‹ Les cavaliers athéniensChapitre 42 sur 86 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Les Panathénées étaient considérées comme une des plus anciennes fêtes de la Grèce (1); le marbre de Paros (2) en place l'institution 729 ou 730 ans avant la première Olympiade , et l'attribue à Erichthonios. D'après le même témoignage , l'invention du quadrige et la constitution de l'àycbv îtttcixoç se rattacheraient à cette première célébration de la fête. Les Panathénées étaient la grande fête de cette aristocratie chevaleresque qui a si longtemps dominé l'Attique. L'action de cette aristocratie se révèle dans l'organisation même de la fête. Si à Olympie il n'y a eu à l'origine que râycbv Yuptxoç, à Delphes que ràywv (xouatxoç, dans Athènes, au contraire, aux Panathénées il n'y a eu, pendant longtemps, d'autres divertissements que l'àywv itcttixoç. Les fêtes d'Olympie et de Delphes sont des fêtes doriennes , les Panathénées sont une fête ionienne. La différence, dans la composition de la fête, entre le genre de divertissements que chaque peuple avait choisi pour les offrir à la divinité, n'indique pas seulement une différence de goûts entre les deux races qui se sont disputé la Grèce : elle est un précieux indice pour la connaissance de l'état social et politique de l'Attique à une époque très reculée; le seul fait qu'à la fête nationale d'Athènes il n'y avait d'autres jeux que les jeux équestres suffirait pour attester Texistence dans ce pays d'une aristocratie riche et puissante.

Le grand éclat des Panathénées daterait de l'archontat d'Hip-

(1) Paus., YIII, 2, l ; Hom., IL, II, 550. Voir, dans Michaelis, Der Parthenon, p. 318 et suiv., la bibliographie des Panathénées et les textes qui concernent cette fête.

(2) Ligne 17-18 : « BacriXeuovxoç 'Aôrivtov 'EptxQoviou. 'A9' ou 'Epixôovioç Ilava- ÔYjvaiotç Totç TrptoToiç YeVo(j,£voiç àpjxa IÇeu^e xai tov àyiova èôeixvue.» Mûller, Frag. Hist. Gr., I, p. 544 ; conf. les notes de Mûller, p. 562.

pocléidès, c'est-à-dire de l'an 566 ; en tout cas, c'est Pisistrate(l) qui a réorganisé la fête et qui lui a donné toute l'importance qu'elle prit dès lors. Cette réorganisation révèle de la part de ceux qui l'ont opérée l'intention de faire des Panathénées une fête qui pût rivaliser avec celles d'Olympie et de Delphes. Il n'y avait auparavant qu'une fête annuelle avec une seule sorte de jeux; on institue alors la grande fête quinquennale et à l'ày^v ÎTrutxoç on ajoute un àycbv yuptxoç et un àycbv (jiouaixoç. Pisistrate afFec.tait une dévotion particulière pour Athêna; deux fois, il choisit, pour rentrer d'exil et s'emparer du pouvoir, le jour de la fête de la déesse; la dernière fois même, par une supercherie, qui était pour les Athéniens de l'époque d'Hérodote (2) un signe curieux de la naïveté de leurs ancêtres , il s'était représenté comme ramené par la déesse elle-même. Cet incident montre déjà que la dévotion de Pisistrate pour Athêna n'était pas exempte de calculs politiques. Les réformes religieuses tiennent une place considérable dans l'œuvre du tyran (3) ; dans presque toutes ces réformes, on peut saisir la trace de préoccupations politiques ; C'est ainsi qu'il favorise le culte de Dionysos, parce que le dieu est surtout adoré par les laboureurs et les paysans ; par opposition contre l'aristocratie, le tyran favorise un culte populaire. Le culte d' Athêna était le culte national de la cité, mais ràywv îtittixoç donnait à la fête de la déesse un caractère tout aristocratique; les courses de chars étaient le divertissement favori de la noblesse, qui seule était assez riche pour élever des attelages en vue des concours. Pisistrate affecte la plus grande dévotion pour la déesse; il donne le plus grand éclat à la fête qu'on célèbre en son honneur, il en fait une des plus belles fêtes d'Athènes ; mais les changements qu'il opère ont surtout pour but d'atténuer sensiblement le caractère aristocratique de cette solennité. En ajoutant aux Panathénées un àYU)v Yupixoç et un àywv [xoucrtxoç, s'il relève l'éclat de la fête, il diminue en réalité l'importance du concours aristocratique, de l'àycbv kirixo; ; les courses de chars restent le plus brillant, mais non l'unique divertissement des Panathénées ; à côté de ces courses, privilège exclusif de la richesse , des concours de gymnastique et de débit poétique permettent à quiconque n'appartient pas à l'aristo-

(1) Marcellinus, Vie de Thuc, 2 : « *l7C7rox>ei8riç è?' o5 àpxovtoç nava8i^vata èxéÔY). » Scolies d'Aristide, p. 323, de Dindorf : « xà ôà [JLSYcxXa IlÊKyicjTpaToç èirotYjcre. » Mommsen, Heort., p. 8i et 117.

(2) Hcrod., I, 60.

(3) Moinmsen, Heort., p. 80 et suiv. ; Curtius, Uist. Gr., I, 456 et suiv., 402.

cratie de montrer son mérite et de disputer la victoire dans les jeux offerts à Athêna.

Cette réorganisation des Panathénées est une grande date littéraire. Le plus ancien témoignages que nous possédions sur les deux poèmes d'Homère s'y rattache; l'àywv (xouctxoç institué par Pisistrate comprenait des concours de rhapsodes récitant les deux poèmes (I). Ce concours reçut quelques modifications d'Hipparque , le fils de Pisistrate , et c'est ainsi que Platon (2) a pu dire que ce concours des rhapsodes récitant les œuvres d'Homère fut institué par le fils du tyran. A cette époque , le [xouatxb; àywv ne comprenait que cette récitation ; Périclès, ayant été élu athlothète, ajouta à la fête des concours de flûte , de cithare et de chant (3) ; c'est pour l'àytov [xouawoç ainsi constitué qu'il fit construire rOdéon.

Inscription 965 , valeur des prix des concours des Panathénées.

Nous possédons six inscriptions qui , selon toute probabilité , se rattachent toutes aux jeux des Panathénées; elles comprennent les numéros 965-970 de la deuxième partie du tome II du Corpus Inscriptionum Atticarum.

La première de ces six inscriptions est la plus ancienne ; elle appartient à la première partie du quatrième siècle ; elle est importante aussi en ce qu'elle ne contient pas, comme les autres , un catalogue des vainqueurs pour les jeux de telle année, mais une liste des différents prix avec l'indication de leur valeur. L'inscription comprend deux fragments qui avaient été édités séparément par Rangabé (4), et que M. U. Kôhler a très justement

(1) Cf. Al. Pierron, dans l'introduction de son édition de l'Iliade, p. 1 et suiv.

(2) Hipparch., p. 228, B.; cf. Xén., Banquet, III, 6.

(3) Plutarq., Pér., XIII, 5 : ««ï>tXoTi[ji,oij[xsvo; ô' ô nspixXyjç tots upwTov è^ri^i(7aLX0 tJL0U(7txîjç àywva xotç ITavaGrivaioiç àyeaQai xat SiÉTa^ev aÙTo; à6>,o6sTr)ç alpeSei;; xa- 86tc xP'^ ioxx; àYwvi2Jo[j,évouç aùXsîv ^ aôetv r] xiÔapiî^etv. 'EôewvTO ôè xai loxe xai tôv àXXov xpovov èv 'OiSeiw xoùç (xouaixoùç àytôvaç. » On donne comme date l'Olympiade 83,3 (446/5), d'après le scoliaste d'Aristophane {Nuées, 971), en corrigeant èni Ka»io\j àpyovTo; par ènl KaXki\iàxo\> àpx- (0. Millier, Littér. grecque, III, p. 117, note 1, chap. XXX; Mommsen , lléort., p. 139). C'est par erreur que M. Bouché-Leclercq {Atlas pour l'Hist. Gr., p, 59, note) indique l'année 438; la confusion vient de la page 646 du tome II. E. Hiller {Die Athenischen Odeen und der npoaywv , Hermès, VII, p. 393-406) nie l'existence d'unOdéon antérieur à celui de Périclès.

(4) Antiq. hell. , n"' 960 et 961 ; Rangabé disait cependant déjà, à propos de ce dernier texte (t. II, p. 673) : « S'il ne faisait pas partie de l'inscription précédente, il est à peu près de la même époque. »

réunis. La réunion de ces deux fragments soulève déjà une question, dont nous devons dire quelques mots, sur l'ordre des concours. Gomment se succédaient-ils? Un point peut être considéré comme certain, c'est que les jeux gymniques précédaient les jeux équestres ; cet ordre est invariablement indiqué par les cinq catalogues que nous possédons (C. I. A., Il, 966-970); il est encore observé dans le second fragment de l'inscription 965. La difficulté consiste donc seulement à connaître la place de l'àyàv (xou- (jtxoç. Précédait-il les autres concours? Sauppe, A. Momrasen (1), Gurtius (2), Kôhler (3), se sont prononcés pour l'affirmative, et , en effet, si nous n'avons pas sur ce point de texte bien précis (4), tout rend probable cette opinion. Gomme le dit Sauppe (5), puisque riTTTTixoç àytov était primitivement le seul concours de la fête , ceux qui voulaient instituer de nouveaux concours ne pouvaient les placer après les jeux équestres; car, la fête étant déjà réglée , le temps , après les jeux équestres , était pris pour d'autres divertissemmits ou d'autres cérémonies ; on ne pouvait disposer que du temps qui précédait.

L'inscription 965, nous l'avons dit, contient une liste des prix avec l'indication de la valeur de chacun d'eux. Il y avait très probablement pour les jeux de toutes les fêtes d'Athènes, une partie fixe , une série d'exercices réglementaires qu'on peut considérer comme formant le programme régulier de chacune de ces fêtes. Ce programme est toujours allé en augmentant; il faisait l'objet d'un décret du peuple; les décrets relatifs aux Théséia portent que les prix ont été établis par l'agonothète , d'après les décrets du peuple (6) ; c'est probablement un décret de ce genre , fixant le nombre des concours et les prix qui leur étaient accordés , que

(1) lieortolog., p. 204 et passim, dans le chapitre sur les Panathénées, 116-205.

(2) Hist. Gr., T, 645.

(3) D'après la disposition donnée aux deux fragments de l'inscription. Schômann, Gr. Alt., II, 467 et suiv. n'indique pas d'ordre.

(4) On peut voir une indication dans le passage déjà cité de Pollux sur les athlothètes (VIII, 93) : « ... ïtzI tio Staôetvai xà IlavaÔYivaia, xov le [jLoucrixàv xal ràv yufxvixov xal xriv luTvoôpofjLiav. » Si, dans la Paix d'Aristophane, v. 899, il y a une allusion aux Panathénées , on aurait là une preuve nouvelle que l'hippodromie avait lieu après les jeux gymniques.

(5) Comm. de insc. Pan. , p. 7 : « Cum igitur dies feriarum postremus proferri non posset, ii, qui certaminum numerum augere vellent, nova post vetera addere non poterant , sed ea diebus , qui ante vetera essent , institui necesse fuit. »

(6) C. I. A., 444, 1. 9 : a "EOtjxsv ôè xai àOXa xoXç àYtovKrafxsvoiç auouô^ç oùôàv eXXeiTtwv xaxà xà £<|»Y]cpt(7(x£va xoO 8t^(xov). » De même, 445, 1. 5 ; 446, l. 8.

nous possédons dans le catalogue 965. Les prix de ràywv (jlou<7i>coç ont cela de particulier que la valeur en est indiquée en drachmes ; ainsi, pour ceux qui chantent accompagnés de la cithare, le premier prix, en y comprenant la couronne, est de 1 ,500 drachmes (1), le second est de 1,200, le troisième de 600, le quatrième de 400, le cinquième de 300 ; pour ceux qui chantent accompagnés par la flûte, le premier prix est de 300 drachmes, le second est de 100; pour les joueurs de cithare, le premier prix, avec la couronne, est de 800 drachmes, le troisième est de 100; la lecture du chiffre des drachmes pour le second prix est incertaine.

Pour les àyôûveç yuiLviy.6<; et iiTTiaoç , les prix étaient un certain nombre de ces amphores si connues sous le nom d'amphores panathénaïques : « Ces vases, qui étaient donnés en prix aux vain- » queurs des Panathénées , présentent des caractères très parti- » culiers; ils ont la forme d'une amphore surmontée d'un T> couvercle. La peinture qui décore le devant de la panse montre » Athena armée, brandissant la lance dans lattitude du combat; » de chaque côté de la déesse est figurée une colonne, surmontée » d'un coq,^ d'une chouette, d'un vase ou d'un personnage. Dans » le champ, et tracées le long des colonnes , on lit deux inscrip- » tiens au pinceau ; l'une rappelle la destination du vase : TON '^ A0HNH0EN AGAON (prix des jeux d'Athènes) (2); l'autre si- » gnale l'archonte éponymequi était alors en charge. La peinture » du revers représente habituellement le genre de jeux pour le- » quel le vainqueur a été couronné. Ces vases se trouvent en » grand nombre dans les musées , et proviennent des différents » points du monde grec, comme l'Italie, la Cyrénaïque : Athènes » n'en avait fourni qu'un exemplaire jusqu'à ces dernières années. » On connaît maintenant plusieurs fragments d'amphores panais théoaïques, trouvées à Athènes, près du temple d'Athêna Polias : » les vases avaient sans doute été consacrés à la déesse. On sait » déjà que, pour ce genre de vases, la peinture noire n'est pas un » indice d'ancienneté ; si le style archaïque s'y est conservé, c'est » par tradition, car on y a lu des noms d'archontes qui étaient » en fonctions au quatrième siècle, alors que l'art était déjà bien » loin de l'archaïsme naïf des anciens temps (3). »

(1) Sur ces prix, voir Bœckh, Staats., I, 299.

(2) « Sur les plus anciens vases, l'inscription oflfre les particularités de l'an- » cienne orthographe attique : tov 'AOéveOev àôXov. »

(3) M. Collignon, Manuel d'arch. gr., p. 288 et suiv. Fragments de vases panathénaïques trouvés sur l'Acropole, par J. Martha, dans le Bulletin de corr. hell., I, p. 173.

On sait que ces vases étaient remplis de l'huile de ces oliviers sacrés qu'on appelait [xopcai (1). D'après Otto Jahn (2), suivi par Sauppe (3) , ce n'était pas tant l'amphore elle-même que l'huile qu'elle contenait qui faisais la valeur des prix ; l'exportation de l'huile était soumise à certaines mesures prohibitives (4), les vainqueurs aux Panathénées avaient le privilège de la libre exportation (5) ; c'est là aussi ce qui expliquerait la grande quantité de vases panathénaïques trouvés en dehors de l'Attique (6).

Dans le yopabç àywv, les divers prix sont en général delà même valeur, les premiers sont de 40 ou de 30 amphores ; un seul (7) est de 50, un autre peut-être (8) est de 50; les seconds prix sont de 6, 8, 10 ou 12 amphores. Dans râyo^v îtcttixoç, au contraire, l'écart est souvent considérable entre les divers prix : le vainqueur tTticw xeXyiti ne reçoit que 16 amphores, le vainqueur ^suyst 7ro[xirtx(j) n'en reçoit même que quatre, tandis que le vainqueur itttcwv ^euyei àSYicpocYt}) en reçoit 140. Nous reproduisons la partie de l'inscription qui concerne l'àywv ÎTririxoç :

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