‹ Les causes financières de la Révolution française (volume 2)Chapitre 1 sur 54 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dans un précédent volume, consacré aux ministères de Turgot et de Necker, nous avons montré la royauté prenant l'initiative des réformes, confiant la direction des finances successivement à deux ministres, dont l'un avait presque du génie et l'autre de l'habileté, enfin proclamant elle-même que le régime fiscal et économique auquel la France était soumise depuis des siècles avait besoin de subir de profondes modifications. Nous avons dit que le pays avait, par suite, conçu l'espoir de grands et prochains changements, destinés d'une part à associer dans une certaine mesure les citoyens à la gestion des affaires publiques, d'autre part à rendre les impôts moins inégaux, moins arbitraires et moins lourds. Nous avons signalé qu'il avait pris d'autant plus aisément patience que son attention était alors en partie absorbée par une guerre entreprise au nom de la liberté des peuples, et qu'il voyait avec admiration le gouvernement faire face aux dépenses de cette guerre sans recourir, comme il l'avait toujours fait en pareille circonstance, à l'augmentation des contributions. Tout annonçait donc un règne glorieux et réparateur, et les Français, imbus des enseignements qu'avaient répandus les philosophes et les économistes,

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liei's de Tcn-lat de leur littérature et dos progrès de la science, avaient la conviction que leur sort, peut-être même celui do l'humanité en général, bénéficieraient bientôt des plus heureuses améliorations.

Mais pour qu'une nation ait chance de voir la transformation de ses conditions sociales, financières et politiques s'opérer sans bouleversement, il faut qu'elle possède un gouvernement assez éclairé pour se rendre compte de la grandeur de sa tâche, assez sage et assez énergique pour discerner les réformes nécessaires, résister aux utopies, briser les résistances contraires à l'intérêt général et ménager autant que possible la transition de l'état de choses ancien à l'état do choses nouveau. Or, sous l'ancienne monarchie, toute l'autorité résidant en la personne du roi, la France était bien ou mal gouvernée, suivant que celui-ci était doué de talents supérieurs ou qu'il en manquait. Supposons donc le trône occupé, après Louis XVj par un habile politique, par un souverain aux idées larges, capable de comprendre son époque et les aspirations de ses sujets : il aurait pris la direction du mouvement réformateur et modernisé des institutions qui, avec le temps, étaient devenues odieuse et incompréhensibles à la grande masse de la nation. Au contraire. Louis XYI était dépourvu des qualités qui font les grands rois; jamais même le pouvoir suprême n'a été exercé en France par un prince d'une volonté aussi vacillante et d'une intelligence aussi médiocre. A aucun moment il ne se traça un plan de conduite qui lui fût personnel; à aucun moment il ne se sentit prêt à surmonter les obstacles qui se dresseraient sur sa route. A peine entrevoyait-il le but que son intérêt lui conseillait d'atteindre, et il n'agissait que mû par une impulsion étrangère. Malgré son incontestable loyauté, il abandonna successivement 1 peu près tous ses ministres. Dans nos précédents récits nous avons donné des preuves de son manque de carac-

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