BÊCHE
es sont
certes trouve uteurs ‘eption na vie, le mes el dé.
cide les mariages, il est naturel que
les âmes charitables s'occupent sé-
rieusemert d'empêcher ceux qui pourraient avoir de funestes conséquences. Pour la même raison, elles doivent favoriser ceux gue le monde égoïste peut trouver mal assortis, et qui sont, avant tout, l'union de deux âmes prédestinées. Une de mes bonnes amies, Mademoiselle Alice Bourdonnais, est à la veille de contracter un mariage dont je n’augure rien de bon. Je lui écris à ce sujet et je serais bien aise de voir l'affaire manquée. Les gens frivoles et malintentionnés pourront dire que c’est, de ma part, une tentative inspirée par l’amour-propre déçu.
Il n’en esi rien. Et d’abord si mon amout-propre a été froissé, ne le dois-je pas à mon inexpérience et à l’insigne perversité des hommes ?
En outre, je puis enccre, à mon âge, voir bientôt cet affront réparé; je
36 MISS PIMBECHE.
n'ai pas malheureusement la vocation religieuse et je sens que je ferais une bonne femme de ménage... cest peutêtre une pré somption de ma part... Mais enfin :
«Les mariages sont écrits dans les cieux »...... !
«J'ai écrit à mon amie Alice la lettre suivante :
€6 MA CHÈRE AMIE.—Le monde qui est toujours au courant des négociations amoureuses, dit et répète que tu vas bientôt épouser Monsieur Séraphin Bonaban. Je ne doute pas que ton Monsieur Séraphin ne so t u1 ange détaché des tribus célestes et que le ciel favorable a dépèché vers toi pour t’aider à faire le voyage de la vie. C’est sans doute ainsi que tu le considères, et tu as toujours eté parfaitement digne d’une telle faveur. Permets toutefois à la sincère amitié, qui nous unit epuis plusieurs années, de te soumettre quelques observations sur cette grande affaire.
Tu étais encore enfant que M. Séraphin faisait
1 J’ai souvent entendu cet éloge adressé à des demoiselles Canadiennes, A mon avis, il en vaut bien d’autres.
Et
Le
à VOCAque je le mé- 1e pré enfin :
ans les
lice la
est toupureuses, Monsieur que ton taché des dépêché de la vie. res, et tu une telle ‘e amitié, le te soue grande
hin faisait
1886 à des ris, il en
parler de lui. Le bruit de ses exploits parvint alors jusqu'en mon humble retraite; de plus, j'ai souvent eu occasion de juger par moi même celui que tu as choisi pour époux, Ce que le vais l’apprendre ne doit point t’eflrayer ni changer tes sentiments, Si Dieu n’a jamais voulu la mort du Pévheur, les femmes doivent aussi pardonner et oublier, surtout quand e'les
aiment, car, tu le sais, “amour est un sacrilice,’
Ilyasix ans, M. Séraphin jurait un amour éternel à cette pauvre Adelina que nous avons Vue mourir il ya bientôt troisans, M. Sérapkin était un beau Jeune homme, charmant cavalier, ‘imant tous les plaisirs et. ... (te le dirai-je ?) toutes les jolies femmes.
Un jour, il interrompit les visites qu’il faisait assidüment à notre amie, . et, depuis lors, il ne l’a pas revue,
La famille 4’Adelina se trouva d’abord fort oflensée de ce changement. Mais, après avoir pris des informations, elle acquit la certitude que son enfant chérie était loin de perdre un trésor. M. Séraphin était alors un joueur eflrené, partant três-égoiste, et d’une conduite peu exemplaire. Sa fortune três-ébréchee par ses folles dépenses ne lui laissait qu’un petit avoir insuffisant à ses #oüts dispendieux. Tout cela fut dit à notre nie, mais la pauvre enfant avait voué, paraitil, son existence à ce joli masque. M. Séraphin s’est tin peu réformé depuis ce temps ; il est entré
28 MISS PIMBÈCHE.
dans les aflaires, a refait sa fortune et semble plus posé. Mais les spéculations commerciales ont-elles changé son cœur?—J’en doute, ma chère amie, et cette pensée m’effraie !
Quant à notre Adelina, elle devint triste et mélancolique ; sa santé déjà faible s’altéra conconsidérablement ;. . . . tu sais le reste !
Je pourrais encore te faire l’histoire des relations de ton Séraphin avec deux ou trois autres jeunes personnes. Mais jen ai dit assez; à toi de juger avant de prendre un engagement serieux”?
Ton amie dévouee,
Polices
Page 60.—...….. «Alice est venue me voir aussitôt après réception de cette lettre, Son père, à qui je n'avais pas manqué de signaler les an-
técédents de M. Séraphin, à fait à
sa fille une sérieuse admonition au sujet du mariage projeté. ne veut pas entendre parler de M. Séraphin pour gendre, et refuse de donnerson consentement. La pauvre enfant est désolée, car elle aime à la folie ce
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diable de Séraphin. Je lui ai parlé en véritable amie, tâchant de la consoler par toutes les bonnes raisons que mon expérience personnelle à pu me suggérer. Tiens, ma chère amie, lui disais-je, je vais te faire en quelques mots le portrait de ton Séraphin et de plusieurs autres qui lui ressemblent :
« Age, 35 ans; physique agréable ; toujours satisfait de lui-même etsaisi ssanttoutes les occasions de le faire voir. Recherchant, de temps à autre, une jeune personne de la meilleure société, non par amour, mais pour qu'on dise : ‘“ il est bien accueilli par Mademoiselle X......” Aimant, pardessus tout, sa personne, ses amis de plaisir, son club, ses chevaux et ses chiens. Incapable d'éprouver une amitié sincère et désintéressée ; ne goûtant point les plaisirs de la famille. Destiné à vivre
Fe
40 MISS PIMBÊCHF.
‘à mourir vieux garcon ou à faire le malheur de celle qu’il épousera, car, même marié, il ne renoncera pas à ses habitudes d'aujourd'hui.
Monsieur s’'amusera au club ou ailleurs, Madame « restera seule à la RAISON Net crirrde
«Ensuite, je signalai individuelle.
ment à Alice plusieurs autres “ Dandys” du genre Séraphin. La pauvre enfant à pris les hommes en horreur, je crois qu’elle se fera relivielise...……, J’envie son sort!»
Page 71—...... « M. Séraphin n’a point jugé à propos de faire une maladie parcequ'il est obligé de renoncer à Alice. Il ne s’en porte que mieux. Ilest de tous les bals et de toutes les fêtes. On disait dernièrement qu’il avait l'intention d'entrer dans la politique. Sa fortune et ses talents lui promettent un bel avenir»
Page 73,—....., «M. Séraphin est
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à faire UISETA, ncera rd’hui.
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MISS PIMBÈCHE. 41
membre du parlement... Il paraît même qu’on lui offre un portefeuille dans le nouveau ministère. On le rencontre dans les meilleurs salons.
J'ai dansé plusieurs fois avec lui.
L'autre jour, dans la conversation, J'ai fait une légère allusion à Alice.
— Ne m'en parlez pas, nr'a-til ré- Re Jai bien souffert..…...…, c’est a faute des parents !
— Ce n’est pas ce qu’on dit.
— Alors on me calomnie, je pour rais, au besoin, vous en donner les preuves.
— Je n'ai aucun droit, monsieur, à une pareille confiance de votre part....Mais, si tel est le cas, il serait permis de vous plaindre... Votre ancienne amie, qui était aussi la mienne, à trouvé la meilleure des consolations, elle est religieuse...
Mais vous ?.........
42 MISS PIMBÈCHE.
Il y eut un moment de silence.
Tout-à-coup il me dit à voix basse :
— Vous êtes charmante Dansez-vous les Lanciers ? !
Et nous fûmes bientôt emportés dans le tourbillon de la danse.
Gette conversation avait duré trop longtemps, il faut le croire, car les mauvaises langues me marient déjà avec M. Séraphin.»
Page 73—.., « C'est à ne pas y croire !... {il a demandé ma main !…...
Lui!! Que faire ?.... Oh! je vais l'éprouver au moins pendant un an !
Ce doit être agréable d’être la lemme d’un ministre... ! Après tout, il est très-franc, il reconnait ses torts et je me sens presque disposée à lui pardonner»
1 Que ne se dit-on pas, à voix basse, dans les buls ?
torts à lui
, dans
Page 80.—... «Deux grands mois se sont écoulés, il est toujours constant.…; l’époque du mariage est fixée.
Me voilà grande dame! Alice n’en saura rien, au fond du couvent où
elle est retirée... Mais Charlotte, l'horrible Charlotte !.… Elle en fera '
une maladie. Je ferme mon «Journal intime», et je ne tiendrai plus que le Journal des dépenses de ma riche maison. »
CONCEUSION.
Voilà une singulière histoire, me dis-je, en achevant la lecture de ce «Journal»... Mais quelle en est la
conclusion... ? Mon vieil ami me le dira.
Le lendemain je causais avec lui.
— Et qu'estil advenu de ce mà riage ?
— C'est une triste affaire, me réponditl, mais puisque vous semblez y prendre intérêt, je vous la raconterai en quelques mots.
— Votre ancienne amie semble | avoir conclu ce mariage avec une précipitation étrange et les yeux
à | fermés.
{| — C'est vrai. et ce fut un résultat 14 . £ .
| logique de la trop grande indul-
gence que lui témoigna toujours sa mère, J'ai tres-bien connu cette pauvre Emmelina...(cétaitson nom.} Elle est morte aujourd'hui, morte après dix ans d’un ménage malheureux. À une certaine époque, je l'aurais aimée sincèrement ; nous avions êté élevés ensemble, ou, plutôt, je l'avais vue grandir, car j'étais son ainé d’une douzaine d'années.
Je ressentais pour elle une véritable
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MISS PIMBÈCHE. 45
affection... mais, sans me dédai gner, elle appréciait fort peu mes sentiments. Elle avait pris l'habi.
tude d'admirer la jeunesse dorée, Vous avez dû voir, par ses écrits.
‘w'elle jugeait bien la classe d'hom.
mes à laquelle appartenait son mari.
Mais l'orgueil l'emporta. Elle voulut primer dans la société, elle atteignit ce butau prix de son bonheur. Pendant les premières années de son ma riage, elle s’étourdit par le bruit des plaisirs. Sa maison était le rendez.
vous de tous les dandys des deux sexes... Elle donnait les fêtes les plus magnifiques ; son mari y trouvait son compte, car il fut toujours etilest encore ambitieux. Or on se fatigue de ce genre de vie : elle tomba malade au bout de trois ans de joies vides et turbulentes. Le cercle de ses relations une fois restreint, M. Séraphin retourna à ses aneiens amis. Il redevint vieux
garçon, et vécut en conséquence.
Émmelina pleurait en silence. Elle w’avait point d'enfants pour se consoler.. Elle s'éteignit lentement.—
Trois jours avant sa mortelle me fit demander.
— Tenez, dit-elle, en me remettant ce volume, gardez ces pages en souvenir de moi. Et, lorsqu'une de vos filles devra se marier, veuillez, par amitié pour elle, et pour le bien de mon âme, lui en lire quelques passages. Elle y verra, bien qu'en dise le monde, que les mariages auxquels président la Vanité et l’Intérêt sont rarement, je dirai même ne sont jamais heureux !