S46 LES CAUSEURS
public : « Il me dit : — Permetteï, monsieur le duc d'Olranle... ^Ah! Ah! duc... déjà! » fait Talleyrand. — Sous la Reslauratinii, le même Fouché, esilii sous le -titre (l'ambassadeur à Dresde, ne pouvait comprendre qu'un régicide ne dût pas rester longtemps ministre de Louis XVIII: « Ainsi donc, dit-il à Talleyrand, tu ne renvoies, coquin? — Oui, imbécilel... »
Si sa morale est celle d'un roné, il estime que sa politique est nationale, Trancaise et surtout raisonnable!. < ïù toujours été (idèle aux personnes, disait-il à Moulalîvet, aussi longtemps qu'elles ont obéi au sens commun. Si vous jugez iDulcs mes actions à la lumière de celte rè^e. TOUS verrez que j'ai toujours été conséquent. > Quanti se montrer le courtisan du malheur, u[ie telle conduite lui eût paru le comble de la niaiserie, surtout vîs-à-vi» de Napoléon qui depuis nombre d'années le tenait dans un état voisin de la disgrâce, s II ne convient pas à lODl ie monde, remarquait-il, de se faire écraser par les ruines d'un édilice qui va crouler, n Son rôle prépondé-
1. Il confessa dans son àgemûr qu'il n'avait értiappé audësesp d'une enfonce reléguée, sads charme et sans tendresse, d'une Je DBSse décolorée, matadive et mélancolii^uo, d'une carrière s comme une disgrAce el détestée, qu'en essayant de s'ei dlr dans rindlftérence : t Je n'ai point assez aimé les e dlsaU~ll à madame de Rémusat, mais je ne me suis gaèrc non plus el Je n'ai pas pris assez d'intérêt à mol... La RévoluM*' BlUqnalt des principes et des asnges dont j'avais été vlciime ; elle me paraissait ^te pour rompre tues chaînes ; eUe ptaisaii à inaii esprit; J'embrassai vivement sa cause, et depuis, les évéuemeols out disposé de mol. s Voy. A'ëmoiret de madame de Rémutat, i. 111. i Son Dieu, lui disait celle-ci, quel dommage que voustods soyez gjté i plaisir ! Car enOn, Il me semble que vous valez mieui que vous, a
rant en 1814 a élé proclamé par l'empereur Alexandre en ces lermcs : « Lorsque j'arrivai à Paris, je n'avais aucun plan, je m'en rapportai à Talleyrand; il avait dans une main la Tamille de Napoléon el dans l'autre cel le <les Bourbons, j'ai pris celle qu'il me présenta, »
Vers la (In de 1815, un solliciteur' demande sa protection pour un emploi, et l'ait valoir qu'il est alléàGand. « A Gand, en èles-vous bien sûr? — Comment! — Oui, ]|ites-raoi franchement si vous y (ÎIl'S allé ou si vous n'avez l'ail qu'en revenir... car, voyez-vous, j'y étais, moi;... nous y étions sept ou huit cents et, à ma connaissance, il en est revenu plus de cinquante mille. »
Il prenait volontiers pour *!ible Sémonville, un des hommes de celle époque qui surent le mieux eliani;or leur fusil d'épaule et praliquer la politique de leurs affaires. « Comment se porte Sémonville, demandait-il à un ami commun? — Mais très bien, monseigneur, il engraisse même un peu. — Sémonville engraisse?... je no comprends pas... — Quoi donc, monseigneur? — Non, je ne comprends pas quel intérêt Sémojiville peut avoir i engraisser. » — Une autre fois, quelqu'un lui faisant cette observation : « Au moins dans la Chambre haute, il y a des consciences. — Oui, répondit-il, beaucoup de consciences. Il y a m<^me Sémonville qui en a deux, t
J'en passe et des meilleurs, car il faut se borner. Je
I- Un aulrB solliciteur, a qui il avait promis sa protection, lui anuoDee qu'une place est vacante, s Vacante ! Eh Men, que voulez-vous que j'ï bsse? Sacliez, moosieur, que, quand une place est racanle, elle est déjà donnée, d On lui recommamlalt un candidat ; t II faut bien que loul le monde vive. — Je n'en voli! pas la nécessité, > dit-Il. Celte dernière répande avait déjà été (aile par d'irgenson à l'abbâ Desronlaines, et Piron l'avait mise en vers.
voudrais cependant rappeler son mol sur les doctniuireii c Des gens qui demeurent entre cour et jardin; ils a< voient jamais dans la rue d; celle jolie distincliou entFt l'Empire et la Restauration, unjout' que, dans le suloads tnad»me de Luyncs, on dispulait sur le mérite des deu. régimes : t Sous l'Empire, on était fort en relard; on faisait que des merveilles, tandis qu'actucllemout oa fui des miracles »; l'apostrophe au général Lamarque i avait écrit aux journaux pour donner quelques eiplii tiens de sa conduite : < Général, je vous croyais deJ'( prit »; sa Hposleâ une vieille duchesse qui le vojaai entrer chez le priuce de Coudé, dit assez haut : t Ah I voilà donc encore, ce vieux drôle! — Je croyais, madami^ que le mot drAle comme celui de dr6Iesse était rayé dv langage de la bonne compagnie ï; son complimenta mtt dame de Staël qui dans le roman de Delphine, passait pour s'être peinte sous les traits de Delphine, el poQl, avoir peint Talleyrand sous ceus de madame de Vernon' femme avide, coquette et artificieuse. « On m'assure qw
1. Talleyrand élalt aseis entre mesdames de Staël el Itâeamitr, empressé, gslaal auprès de l'une et l'aulre, avec une nuao tsiOT. prononcée loutefois en ftiveur da la saeonde. b Enfin, voyoi dit madame de Staël un peu dépitée, si nous loniIiIoDS â l'e touti?5 les deui, fi laquelle purle riez-vous secours d'abord ? -~ 01 baronne, rApondil-)l, je suis sâr que vous savez nager. • La réplique est charmante, niais ne vaut pas celle d'un comte bai rois a la belle madame V***, dont il était Tort épris. Comme el lui demandait; i SI votre mËre et mol, nous tombions dans cet rivière, au secours de laquelle vous préclplteriez-vous d'abord? i mère ! > mais, regardant mailame Y***, av émotion, il ajouta aussitôt : o Vous sauver d'abord, vous, ce sert le. D Un SHtt d'ailleurs que Talleyrand se pi40 copa beaucoup de Véternel féminin, et que ses amours ne furo
nons y sommes tous les deux, tous et moi, déguisés en Femmesi. »
Dans les dernières années de sa vie, Talleyrand voulut culliver son voisin de lerre, Rojer-ÇoUard, ([ui habitait Chàleau- Vieux, à quatre ou cinq lieues de Valeiiçay. Royer-Collard était un philosophe religieux et le diplomate octogénaire, en se ménageant ses sympathies, se réconciliait h la fois avec la morale et la religion. La duchesse de Dino, sa nièce, le seconda puissamment : le grand doctrinaire capitula, mais il lit ses conditions; il fut stipulé que sa Temmc et ses filles n'iraient point à Valencay. Quand on songe qu'en ses heures d'austérité, il avait dit ce mot : a II y a deux êtres dans le monde que je n'aijamaispuvoirsansunsouièvemenlintérieur; c'est un régicide et un prêtre marié » ; on conviendra qu'il dut y mettre du sien. La première fois que Tallcyrand fit sa visite à Châleau-Vieus, à travers un pays l'or! accidenté, son premier mol à Royer-CoUard en entrant dans le salon, fut: t Monsieur, vous ave?: des abords bien sévères, b
pas loujaurs diplomatiques nllucraUves; son mariage avec madame (Jrand parut plus qu'un crime, une faute, une lourde maladresse, dont il eul mainte occasiou de se repenlir. « Une femme spirituelle compromet souvent son mari, tandis qu'une femme bËte ne compromet qu'etie-mÈnjo, » dlsalt-il pour jusiltier ce chois. On lit courir le bruil que celle ticlle créole avait répondu à quelqu'un qui rioterrogeait sur son pays d'origine ; « Je suis d'Inde. >
i. Le mol sur Charles X qui prétendait qu'un roi qu'on menaça n'a de cbolx qu'entre le trône et l'échafaud : n Sa Majesté oublie la chaise de poste! iCelle réponse ^quelqu'un qui prétendait connaître SQD opinion : o ïtof. J'en al une le matin, j'en ai une autre l'après* midi, mais le soir je d'od ai plus du tout! d Le irait sur Foi qui pendant un dîner ne cessait de s'en! relenir par signes avec son entant muet. > N'est-ce pas étrange de dîner avecie plus grand orateur de l'Europe etdele voir parler eiclusivementavecsesdoigis7r
1 et
KO LES CiUSEOnS
On peut croire ipie la cooversation ne chôma poïnl entti cesdeuxilluslreséchanlillotisde races disparues au jouN d'hui; Royer-Collard, vers la fin, disait de son voisin; c M. de Talleyrand n'invente plus, il se raronle' iv Celait encore quelque chose, car le prince aurai! pu, comme Melternich, se comparer à un ^os dictionnain qu'il ; avait profit à feuilleler.
LaduchessedeDiûo voulait qu'il fit une fin religieuse' elle-mi>me, étant tombée malade à la campagne, dft manda à recevoir les sacrements, et, comme il él accouru : « Que voulez-vous, dil-elle, c'est d'un bon el pour les gens! lAprèsun instant de riillexion, il reprit' c n est vrai qu'il n'y a pas de sentiment moins arîslocrt tique que celui de l'Incrédulité. »
(Je sens, avait-il dit â plusieurs reprises, que je devriti me mettre mieux avec l'Église... Je n'ai qu'une peur, relll des inconvenances ; je ne crains pour moi-même qn'iU
1. Talleyrand et Roycr-Collard aiTectaJent loua deux, dansla olère de s'exprimer, la briËvoLË concise et la formule; Loua ( étaient volonliers sentencieui, ils avaient le mol qui grave, i cher. Taîleyraud celte formule s'appliquait plus volonUers clioa'S.au.vsituallons, et tliczR'iyer-Collarii aux personnes. (! Beuve.l A la (In de son volume, Sainte-Beuve compare Iklleyi ï Retx avec lequel il offre plus d'un Irait de ressemblance. Il «t pour livres de tlievel les Uémairea de liait el les Odti 'd'Hami Le whist Était sa récréation la plus agréable, ifjuclle triste vieille vous vous préparez ! f dlsalt-ll i un Jeune diplomate qui sevonl de l'ignorer. Et encore : t Le Jeu occupe sans préoccuper el d pense de toute conversation suivie, u II avait en Angleterre la 1 puiation de tricher quelquefois, et nn lui appliquait le vers de PDf A youCi ofplollias, and uld agt b{ ari:
'[uand il éliil jeuns, lei alKl» quand U Hil lisDi.)
Eu tSU, le gauvememeut provisoire était appelé la taUt VBhUt de Talleyrand.
DE l,A IIÉÏOLOTION. îâl
scandale pareil à celui qui est arrivé à la inori du duc de LiaDcourt. » Od coniiaîl sa conversion par l'abbé Dupaiiloup, sa rétraclation, sa dernière maladie, la visite du roi Louis-Philippe, le salon voisin de la chambre du mouiaul encombré par l'élile de la sociélé parisienne, venue par convenance, par curiosité, qnelques-uns par ablachement, parlant de choses étrangères, attendant avec insouciane», avec ennui, le dénouement. Il eut le courage de faire de l'esprit devant la morl. Monseigneur de Quélen ayant dit qu'il aurait donné sa vie pour la réconciliation de M. de Talleyrand avec l'Éj^lisc : « Sa vie ! mnrraura-t-il, m on seigneur a un bien meilleur usage à en faire. »ÂprËs la visite du prince de Folx, son parent : 1 11 me laisse contrarié, car son visage mélancolique et son lugubre costume doniieraieut à penser qu'il m'a été envoyé par l'entrepreneur des pompes funèbres. » — « Cet homme, écrit Colmache, eût trompé la mort, si elle l'eût traité par ambassadeur. » Les propos de chacun, en sortant de la chambre mor<tuaire, étaient curieux à noter. Les légilimistes disaient : f 11 est mort en bon gentilhomme. » Une dame de vieille cour eut le meilleur mot : «Enfin, il est mort en homme qulsait vivre. > Un plus osé, M. de Blancm... raillait la conversion : « Après avoir roué tout le monde, il a voulu finir par rouer le bon Dieu. » Le représenlani d'une cour du Nord vint gaiement annoncer la nouvelle à H. Guizot : c Eh bien, vous savez? le prince de Talleyrand a fait son entrée triomphale aux enfers. Il y a été fort bien reçu, Satan lui a rendu de grands honneurs, tout en lui disant ; * Prince, vous avez un peu dépassé > mes instructions. » Talleyrand avait-il donc oublié sa propre recommandation : — Surtout, pas de zèlel
LES CADSETlnS
ÉcouloDS enGu quelques Unes apprécia lions, i mordaiiles et raillerios qu'inspira ce maître railleur, cel ' I huraorisie unique en son genre. On peut ranger ceniqnî
ont parlé de lui en trois groupefi : ennemis ou persifleurs, apologistes, impartiaux. D'abordles ennemis.
IChalcaubriand: < SupposezM. de TaDeyrand plébéien,pauvre cl obscur, n'ayant aTec son immoralité que soS' î&conleslable esprit de salon ; certes, l'on n'aurait jamaii entendu parler de lui. Olez de M. de Talleyrand le grand ^igneur avili, le prêtre marié, l'évéque dégradé, queli areste-t-il? Sa réputation et ses succès ont tenu â Jrois dépravations. »
Mirabeau : « Pour de l'argent il vendrait son âme, elj Aurait raison, car il troquerait son fumier contre de t'or.i ■ Le comte Roslopchine écrivit à un de ses amis, « venait à Paris pour y voir les dcus plus grands farceuil de l'Europe ; Potier et Talleyrand. »
Caniot : « Talleyrand méprise les hommes par« i qu'il s'est beaucoup étudié ».
[ Madame de StaCl : « En vérité, le bon Maurice r
^^^L semble à ces petits bonshommes que l'on donne aui elt ^^^B bnts, dont la tète est en liège et les jambes eu ptom! j^^^T^Q a beau les jeter, les renverser, ils se retrouvent to» ' jours sur leurs pieds. ï
Eugène Suc, à propos de son éloge du fromage deBrift C'est peut-être la seule royauté à laquelle M. de Tallq [ rand soit resté fidèle >, et Emile Baraleau ajoutait : Vvérilè il n'avait pas prêté serment à cette royauté-là'.
. Le serment, dlsajl Talleyrand, esl une contre m arque 'ju id h la porte d'une salle île spcclatle alln de pouvoir j rentrer, dit, obsen'ait lad; Morgan, que c'i
DE LA RÉÏOLIJTIOS,
Marie-Joseph Chénier :
L'adruilMaurice, en boilanl avec grflte, Au plus dispos pauvani donner le<;otis, A front il'airala unissant cœur de glace, Fait, comme on dll, son Ibâme en dembgons.
Dans le parti du pouvoir arbitraJre Furtivemenl 11 glisse un pied hontcut, L'autre est toujours dans le parti contraire, Nais c'est le pied dont Maurice est boiteux.
!l aveiidu lous ceux qui l'onlachelé. » (Anonyme.) En 1814, à la renirée de Louis XVIII et le lendemain de la présenta lion du prince de Bénévent, le Nain jaune publiait l'eutrefilet suivant : « Hier, M, l'évéque d'Aulun a en Vhonueur de présenter sa femme au roi Très Chrétien. »
Donuons maintenant la parole auï apologistes. < Il lut pour les penseurs un vrai sage de l'école sensualisie, > dit Amédée Pichot, qui ajoute que sa famille, ses inliraes', ses domestiques l'aimôrent tendrement. 11 y avait donc là une sorle de dédoublement de la personne morale, plus fréquent qu'on ne croit chez les hommes d'Élat. M. Pichot approuve cet axiome que le ciel ne
parce qu'il a toujours su se relever après ses chutes. 11 a cela de communarcc les chais qui retombent toujours sur leurs pâlies. Le cbat ne suit pas ses maîtres quand Uss'en vont i 11 reslelidële...
1. • Lea femmes l'ont beaucoup gâté; plusieurs furent pour lui de lldâles amies : parmi ces derniëres, la duubesse de Luynea, la princesse do Vaudemont, la vicomiesse de Lava.1, cette spiriluelle excentrique, qui, a^ant parlé d'aller à un liai auquel on ne l'avait pas invitée, sa lit enfermer dans un clavecin d'où elle sortit toute parée de ûeurs au Rioincnioù les musiciens Jouèrenlleur premier laeaoeti madame de Rémusal, etc. •
saurait avoir fait une même cooscience pour ceax-oi et pour l'obscur bourgeois, et il rappelle cette caricalure anglaise représentant après 1830 les aveugles couduits par uo boileuï. Les aveugles étaient les rois de l'Europe, un bandeau sur les yeux, le boiteux M. de Tallejrand, qui armé de sa seule béquille, les menait en laisse avec ub ruban.
« Amène à ces formes enchanteresses.. . qui einbelliss même les vertus... il arrivera à tout, parce qu'il saisid les occasions qui s'offrent enfouie à celui qui ue violeofi pas la fortune... Le premier instrument de ses succès et un excellent esprit : jugeant les hommes avec indulgeiice, ' les événemeuls avec sang-froid, il a cette modération, le vrai caractère du sage. » {Galerie des étals généraux, 1-89.)
Montron le vil très afleclé lorsqu'il perdit sa vieille amie, la princesse de Vaudemunt. Il est vrai qu'il ajoutait : t C'est la première fois que je lui ai vu verser dct larmes. > Le duc de Wellinglcin ayant pris sa défeasâq la Chambre des lords, un visiteur surprit H. Talleyra lisant les débats les larmes aux yeus, et l'on voit par si lettres k M. de Choiseul-tiouflier, par le témoignage d Morcau Saint-Méry, qu'il inspirait et éprouvait luî-i très vivement le sentiment de l'amitié.
Dans son Cours familier de littérature, Lamartine fii de Talleyrand l'héritier du génie de Mirabeau, et l'ors infaillible qui eut sauvé le premier Empire, si Napolée l'avait toujours écouté.
Bœroe : « Il ne les a pas trahis, il les a seulemei
laissés là quand ils étaient morts. Il était assis auprès did
lit du malade de chaque temps, de chaque gouverDeineo^
avait toujours les doigis sur le pouls, et s'apercovail le premier que le cœur avait cessé de battre. Il se hâtait alors d'aller du mort à l'hérilier, tandis que les autres couLiuuaieiit encore quelque temps à servir le cadavre... Je voudrais avoir cet homme dans ma chamhre: Je le suspendrais au mur comme un haromëtre, el je voudrais, sans lire une gazette, sans ouvrir la fenêtre, savoir tous les jours quel temps il fait dans le monde. »
Mignet : a Napoléon avait le génie de l'action, Talleyrand celui du conseil. L'un projetait ce qu'il y avait de grand, l'autre évitait tout ce qu'il y avait de dangereux, et la fougue créatrice de l'un pouvait être heureusement tempérée par la lenteur circonspecte de l'autre... Aussi disait-il, avec une esagéralion spirituelle dans la formi?, mais non sans vérité : î L'empereur a été compromis le » jour où il a pu faire un quart d'heure plus tôt ce que I j'ohtenais qu'il fit un quart d'heure plus lard. »
Thiers' : i M. de Tallejrand avait un mérite moral, c'était d'aimer la paix sous un maître qui aimait la guerre, et de le laisser voir. Doué d'un goût exquis, d'un tact sûr, même d'une paresse utile, il pouvait rendre de véritables services, seulement en opposant à l'ahondance de paroles, de plume el d'action du premier consul, sa parfaite mesure, son penchant même à ne rien faire, s
Sainte-Beuve : t Le problème moral que soulève le personnage de Talleyrand, en ce qu'il a d'extraordinaire et d'original, consiste tout entier dans l'assemblage, assurément singulier et unique à ce degré, d'un esprit supérieur, d'un bon sens net, d'un goût exquis et d'une
I. M. Tbiers ne iUisalt que payer de retour celui qui avait dit de lui : I 11 n'est [niinl parvenu, Il est arrivé. »
LES CArSEDtlS
^^H SBC
r corruption consommée, recouverte de dédain, de laîs-
I ser-allerel de nonchalance, s Ailleurs, Sainle-Beuvese
r monlre forl sévère el compare celte vie à une partie de
l whist où l'on gagne en calculant, Talleyrand lui-mÈuie i
I un diminutif de Mazarin; i il n'est qu'une meilleure édi-
[ tion, ajoute-t-il, plus élégante et relevée avec j
I l'abbé Dubois n.
Au congrès de Vienne, ses sanfilants sarcasmes mirea^ tous les penseurs el les rieurs de son c6té. (Mimoiri âe Metternich.)
i Les affaires ne le Tatiguent point parce qu'il nelc prend guère complètement ; il est rare qu'il entre avec son ftme dans quelque chose. Son esprit est supérieur, souveal juste; il voit vrai, mais il agit faiblement. 11 a de la mol- , lesse et ce qu'on appelle du décousu, il échappe i
toutes les espérances; il plait beaucoup, ne satisfait ji' mais et finit par inspirer une sorte de pitié à laquelle ' se mêle, quand on le voit souvent, un réel atlacliemenl... Il est bien certain qu'une funeste insouciance du bien el du mal fut le fondement de sa nature, mais on lui doit cette justice qu'il se garda bien d'ériger en principe aucune immoralité. Il sent le prix de la verlii chez les autres, il la loue bien, il la considère et ne cherche jamais à la corrompre par aucun sjstème vicieux... 11 ne se livrait à personne, impénétrable sut les affaires dont il était chargé et sur l'opinion qu'il a du maître qu'il servait; et, pour achever de le peiudi allectaut une sorte de nonchalance, ne négligeant auciu de ses aises, soigné dans £i toilette, parfumé, amateur ■ e chère et de toutes les jouissances du luse, jamu empressé auprès de Bonaparte, sachant se faire stiuliaid
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par lui, ne le flattant point en public, et comme sûr de lui demeurer constamment nécessaire. > (Madame de Ré m usai).
a Son malheur auprès de ses contemporains fut d'avoir énormément de bon sens à une époque oà l'on eu avait fort pen. » (Marquis de Castellane.)
Enfin les impartiaux, tels que M. Guizot, voieul en lui un homme de cour et de diplomatie, non de gouvernement libre, courtisan consommé dans l'art de plaire et de servir sans scrupules, habile et puissant dans une crise ou un congrès, indifférent aux moyens et presque aussi au but, pourvu qu'il y trouvât son inlérét personnel; mais ils lui refusent l'autorité du caractère, la fécondité de l'esprit, la promptitude de la résolution, la puissance de la parole, l'intelligence sympathique des idées générales et des passions publiques. Et Villemaiu, qu'on pourrait aussi classer parmi les admirateurs, ra)»porte ces préceptes du diplomate, préceples qui de tout temps ont eu leurs dévols. « Il faut, en polilique comme ailleurs, ne pas engager tout son cœur, ne pas trop aimer ; cela embrouille, cela nuit à la clarté des vues, et n'e^it pas toujours compté à bien. Celte excessive préoccupation d' autrui, ce dévouement qui s'oublie trop soi-même, nuit souvent à l'objet aimé et toujours à l'objet aimant, qu'il rend moins mesuré, moins adroit et moins persuasif. »
Talleyrand excellait h maximer ses principes ou plutôt
t. t DénoDs-noua de noire premim jamais sans examea, car il est presque loujours fion. » Antre aitiume île l'égoisme IraDsceadant. — Ce n'esL matlieureusenient pas à Talleyrand qu'on peul appliquer la circonstance atlénuanle ai flnemeni Invoquée par l'abbô de Drogllc en laveur dos n
LES CADSEDRS DE LA HÉVOLIITION, sence de principes. Ce qui lui manqua en eUel, t^'esl l'amour du vrai, du beau, du bien, plus nécessaire l&x poliliques qu'on n'imagine, l'amour de la [ ^amourdu peuple, seulimcnts qui Iraas portent les ^andes , les âmes immodérées à la Richelieu, comme les ^pekit Saint-Evremoud, et les élèvent à des hauteurs sn- Pllimes dans la conscience de l'humanité. PersonD( lamais mieux su les couvenauces, la forme des choses, ' mieux calculé les circonstances, les devoirs et les verliii, mais une politique tout arithmétique et matérialiste M' suflil pas aux nations qui vivent, non seulcmeot de pala». mais encore de nourriture idéale, de foi, d'espéranet^ d'enlhousiasme. Une nation est autre chose qu'un phalanstère, une usine, un comptoir ; elle est aussi une église, on rayon de Dieu. « Uu tube digestif et un insondable laj^- 1ère, voilà l'homme, »dit Carlyle. Les sceptiques commt Talleyrund se trompent dans leur mépris de l'humanité^ comme Pangloss se trompait dans son optimisme : st «oeurd'un homme d'État doit être dans sa télé, il faut q • cette lële regarde en haut aussi souvent qu'en bas, que U œur conserve son logement lodépendant, que le loca 3 ne demeure pas à la merci du propriétaire e sentir son influence en olilenaul les réparatiooi I indispensables.
minlsires : a Pour si sage, pour si réservé, pour si verluejii le roi puisse le choisir, dès qu'un d'eux est oommé, il part, il ! en roule de bons projets, il arrive S Versailles avec sa belle àa mais k l'ealréo du château, un petii diable se trouve là qui ^ lerlngue dans le corps une Ame <lc ministre, ei le lendemain Q Il pas mieux que les autres, n