I. Revui des cours scientifiques» l'* série, t. I« j
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tent, alors même que les principes immédiats qui les consti* tuaient ont été détruits et remplacés molécule à molécule par la fossilisation. Il ne reste pas trace de la matière même de l'animal ou de la plante qui ont vécu , bien que la structure soit mathématiquement conservée dans les moindres détails ; on croit toucher un être qui a vécu , qui est encore organisé, et Ton n'a sous les yeux que de la matière brute. Non-seulement , suivant M. Robin, la structure ou combinaison mé« canique peut subsister sans qu'il y ait organisation ; mais réciproquement, l'organisation peut exister avant tout arrange* ment mécanique. Il établit en effet une échelle qui nous montre les différents degrés de la complication croissante des organismes : au plus bas degré , sont les éléments anatomi* ques, au-dessus les tissus, puis les organes, puis les appareils, et enfin les organismes complets. Un organisme, par exemple un animal de Tordre élevé, est composé à'appareiU différents dont les actes s'appellent des fonctions ; ces appa* reils sont composés à* organes , qui , en vertu de leur conformation^ ont tel ou tel usage; ces organes à leur tour sont composés de tissus dont Tarrangement s'appelle nature ou structure ^ et qui ont des propriétés ; ces tissus se ramènent eux-mêmes à des éléments organiques, appelés cellules^ qui tantôt se présentent avec une certaine structure , c'est-à-dire sont composées de parties différentes telles que le corps de la cellule, le noyau, le nucléole, etc., et prennent le nom d'éléments organiques figurés^ tantôt se présentent sans aucune structure , comme une
L'ORGAUfî lîT liA FONCTION W
eubsUnce amorphe , homogène : teiIe par exemple la moelle des 0S| la suhstance grise du cerveau, etc.
Suivant M. Robin, ce qui caractérise essentiellement Toi^ani^ation, c'est un certain mode d'association moléculaire eatre les principes immédiats^. Aussitôt que ce mode d'association moléculaire existe, la substance organisée, avec ou sans structure, homogène ou amorphe, est douée des propriétés essentielle de la vie; ces propriétés sont au nombre de cinq : nutrition!, accroissement, reproduction , contractioui innervation* Ces cinq propriétés vitales ou essentielles à l'être vivant, ne se trouvent pas dans tous les êtres vivantu ; mais elles peuvent se rencontrer dans tous indépendamment de toute structure mécanique, L'étude des organes et de leurs fonctions n'e^it donc que Tétude des combinaison^ diverses des éléments organiques et de leurs propriétés.
Ainsi, encore we fois, la structure mécanique n*est p^ un élément essemiei de l'organisation. Si l'on considère maintenant les propriétés vitales et la première de toutes, h nutrition, on verra encore plus clairement la différence essentielle qui existe entre Torganisation, et une machine, fin eff^U dans une machine, chacune des molécules reste fixe et immobile moléculairement, sans évolution : si quelque changement de ce genre se manifeste, il amène la destruction du mécanisme* Au contraire^ ce changement moléculaire est la condition même
1. Composés efaimfqaes, fresque excfttdTesieBt propres acrx èfras 9tpûM$*
d'existence de Torganisme. Le mode d'association molécnlaire des principes immédiats, dans l'organisation, permet la rénoyation incessante des matériaux sans amener la destruction des organes ; bien plus, ce qui caractérise précisément l'organisation, c'est l'idée d'éTolution, de transformation, de développement, toutes idées incompatibles et incohérentes avec la conception d'une structure mécanique.
Si nous résumons le sens général des théories physiologiques que nous venons d'exposer et qui paraissent être le plus appropriées à l'état actuel de la science, on verra que non-seulement la physiologie s'affranchit de plus en plus dans ses méthodes, du principe des causes finales, mais encore que dans ses doctrines, elle tend à se préoccuper de moins eu moins de la forme et de la structure des organes, et de l'appropriation mécanique à la fonction : ce ne seraient plus là que des considérations littéraires en quelque sorte : la science ne voit plus dans les corps organisés, dans les appareils qui composent ces corps, dans les organes qui composent ces appareils, que des résultantes et des complications de certains éléments simples, ou eeUules dont on recherche les propriétés fondamentales, comme les chimistes étudient les propriétés des corps simples. Le problème physiologique n'est donc plus, comme au temps de Galien, l'usage ou l'utilité des parties, mais le mode d'action de chaque élément, ainsi que les conditions physiques et chimiques qui déterminent ce mode d'action. D'après les anciennes idées, l'objet que le savant poursuivait dans ses recherches, c'é-
tait ranimai, ou l'homme, ou la plante : aujourd'hui, c'est la cellule nerveuse, la cellule motrice, la cellule glandulaire; chacune étant considérée comme douée d'une vie propre, individuelle, indépendante. L'animal n'est plus un être vivant : c*est un assemblage d'êtres vivants ; c'est une colonie : quand l'animal meurt, chaque élément meurt Tun après l'autre ; c'est un assemblage de petits moi , auxquels même quelques-uns vont jusqu'à prêter une sorte de conscience sourde, analogue aux perceptions obscures des monades leibnitziennes. En se plaçant à ce point de vue, il semble que la célèbre comparaison des philosophes entre les organes et les instruments de l'industrie humaine ne soit qu'une vieille idée superficielle qui ne sert plus à rien dans l'état actuel de la science, et que la finalité, abandonnée depuis si longtemps dans Tordre physique et chimique, soit destinée aussi à devenir en physiologie un phénomène secondaire et sans portée. Car si une substance amorphe est capable de se nourrir, de se reproduire, de se mouvoir, si d'un autre côté comme dans les nerfs, on ne peut surprendre aucune relation possible entre la structure et la fonction, que reste-t-il, si ce n'est à constater, que dans telle condition telle substance a la propriété de se nourrir, dans telle autre la propriété de sentir, de même que Ton établit en chimie, que l'oxygène a la propriété de brûler, et le chlore la propriété de désinfecter, etc. ? en un mot, il ne reste plus que des causes et des effets, et rien qui ressemble à des moyens et des buts. Tandis que la physiologie moderne, sur les traces de Bichat<
tTO U¥B£ I. CHAF. n
néglige h stractore et Tusàge des orgues pour coBsîdèi«r les élémenU pk^nologiqun , et leurs propriétés; ranatomie oom^ parée, de son côté, sur les traces de Geoffroy Saint-Hilaîre, se détoamait paiement de la forme des organes, poor considi* rer sortoat les élémmu ammu^miqun * et kus oonnexîona. I/ane etFantre cherchait le simple dans le composé. L'one et l'antre cherchent à déterminer ces âéments simples, par des rapports d'espace et de temps, soit en décritant lenr place fixe dans l'organisation, soit en décrivant les phénomtees oons6« catifs qui sont liés avec enx d'une manière constante. On ro* connaît ici la rigoureuse méthode de la science moderne, dont Teflort est de se dégager de plus en plus de toute idée préconçue, et se réduit à constater des relations déterminées entre les iaits et leurs conditions constantes.
Il n'appartient pas à la philosophie de contester à la science ses méthodes et ses principes ; et d'ailleurs, il est de toute Térité que l'objet de la science est de retrouver dans les faits complexes de la nature les fûts simples qui serrent à la com* poser. On ne peut donc, à tout point de vue, qu'encourager la
1. n fiint disiirgcer les éléments physiologiques oa même anatomiques recon- Dos par Vhislologie moderne de ce que l'oo appdle clemmls omutomiquês, duM l'école de G. St.-Hilaire. Dans le premier cas, il s'agit des derniers èlémeats des tissas, c'est-à-dire des cellules, molécoies sphéroïdes, qui sont en qodqiie sorte In atomes de l'être organisé. Pour G. St.-Hiiaire, placé au point de vae de h zoologie, rélémeot anatomiqne, c'est le type élémentaire d'an organe donné, tel qnlt est fixé par sa p!ace dans l'organisation : ce sera, par exemple, le quatrième tronçon da membre antéricar, lequel deviendra main, patte, aile on nageoire solvant les drconstances, mais qai loi- môme n'est aucun de ces organes et ne se caractérise qoe par ses connexions : c'est donc un clément purement abstrait et Idéal, tandis que b cellule est on véritaltle élément, concret et tombant sous les sens. Voir 4 i'A^endtcB U. DitserUilloD IV sur G. Sl-HUavre et les causes finaies^
L'ORGANE ET LA FONCTION ITl
science à la recherche des éléments simples de la machine organisée. Mais la question est de savoir si, parce que la science s'est interdit toute recherche autre que celles qui ramonent des effets à leurs causes prochaines, la philosophie et en général Tesprit humain doivent se borner à cette recherche , si la pensée doit s'interdire à elle-même de re« chercher la signification du spectacle qu'elle a devant les yeux, et en particulier quelle est la pensée qui a présidé à la composition des êtres organisés , ou du moins si une pensée y a réellement présidé. Il est facile de montrer que cette re* cherche n'est nullement exclue par les considérations précédentes. Nous n'avons, en effet, qu'à supposer que l'organisation soit, comme nous le pensons, une œuvre préparée, disposée avec art, et dans laquelle les moyens ont été prédisposés pour des buts ; même dans cette hypothèse, il serait encore vrai de dire que la science doit pénétrer au delà des formes et des usages des organes pour rechercher les éléments dont ils sont composés, et essayer d'en déterminer la nature soit par leur situation anatomique» soit par leur composition chimique ; et ce sera le devoir de la science de montrer quelles sont les propriétés essentielles inhérentes à ces éléments. La recherche des fins n'exclut donc pas celle des propriétés, et même la suppose; et la recherche de l'appropriation mécanique des organes n'exclut pas davantage l'étude de leurs connexions. Y eût-il, comme nous le croyons, une pensée dans la nature (pensée consciente ou inconsciente^ immanente ou transcendante» peu
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Importe en ce moment), cette pensée ne pourrait se rnani^ festor que par des moyens matériels, enchaînés suivant des rapports d'espace et de temps ; et la science n^aurait, même ttlori, d'autre objet que de montrer l'enchaînement de ces moyens matériels, suivant les lois de la coexistence ou de la ttuccession. L'expérimentation, même aidée du calcul, ne peut rien faire de plus; et tout ce qui va au delà n'est plus science |)()Httlve, mais philosophie. Ce n'est plus à proprement parler, la icioncei c'est la pensée, la réflexion, choses toutes diffévt>ni^$ : sans doute, la pensée philosophique se mêle toujours plus ou moins à la science, surtout dans Tordre des êtres or- ((Anlui^ii ; mais la science essaie avec raison de s'en dégager de plui en plusi et de rameper le problème à des rapports susceptible« d'dtiH) déterminés par Texpérience. Il ne résulte pas de là que la pensée doive s'abstenir de rechercher le sens des choses complexes qui sont devant nos yeux; et si elle y retrouve <|U0lque chose d'analogue à elle-même, elle ne doit pas s'intoitliiH) de le i*econnaltre et de le proclamer, parce que la Hclcnee, dans sa sévérité rigoureuse et Intime, s'interdit à ello-même de telles considérations.
Cherchez en effet un moyen de soumettre à l'expérience et au calcul (seuls procédés rigoureux de la science) la pensée de l'univers, dans le cas où une telle pensée y présiderait. Quand rintelligence a pour se manifester des signes analogues aux nôtres, elle peut se faire reconnaître par de tels signes ^ Mais
U Berkiey va Jaiqu'à lûutealr dtiif Alcyphron qo» a natuiv ctt dans ki seo»
L'ORGANE hT LA FONCTION 173
une œuvre d'art, qui par elle-même n'est pas intelligente, et qui n'est que Tœuvre d'une intelligence (ou de quelque chose d'analogue), cette œuvre d'art n'a aucun signe, aucune parole pour nous avertir qu'elle est une œuvre d'art, et non la simple résultante de causes complexes aveugles. Un homme parle, et nous avons par là des moyens de savoir que c'est un homme ; mais un automate ne parle pas, et ce ne peut être que par analogie, par comparaison, par interprétation inductive que nous pouvons savoir que cet automate n'est pas un jeu de la nature. Ainsi en est-il des œuvres naturelles : fussentelles l'œuvre d'une pensée prévoyante, ou si l'on veut d'un art latent et occulte, analogue à l'instincty ces œuvres de la nature n'ont aucun moyen de nous faire savoir qu'elles sont des œuvres d'art, et ce ne peut être que par comparaison avec les nôtres que nous en jugeons ainsi.
La pensée, dans l'univers, en supposant qu'elle se manifestât d'une manière quelconque, ne pourrait donc jamais être reconnue autrement que de la manière où nous prétendons y arriver, c'est-à-dire par l'induction analogique : jamais elle ne sera objet d'expérience et de calcul : par conséquent la science pourra toujours en taire abstraction si elle le veut ; mais parce qu'elle en aura fait abstraction, et qu'au lieu de chercher la signification rationnelle des choses , elle se sera
propre dn mot un langage de Dîeu ; nos sensations sont les signes des propriétés mathématiques des choses, avec lesquelles elles n'ont aucune ressemblance : mais c'est là une conception un peu mystique qui ne pourrait être acceptée qu'avec beaucoup de modifications et de réserves.
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contentée d'en montrer l'enchatnement physique, peut-elle croire sans une illusion inexplicable, qu'elle a écarté et réfuté loiile supposition téléologique î
Montrer, comme elle le fait, que ces machines apparentes se réduisent à des éléments doués de telles propriétés, ce n*est nullement démontrer que ces machines ne sont pas Fœuyre d'une industrie, ou d'un art dirigé vers un but. Car cette industrie (aveugle ou non) ne peut en toute hypothèse cou* struire des machines qu'en se servant d'éléments dont les propriétés sont telles qu'en se combinant ils produisent les effets voulus. Les causes finales ne sont pas des miracles; ce ne sont pas des effets sans cause. Il n'est donc pas étonnant qu'en remontant des organes à leurs éléments, on trouve les propriétés élémentaires dont la combinaison ou la distribution produiront ces effets complexes que l'on appelle des fonctions animales. L'art le plus subtil et le plus savant, fût-ce Fart
divin, ne produira jamais un tout qu'en employant des^élé* tnents doués des propriétés qui rendent possible ce tout. Mais le problème pour le penseur, c'est d'expliquer comment ees éléments ont pu se coordonner et se distribuer de manière à produire ce phénomène final que nous appelons une plante» un animal, un homme.
Puisque nous maintenons comme légitime la tieille com<* paraison de l'art humain et de l'industrie de la nature, faisons voir par un exemple , comment la théorie physiolo« gique des éléments vitaux n'exelut ttullement liiypothèse dé
la finalité. Soit Un instrument de musique, dont nous ne connaissions pas Fusage et que rien ne nous avertisse être rœuvre de l'art humain ; ne pourrait^on pas dire à ceux qui liupposeraient que c'est une macliine disposée pour sertir à l'art du musicien , que c'est là une explication superficielle et toute populaire ; que peu importe la forme et Tusage de cet instrument ; que l'analyse, en le réduisant à ses éléments anaforniqua, n'y voit autre chose qu'un ensemble de cordes, de hùuh d'ivoire, etc.» queehacun de ces éléments a des propriétés essentielles et immanentes : les cordes, par exemple, ont eellea de vibrer, et cela dans leurs plus petites parties (leurs cellules) ; le bois a la propriété de résonner ; les touches en mouvement^ ont la propriété de frapper, et de déterminer le son par la percussion. Qu'y a-Ml d'étonnant, dirait-on, à te que cette inâchifie produise tel effet, par exemple, fasse entendre une succession de sohs hÀt*môniétlx, puigqu'en définitive, les élémentii t^ui la composent ont les propriétés nécessaires & produite ôet effet ? Quant à la combinaison de ces éléments, il faut l'attribuer à des circonstances heureuses qui ont amené Celte résultante, si analogue à une œuvre préconçue. Qui ne voit, au contraire, qu'en ramenant ici le tout complexe à ses éléments et à leurs propriétés essentielles, on n'« rien démontré contre la finalité qui réside dans cet instrument ; puis» qu'elle y réside en réalité, et que cette finalité exige précisé*» ment, pour que le tout soit apte à produire l'effet voulu, que les éléments aient les propriétés que l'on y reconnaît.
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L'erreur des savants ^ est de croire qu'ils ont écarté les causes finales de la nature, lorsqu'ils ont démontré comment certains effets résultent de certaines causes données ; la décou* verte des causes efficientes leur paraît un argument décisif contre les causes finales. Il ne faut pas dire, selon eux, € que l'oiseau a des ailes pour voler, mais qu'il vole parce qu'il a des ailes. » Mais en quoi, je vous le demande, ces deux propositions sont-elles contradictoires ? En supposant que l'oiseau ait des ailes pour voler, ne faut-il pas que son vol résulte de la structure de ces ailes? Par conséquent, de ce que ce vol est un résultat, a-t-on le droit de conclure qu'il n'est pas en même temps un but ? Faudrait-il donc, pour reconnaître des causes finales, que vous vissiez dans la nature des effets sans cause ou des effets disproportionnés à leurs causes T liCs causes finales ne sont pas des miracles '. Pour qu'il y ait cause finale, il fiiut que la cau?e première ait choisi des causes secondes précisément propres à Feffet voulu. Par conséquent, quoi d'étonnant qu'en étudiant ces causes, vous en déduisiez mécaniquement les effets? Le contraire serait impossible et absurde. Ainsi expliquez-nous tant que vous voudrez que les ailes étant
1. J'entends parla les savants qui nient les causes Onales : ce qui est loin d*étrd rnnanimité d'entre eux. Lorsque nous pouvons citer des autorités telles que Cuvier, Blainville, Muller, Agassiz, et tant d'autres, il nous est permis de dire qu'il s'en faut de beaucoup que la science proscrive les causes finales. D'après M. Fichte, le célèbre embryologiste Baer était aussi très fermement décidé pour la conception téléologique (voir Revue philoeophique de Ribot, t. IV, p. 549).
2. Le positivisme confond souvent les causes finales avec les interventions surnaturelles. Voir à V Appendice la discussion de ce préjugé.
données, il faut que l'oiseau vole : cela ne prouve pas du tout qu'il n'ait pas des ailes pour voler : car, je vous le demande de bonne foi, si l'auteur de la nature a voulu que les oiseaux volassent, que pouvait-il faire de mieux que de leur donner des ailes?
Les savants sont trop portés en général à confondre la doctrine de la cause finale avec l'hypothèse d'une force occulte agissant sans moyens physiques, comme un Deus ex machina. Ces deux hypothèses, loin de se réduire l'une à l'autre, se contredisent formellement : car qui dit but dit en même temps moym^ c'est-à-dire cause apte à produire tel effet. Découvrir cette cause, ce n'est nullement détruire l'idée du but : c'est au contraire mettre au jour la condition sine qud non de la production du but.
Les causes finales n'excluent pas, elles exigent au contraire les causes physiques ; réciproquement, les causes physiques n'excluent pas, mais appellent les causes finales. C'est ce que Leibniz a exprimé en termes d'une remarquable précision : « 11 est bon, dit-il, de concilier ceux qui espèrent d'expliquer mécaniquement la formation de la première tissure d'un animal et de toute la machine des parties avec ceux qui rendent raison de cette même structure par les causes finales. L'un et l'autre est bon, et les auteurs qui suivent ces voies différentes ne devraient point se maltraiter ; car je vois que ceux qui s'attachent à expliquer la beauté de la divine anatomie se moquent des autres qui croient qu'un mouvement de certaines