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Les célébrites du jour 18601861

-5f jÆÎ i nous |» nivions oublier un instant que la courtoisie et la mor-'vi- ' V : yJ\ itération «lu langage, la plus sévère impartialité, sont de devoir \ v strict pour 1 écrivain <pii se respecte, nous nous le rappcllerioux

£ en prenant la plume pour écrire la biographie de Pie IX au milieu des circonstance diriiciles où la Papauté est placée. Ces w circonstances oui été provoquées, il est vrai, par oeux-lft même

<|ui en soutlrenl le plus aujourd'hui; Pie IX a été entraîné, plus (J, If’S 'in'il ^ftarail voulu peut-être, dans line voie fatale, dans un s>stènrf <!é résistances opini.Ures et aveugles; la eour de Home enlin Sfy recueille aujourd'hui ce qu elle a semé, mais ee n'est pas une raison ■ pour que nous nous laissions, à noire leur, entraîner par une passion que nous 'unions i onfenir an contraire.

Nous parlerons du Pape actuel comme si. depuis longtemps, la mort avait livré son nom it l'liis(oire. connue si les déliais ardents, les irritations que le clergé entretient et euvetiime avec plus de lèle que de prudence, étaient déjà loin de nous, séparés par d'autres général ions et d'autres événements.

PIE IX

Jean-Marie Maslaï-Ferretli naquit A Sinigaglia, le 13 mai 1702, dans une • famille dont la noblesse remonte an XIII* siècle. Son pire, le romle Jérôme Maslai-Ferrclti. ('lait gnnfalonuier de Sinigaglia. Sou oncle, Andréa Maslal, élail évêque de Pesant. lai comtesse Maslai, sa mère, uue douce et pieuse femme, l'éleva clirélieimemeut et temlrement. Klle surveilla son inslniction avec une sollicitude érUrée.

L'enfant grandit et entra au collège de Vollerra, où scs idées, se développant, prirent une tournure littérale <pti étonna fort ses maîtres. Ainsi, il admirait Iris-haut Savnnamle. le moine éloipieut et hardi qui fut un des plus ardents adversaires de la Papauté et ipti mourut en martyr sur le hériter de l’inquisition.

Il (il tle lionnes éludes et sa vocation l'entraînait vers l’état militaire; il entra dans les gardes-nobles, mais la faiblesse de sa santé ne lui permit pas d’y rester; ou a prétendu qu'il avait été sujet à des attaipies d’épilepsie et que ce motif le détourna de la carrière qu’il avait embrassée. O fut aussitôt après sa sortie des gardes-nobles qu'il suivit les cours de théologie a Home, sous la direction tle l'abbé (iraziosi, pour se mettre en mesure d'embrasser la carrière ecclésiastique.

Il Tut ordonné prêtre, et ce qui donnerait lieu de croire que l'église fit en sa faveur une exception ; qu’il avait été sujet, sinon il des accès d'épilepsie, au moins it une maladie nerveuse assez grave, c'est qu'il ne fut autorisé à dire la messe dalxird qu'en particulier" et avec un assistant. Ce fut en 1810 seulement, le jour de Piques, qu'jj célébra la messe en public; sa santé s'était améliorée et il ne fut pins sujet au mal nerveux, dont il était aftligé, qu'il de longs intervalles.

Avant sou ordination il avait prêché la mission il Sinigaglia avec Me Odrscalclii. qui, depuis, a été élevé au cardinalat. Dès qu'il fut prêtre, il se voua aux soins, à l'instruction des orphelins pauvres. Il existe h Rome un hospice spécialement destiné il ees pauvres petits êtres, l'hospice du Tata Giovanni. Le jeune .Maslal y entra; il y introduisit quelques améliorations, il y développa l'enseignement professionnel. On montre aujourd'hui aux visiteurs l'humble cellule que. pendant sept ans, il a habitée, entouré de ses enfants d'adoption qui l'aimaient temlrement.

•Sa famille élail trop inllucnlc, il portait un trop grand nom et son mérite d'ailleurs était trop réel, pour qu'un ne se préoccupé! point de son avenir et de sa position. Les obscures et apostoliques fonctions du Tata Giovanni ne pouvaient le conduire aux dignités ecclésiastiques. On lui offrit divprses missions; il refusa longtemps, puis il accepta relie qui lui paraissait la plus difficile et la plus périlleuse. Il si* rendit au Chili, en 182.1, avec le titre de secrétaire de la •Nonciature.

Il s’v lit remarquer par d’aimables qualités d'abord, puis par un dévouement sans bornes lorsque l'épidémie de la lièvre jaune s'y déelnra avec une violence inouïe. Les fonctionnaires, les prêtres eux-mêmes fuyaient la capitale où le mal sévissait avec le plus de rigueur, donnant ainsi le déplorable exemple de cette scandaleuse lâcheté que. le Cardinal-Archevêque de Lisbonne devait montrer plus tard en présence du choléra. -M estai restait son poste, consolant, évangélisant, secourant les malades.

Sa belle et courageuse conduite fut signalée, et eu I 825 il fut nommé chanoine, chargé de la direction de l'hospice de .Saint-Michel, puis admis dans la prélalure.

Léon XII lui confia, en 1827, l'évêché de Spolfcte où il donna îles preuves d'une piété éclairée' et tolérante. On raconte, que lors do l'insurrection des Komagucs. dans laquelle le frère de l'Empereur Napoléon III succomba bravement pour la cause de l’indé|>endauco italienne, on lui porta une liste de personnes gravement compromises et qu'il la brilla sans la lire.

il fui nommé archevêque d'Imoia en 1832 et proclamé Cardinal dans le consistoire du 14 décembre 183!).

Le Pape mourut et le conclave s'assembla le dimanche 14 juin 1846. Le Cardinal Mastaï quitta son diocèse pour s'y rendre. Kn traversant Kossomhrone une colombe vint s'abattre sur sa voiture; on la chasse, elle revient. Pour des paysans romains, c'était presqu’un miracle; un érudit do l'endroit fait remarquer que, dans une circonstance analogue, on a vu une colombe se percher aussi sur la voiture de nous ne savons quel cardinal et que ce cardinal fut élu par 1e conclave. Et le peuple aussitôt entoura Mastaï en criant it tue-této : Emeu'. Ertiim ! Ecro il Pu/iti !

Ce fut sous ces auspices que le cardinal arriva à Home et alla s'enfermer avec ses collègues au nombre île 84. Nous nous éloignerions de notre sujet, si nous racontions ici quelles iutrigues politiques et cléricales précèdent l’élection d'un Pape. Le Saint-Esprit n'y est certainement pour rien. Hâtons-nous de dire que la randidature de Mastaï fut proposée par le cardinal-prinre Allieri et que, dès le premier tour de scrutin, elle rallia plus de voix qu’aucune autre; au second tour il fui élu â la majorité de 30 voix contre 18. Lui-même, en qualité de scrutateur, avait dépouillé ie vote et lu un il un les bulletins qui l'appelaient au suprême pontificat. Qu’on juge de son émotion !

Ij* cardinal Macclii, sous-doyen du Sacré-Collége, s'approcha rcsperluensoment alors do l’élu et lui demanda s'il acceptait la tiare : « Je me soumets avec amour à la volonté de Dieu. rê|Muidit Mastaï. et je prends le nom de Pie, IX. » La colombe ne s'était pas trompée.

Le préfet des cérémonies, monseigneur de Ligne, remplissant les fonctions de notaire du Siège apostolique, passa l’acte authentique de l'élection et de l'acceptation. Les cardinaux niario-Sfor7.net Bernetti accompagnèrent le nouveau Pape dans la sacristie où il revêtit les hahits pontificaux; ils le conduisirent ensuite à la chapelle du ijuirinal où il rei;ut la première obédience îles cardinaux et passa à son doigt l'anneau du Pécheur.

Le lendemain Rome était dans l’allégresse, les cloches sonnaient à toute volée, les pacifiques canons du fort Saint-Ange tonnaient de leur mieux, et du haut du Quirinal le cardinal Riarin-Sfora annonça au peuple l’élection du Pape dans la formule habituelle : « Anmmtio tu bis ymu/inui mntjmnn : Pu/tiwi babemus Eimnmtmimnm ac Rev-ermulissinnon Dominion Joannem - Mariant - Mastaï - Kf.riiktti, jirtibytermn cartlnia/em gui xibi imiieii impusnil Pins N omis.

Le peuple était loin de s'attendre à cette élection; il n'avait entendu parler que de la candidature du cardinal Laiuliriiseluni dont les trndances réactionnaires ou, pour mieux dire, autrichiennes, étaient bien connues, et de celle du cardinal fiiz/i qui avait manifesté à une certaine époque des velléités lil>érah>s. L’élection de l’archevêque dlmola, exact observateur de la résilience épiscopale et qu'on n'avait plus vu à Rome depuis que ses fondions l’eu avaient éloigné, causa une vive et agréable surprise. Pie IX parut au balcon et bénit le peuple en pleurant. Il fut couronné dans la basilique de Saint-Pierre le J I juin I8 ifi.

la» premiers actes du nouveau Pape furent significatifs. Il autorisa le professeur Orioli, ministre de l'instruction publique sous le gouvernement révolutionnaire de 18.11, à rentrer dans les États pontificaux; il renvoya sa garde suisse; il accorda une amnistie partielle, et cnlin il se rendit à pied a l'église des JVa nnet-Sn/imiouiex, ce qui n 'était point arrivé depuis le pape fiaiigaiielli et ce qui charma le peuple. Décidément, dit- 011 , le Pape est libéral.

Pie IX lie s'eu tint pas là ; il lit établir piès de. sou {valais une Imite aux lettres dont il avait seul la clé, afin de connaître les plaintes et les réclamations de ceux qui lie pouvaient l'aborder.

L'nmliassadeiir du Piémont près la Cour de Rome , le comte Rraglia. passait pour un réactionnaire et mi ami de l'Autriche ; le pape, cédant h l'opinion, demanda et obtiut le rappel de l'ambassadeur. Pie IX s'attaque aux vieux alms; un des plus criants consistait à donner à certains prélats

PIE IX

dits del ftocehetto (du nœud) 1e privilège de ne pouvoir être révoqués do leurs fondions sans être promus au cardinalat: ainsi do liants dignitaires, tels que le trésorier général , le majordome du palais , le gouverneur de Rome, etc,, étaient prélats lie/ fiiMvhcllo, et quels que fussent Ion ris désordres ils ue pouvaient êtrivs destitués do leurs fonctions qu’eu recevant le chapeau do cardinal eu échange. Pie IX remit eu vigueur une huile do Martin IV qui aladissait le monstrueux privilège du fiocc/tello. Mais ce ne fut lit qu'une de rcs bonnes intentions dont l'enfer est, dit-on, pavé, car le gouverneur do Rome. Marini, qui avait été directeur général de la police sous tJrégoire XVI et qui avait excité confie lui les haines les plus vives, fut parfaitement promu au cardinalat, en quittant sou [Histe de gouverneur. Toutefois ce ne fut là qu'une ombre au tableau.

Pie IX donnait des audiences publiques; il distribuait, tant sur sa lislo civile que sur sa fortune privée . d'abondantes aumônes. Le cardinal Uiw.i était aimé du peuple parce qu'étant cardinal cl légal do Forli il s’élail énergiquement opposé a l'établissement d'une commission militaire pour le jugement des dé-lits politiques. Pie IX choisit ce cardinal pour son premier ministre.

Peu de temps après, le journal officiel annonça la nomination de trois commissions, composées de prélats et de laïcs, chargées d eludier et de préparer : !• la réforme de la procédure criminelle cl civile ; 2° l'amélioration du régime nilluiripnl ; .1“ la répression du vagabondage.

Cil édit relatif à rétablissement de chemins do fer fut promulgué et le Pape renvoya du palais le chevalier Oaëtano Moroiii. barbier de Grégoire XVI, auquel l'opinion publique reprochait sévèrement ses intrigues et la funeste inlluenre qu'il avait exercée sous le dernier pontilicat.

I, ‘enthousiasme des Romains, surexcité par cet eus mhlc de mesures, s'exalta alors en manifestations bruyantes. Il n’y avait plus à eu douter : le Pape était libéral.

Celte attitude de la papauté causa eu Europe de très-vives et très-diverses impressions. Charles-Alliert, roi «le Sardaigne, écrivait à Pie IX pour le féliriler ; le prince de Joinville venait le visiter et le complimenter au nom de sou père, le roi Louis-Philippe. L’empereur de Russie envoyait à la Cour de Rome deux diplomates : le comte liloudolf et le conseiller d État

Ilulve, polonais catholique, pour aplanir 1rs diflimllés qui subsistaient entre Itonw e( Saint-Pétersbourg.

Eu revanche. on notait pas (•merveillé à Vienne. Les artes lie Pie IX y étaient violemment attaqués ; lu roi de Naples lioudait et une feuille dirigée par son confesseur ne ménageait guère le Pape.

C'est a cette époque que commencèrent à courir les Inuits de complots, de tentatives d'empoisonnement contre Pic IX; leur double effet était d’exaspérer le peuple et d’alarmer b' pontife.

Le cardinal lirai n'était plus h la bailleur du liltéralismn pontilical ; il fut remplacé par b* eurdiual Ferrelti, parent du Pape, homme ferme dont les idées étaient tri ■s-avancées. Ce fut lui qui déjoua la conspirai ion dont le cabinet de Vienne et le cardinal Lamhnischini avaient préparé les éléments. Il destitua M. (irasselini, gouverneur du Home, et ne lui donna que vingt— quatre heures pour quitter Home, ürassellini n attendit pas l'expiration de ce délai et partit pour Naples.

Dans ce temps là, comme aujourd'hui, les évêques de Franco ordonnaient des prières pour le pape, mais dans un tout autre esprit. Ainsi le cardinal de Ronald, archevêque de Lyon, priait Dieu (huit que « le grand Pontife ne se laissât pas arrêter, dans la voie qu il |>arcourail si glorieusement, |iar les inlrigiies de ceux qui regrettent les abus. »

Les députés désignés par le Pape, sur la proposition des autorités provinciales, s'assemblèrent à Home le ü novembre. C’était comme un travestissement : le gouvernement Humain déguisé en gouvernement constitutionnel ! Ajoutons que. par un iimhi prnpria organique, la responsabilité des ministres et celle de leurs agents avaient été décrétées eu princifie. Home avait aussi un semblant de garde nationale. Jugea de la joie de ce peuple depuis si longtemps opprimé. — C’était Lazare sortant du tombeau. — Aussi, lorsque lu I" jauvicr 1848 le pape parut au balcon, les cris de: vire Pic IX, d bus lis Jésuite* ! Mort ans rfilmyriitlrs ! furent si violents, si tumultueux, si enthousiastes, que le Pape, dont l'extrême sensibilité su manifeste à tout projMis par des larmes, pleura, puis s’évanouit.

La rour de Vienne paraissait beaucoup plus inquiète qu'elle ne l'était réellement. Elle tenait Pie IX comme le pécheur qui a lancé et planté son ImrjNiii lient la haleine ; il est bien sur qu'un moment viendra oà, épuisée, elle s’arrêtera et oii il la ramènera a lui.

Des troupes autrichiennes occupaient Ferrare. Les légats et le Pape protestèrent ; Charles-Albert écrivit il Pic IX pour lui offrir son armée et sa Hotte.

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