‹ Les causes finalesChapitre 65 sur 142 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

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buts. Ainsi notre argument signifierait qae.la nature vivante exprime, dans sa forme rudimentaire, la même propriété qui se manifeste sous sa forme la plus saillante, dans Tintelligence humaine : à savoir la propriété d'agir pour des buts, ou finalité. La finalité est donc une des propriétés de la nature : voilà ce qui résulte de l'analyse précédente. Hais comment cette analyse nous ferait-elle sortir de la nature? Gomment nous ferait-elle passer des faits à la cause? La force de notre argument consiste précisément en ce que noui ne changeons pas de genre; mais que dans un seul et même genre, à savoir la nature, nous poursuivons le même fait, ou la même propriété sous des formes différentes : mais si au contraire, au lieu de suivre la même filière, soit en la montant, soit en la descendant, nous passons subitement de la nature à sa cause, et si nous disons : Il y a dans la nature tel être (lui-même membre et partie du tout), qui agit d'une certaine manière : donc la cause première de ce tout a dû agir de la même manière; si, dis-je, nous raisonnons ainsi, et c'est là ce qu'on appelle généralement la preuve de Dieu par les causes finales, il n'est pas douteux que nous ne fassions là un raisonnement bien hardi et bien téméraire, qui, en tout cas, n*est nullement contenu dans le précédent.

La légitime et naturelle impatience des ftmes croyantes, qui voudraient que la philosophie leur garantit une évidence de raison égale à l'évidence de sentiment qui les subjugue, sup* fiorte difficilement que Ton apporte en de tels problèmes les mé -

LA CAUSE PR£Ml£afi DE LA FlNAIiITË 3d9

thodes de tfttonaement» d'approximationi d'examen contradictoire qui sont les traits propres de la méthode scientifique^ Il est cruel de voir peser dans la biUànce d'une dialectique subtile les plus nobles croyances de l'humanité. A quoi sert la philosophiei nous dit-oui si ce n'est i obscurcir ce qui est clair et à ébranler ce qu'elle défend 7 On a cru foire un suffisant éloge de tel philo ^ sophe spiritualiste en disant : Il n'empêche pas de croire en Dieu. Dans cet ordre d'idéesi en effet, il semble que la démons* tration affaiblisse plus qu'elle ne prouve ^ jette plus de doute que de lumière, et nous apprenne à disputer plus qu'à décideré

Nous sommes autant que qui que ce soit» sensible à cette in* quiétude et & ce tourment : et le ftit que l'on signale, et qui n'est que vrai» est une des preuves de la fitiblesse de l'esprit humain. Mais c'est précisément aussi une des grandeurs de l'esprit humain d'apprendre à considérer d'une manière m&le et paisible sa condition naturelle» et de chercher courageusement à 7 remédier. Nous distinguons pour notre part, même dans Tordre naturel» deux choses : la croyance et la science : l'une ayant pour objet de remplir les lacunes de Tautre. Il y a une foi naturelle» pratique» morale à l'existence d'une divinité» qu'aucune démonstration ne peut ^aler» à laqueUe aucun raisonnement n'est adéquat ^ Mais si l'&me a besoin de croire» elle

1. t t5n seul soup!? vers te futur et le mcineur^ dit admirablement tlems^ terbuyi, est ooe démonstration plos qoe géométriqae dt la difioiié. » (Ariilés — OSuvrcft d'Hemslerhuys^ êdit. I')i9» tom. II, p. 87. — Voir sur la philosophie s! «uctaM d'Htautoiiuijfi ie travail de II. fim. Gnicfcer» Ptiif» 1S66.)

a aussi besoin de savoir : elle veut essayer de s'expliquer les causes des choses par les lois de la raison : et c'est une des plus hautes tentations de l'esprit humain d'égaler sa science à sa foi, fides qfUBrens inteUeetum. De là, la nécessité d'appliquer les méthodes abstraites et discursives de la science à ce qui semblerait ne devoir être qu'un objet d*amour et d'espérance : c'est déjà, à ce qu'il semble» quelque chose d'irrespectueux. La démonstra* tion, même f&t-elle aussi affirmative que possible, est déjà un manque de respect : car elle met en question ce qu'on veut dé* montrer. An Deus $it , dit St Thomas d'Aquin au commence* ment de la Somme; et fidèle au procédé scholastique, il répond d'abord : Dico quod non. Mais qui lui garantit à ce saint théoogie qu'il retrouvera à la fin de son argument ce qu'il a nié au commencement? S'il en est sûr d'avance, pourquoi fait-il semblant de le chercher? N'est-ce donc que pour la forme qu'il raisonne? Qu'il se taise alors : qu'il prie, qu'il prêche : mais qu'il laisse cet instrument à double tranchant avec lequel il ne fout pas jouer.

Mais c'est ce qui est impossible. Aucun croyant ne renoncera à la tentation de démontrer ce qu'il croit; et le voulût-il, il y serait bientôt forcé par l'attaque. Dès lors l'application des méthodes froides de la science devient nécessaire ; et avec la science, paraissent toutes les difficultés inhérentes à l'emploi de ces méthodes : dès lors le droit strict pour celui qui les emploie, de proportionner les affirmations à l'évidence, suivant la règle de Descartes. Je ne suis tenu qu'à une chose comme philosophe :

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