'eau, dans la lymphe du labyrinthe. Ici l'intensité de l'ouïe dépend du degré d'aptitude qu'ont les parties solides de l'organe auditif, que les ondes sonores doivent traverser en premier lieu, à recevoir des ondes de l'eau ambiante pour les transmettre de nouveau à l'eau, et de la' diminution que les molécules \ibrantes éprouvent pendant ce passage. Nous terrons encore ici que toute la partie extérieure de (organe auditif est calculée dans le but de faciliter cette transmission ^ »

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