Êiology, part. III, ch. vm
Dans son livre des Premierg principes^ dont nous ne pouvons donner ici qu'un résumé très succinct, M. Herbert Spencer établit deux propositions, comme représentant sous la forme la plus générale la tendance de tous les changements dans Tunivers : L La nature tend à aller de Thomogène à Thétérogène. IL Elle tend également à aller de l'indéfini au défini. Inutile d'ajouter qu'il y a également une double loi de retour en sens inverse, à savoir : la tendance, au delà d'un certain état limite, à revenir de l'hétérogène à l'homogène, et du défini à l'indéfini. Hais ce second aspect des choses (ou dissolution), qui avec le premier (l'intégration) compose le fait total de l'évolution» ne nous intéresse pas particulièrement ici; et nous pouvons en faire abstraction. Expliquons brièvement les deux lois citées :
L « Le progrès du simple au complexe à travers une série de différenciations successives se manifeste dans les premiers changements de l'univers auxquels le raisonnement nous conduit, et dans tous les premiers changements que l'on peut établir inductivement ; il se manifeste dans l'évolution géologique et météorologique de la terre, et dans celle de chacun des organismes qui en peuplent la surface ; il se manifeste dans l'évolution de l'humanité , soit qu'on la considère chez l'individu civilisé, soit dans les groupes de race ; il se manifeste dans l'évolution de la société au triple point de vue de ses institutions politiques, religieuses et économiques. Depuis le passé le plus reculé jusqu'aux nouveautés d'hier» le trait essentiel,
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e'etl kl tranfforniatioD de rbomogèDe en hétirogène ^ » MainteMfiti M verta de quelle» loi» »e feil ce pMsage 4» rhomogène à rbétérogàaet II y en e deux fondameatale». La première e»i le loi de Vimiabaué ie l'hofi^ginê / le seconde, 1» loi de la nuriHpUmHtm dM eff$u. En quoi consistonl ce» deiu loi» 9
•• « L'homogénéité e»t une oondition d'équilibre instable* » Bn efiètf tf dan» une agrégation homogène, le» différente» partie» »ont exposée» à de» force» différente»! »oit par Tespèce, soit par rinten»itéy et par »Qite elle» »ont modifiée» différemmeuti De ce qu'il y a un côté interne et un côté eiternei de ce que ces côté» ne sont pa» également près de» »ourceft d'aotion toisines, il résulte qu'il» reçoivent des influence» inégale» par la qualité et la quantité, ou par l'une et l'autre à la fois ; il résulte ausii que de» changement» différent» doivent »e produire dans les parties qui sont influencée» diversement S » Telle est la lo) dite M de Hmiabiliié de rhomogkw.
Cette loi offre d'assea grandes diffioultéSf je ne dis pas seule* ment pour être admise^ mais encore pour être eompriee : car comment dan» un tout primitif absolument homogène peut-il y avoir des forces différentes m $epèeef et même en intensité T Gomment dans le tout peut-il y avoir un côté interne et un côté «terne f Qu'est-ce que le côté externe de l'uni ver» 9 et com« ment peut^il y avoir quelque cho»e en dehors de lui f SaUS
i. Premien principes (trad. Gazelles), 2* partie, cb. xvi, p. 383, %tlbid,f ehi ix» pf 43i«
L'ÉVOLUTION. H. 8PBNCER 3T5
doute^ s'il ne s^agit que d'expliquer l'origine d'an tout seeon** daire, par exemple de notre mondé planétaire, où peut (lartlr de l'hypothèse d'une nébulease, qui aura uu cÔt6 interne et externe, et qui pourra être sollicitée par des fdrceà difféMstest Mais, pour justifier une telle hypothèse, les considérations teob-^ niques de Laplace auront toujours plus de poids que les spéou-* lations abstraites des philosophes. Ce dont il s'agit, quand on parle des premiers principes, ce n'est pas de l'origine d'un tout particulier, mais du tout en général, d'un état primordial sup« posé absolument homogène dans la totalité des choses ; et, dès lors, la distribution de la force doit être aussi homogène que la distribution de la matière ; et dès lors, aussi, il n'y a plus de forces différentes en espèce et en intensité ; il n'y a pas de c6t6 interne ou externe dans le tout. Dans une telle homogénéité supposée à l'origine, d'où viendrait le changement ? s'il y a un équilibre durant un seul instant, qui dérangera l'équilibro ? L^homogëne primitif, une fois supposé en équilibre, y restera indéfiniment, ft moins qu'un moteur externe ne M imprime un changement, et nous retenons alors à l'hypothèse du premier moteur; ou bien il fout supposer un principe interne de développement qui pousse l'homogène à se diteifei-* fier : mais ce principe n'a plud rien de mécanique et ne se déduit pas des lois de la matière et de la force. Si l'auteur se récuse sur cette hypothèse d'un état absolument primitif, comme inaccessible à nos spéculations ; et s'il 4 entendu parler seulement des toute secondaires, tds que la nébifr»
leose solaire, le protoplasma des êtres vivants, le germe séminal, etc., il faut reconnaître qa'alors le point initial n'est pins l'homogène, mais rbétérogène, puisque, pour expliquer rinstabilité de l'homogène, il est toujours obligé d'avoir recours i c la dissemblance de la position des parties par rapport aux forces ambiantes ».0r la diversité de situation est bien une sorte d'hétérogénéité. Que si enfin on nous dit qu'il ne s'agit pas de saisir un état déterminé, mais seulement une tendance, et que partout nous voyons les choses aller de Thomogène à l'hétérogène, pour revenir ensuite en sens inverse, nous répondrons qu'en vertu même de cette tendance nous sommes autorisés à remonter hypothétiquement, et tout au moins idéalement à l'homogène le plus homogène possible, lequel, étant supposé tel, sera par là même immuable. Il faat en conclure que cette hypothèse d'un homogène absolu implique contradiction, que si haut qu'on remonte il &ut toujours admettre la coexistence du mime et de Vautre^ comme disait Platon {th aM et to Itepov), et que par conséquent l'hétérogène est tout aussi bien un principe que Fhomogène lui-même. b. La seconde loi qui explique le passage de l'homogène à l'hétérogène, c'est Ibl loi de la multiplication des effets. Voici comment Fauteur la formule et la développe. Il affirme qu' <c une force uniforme tombant sur un agrégat uniforme, doit subir une dispersion ; et que tombant sur un agrégat composé de parties dissemblables, elle doit subir de chacune de ces parties une dispersion, aussi bien que des différencia-
tions qualitatives ; que plus ces parties sont dissemblables , plus les différenciations qualitatives doivent être marquées; que plus le nombre de parties sera grand, plus celui des différenciations le sera ; que les forces secondaires qui en résultent doivent subir des modifications nouvelles, en opérant des transformations équivalentes sur les parties qui les modifient ; et qu'il en doit être de même des forces qu'elles engendrent. Ainsi, ces deux conclusions, à savoir que : !<> une partie de la cause de révolution se trouve dans la multiplication des effets; et 2^ que cette multiplication s'accrott en proportion géométrique à mesure que Fhétérogénéité augmente, ces deux conclusions, dis-je, se tirent du principe fondamental, la conservation de la force ^. »
Sans insiBter sur cette déduction, qui nous forcerait à entrer trop avant dans l'analyse d'un système que nous n'avons à examiner qu'à notre point de vue, disons que la loi de multiplication des effets est assez visible par l'expérience pour qu'il soit inutile d'y insister.
II. Mais ces deux lois (instabilité de l'homogène, multiplication des effets) n'expliquent encore qu'une chose, à savoir comment les choses vont de l'uniforme au multiforme, de l'un au plusieurs. Elles n'expliquent pas la seconde propriété de l'évolution, à savoir, comment elle va de l'indéfini au défini : a Nous n'avons pas encore trouvé la raison, dit-il, pour laquelle il ne se produit pas une hétérogénéité vague et chaotique, au