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LA RÉVOLCTIOH. 335
Tout a été dil et la conversation n'est qu'un perpétuel recommence meni, mais on sait aussi que les mÈnies situations ont amené souvent les mêmes réflexions de la part de gens qni n'ont jamais pu se connaîlre, cl, si on appliquait le critérium de M. Fournier aus hommes d'esprit de tous les temps, on se demande ce qui resterait debout : Sa Majesté l'Anonyme prendrait leur place. Que Talleyrand ait été ce qu'était la statue de Pasquiu pour les oisifs de Rome, une sorte de monument banal où chacun s'arrogeait le droit d'aflîcher ses saillies bonnes ou mauvaises, rien de plus évident. Mais il ; a autre cbose en lui : amis, indifTërents, ennemis, tous ceux qui l'ont connu rendent hommage à sa qualité maîtresse, i'espril. Chateaubriand lui-même, dans un portrait élincelant de haine, en fait l'aveu; Dumont, l'impartial Dumont, qui revint avec lui de Londres, admire k combien il était délicieux dans le petit espace carré d'une voiture».
Un de ses biographes affirme qu'il s'habillait comme un petit-mattre, pensait comme un déiste, et prêchait comme
polQl eirâmiDée : ce qui raisait un singulier contraste avec sa voix grave et proronde gui surprenait tous ceux qui avaient contemplé une semblable pltysioDomle. Evitant les avances au lieu d'en fsJre, ni indiscret, ni gai, ni familier, mais sen ux, m
tateur, si bien que les Anglais ne sav cals qui rcprésentall ai mal le caracl P
«ait mieux que lui donner de l'imper nn es d
poUtes!ie la pUis eiquise et conve g ri
A-t-on l'air d'attendre un complimen "iu la
pière de vers, Il vous accable de ce pe m m
> rien tu de si beau. ■ Mous tenons pour certain qu'il vaudrait mleni Ëlre mis à la porte d'une maison que de s'entendre dire : brute de H. de Talleyrand : Voire s > IDamoot-)
ftHM &e. J> [Bon
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un saint'. Ses sermons n'onl pas élé recueillis,
travaux sous la Constituanle, dont il se montra un des
membres les plus actifs, sont mleu!^ connus, et de bonne J
heure, le moraliste politique s'y dénonce avec sa perspH
cacité, sa connaissance du cœur hamain,
« L'art démettre les hommes à leur place, dit-il quelipU part, est le premier peut-être dans la science du gouvetnemenl; mais celui de trouver la place des méconlenti, est it coup sûr le plus difficile, et présenter à leur imtf gination des lointains, des perspectives où puissent a prendre leurs pensées el leurs désirs, est, je c des solutions de celle difficulté sociale, n
Actif, disaÎG-je plus haut, laborieux, c'est une autr^ affaire. Tallejrand était assez indolent, relativement i) rant, mais passé maître dans l'art de faire travailler loi autres pour lui, de se parer de leurs dépouilles^. Il prii à H.-C. Gnilhe le rapport surl'instraction publique qu'il lut à l'Assemblée nationale. On affirme que ses discourt étaient l'ouvrage de l'abbé Bourlicr, depuis évèqoe d'Évreux ; que, plus tard, il fit avec Colmache, l'abbé Dea renaudes', le comte d'Haulerîve*, ses rapports, discoui
1. Ce mot rappelle celui qu'on a fait surM. Renan : I II pense ce na homme, il sent comme une femme, il agit comme un enbnt.
S, Cependant on a vu au ministËre des aUtaires élrangi-res d rapports écrits el ealièremenl recopiés de sa main, el il ei qu'on retrouve sa marque daas lous les travaux qu'il a signés, qn^ Bavait k mervelllo choisir, arranger, distribuer ses matériait diriger, juger, réformer le travail de ses collai) orateur j.
3. Cet Bbbâ Desrnnaudes, qu'il avait ^t nommer membre i Tribuoat par Bonaparte, tul refusait uo rote : t Ma conscience ^ oppose, objectait-il. — On ne vous demande pas votre consciea tnats ïolro vote, » reprit Talleyraori.
i. H. d'Haulerive entre un matin oliez lui ; < Mon prince, i
I mèces c
pièces diplomaliques, jusqu'à de simples lettres. Sous le Directoire, Rewbell le charge à l'iniprovisle de rédiger, séance tenante, un travail sur les puissances barbarcsques. Tailejrand griffonne, rature, n'avance pas, RcwbelI s'inipalieute, le traite assez cavaliù'rement. Enfin, le ministre des affaires étrangères dit au directeur : 1 Un semblable travail ne peut se faire qu'à léle reposée; il me faut le silence du cabinet. Je vais chez moi et bientôt je vous apporterai ce que vous demandez. » Eu efTel, au bout de quelques heures, il remit au Directoire un rapport excellent.
Un homme qui dut lui fournir plus d'un avis hardi, plus d'un mot décisif, c'est ce Montron, son inséparable confident, son fidèle Achats, celui que les autres familiers avaient surnommé l'ami au cœur; grand duelliste, grand viveur, grand joueur ; esprit lin et mordant, caractère entreprenant, cynique, intrépide'. Il avait accompagné Tailejrand à Saint-Cloud le 19 brumaire et lui
lellre de l'Électeur de ... ^ Eh bien? — 11 faudrait répondre. — Quoi l da ma mainî — Mais oui, mon prince, un Élecieur ... — C'est une tyranulel... Cummeat! Composer ei ëurire en même lemps? — Oui, mon prince. — Eli bleu, d'Haulerhe, je vais écrire, mais dictez, i
1 . Lors de la conspiration de Malet, quand un des complti^ea Viol arrêter le ministre de la police, la duchesse de Rovigo, épouvantée, se précipita tiors du lit:
( Le miolstro de la police a 6lè faible, observa Montron, mais sa femme t'eiIËifntiMnlre«.i SurMDulrOD.voy. itmâdéePlchot, p. SS, 90, 11)9. Ce livre renferme aussi de curieux dËIails sur le mariage de l'et-ëvèijue, eo particulier l'anecdote si plaisante de la conter- ■Blion, réelle ou supposée, de madame de Talleyraudaveclesavanl Beno&Q). US et suiv.), qu'elle autaii confondu avec RoblnsoD Cru-
^Fh loi. Ce
lU serri d*aîde de camp. Il avait va pklir moment ou on lai appril qu'il venait d'être mis La h loi- Ce moment de faiblesse le Tiappa; et à diue Il la soirée, il ne cessait de répéter entre i étals : c Général Bouajiarle, cela n'est pas rorrt'Cl... « HaatroB, dit Rcederer, était plus aguerri pour eerlaiii cknes qae Napoléon Ini-méme; c'était qd TallejraAd chenil. »
Os prttead que le premier jour de la Fédération, i mamte M m l'éTéque d'Aulun se rendit à l'autel poi rtiébrer la messe, ajant aperçu La Palette tout prés ( hii, il lui dit tout bas : f Âh! gài je vous en prie, ne n laites pas rire. » Ce n'élail gnère spirituel, et c'était i si oMimts ^oôlr qn'on peut douter do mot; maisDami)] nnale i ce snjel un irait de roaerie qui, maltieureu»
s<j4, m AtmaatuA dn MMirelles de sod naufrage de Vendredi.
V«itMUiJfMMÛ«l4EaMdHM! A! JfémXMt, t. Il,p. 176 aul
Smb h ttMtwniJÊm, oa fit cooiir ce quairaio ;
aa Aatfa — '— Im marna I iliuil CbileuiluÛBd : a êm iifrt» 4c iMt ^t Bi /crame RTieuDB.
— la MBb r^ca «B B«n, npliquil TiUvjnDiI :
M rail ftm rifiBir U mitiuï.
laserrireal et l'occapèrenl ; il livra I Toi^Durs eariiuDaé d'un ses maiioées, t
'eipoiaîL au idtftn
le sotilude qui lot •
TaiijMirsaiteDtU à se disti;
que lorsqu'il t
de l'obieolr. ■ Lui
les an peu l'épiUiAU.
4e trop aimer Taltejrani
Vo al roQ? c'est qatlnl
■tMDtfparaitplusaulheDtique. Quand il s'agil de consacre]'
Jjes membt'es du nouveau ctei^é conslilutionnel, il fallait
'' trois ëvf quGS pour consommer le sacre. Des deux associés
' del'évèque d'Aulun, l'un au moins, MirouJol, évi^que de
' Oabjlone, hésita jusqu'au dernier moment; l'ayant appris
de Gobel, évéque de Ljdda, Talleyrand se rend chez
l'êvéque de Bahylone et lui l'ait une fausse confidence. Il
lui dit que leur confrère Gobel est lui-même sur le point
1 de les abandonner) que, pour lui, il sail trop à quoi cela
f les expose, que sa résolution est prise, et qu'au lieu de
l risquer d'6lro lapidé par la populace, il aime encore
, mieux se tuer si l'un des deux vient à le lâcher. Et en
même temps, il tournait nonchalamment entre ses doigts
un petit pistolet qu'il avait tiré de sa poche. Ee joujou fit
'son eiïel, une peur chassa l'autre, et les coopérateurs
furent à leur poste. L'évêque d'Autun savail, lui aussi,
jouer, quand il le fallait, du bréviaire du coadjuleur ou
* des burettes de l'alibé illaury.
La proposition de Malhieu de Montmorency ans états
généraui, sur l'abolition des titres de noblesse, avait
donné lieu à des scènes assez comiques. Un genlilUomme
i| de province s'écriait avec une naïveté charmante : « Mais
I sll n'y a pins de gentilshommes, qui donc passera la
'I pourquoi j'ttimeiam H. de Talleyrand? c'est qu'il n'en a pas du
' lout. t PeDdant une iraversâo, son Mlimenl fui capturé par uu
I, inglais qui ne laissait âcliapper aucuns occasion de le molester.
Un Jour, à table, un ofGcier porta uo toast aux Français, et comme
le prisonnier se levait pour satucr,lecapil4iae s'écria brutakiricnl:
* Ce sont tous des polissons, je ne fais pas d'exceptions. » Moijtrun
Be rassit (h>idcmcnt, remplit son verre, ae leva de nouvtaLi, lit
I une révérence au capitaine, el, lui rendant raison: a Je bois «us
e sont lotis des gentlemen, mais Je tais 4fiS QX£A^\.\<t&¥>. "n
^ Augaii, ce s
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chemise au roi? » Un aulre qui avait actieté peu v
baronfiie, dlsail : « Voyez comme c'est désagréable, el surtout pour moi; car enlîn si les barons de France s'étaient mis en cercle, j'aurais eu l'honneur de doaner la main à M. de Montmorency. > Quoi qu'il en soll, l'évêque d'Aulun, ayant rencontré celui-ci le soir même de colle fameuse séance, l'aborda avec ces mots : t Comr meni se porle Malhieu Bouchard? — Bouchard ! maisji m'appelle toujours Monlmorency ; il ne dépend pasdc nÔ) Jei'enier mesiiîeux;carenruije descends du grand table qui contribua si puissamment au gain de la balail 4e Bouvines; je descends du cet aulre connétable [ontmurency qui trouvala mori sur le champ de bali Saint-Denis; je descends... — Oui, oui, mon Hathieu, interrompit l'évêque, et vous êtes le premien votre maison qui ayez mis bas les armes, s II avait, i liaut degré, la morgue du rang et la laissait éclaler, peignant d'un mol celte sorte de gaucherie qui reproche aui parvenus : « On voit qu'il n'y a pas ha^] temps qu'ils marchent sur du parquel
l'une des premières séances de la Constitnautai >mme il s'agissail d'élire le président, Mirabeau pnl U '^rote pour indiquer à ses collègues les conditions ie caraclére, de talent que devait offrir le candidat, •! s'«xpnina de telle sorte qu'il ëtail impossible de ne pu le re^'ounaitre dans le portrail qu'il venait de tracer. « II ue manque qu'un trait à ce que vient de dire M. de Hirtibser<ii Tullevrand, c'est que le président doit et» lo&rqué de la petite vérole'. »
I* nflt* 4# ipitupr a FnMc pendant la Terreur, Il Atill t *» flc^Mon dames de U li«lle son sr^ealcrii,
DE LA RÉVOLUTIOW. 3il
On raconte qne le direcleup Rowbell, dans un accès de colère, jela un encrier à la lêle de Tallejrand, en s'écrianl : s Vil émigré, tu n'as pas le sens plus dmil que le pied. > Mais le malin boiteux prit bientôt sa revanche, car Rewbell, qui touchail, lui ayant demandé commoïK. allaient les choses, il répondit : « De travers, monsieur, comme vous les voyez. »
En 1797, un autre directeur, Larevelli ère-Lé peaux, venait de lire un mémoire sur la théophilanlhropie et les formes qu'il prétendait donner à ce nouveau culte : « Je n'ai qu'une observation à vous faire, dit Talleyrand. Jésus-Christ, pour fonder sa religion, a été erucîlié et est ressuscité; vous devriez iScher d'en faire autant. »
Après avoir contribué à la chute du Directoire, il concourut i concentrer l'autorité entre les mains du premier
que EOD valet de ctiarabre leur avait dlslribuée par pelils paquets. Lorsque, sur ta recommandatioD de Joseph Cbénierel de madame de Slaël, il rentra en France, tous les dépilts furent restitués lidfrlemeal sacs qu'il y manqua une petite cuilier. — Au moment de parlir pour l'Amérique, il averlll son valet de ciiambre, l'iavile Jk bire ses adieux à .sa ramille el à le rejoindre par le premier paigiiebol. i Non, non, réplique Caurliade, vous ne partirez pas seul; je vous suivrai; sduiemenl attendez jusqu'à demain i>uir. — eeU est Impossible: ce retard me perdrait peut-être el M ne paraîtrait pas asse^ lontr ^ votre Tenime. — BabI c'est bien de cela qu'il s'agit 1 s'écrie le (Idèleserviteurtondant en larmes; c'est de celle maudite blanchisseuse qui a emporté toutes vos chemises Unes ei vos cravates de mousseline. Sans elles, mon cher mailre, quelle n^ure rcrei-vous dans ua pays étranger? » A la iln Courilade n'avait plus d'autre emploi que celui de conserualeur des décorations de son mattre. — Talleyrand accordait k ses princlpaui domestiques une coDiiaace eitraordiuaire. Souvent même, des questions importantes, qui eussent été Iraitées avec le plus grand secret dans les bureaux du ministère, furent discutées et résolues sans aurune réserve en présence de son valet de charnbve.
LES CACSEURS consul*. « Lorsr{u'unesoctëlé,peiisail-il,e5timpuissaDtei iréer un gouvernement, il faut que le gouveroement Crée une société. > 11 n'était pas non plus insensible aa |)lai£tr de culbuter le château de cartes mt^taphysique de Sieyès qui niellait partout des ombres, et, selon Teipression même de Bonaparte, prétendait le réduire an rôle d'un cochon à l'engrais. Et comme quelqu'un soutenait qu'après loul Siejès avait un esprit bien profond, Talleyrand répliqua : € Profond! hein? Vous Tookt dire creux! »
II eslime que les conslilutions ne doivent pas tout mais laisser une marge au hasard, à l'extraordinaire, l'x dont il faut dégager l'inconnue. Bonaparte ayant chargé Rœderer de rédiger ses idées pour la conslilulion eisalpine, celui-ci présenta deux projets, l'un 1res court, l'autre très détaillé, et pria Talleyrand de se prononcer pour le premier, disant : « Il faut qu'une constitution soil courte et... » — Il allait ajouter : ciaire. Le ministre lui coupa la parole et repril : « Oui, courte et obscure. »
Ses mots sous l'Empire, sous la Restaurai ion, onl, comme ceux de la Révolution, soutenu l'épreuve du temps, la meilleure pierre de louche qui fût jamais. « Le bon goût, disait-il de Napoléon, est son ennemi personne): s'il le pouvait, il le détruirait à coups de canon, linini par me dégoûter des formes rondes pour lesquel j'oi eu toute ma vie une si grande prédilection. — Pot
1, l'eue luuilÈre d'agir âlail bien conto nue au scepticisme ql
•BklMll itovsnl mi*s Burney: • Pour prendre un parti, Il t&ul dij
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. LA RÉVOLOTIOM.
(jiioi donc? — A cause des boulets de canou. » A un momenl de l'Empire, il pensa que c'était assez de guerres ; o Je ne veux plus être bourreau. » Le mot doit lui êlre compté'.
Beu^not et madame de Rémusal arfirment qu'il se prononça très vivement contre la guerre d'Espagne, mais sa brouille avec l'empereur n'empèchail pas celui-ci de le consulter dans les circonstances graves.
Croyant sans doute le mettre dans l'emharras, l'empereur lui demande comment il est devenu si riche, i Rien n'est plus simple, répondit-il, j'ai acheté beaucoup de rentes la veille du 18 Brumaire et je les ai revendues le lendemain. » Flatterie d'autant plus délicate, qu'elle exprimait une grande vérité. Comme le tiers consolidé avant le 18 Brumaire élait tombé à 7 pour 100, rien de plus aisé pour les initiés que de tripler ou quadrupler leurs capitaux. La spéculation avait eu lieu en effet.
« Quand M, de Talleyrand ne conspire pas, il trafique, » a dit Chateaubriand. Dépensant beaucoup, recevant avec magnificence (il passait pour avoir le meilleur cuisinier de Paris), le diplomate considérait sa haute situation commeune mine d'or, et faisait payer ses complaisances, non en tabatières ou en brillants, suivant l'usaj^e, mais en argent comptant. Napoléon, écrit M, de Gagern, avait connaissance de cet étal de choses et le souifrait.
1. Napoléon preoBil sa revanche en i'appolanl à Sainte-Hêlf ne ; le pIuH vil des tiommes. ■ Il traite ses ennemis comme s'ils devaient flire UD jour ses amis et ses amis comme s'ils devaient être un Jour ses ennemis, a Mns une scène fonnidaiile, Il avait ladié celle grossiârclé: o Tenez, monsieur, vous n'Stcs que de la tn.... dans un l>as de sole. > D'autres attribuent l'espresslon à lord OrBpvilJe, b Unaes, ou Lassalle.
%u LES CÂUsi:rRS
A Ma;ence, îl demanda h un prince : « Combien Tallejrant vous a-t-il coulé? » Il évaluait lui-même à soixante millions ce qu'il pouvait avoir reyu des puissances, et préférait ces aubaines aux spéculations de Bourse. « Ne jouez pas, conseillait-il à un de ses protégés, J'ai toujours joué sur des nouvelles sûres et cela m'a coûté tant de millions'. * Et il disait un chilTre de perte, oubliant sans doute un peu le chiffre des gains.
Sous l'empire, il avait pris en grippe Haret, duc de Bassano, et ne lui épargnait point les épigranimes : c Je ne connais au monde qu'un homme plus bêle que Maret. — El qui donc, monseigneur? — C'est le duc de Bas-, sano. » Lorsqu'arriva le fatal bulletin aanon(;aut le^ désaslre de la campagne de Russie, le prince, en sa qualité de vice-grand-électeur, l'ut mandé aux Tuileries par l'impératrice. On ne connaissait pas les détails, on savait seulement que l'armée entière était détruite, hommes, chevaux, bagages. Sur ces entrefaites, l'impéralrice apprend l'arrivée du duc de Bassano. « Voyez comme oi
1, Quelqu'un venaul lui annoncer uoe billile où il perdait deux milUoQs, il dit avec le plus beau sang-froid : « Hoq pauvre P' voyez-vous, le bon Dieu nous a mis des ycui dans le fronl, al!a ( nous regardions devant nous el Jamais derrière, a tlii spéculateur Indiscret lui demandant si la nouvelle de la mort de George Était exacte, cette nouvelle devant avoir une grande InDuence sur. la Bourse, It répondit de l'atr le plus sérieux: u Les uns disent qua le roi d'Angleterre est mort, les autres disent qu'il n'esl pas mort; pour moi Je ne crois ni les uns ni les aulres ; mais surtout De mo compromettez pas! g (Sur la vénalité de Talieyrand, voy. Salulai Beuve, p. 3ÎH-3Se.) Lord Palmerslon disait que quand TalleyraDd venait le voir pour affaire, il avait presque toujours dans sa
MODiron, alln de lui expédier vile les Indications utiles pon^' agioter.
^ Jouer et
DE LA RÉVOLDTIOH. Î45
exagère, fil Talleyrand, Maret s'esl sauvé et l'on disait que lout le matériel était perdu ! »
C'est lui qui adressa ce compliment ironique au chambellaa d'une princesse, ancien duc el pair, que l'empereur venait de faire comte : t Je vous félicite bien sinc6menl, car il faut espérer qu'à la première promotion, vous serez baron, s
Ne faisail-il pas un retour involontaire sur lui-même, loi'squ'il émettait ce paradoxe : « Pour faire un bon secrétaire d'État a Rome, il faut prendre un mauvais cardinal »? lorsqu'il s'écriait : « Mais quelle latitude énorme! b en entendant Sidney Smith parler de toutes les bassesses dont les prêtres sont capables ? 11 les mesurait sans doute à son aune.
Lorsque M. de Champngny lui succéda comme ministre des affaires élran|;ërcs, Talleyrand lui présenta en ces termes son personnel : <s Monsieur, voici des gens recommandâmes dont vous serez content, (idèles, habiles, e:facls, mais, grâce à mes soins, nullement zélés, » Mouvement de surprise du nouveau ministre. — « Oui, monsieur, continua T.illeyrand, hors quelques petits expéditionnaires, qui font, je pense, leurs enveloppes avec un peu de précipitation, tous ici ont le plus grand calme, et se sont déshabitués de l'e m presse mon l. Quand vous aurez eu à traiter un peu de temps des intérêts de l'Europe avec l'empereur, vous verrez combien il est import tant de ne se point hMer de sceller et d'expédier trop vile ses volonlés. s Et Talleyrand ne manqua pas de régaler l'empereur de cette histoire.
Fouché, ministre de Napoléon, racontait une discussion qu'il avait eue avec Robespierre, au comité de Salu
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