I. Miloe Edwards, Zoologie^ % 319, p
y veut retourner pour la première fois. Si elle va donc puiser du miel dans le fond des fleurs ouvertes, c'est moins pour s'en nourrir que pour commencer à travailler pour le bien commun, puisque dès la première sortie, elle fait quelquefois une récolte de cire brute. M. Maraldi assure qu'il a vu revenir à la ruche des abeilles chargées de deux grosses boules de cette matière le jour même qu'elles étaient nées i. »
Le même auteur dit encore à propos des guêpes : c J'ai vu de ces mouches» qui dès le même jour qu'elles s'étaient transformées, allaient à la campagne et en rapportaient de la proie qu'elles distribuaient aux vers. »
Voici le témoignage d'un autre naturaliste ^. Comment Cstit la teigne en sortant toute nue de son œuf? A peine est-elle née, qu'elle sent tout d'abord ce que sa nudité a d'incommode , et qu'un sentiment intérieur excite en elle l'industrie de se vêtir; elle se fabrique un habit, et lorsqu'il devient trop étroit, elle a l'art de le couper par le haut et par le bas, et de l'élargir en y rapportant deux pièces. La mère de la teigne a eu la précaution de déposer cet œuf dans un endroit où le nouveau-né puisse trouver de l'étoffe pour se f^re un habit, et pour en tirer sa nourri*
ture L'araignée et le fourmi-lion n'ont point encore aperçu
et encore moins goûté les insectes qui doivent servir à leur nourriture, qu'ils s'empressent déjà à leur tendre des pièges,
) . Héaumnr» Bist, dêi insectes, t. V, mém. XI. S. Reimar, InstincU des animaux, t. I, § 54, sqq.
en ourdissant des toiles, et en creusant des fosses.... Gom« ment un ver qui n'existe que depuis quelques jours, et qui depuis l'instant de sa naissance a été enseveli dans quelque caverne souterraine, pourrait-il avoir inventé une pareille industrie (celle de filer des cocons), ou comment pourrait-il ravoir acquise par l'instruction ou par l'exemple? Il en est de même des animaux dont l'incubation se fait dans le sable par les rayons du soleil; ils sont à peine éclos qu'ils vont
sans conducteur se jeter à l'eau > a Le célèbre Swammer-
dam a fait cette expérience sur le limaçon d'eau qu'il a tiré tout formé de la matrice. A peine ce petit animal fut-il jeté à Teau qu'il se mit à nager et à se mouvoir en tous sens, et à faire usage de tous ses organes aussi bien que sa mère; il montra tout autant d'industrie qu'elle, soit en se retirant dans sa coquille pour aller au fond, soit en sortant pour remonter à la surface de l'eau. »
Ces témoignages et ces expériences attestent d'une manière péremptoire que les instincts sont des industries innéesy par co nséquent que la nature reçoit de la nature soit une force occulte, soit un mécanisme inconnu, qui spontanément, sans imitation, habitude, ni expérience, accomplit une série d'actes a ppropriés à l'intérêt de l'animal. L'instinct est donc un art : or, tout art est un système et enchaînement d'actes appropriés à un effet futur déterminé : le caractère distinctif de la finalité se retrouve donc ici à un degré éminènt.
]?assons à l'analyse et à l'énumération des principaux in&-
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m LIVRB i, QBÀP. II
tiocts. On peut les distinguer en trois elasses : i^ Ceux qui m rapportent à la conservation de l'indiiidu; 3® Geux qui se apportent à la conservation de l'espèce; d9 Geux qui se rap* portent aux relations des animaux entre eux. Sa d'autres termes : instincts individuels; instincts domestiqua; instincts fpAîatM?. Telles soat les trois classes principales auxquelles on a pu ramener tous les instincts ^ .
Instincts relatifs à ia eanserwlian de (individu.
1® Dispositions à se nourrir de certaines substances déterminées : « li'odprat et le goût sont les instruments qui les dirigent dans leur choix; mais on ne peut attribuer qu'à un ipstinct particulier la cause qui les détermine à ne manger q^e 4es substances qui agissent snr leurs sens de telle ou de tçUe ipaniëre; et, chose remarquable, il arrive quelquefois qiie cet instinct cl^nge tout k i)Oup de direction, lorsquis l'animal atteint une certaine période de son développement, et le détermine à abandonner son r^ime primitif : par exemple, cçn't^ins insectes carnassiers à l'état de larves , devioBuent pbytifores k l'état parfait ; ou réciproquement, i^ t; On remarquera relativement à cette premi^e espèce d*ins« tinct^, que lors même qu'on réussirait 4 les expliquer par l'odorat (chaque espèce étant ainsi guidée par les sensations qui lui plaisent), il resterait toujours à comprendre comment Todor^t se trouve d'accord avec l'intérêt de l'animal, et comment
1. Milne Edwards, goologUf S 320, p. 229. Voir le môme ouvrage pour les fiûts aaiv#fits«
il ne 6e fOfte pas var» des subdiânoe» noisiMes et délétères; car il n'y a nulle relation nécessaire entre le plaisir d'un «en» externe et les besoins de Torganisatioa iat^rat : cette juste appropriation parait donc être le résultat d'une harmonie préétablie.
S* Moy^s employés par lis eamassiers poar # 'asamaer Irar proie. Voici quelques-uns des exemples les plus connus :
a Le fourmi-lion se meut lentement et avec {)iine. Aussi son instinct le porte à creuser dans du sable fin une petite fesse en forme d'^tonnoir , puis à se cacher au fond de ce pi^e et à attendre patiemment qa*un insecte tombe dans le p€|tit précipice qu'il a ainsi formé; et si sa victime cbereh« à échapper , on si elle s'arrête dans sa chut# , il rétourdit et la fiait rosier jusqu'au fond du trou^ en lui jetant à Taidc de sa tête et 4e «es mandibules, une multitude de grains de saMe. » « Certaines araignées dressent des pièges encore plus singuliers... La disposition du fil varie suivant les espèces, et n-offre quelquefois aucune régularité; mais d'autres fols elle est d'une élégance extrême ; et Ton s'étonne à voir <l'aossi petits animaux construire avec tant de perfection une trame aussi étendue que Pest eeHe de Faraignée de nos Jardins. Il est des araignées qui se servent de leur fil poor emmaillotter leur vielime. » t Certains poissons ont Fart de laneer des gouttes d'eau sur les insectes qui «ont sur les herbes aquatiques, afin de les feire tomber. » On peut eoûa eUer mille exemples des rusée des animami, les mêmes dans toute l'espèce, et
employées par les petits avant toute imitation et toute expérience.
3* Instinct d'accumulation.
c Pendant l'été, les écureuils amassent deà provisions de noisettes, de glands, d'amandes, et se servent d'un arbre creux pour y établir leurs magasins : ils ont Tbabitude de faire plusieurs dépôts dans plusieurs cachettes différentes, et en hiver ils savent bien les retrouver, malgré la neige. »
« Un autre rongeur (Sibérie), le lagomys pica^ non-seulement cueille en automne l'berbe dont il aura besoin pendant le long hiver de ce pays, comme nos fermiers. Ayant coupé les herbes les plus vigoureuses et les plus succulentes, il les étale pour les faire sécher au soleil; puis, il les rassemble en meules, qu'il met à Tabri de la pluie et de la neige, puis il creuse au-dessous de chacun de ces magasins une galerie souterraine aboutissant à sa demeure et disposée de façon & lui permettre de visiter de temps en temps son dépôt de provisions. »
4'' Instinct de construction.
« Le ver à soie se construit un cocon pour se métamorphoser; le lapin, un terrier; le castor, ses huttes. » c Le hamster se construit une demeure souterraine offrant deux issues, l'une oblique pour rejeter au dehors les déblais de la terre, l'autre perpendiculaire pour entrer et sortir : ces galeries conduisent à un certain nombre d'excavations circu'-
laires^ qui communiquent entre elles par des conduits horizontaux : Tune est la demeure du hamster; les autres, ses ma* gasins. »
a Quelques araignées (mygales) se construisent une habitation dont elles savent fermer Touverture à l'aide d'une véritable porte garnie de sa charnière. A cet effet, elles creusent dans une terre argileuse, une sorte de puits cylindrique d'environ 8 ou 10 centimètres de long, et en tapissent les parois avec une espèce de mortier très-consistant, puis fabriquent avec des couches alternatives de terre gâchée et de flls réunis en tissu, un couvercle qui s'adapte exactement sur rorifice du trou, et qui ne peut s'ouvrir qu*en dehors. La charnière qui retient cette porte est formée par une continuation de couches filamenteuses qui se portent d'un point de son contour sur les parois du tube situé au-dessous, et y constituent un bourrelet remplissant les fonctions de chambranle; la surface externe de ce couvercle est rugueuse et se dislingue à peine de la terre environnante; mais la surface interne est lisse; et on aperçoit du côté opposé à la charnière, une rangée de petits trous dans lesquels l'animal introduit ses griffes pour la tenir baissée, lorsque quelque ennemi cherche à l'ouvrir de force. »
Parmi les instincts de construction, l'un des plus remarquables est celui des abeilles : « C'est un problème de mathématique très-curieux de déterminer sous quel angle précis les trois plans qui composent le fond d'une cellule doi-
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t^il se rencontrer pour offrir hi pk» grande «conomie ois la MOHidce éépense possible de DMrfértetm et de trarvaiL Ge problème appartient à la partie transcendante des matbéiM* tiques , el asi l'un de eeai cpie Fon appelle problème de mtmrm et de mMma* Il • été résola par quelçsies mathéma» ticîena, particulièrement par Tbalnle Maelaarin, d'après le calcul infinitéshnal, et Ton trooYe cette solution dans les Ttamaeêimê de la Société Royale de Londres. Ge sarant a éé* terimné a? ee préci^on l'angle demandé, et iA a Ironvé, aprèe la ptaie esaele mesure qne le snjet pâl admettre ^ qne c'est l'angle même sons lequel les troie plans dn fond de la eeh lole se rencentrefit dans la réalité, »
c Beasanderom^noits maintenant qnet est le géomètre qni a enseigné aax abeiltes les propriétés des solides , et Tart de réaaodre les problèmes de maximes el de minima? Nous n'avone pas besoin de dire que les abeilles ne savent rkn de toifit cela : elles tpavaillent très-géométriquement , sans atteune eomiaissance de la géométrie; à pei» près comme un enfant qai, tesmant la manÎTelle d*mi orgue de barbarie, fttlt de bonne musique sans être mueieten * • »
W lastinetdettétement.
c Chez les insectes, on voit aussi un grand nombre de pro» cédés^ enrîeux employés iiisti»cti>vefDfent pour la censtrnetien
i. Œuvres de Reîd (tr. franc, t. IV, p. 14 et 15). — Un géomètre suisse a eflBayô de démontrer que 9» eRlcol n'était pas exact, et que k gébmélHe éoê abeilles était imparraite. Lord Brougbam a repris le pro'^lème, et a démontré que c'étaient lesiMlifiB qui € av»ent raison» >
tiES FAITS li9
d'une habitation ; beaucoup de chenilles saveiit se former uh abri en roulant des feuilles et en les attachant à l'aide de flls. Dans nos jardins , nous rencontrons à chaque instant, sur les lilaSi les groseillers, etc., des nids de cette espèce; et c'est aussi de la sorte qu'est formé celui qui se trouve sur le ehène, et qui appartient à la chenille é'un petit papillon noc« tûrne, le torMxvieridissma, D'autres inseetes ae construisent des fourreaux avec des fragments de feuilles, des brins d'étoffes ou quelque autre substance qu'ils savent ajuster artiste* ment; telle est la teigne des draps, petit papillon gris argenté, quii k l'état de chenille, se creuse des galeries dans l'épaisseur des étoffes de laine en les rongeant rapklement. Avec les brins ainsi détachés, la chenille se construit un tuyau qu'elle allonge continuellement par sa' base; et, chose singulière, lorsqu'elle devient trop grosse pour être à l'aise dans sa demeure, elle fend cette espèce de gatne et l'élargit en y mettant une pièce. »
Instincts relatifs à la conservation de f espèce *,
!• Précautions pour la ponte des œufs.
a Un des phénomènes les plus propres à donner One idée nette de ce qu'on doit entendre par instinct est célûl qui lit)us est offert par certains insectes lorsqu'ils déposent leurs œufs. Ces animaux ne verront jamais leur progéniture, et ne peuvent avoir aucune notion acquise de ce que deviendront