‹ Les causes finalesChapitre 34 sur 142 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'organe et la fonction.

Toute la série des inductions précédentes repose sur l'analogie présumée de l'industrie de la nature et de l'industrie humaine. Cette analogie justifiée par la théorie l'est-elle aussi par la science ? C'est ce que la suite de ces études nous conduit maintenant à examiner.

L'ancienne physiologie, suivant les traces de Galien, s'occupait principalement de ce que Ton appelait Yusage des parties^ c'est-à-dire l'appropriation des organes aux fonctions; frappée surtout de l'admirable concordance qui se présente entre la forme de tel ou tel organe, par exemple le cœur, et son usage, elle obéissait à cette pensée préconçue que, pour tout organe la structure révèle l'usage, de même que dans l'industrie humaine la structure d'une machine peut en faire, à priori, reconnaître la destination. Dans cette vue, l'anatomie était la

JANET. il

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véritable clef de la physiologie : et celle-ci n'en étdt qne la ser- Tante. Par le moyen da scalpel» on démêlait la yéritable forme et la stmctore des oi^^es ; et Ton déduisait de là les usages de ces organes. Quelquefois cette méthode conduisait à de grandes découYertes; c'est ce qui arriva à Harvey pour la circulation du sang; d'autres fois elle conduisait à l'erreur; le plus souvent on croyait deviner ce qu'en réalité on ne faisait qu'observer. Hais on conçoit quel rôle considérable jouait le principe des causes finales dans cette manière d'entendre la physiologie.

S'il en but croire les maîtres actuels de la science physiologique, cette méthode qui subordonne la physiologie à l'anatomie, qui déduit les usages et les fonctions de la structure des organes et qui est, par conséquent, plus ou moins inspirée par le principe des causes finales, cette méthode est épuisée ; eUe est avenue inféconde ; et une méthode plus philosophique et plus profende a dû lui être substituée* Il est contraire, dit*on, à l'observation d'affirmer que la structure d'un organe en révèle la fonction. On avait beau connaître à fond la structure du fne, il était impossible d^en déduire Tusage , on du moins l'un des usages, à savoir la sécrétion du sucre. La structure des ner6 ne révélera jamais que ces organes soient destinés à transmettre , soit le mouvement ^ soit la sensibilité. De plus , les mêmes fonctions peuvent s'exercer par les organes les plus différents de structure. La respiration, par exemple, s'exercera ici par des poumens> là par des branchîi^s ; chez tertains anilaauX} elle s'ace^mplira par k peau; titei les plantes par les

feuilles. Réciproquement^ les mêmes organes serviront chez différents animaux à accomplir les fonctions les plus diffé* rentes. C'est ainsi qne la vessie natatoire , qui dies les poissons est le véritable analogue des poumons des mammifères, ne sert en rien ou presque en rien à la respiration, et n'est qu'un organe de sustentation et d'équilibre. [Enfin dans les animaux inférieurs, les organes ne sont nullement différenciés : une seule et même structure homogène et amorphe» contient virtuellement l'aptitude à produire toutes les fonctions vitales» digestion, respiration, reproduclioni locomotion, etc.

De œs considérations, M. Cl. Bernard t conclut que la structure des organes n*est qu'un élément secondaire en physiologie; Inen plus, que l'organe luinnéme n'est encore qu'un objet secondaire^ et qu'il faut aller plus loin, plus avants pénétrer plus profondémrat pour découvrir les lois de la vie. L'organe, aussi bien que la fonction, n'est qu'une résultante : de même que les corps de la nature inorganique sont toujours plus ou moins des corps composés, que la chimie ramène à des éléments simples, de même les organes des êtres vivants doivent être rame^ nés à leurs éléments; et de même que la chimie n'est devenue utie science, que lorsqu'elle a appris à distinguer ainsi les simples des composés, de même la physiologie n'a commencé à être une science que lorsqu'elle a essayé de remonter j^qu^aut principes élémentaires des organes. Cette révolution A été opé»

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