VIG T O R - E M MA NUE L
'/Ttbjfat e prinre 11 liiülnp. le grand eitoyen, l'honnête homme ilnnt nous g «lions raconter la v ie . déjîl si pleine, bien qui 1 , suivant les lois île la rmlui-jj, elle soil encore loin «le son terme, Vidor-Rmmanuel occupera une glorieuse place daus l'histoire contemporaine.
1 Son nom demeurera éternellement lié au souvenir d une des nomes les plus colossales et les plus difficiles que notre siècle ait vu entreprendre ,.| mener 11 lionne lin, nous l’espérons : la constitution de l’unité et de l'indépendance Italiennes.
Victor-Emmanuel 1 1 ( Marie- Albert-Eugène-Ferdinand-Thomas t est né le II mars t St in . de Charles- Allier! , un héros! et de Thérèse, archiduchesse d Autriche, fille de Ferdinand, grand-duc de Toscane.
Il mjiil une éducation il la fois militaire et monastique, rude et forte éduratinn! Sur la recommandation de monseigneur Higex , ancien archevêque de tlhnniliery, (iharles-Alhert eoulia l'instruction morale, religieuse et
VICTOll-EMUAM’Kl.
littéraire de son fils alité h un prélat de grand mérite, éclairé et tolérant, monseigneur Charvas, aujourd'hui sénateur du royaume et archevêque de Gênes, Il est bon de citer les termes par lesquels un archevêque rappelait h Charles-Albert les titres que l'abbé Charvaz avait à sa confiance : •
« Votre Majesté, disait monseigneur Bigex, a toujours conservé un bon souvenir » à monseigneur Charvaz ; elle l’a employé- plusieurs fois officieusement, sans ré- « sultats d'ailleurs, dans les négociations religieuses que l ' incroyable opmitUretiAa ■> Rome et non insolence ont continuellement fait échouer, malgré l'obstination du » Piémont à les renouer sans cesse, avec assez jien de dignitf, il faut le recon- » naître. ’>
Le jeune duc de Savoie fit de rapides progrès, mais ses professeurs militaires eurent plus encore & se louer de leur élève que ses professeurs de belles-lettres.
Doué dune prodigieuse vigueur physique, il excellait dans les exercices les plus pénibles et les plus fatigants , dans le maniement des armes , l'équitation , la nage, etc., etc.
Charles-Albert avait une prédilection marquée pour son second fils, le duc de Gènes, jeune homme blond et mélancolique, dont le tempérament et les goûts contrastaient si fort avec ceux de son frère aîné. 11 redoutait les explosions de ce caractère bouillant et indomptable dont l’énergie lui plaisait cependant. « Il faudra marier bientôt ce démon, » disait-il.
A vingt-deux ans en effet, en 1842, Emmanuel épousa l'archiduchesse Marie- Adélaïde (Françoise-Renière-Élisabeth-Clotilde), seconde fille de l'archiduc Renier d'Autriche. Cinq enfants naquirent de ce mariage :
Le prince Humbert, aujourd'hui prince royal, né le 14 mars 1844;
Sa aceur aînée, la princesse Clotilde, mariée au prince Napoléon, née le 2 mars 1843;
Le prince Amédée, duc d'Aoste, né le 30 mars 1845, colonel de la 1" légion de la garde nationale de Milan ; major dans la brigade d’Aoste (infanterie) ;
Le prince Otlion, duc de Monferrat, né le 1 1 juillet 1846 ;
La princesse Marie-Pie, née le 16 octobre 1847.
La mère de ces cinq enfants mourut le 20 janvier 1855, universellement regrettée. Des deuils de famille frappèrent successivement, à la même époque, la maison royale du Piémont, et les organes du parti ultramontain, tant en France qu’en Italie, ne manquèrent pas de faire remarquer, & cette occasion, que le bras de Dieu s'appesantissait ainsi sur cette famille pour la punir d'avoir osé toucher aux biens du clergé.
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Victor-Emmanuel, ou l'a vu, avait des I enfance manifeste des dispositions lielliqiieuscs. Bien jeune encore, il rt'vait la glotte, qui devait plus lard s'attacher à son nom, et l'indépendance de sa patrie. « Je ne suis pas Piémoutais, disait-il souvent, je suis Italien. » l'n écrivain estimé, M. Léopold Gaillard, a raconté l'anecdote suivante : « Un soir que le premier ministre (comte Bal bn) rentrait chez lui après une journée de travail et qu'il traversait tout ému la foule applaudissant sous ses fenêtres, il fut accosté par un jeune homme dont le large chapeau cachait en partie la figure, et qui demanda h l’entretenir en particulier. Un moment après, l'inconnu se découvrant laissa le vieux |ialrinte stupéfait d'étonnement et d'émotion, c'était le fils aîné du Roi, aujourd'hui Victor-Emmanuel , qui venait le prier d'obtenir île sou père la permission d'aller combattre pour l'indépendance de l'Italie. »
lin sait quelle lièvre de patriotisme et île libéralisme excita en Italie l'avénemenl de Pie IX. Ce n’est point ici le lieu de revenir sur ces événements que nousaurons plus lard occasion d'apprécier lorsque nous raconterons la vie du Pape actuel. Celle fièvre, on le pense bien, gagna l'âme géuéreuse du duc de Savoie. La révolution de 1 84» vint heureusement ouvrir une large carrière il l'ardente activité du jeune prince. Charles-Albert accepta la lutte contre l’Autriche et sou fils aîné fut le plus intrépide de ses lieutenants, le plus brave de ses soldats. Le due de Savoie prodigua son sang sur tous Ips champs de bataille pendant res deux glorieuses campagnes de 1848 et 1849. que le grand désastre de Novare devait si tristement couronner; h Golto, h Gustozza, à Mortara, oh les cavaliers de Radet/ki lui enlevèrent ses chevaux et ses bagages, h Novare enfin, Victor-Emmanuel, h la tête de sa division, fil des prodiges de bravoure, d'une bravoure poussée jusqu'à la témérité. A la bataille de Goîto t30 mai), au moment où il décidait la victoire en chargeant à la tête du régiment des gardes et en enlevant, par un vigoureux retour offensif, une position importante un moment occupée par le» Autrichiens, une Italie atteignit le duc de Savoie, et malgré sa blessure, il Tut impossible de lui faire abandonner le champ de bataille avant le moment où le résultat de la journée fut définitivement obtenu.
Et cependant, malgré cette vaillante conduite, cette intrépidité audacieuse qui l avaient sans cesse porté au premier rang et dans les postes les plus périlleux, celui que l'Italie reconnaissante devait acclamer, onze ans plus tard, d’un bout à l 'autre de la Péninsule, du titre de Roi galant-homme, fut en butte aux plus odieuse»
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calomnies. On l'accusa sourdemenl de trahison. <> N'esl-il pas, disait-on, l'époux d'une Autrichienne, l'élève des jésuitès ! »
Basile a raison. De la calomnie il rcslp toujours <|iiel(|ue chose. Lorsque l'abdication de Charles-Albert, après le désastre de Nmare, appela au trône le héros de Goïtn, l'avènement de Victor-Emmanuel fut accueilli avec méfiance.
Charles-Albert avait abdiqué de vive voix, à .Novare, le 23 mars 1 840. Ce fut le 3 avril suivant, il Tolosa (Espagne), qu'il confirma par écrit son abdication et désigna pour lui succéder son fils aîné. Voici en quels termes le ministre Buda rendait compte à la chambre des députés du Piémont, au milieu de l'émotion et de. la douleur universelles, des circonstances dans lesquelles cette transmission du pouvoir s’était accomplie :
« Les lialles pleuraient au-dessus de la tète du Roi ; plusieurs hommes tombaient à ses côtés. La nuit, il continuait de diriger la défense réduite à la ville. Le général Duraudo fut prié de l'entraîner par le bras pour qu'il cessât de courir inutilement de terribles dangeis. « Général, disait le Roi, c’est mon dernier jour, laisscz-moi mourir ! » Lorsque le Roi vit que l'aimée ne pouvait pas tenir davantage, et qu'il était nécessaire de demander une suspension d'armes, il dit : « Ma tâche est accomplie désormais, j'ai vainement espéré trouver la mort sur le champ de Itatnille; après mûre réflexion j'ai résolu d’abdiquer. » Les ducs de Savoie et de Gènes, le ministre Cadorua, le major général et les aides de camp l'entouraient ; ils le pressaient tous de revenir sur cette décision. Il répondit avec fermeté : « Le Roi, c’est Victor, mon fils aîné ! » 11 embrassa alors toutes les personnes présentes, remerciant chacun des services rendus à l'État et à lui. A minuit, il partit, accompagné seulement de deux domestiques. »
Victor-Emmanuel fut proclamé Roi de Sardaigne, de Chypre et de Jérusalem. Quel pénible fardeau que celui de la royauté dans les circonstances ou s'accomplit eet avènement! La réaction partout triomphante ! L'Autriche plus puissante que jamais dans cette Italie qui l'abhorre! La Lombardie opprimée! Venise, la Venise de Manin, brisée sous un joug de fer! Les duchés gouvernés par deslieutenauts Autrichiens! Les Cardinaux, maîtres du t'ajie, maîtres de Rome, livrant ft la police et aux armes autrichiennes les populations des Marches et des Romagnes ! La dynastie napolitaine, violant tous ses serments, bombardant Messine, oigani-
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saut la terreur! L'Italie entière vaincue, terrassée et muette ! Le Piémont liumilié! Partout la défiance cjui suit toute défaite!
Victor-Emmanuel ue désespéra pas; il entreprit, en luinnne d'Élat, l'œuvre i|u'il ne pouvait plus poursuivre les armes à la main. Il lutta contre toutes les malveillances, contre toutes les perfidies. Los obstacles qui se dressaient devant lui, loin d’attiédir sa foi, l'exaltèrent. Dans les voies difficiles de la politique, à travers fis intrigues de la diplomatie, il marclia aussi résolument qu'il avait marché sur les champs de bataille, à travers les boulets ennemis, vers le noble but de sa v ie : l’affranchissement de la |»atrie cotumuuc.
Si, au lieu d'écrire la biographie du prince, nous écrivions h histoire du Piéuiuul, nous entrerions ici dans le détail de cette œuvre gigantesque, de ces luttes formidables qui n ont lassé ni la patience ni le génie de Victor-Emmanuel, pas plus quelles n’ont ébranlé sa foi profonde. Les limites de cette notice 11 e nous permettent pas d entrer dans le récit des événements politiques qui ont successivement conduit le Piémont il la situation qu’il occupe aujourd’hui. L’est tout au plus s’il nous est permis d embrasser d’un coup d’œil général l'ensemble de celte œuvre de libération dout l’Italie recueille les fruits.
En montant sur le trône, en succédant à son père, de glorieuse mémoire, Viclor- Eminainiel acceptait un héritage. Charles-Albert lui liguait, avec la couronne, la charge de venger le désastre de Novare et d'affranchir l’Italie de toutes les servitudes qui (lésaient sur elle. Ces servitudes, diverses suivant les lieux, se résumaient en un seul mot : l’Autriche.
C était 1 Autriche qui occupait la Lomliardie el la Vénétie; c’était l’Autriche qui par les grands-ducs, ses agents el ses créatures, opprimait les populations île Parme, de la Toscaue et de Moilèiie ; c’était l'Autriche qui dominait dans les conseils de Rome que protégeaient les armes de la France; c'était l'Autriche dont l'intluence était prépondérante h Naples. Partout, le mémo ennemi disposant il la fois des amies temporelles et des armes spirituelles ; partout l’Autriche représentée par des soldats et par des prêtres.
Le moment n était pas venu de combattre sur des champs de bataille ; il fallait s y préparer cependant et en même temps lutter contre les influences cléricales que 1 Autriche dirigeait contre le Piémont. Toute la jHililique rie Victor-Emma-
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Si
nucl et du grand ministre qui. avec lui, a ai puissamment contribué à la délivrance de l'Italie, est dans ccs deux nécessités impérieuses. Pendant une périodo de dix ans, le cabinet de Turin n'a fait qu'obéir à cette double nécessité : combattre l’Autriche au foyer même de sa puissance, c'est-à-dire à Rome, avant de reprendre le combat contre elle par la voie îles armes.
Ce fut au plus fort de celte lutte contre Rome et au moment où, par une décision hardie, le Piémont venait se ranger à coté de la France, dans la campagne de Crimée, que le roi Viclor-Emmanuel fut frappé de ces deuils successifs dont nous avons déjà dit quelques mois et qui fournirent au parti clérical le prétexte de si honnêtes déclamations.
Son frère, le duc de Gêne*, son blond compagnon d’armes pendant les guerres île 1 848 et 1 849 ; sa mère, sa femme que l'amouret le dévoûment conjugal avaient faite italienne, une des plus belles, des plus gracieuses et des plus aimées de toutes les souveraines de l'Europe et du monde, moururent, pour ainsi dire, coup sur coup. « Dieu, pour nous servir de la belle expression d'un des témoins de tant du scènes douloureuses, Dieu retira tous les sourires du palais de Victor Emmanuel et n’v laissa que des épées. »
Cet homme indomptable que les plus rudes fatigues de la guerre n'avaient pas lassé, qui avait joué sa vie héroïquement sur tant de champs de bataille ; celte constitution de fer que rien n'était parvenu à ébranler jusque-là, ne purent résister à ces terribles chocs qui frappaient en plein cœur les plus généreuses et les plus saintes affections. Le Roi, accablé par le chagrin, tomba gravement malade. Il ne dut son rétablissement qu’à la vigueur athlétique de son tempérament et au profond sentiment du devoir qu'il avait à remplir comme citoy en italien et comme Roi,
Même pendant sa maladie il ne cessa do s'occuper de la direction des affaires, de l'organisation administrative et militaire du royaume. Et quand on l’engageait uu repos, quand des amis et des serviteurs dévoués essayaient de consoler ce iils, ce père, cet époux si cruellemeut frappé, il rappelait, eu souriant tristement, la devise de sa maison : j'attends mon astke. « Mon astre, disait-il un jour, c'est l'affranchissement de ma patrie, et ceux qui sont partis avant moi, ceux qui déjà sont p tés Dieu, me seconderont dans l'accomplissement de ma lâche, ils prieront pour que cet a<irc radieux se lève bientôt à l’horizon de notre Italie. »