IM LES CAUSEURS
presque auUnt d'esprit que madame de SlaSl, et il savait
vivre à Feriiey. »
Quant à madame Récamier, qu'il connaissait de longue date, bien qn'il lu! eùl dit unjourqu'ellcpouvail, comme don Diè)5'ne, compter sur cinq rents nuiis, il ne sul)il nullemenl le charme, car il écril le 20 juillet 1813 :
•4 J'aurais dû beaucoup vous parler de madame Récamier. Elle croit avoir une passion à Lyon. C'est ce qui fait qu'elle est venue à Rome. Elle croit quelquefois en avoir une pour Dieu; elle se trompe. Elle ne sera jamais dévote, car il faudrait qu'elle adorât Dieu et elle voudrait que Dieu l'adoràl. »
Sous la Restauration, Montlosier qui voulait bien faire la réTérence, mais pas jusqu'à lerre, vit dans une demîdisgràce qui se change en disgrâce complète iorsqu'en 18â&, il publie ses pamphlets contre la Congrégation. Ce chrétien convaincu qui, chaque soir, à Randanne, lisait à ses domestiques un chapitre de limitation, gai'dait en lui le vieil esprit légiste contre l'Église qu'il prétendait exclure de tout rôle politique, et disait dès 1816 à H. de Baranle : « Les prêtres se regardent comme Dieu... Estil convenable que des prélenlions semblables s'élèvent en ce temps-ci? Us périront et feront périr le roi avec eux. Je désire que ce peuple se donne à Dieu, mais il se ' donnera plulât au diable que de se donner aux prêtres... J Le peuple français peut subir toute espèce de servitude, *
-il ne subira pas celle-làj ccllo-là rendra odieuse la ^ famille régnante et entraînera sur elle la malédiction des Sluarfs. s
On sait quelle émotion le Mémoire à consulter et la j Dénonciation soulevèrent dans l'opinion publique, quelloÉfl
âiscnssions enflammées s'ensuivirent à la tribune de la Chambre des Pairs. Monllosicr fut tout d'un conp proclamé grand homme par l'opposition, tandis que la droite le vouait aux gémonies. Il avait heau se déclarer a plein de respect pour les prêtres pieux, pour les moines pieux, plein d'aversion pour les moines et les prêtres politiques »; le roi ne pardonna point et le fil bien voir, lorsque Madame la dauphine qui s'était rendue au Mont- Dore en i&il, dut tMverser Randanne à son retour. Hontlosier ayant écrit au marquis de Vibraye, genlilhomme de la chambre, pour faire agréer ses oifres d'hospitalité, celui-ci ne voulut même pas les Iransmellce. Il attendit alors au passage avec sept paires de bœufs attelées à sept charrues, sis cents moulons et cinquante vaches. La dauphine s'inclina mais ne s'arrèla point.
La monarchie de Juillet le fil pair de France et lui rendit l'indemnité qu'il avait touchée jusqu'en 18i6. Sa mort (9 décembre 1838) amena encore de pénibles démftlés avec l'aulorité ecclésiastique qui exigeait une rétractation écrite : dans le cours des négociallous qui s'ena;agèrenl k ce sujet, le moribond prononi;a ces paroles : « On ne veut pas de ma confession, mais Dieu esl juste et je peux me passer de prières ainsi refusées. Qu'on m'emporte dans la petite maison mortuaire qui esl toute prèle à Randanne, qu'on y plante une crois, pour prouver que j'ai voulu mourir en catholique I Les pauvres femmes se signeront en passant el leui-s prières me suffironl. *
H. liardouK raconte que Montlosier passa de longs I ^wrs à Randanne, dans une baraque en bois qu'il avait
transformée très tard en maison rastique. Snr les murs de cette ferme sans tourelles, sans créneaux ni pontslevis, le comte de Grammont avait spirituellement gravé ces mots : « Féodalité du xix* siècle. > Les derniers vestiges de la féodalité avaient en effet disparu des lois, des mœurs, et Hontlosier était le dernier défenseur des idées féodales.