SECONDE PARTIE
L’amour est un état de guerre, c’est pour cela que tous les termes en sont militaires :; vaincu, vainqueur, chaîne, conquête, etc., etc,.—(M. Due BUCQ.)
— Eh bien! que pensez-vous de Miss Pimbêche ? me demandait, à
quelques jours de là, mon vieil ami.
— Je pense, lui répondis-je, que c'était une coquette achevée, peu sensible, pour ne pas dire tout-à-fait sans cœur, très-orgueilleuse et, bien que douée d’un esprit agréable, totalement dépourvue de sens commun,
—Et voilà comment, jeune homme impitoyable, vous jugez une pauvre femme que le monde, par sa mé.
chanceté, a lancée dans une mauvaise voie, mais que le ciel avait
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créé, bonne, indulgente, sensible et dévouée !
— Je suis fâché de ne point partager votre opinion, mais je n'ai pas trouvé même le germe de toutes ces qualités dans les notes que vous avez bien voulu me communiquer ; j'y ai vu de l'aigreur, un désir impitoyable de vengeance, enfin, un égoisme parfait, si je comprends bien la valeur de ce mot.
__ Dites moi, si vous aviez été traité par une femme comme celie pauvre Pimbèche la été par l'officier du 4... de ligne, auriez-vous aujourd'hui lâme bien disposée à la bienveillance ?
— Non, peut-être, mais je me contenterais de mépriser, d'abord, puis d'oublier la personne qui m'aurait trompé, et je ne songerais point à me venger sur des innocents d'un malheur qui n’atteint que moi.
— Fort bien, mais yous oubliez une distinction importante: vous êtes homme, mon cher; vous êtes jeune et, partant, courageux ; si on vous inflige une insulte, vous avez mille moyens de vous en venger. Mais que reste-til à une femme ?
La déception et les pleurs.
— Miss Pimbèêche nous dit qu’elle a pleuré pendant quinze jours.
L'orage passé, elle s’est levée furieuse, et elle veut s'occuper maintenant à défaire des mariages...
Voilà un beau rôle pour une jeune personne de vingt-trois ans !
— Vous le pardonneriez à une jeunesse * de cinquante ans, je suppose ?
— Peut-être, car une femme de 1. Expression canadienne qui est parfaite-
ment française, et, comme le mot cavadier, consacrée par l’usage, au Canada. >
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cet âge n'a pas toujours d'intérêt per.
sonnel à se mêler de négociations amoureuses, et je suis porté à croire que votre ancienne amie ne voulait faire ce petitmanège qu'à son profit,
— Je vous trouve indulgent pour les Colin-Tampon du sexe féminin.
Il suffit, pour les excuser à vos yeux, qu'elles aient atteint un certain âge... Mais vous ne sauriez pardonner ce travers dans une jeune personne ?
— Je ne le pardonnerais pas.
—Eh bien! mon jeune ami, per.
mettez moi de vous présenter mes compliments ; vous parlez comme un livre, et, je suis forcé de l'avouer, l'expérience et la logique des faits vous donnent raison dans bien des cas. Lisez la suite de ce Journal...
faites en des extraits, si cela vous sourit; quand vous aurez terminé votre travail, Monsieur Auguste
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MISS PIMBÈCHE. 38
Dickson,...... car c’est moi qu'elle désigne ainsi, vous racontera, en peu de mots, la fin de l’histoire malheureusement trop véridique de Miss Pimbêche Caquet, comme vous l'avez si bien baptisée.
Le ton un peu ironique dont ces dernières paroles avaient été prononcées, ne manqua pas de n’intriguer et J'étais fort impatient de connaître la fin de ce roman de la vie réelle. En rentrant chez moi, je parcourus avidement la fin du «Journal» de Miss Pimbèche. Cette partie était plus décousue...… On y voyait l’auteur en proie à une sorte d’agitation fébrile, cherchant des consolations dans le tourbillon du monde, flattant ceux qu’elle avait dénigrés et oubliant, ou du moins refoulant dans un coin stérile de son Cœur, toutes ses premières affections. Après cette lecture, je commençai à mettre unc partie des torts
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sur la société. D'accord avec «l'Ancien Canadien », je blâmai, en moi-même, la facilité avec laquelle on laisse nos jeunes personnes se créer des relations qui doivent souvent leur coûter bien des larmes et compromettre leur avenir. En un mot, sans excuser Miss Pimbèche, je commençai à la plaindre un peu.
Voici ce qui me parut le plus saillant dans ce brouillon écrit à la hâte et d’une main agitée :
LE JOURNAL» DE Miss PIMBÉCHE.
(Suite et fin.)
age 57.—..... « Les mariages sont écrits dans les cieux» Voilà certes une belle pensée que je trouve ce matin dans un de mes auteurs favoris. Depuis la cruelle déception qui est venue empoisonner ma vie, je lis beaucoup, c’est une de mes grandes consolations. Si le ciel dé.
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