‹ Les célébrites du jour 18601861Chapitre 11 sur 63 · YICTUH-KM3IAM KL · texte numérisé non relu

YICTUH-KM3IAM KL

Lorsqu'il fut question do faire participer ie Piémont à I entreprise do la France et de l'Angleterre en Crimée, de faire partager aux troupes Italiennes la gloire et les dangers de cette longue et périlleuse campagne, les conseils contraires ne lui manquèrent pas. Un évêque lui représentait un jour les inconvénients que pourrait avoir cette décision. «Il n'est plus temps de réfléchir, dit-il, et de controverser; oh est la soeur, le frère doit être. Or, la France est notre soeur; la place de notre drapeau est à côté du sien. »

Généreuses paroles qui ne furent point oubliées, car la France, quelques année* plus tard, faisait (lutter son drapeau h côté du drapeau Italien et contribuait, pour une large part, à l'oeuvre d'émancipation dont Victor-Emmanuel a fait le but et la gloire de sa vie.

Les soius de la campagne de Crimée ne tirent pas négliger ceux de la politique et de l’administration. Un des griefs les plus acerbes de la cour de Rome et de la coterie des cardinaux contre le Piémont était le vole et la promulgation des lois relatives aux biens ecclésiastiques et aux communautés religieuses. Le Saint-Père, dans un consistoire qui fut tenu le 20 juillet 1853, excommunia tous ceux qui avaient pris part à la préparation et à l'application de ces lois célèbres. Toutefois, cette excommunication ne fut pas officiellement notifiée au clergé piémontais.

A celle époque Victor Emmanuel » int eu France, où il fut accueilli avec euthousiasme. Le peuple de Paris salua avec joie ce monarque-soldat, dont la physionomie ouverte et sympathique, dont les manières, le caractère lui plaisaient. Lorsqu’il quitta la France pour retourner dans ses États, le Roi passa par Chambéry . Là, il fut harangué par l'archevêque qui lui dit : « Votre Majesté a vu en France un bel exemple de l'union intime des autorités et du clergé. Nous espérons quelle saura doter son royaume de ce grand bienfait en mettant un terme aux perféaitmm dont l'Église est l'objet de, /a part du gouvernement . »

C'était pousser l'inconvénance un peu loin. Ces persécutions dont se plaignait le prélat consistaient en ce que le Piémont avait pris, relativement h l'administration des biens ecclésiastiques et aux conditions d'existence des corporations religieuses, des mesures analogues à celles que la France elle -même avait depuis longtemps prises.

"Vous avez raison, monsieur l'archevêque, répondit Victor-Emmanuel, de citer

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comme un lx>l exemple à suivre les rapports réciproques du clergé de France avec les autorités de l'Empire. J’en suis tellement convaincu, que je compte donner tous mes soins à mettre le clergé de mon royaume sur le même pied que celui de France. »

Nous l'avons dit déjà, toute opposition cléricale, eu Piémont, avait essentiellement un caractère politique et surtout un caractère autrichien. Le cabinet de Vienne saisissait tout prétexte d’indisposer le clergé et, par le clergé, les populations contre le gouvernement Piémoutais. C'était la guerre il coups d'épingles, la guerre par l'excitation des passions et des préjugés religieux, avant la guerre il coups de canon .

Déjà, lorsque des deuils si rapprochés avaient frappé Victor-Emmanuel, l'Autriche avait manifesté son insolence et ses mauvaises dispositions par des hauteurs et des dédains que les plus simples convenances eussent drt lui interdire.

La mort des deux Reines, mère et femme du Roi Victor-Emmanuel, avait été uotiliée par le gouvernement sarde au cabinet de Vienne avec d'autant plus d’empressement que ces deux princesses étaient de sang autrichien. Cette double communication, contrairement aux usages des Couis. demeura sans réponse, et certes aucun procédé du Piémont ne pouvait justifier un pareil manque d'égards.

Victor-Emmanuel ressentit vivement cette offense gratuite. Aussi, en 1856, quand l'empereur d’Autriche, François-Joseph, vint à Venise, aucun officier de la maison du Roi n'alla, conformément aux règles de politesse suivies entre souverains, le complimenter au nom de son maître. A la même époque un aide de camp du Roi ayant dû passer par Venise pour se rendre eu Égypte, où il allait offrir quelques présents à Saïd-Pacha, les journaux du gouvernement firent connaître le but de ce voyage et démentirent l'intention prêtée à Victor-Emmanuel de faire complimenter l'Empereur par cet officier.

Le cabiuel de Vienne n avait pas besoin de surexciter pur une malveillance systématique, et par île grossiers procédés, la haine instinctive et héréditaire du fils de Charles-Albert coutre l'oppression autrichienne eu Italie. Celle haiue a de profondes racines dans l'âme de Victor-Emmanuel ; elle tient en quelque sorte a toutes les fibres de sou être. Elle est excitée par des mobiles divers qui viennent • converger vers un centre commun.

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Victor- Emmanuel a sans doute la passion dominante du patriotisme, le sentiment italien au plus haut degré. Mais sa haine contre l’Autriche s'alimente à d’autres sonnes. La défaite de son père à N or are pèse à sou âme connue un bloc de plomb, et ce bloc ne sera soulevé que lorsque l’Autriche aura évacué la Vénétie ét perdu toute influence dans la Péninsule.

A ces deux principales causes il faut joindre l’ambition du monarque, l'amour des coraliats. des grands coups d'épée et aussi uu sentiment tout féodal , un ardent désir de laver l'outrage fait jiar l'Autriche h la maison de Savoie.

Ce sentiment profond, invincible, est sans contredit le trait le plus accusé do cette belle et étrange physionomie. Le caractère énergique , résolu, profoudément hou de Victor- Emmanuel, se peint sur sa ligure en même temps que la hauteur et la dignité. Rigoureux observateur de l'étiquette, dans les relations officielles, il est, dans la vie privée, aimable et bienveillant. «Quelqu'amour du |>ouvoir qu’il nourrisse intérieurement, a dit un écrivain qui le connaît bien, il est profondément ]>énétré de l'obligation dans laquelle il se trouve d’observer la constitution et de se consacrer à la prospérité réelle de l'Étal. Dans le sentiment avec lequel le regardent ses sujets il n'entre aucun res|iect superstitieux pour le droit des Rois; ils ont appris it ne voir dans leur monarque qu’un magistrat suprême dont ils respectent b» fonctions et honorent les privilège*. »

Victor-Emmanuel, secoudé merveilleusement pur M. de Cavour, a inoculé à l'Italie sa patriotique passion. Il a Irès-réllemeut ressuscité sa patrie; c’est lui qui a dit h ce La/are : Sors du tombeau ! M . de Cavour et tiaribahli ont ensemencé et fait fructifier le terrain, mais Victor-Emmanuel l’avait labouré; il a empreint l'Italie de sou iudividoalilé, il a ranimé cette glorieuse morte, il lui a donné confiance en etle-mème, et c’est pourquoi le nom de Victor-Emmanuel tiendra une si large place dans l’bisloire de notre temps, c’est pourquoi sou nom sera béni parles générations a travers les siècles. Pierre le Grand a engendré la Russie; Victor- Emmanuel a fait plus pour l'Italie , il l'a réchauffée sous son souffle et l a ressuscitée.

C’est dans les plus petites comme dans les plus grandes choses que se révèlent cette généreuse passion, ce sentiment de la nationalité italienne qui est lu force*

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suprême de Victor- Emmanuel. Franchissez la frontière du Piémont. et sur la première horue du cliemin ■vous lirez ces mots: Italia, «lato Sardo, Italie, fiai Sarde, à peu près comme on dirait chez nous : France, Provence.

Nous arrivons à la période la plus éclatante et la plus décisive do ce règne que de si considérable* événements out rempli, à la glorieuse campagne de i 830.

(Iritce à l'habile direction que M. de Cavour avait donnée aux affaires intérieures et extérieures, grâce à sa participation il la campague de Crimée qui lui avait ouvert l’entrée du Congrès de Paris, le Piémont avait pris, depuis plusieurs années, en Europe et |>armi les grandes puissances, une situation exceptionnelle. Ce n'était pas encore une puissance de premier ordre, mais on sentait bien que par la grandeur du ride qu'il était appelé à remplir, par l'importance des événements qui se préparaient, le royaume de Sardaigne allait s'élever au premier rang.

Des signes infaillibles annonçaient la reprise prochaine des hostilités entre l'Autriche et le Piémont. Ces rapports des deux gouvernements étaient tendus il leur extrême limite et les préparatifs do guerre so faisaient ouvertement de part et d'autre.

Indépendamment des liens do confraternité qui s'étaient établis entre la Franco et le Piémont devant Sébastopol, d'autres liens s'étaient formés, Victor-Emmanuel s'était uni, depuis peu, à Napoléon 111, en mariant sa tille ai née, la princesse Clotilde, an prince Napoléon-Jérôme.

bans. la lutte qui allait s'engager, la France était donc l'alliée naturelle du Piémont. Plus encore que les liens de famille et les souvenirs de la campagne de Crimée, les principes politiques sur lesquels la constitution impériale est fondée, les antécédents personnels de l’Empereur traçaient au gouvernement français la voie qu’il devait suivre. L'indépendance du Piémont était menacée. Le Piémont, c’était la digue opposée aux empiétements de l'Autriche en Italie ; cette digue une fois renversée, la Maison de llapshourg devenait, en fait, la souveraine de l'Italie. Fidèle à ses plus vieilles traditions, la France déclara quelle s'allierait au Piémont contre l’Autriche, si l'Autriche prenait l'offensive.

Le jeune empereur François-Joseph donna à scs troupes l'ordre de franchir le Tessin. Eu vain lui représenta-t-on les périls de celle téméraire entreprise, l’élal ■ déplorable des liuauces autrichiennes, les conséquences proliahles d'une lullo avec

VICTOH- KKMA.NI Kl.

la France dont l'armée aguerrie venait de faire si vaillamment ses preuves en Crimée. François-Joseph répondit à ses conseillers : « L'Empereur fait re que l'Empereur veut faire. » Il n’y avait plus qu'à ohéir; l'armée autrichienne franchit le Tessin. En apprenant cette, nouvelle. Victor-Emmanuel plia le genou devant le portrait de son père, et. dans un clan de patriotique enthousiasme autant que d'amour lilial, remercia Dieu qui lui envoyait celte joie suprême.

L’Autriche, en prenant b offensive, assumait sur elle toute la responsabilité des événements qui allaient s'accomplir. la* Piémont élait dans le cas de légitime défense. Nulle situation ue pouvait être plus Itelle et plus avantageuse pour lui. Avec une rapidité prodigieuse l'armée française arriva en Italie. Nous n'avons pas à faire l'histoire de cette foudroyante campagne. Victor- Emmanuel prit le commandement en cher de l’armée italienne ; sur tous les champs de bataille ou le trouva eu tête de ses troupes, ordonnant avec le sang-froid d’un général et chargeant avec l'intrépidité d'un soldat.

On sait que le 3* régiment de zouaves, dans sou admiration pour Victor- Enmiauuel, le nomma caporal de la 3 e compagnie du 1" bataillon. Ce fut 1e soir du 31 mai 1839, après la bataille de Palestre. Eu des aides de camp du Roi, le comte Cicala, avait été blessé d'une balle à l'épaule au moment où le Roi lui donnait un ordre ; à ce moment le général La Mannoru avait iiii cheval tué sous lui. Le Roi s'élança alors, avec son impétuosité habituelle, vers le pont de la brida, où zouaves et bersaglieris faisaient merveille et rivalisaient de bravoure. Victor- Emmanuel se porta, de sa personne, au plus fort du danger, à ce point que lu roluncl Chabron, l'héroïque commandant des .zouaves, dut se précipiter vers lui et le supplier de ne pas exposer inutilement ses jours. Le Roi ne s arrêta que. lorsque la victoire ne fut plus douteuse.

Dans ces circonstances, au milieu des enivrements de la bataille, Victor- Emmanuel n'est plus maître de lui. Cet amour, dont nous parlions plus haut, cot amour des grauds coups d’épée l’emporte alors sur toute autre chose. Ce n'est plus le Roi, ren'estplus l'homme d'Étatavant la responsabilité des destinées d’une nation entière, ce n'est plus même le général, c’est un gentilhomme passionné pour la guerre, bravant avec joie le danger, exposant sa vie pour le seul plaisir de savourer les émotions du combat. Ce qu'il fut à Palestro, où il conquit l'admiration de l’armée française, il l'avait été pendant les guerres de 1848-49, sous les ordres de son père, il le fut sur tous les champs do bataille.

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