‹ Les causes financières de la Révolution française (volume 2)Chapitre 2 sur 54 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

tère. On verra dans le présent volume que pendant les huit années dont nous écrivons l'histoire, il se conduisit avec non moins d'incohérence et d'aveuglement.

En recevant la couronne, il s'était, on le sait, placé sous la tutelle du vieux Maurepas. Quand celui-ci lui eut dicté le renvoi de Necker. il s'adressa à lui pour savoir par qui il devait le remplacer, et Maurepas lui ayant recommandé Joly de Fleurj, il le nomma contrôleur général. Le public se demanda comment il se faisait qu'un magistrat sans compétence financière lut chargé de la direction du Trésor royal, dans un lemps où notre guerre contre l'Angleterre n'était pas terminée, et où le crédit de l'Etat commençait à être ébranlé. Mais Maurepas avait bien su ce qu'il faisait : son but avait été de soustraire le roi et son peuple aux tendances libérales, dont les précédents titulaires de l'administration des finances avaient été les inspirateurs. En mettant à la tête de cette administration un conseiller d'État connu pour son hostilité à toute innovation, il espérait en finir avec les tentatives de réformes. En effet, n'en entendant plus parler, Louis XVI n'y pensa plus, et quand quelques mois plus tard Maurepas mourut, il accorda sa confiance à son ministre des Affaires étrangères, à Vergennes, qui la méritait certes pour la façon dont il sauvegardait dans nos relations avec les autres puissances de l'Europe les intérêts du royaume, mais qui, au point de vue de la politique intérieure, était un partisan du maintien de l'autorité absolue. A partir de la chute de IVecker, l'orienlation gouvernementale se trouva donc modifiée, il ne fut plus question d'améliorer la situation des contribuables, et les espérances qu'avait suscitées le début du règne parurent indéfiniment ajournées.

Cependant de graves embarras assaillaient le contrôleur général. Joly de Fieury^ à peine arrivé au ministère, avait constaté que l'excédent de ressources mis en lu-

IV INTROnUCTION

mièrepar le Compte rendu de son prédécesseur n'existait pas, ot pour inspirer confiance aux pi'èleurs il avait, au mois d'août 1781, accru les droits sur les consommations^ puis au mois de juillet MS'i créé un troisième vingtième. Ces mesures avaient causé un mécontentement général, les parlements avaient protesté, et celui de Besançon n'avait pas craint de faire appel aux Etats généraux, par le motif qu'ils possédaient seuls le droit d'imposer la nation. Mais la convocation des Etats généraux était une extrémité à laquelle le gouvernement n'entendait pas se soumettre. Dès lors comment se procurer de l'argent? Il fallait en revenir au sj^stème des emprunts directs et indirects, par l'émission de rentes et par la création de charges vénales. Joly de Fleury emprunta donc sous ces deux formes, et quand la paix avec l'Angleterre fut signée, au mois de janvier 1783, il proposa à Louis XVI d'établir un comité des finances, qui procéderait à la liquidation des dettes provenant de la guerre et fixerait les dépenses annuelles de chaque département ministériel. En même temps il lui dévoila l'existence d'un déficit chronique, et la nécessité d'introduire l'économie dans les divers services de l'Etat. Le roi s'empressa d'- sanctionner, par un édit du mois de février 1783, les vues de son contrôleur général; mais, cédant à une intrigue de cour, il le disgraciait un mois après, et, sans prendre conseil de personne, il lui donna pour successeur Lefèvre d'Ormesson, dont il estimait la modestie et l'honnêteté.

Malheureusement d'Ormesson n'avait ni autorité, ni talent. Après avoir contracté des emprunts onéreux, obtenu quelques millions de la Caisse d'escompte, suspendu le remboursement à vue des billets de cette banque, amené ainsi une crise très préjudiciable au commerce, rompu sans en avoir le droit le bail de la Ferme c^énérale, et mécontenté les courtisans par son esprit d'économie, il dut se retirer après sept mois de ministère.

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