DE CAVOUR
es grands ministres sont rares : c'est il peine s! , île loin
.en loin, l’histoire en signale un à l'admiration île la posléîrité. CVst qu'il ne suffit pus. pour prendre rang dans cette ' phalange rlair-scinée, d’être un administrateur lialiile, un
Iliunmie d’Élat prévoyant, nu êlni|uent nraleur ou un profond politii|lie. Il faut que les circonstances viennent en aide à la valeur personnelle ; il faid un ardent patriotisme et à ce pA- Inolisine une mission éelalante. un luit glorieux; il faut que
des obstacles presipi 'insurmontables niellent en relief les plus rares qualités, l'énergie du caractère, la fermeté des convictions ; il faut enfin rendre à une nation de tels survices tpi iis burinent le / ' nom de celui qui les a rendus, dans la mémoire des peuples.
In- pareilles conditions ne se présentent pas fréquemment dans le développement des sociétés humaines ; l’homme d'KInt illustre dont noos
allons parler a eu le Imnheur de les rencontrer et la gloire de mellre au service de sa patrie, nu service de la plus noble cl de la plus sainte des causes, une belle cl vaste intelligence, lies talents remarquables, mie éloquence originale et mi déwmetneiil sans Imrnes.
nr. oAVorn.
Je in* «lis si c’est par ignorance on pour mieux faire ressortir les quulili'-s île leur lié ms que des biographes ont imaginé de faire naître M. de CuYour ilaus une famille bourgeoise, d'un riche iiiarcliand du Nice auquel Charles-Albert aurait délivré des lettres de noblesse. L'origine est peu de chose, yu il soit (ils d'un paysan ou fils d'un roi, l'homme ne vaut que ce qu’il vaut, (iarilialdi est né dans une pauvre famille de pécheurs, au bord de la mer, sans ancêtres, sans titres et il n'en est pas moins une des plus ladies ligures de ce siècle. M. de Cavour serait, comme on l’a dit, le fds d'un simple marchand qu'il lien serait pas moins aussi un des plus grands hommes de l'Italie régénérée. Le mérite qu'il aurait eu à ne devoir qu'à lui- même son illustration lui revient Imil aussi entier, hieu qu'il soit le rejeton d'une des plus nohles familles du Piémont, et à ce mérite se joint celui d'avoir vaincu les préjugés de caste.
Le nom de Cavour esl en llnlie ce qu'esl celui de Montmorency en France. Los Benso di Cavour, seigneurs de Sautera, Mondeueo, Menais), Alhugiiano, Isolahclla, Monlanera, etc., étaieul une des familles les plus considérables de celle singulière et vigoureuse république de Cliieri dont l'histoire agitée tient une si grande place dans les chroniques du moyen Ag<‘.
Le premier membre de celte famille, dont la mémoire ait été conservée, 1*1 Oherto Benso, originaire de Saxe, qui, vers le milieu du in* siècle, possédait la vicomté de Hahüsetlu et tes seigneuries de Ponticelli el Santera. Depuis lors, le nom des Benso di Cavour se trouve mêlé à tous les événements, à toutes tes phases de l'histoire d'Italie.
Nous avons sous les yeux la généalogie du M. de Cavour. il nous parait peu intéressant de nous y arrêter. Les titres que cet homme a acquis à la reconnaissance de sa patrie, la gloire qu'il ne doit qu'à lui-même nous paraissent préférables à la gloire et aux titres de ses aïeux.
It
Le comte de Cavour — ou ne le désigne jamais par son nom en Italie, on dit le Comte, comme du temps de Hicheiieu ou disait h Cardinal, connue sons le gouvernement de Cavaignar on «lisait le Gfnfral — le
I)F. r.AVOI'R.
Coiule est né à Turin ni 1809. Su famille lui lit donner une solide instruction et il manifesta de bonne heure un goût Ires-vif pour l'élude, une aptitude prononcée pour les sciences. Sou esprit net et incisif, sa droite et calme raison aimaient h pénétrer au fond îles choses. Quelle était sa vocation ? servir sa pairie ; ce fut le rêve de sa jeunesse et il a été l'ambition de sa vie. Mais comment la servir celle pairie bien-aimée qu'il voyait livrée
Il de si douloureux déchirements et il de si accablantes oppressions? Son
nom pouvait lui ouvrir toutes les carrières ; il songea d'abord à celle des armes pour laquelle il n'était certainement pas fait. Ses connaissances spéciales le portaient , dans tous les cas , vers les armes savanles. 11
devint lieutenant du génie, mais il ne larda pas h s’apercevoir qu'il s'était fourvoyé et revint sur ses pas.
11 voyagea alors eu France et eu Angleterre, nou comme un gentilhomme désœuvré ou comme un touriste oisif, mais en observateur désireux de
s’instruire. Il se familiarisa avec les deux langues et surtout avec la langue française qu'il parle et écrit parfaitement. Il étudia, avec une rare sagacité, le mécanisme administratif et gouvernemental des deux pays, leurs institutions politiques , leur organisation financière et économique , il se mit au courant des questions qui les préoccupaient. En attendant mieux, le jeune homme se fit journaliste. La presse a servi de marchepied à toutes les célébrités contemporaines ; que d’ingrats elle a fait ! lin écrit du jeune comte sur la législation des céréales dans le Itoyaumo-L'ni , obtint en Angleterre un retentissement mérité. Prcsqu'eu même temps il publiait à Paris, iluns la Heine nouvelle, recueil fondé en 1848 par les conservateurs progressistes, un remarquable travail sur les chemins Je fer en Italie. Cet article, écrit d'un style clair, précis et élégant à la fois, fut très-remarqué. Il faut en citer un passage pour montrer quelles étaient, dès cette époque, les tendances de l'homme qui devait exercer plus tard sur les destinées de sa patrie une influence si décisive :
« L'avenir que nous appelons de tous nos vieux, disait-il, c'est la conquête de l’indépendance nationale, bien suprême que l’Italie ne saurait atteindre que par la réuuiou des eflbrts de tous ses eufuuts ; bien sans lequel elle ue peut espérer aucune amélioration réelle et durable daus sa condition politique, ni marcher d’un pas assuré dans la carrière du progrès. Ce que nous venons d’avancer n'est point un rêve, résultat d’un sentiment irréfléchi ou d'une imagination exaltée ; c’est nue vérité qui nous parait susceptible d'uue démonstration rigoureuse.
I)F I AVOnt
si
« L'histoire do Ions les temps prouve qu'aiieun peuple ne peut alteinilre un haut degré d'intelligence et de moralité sans que le sentiment de sa nationalité ne soit fortement développé. Ce fait remarquable est une. conséquence nécessaire des lois qui régissent la nature humaine. En elfel, la vie intellectuelle des masses roule dans un cercle d'idées fort restreint. Parmi celles qu'elles peuvent acquérir, les plus nobles et les plus élevées sont certainement, après les idées religieuses, les idées de patrie et de nationalité. Si maintenant les circonstances politiques du pays empêchent res idées de se manifester ou leur donnent une direction funeste, les masses deiueureront plongées dans un état d’infériorité déplorable. Mois ce n’est pas tout, cher, un peuple qui ne peut être fier île sa nationalité, le sentiment de la dignité personnelle n’existera que par exception, chez quelques individus privilégiés. Os classes nombreuses qui occupent les positions les plus humbles de la sphère sociale ont besoin de se sentir grandes au point de vue national pour acquérir la conscience de leur propre dignité. Or cette conscience constitue pour les peuples, aussi bien que pour les individus, un élément essentiel de la moralité.
« A moins d’un bouleversement européen dont les conséquences désastreuses sont de nature à faire reculer les plus hardis, mais qui, grâce au ciel, devient chaque jour moins probable, il nous parait évident que la précieuse conquête de notre nationalité ne peut être opérée que moyennant l'action combinée de toutes les forces vives du pays, r'est-îl-dire jmr /es princes nationaux franchement ap/an/ix par tans tes /mr/is. . , »
lit
Les événements se sont chargés de modifier ce généreux et chimérique programme. Quant au bouleversement européen qui paraissait si peu probable nu savant écrivain, il 11e devait pas tarder h éclater, et, avant même que In France en eilt donné le signal, les symptômes en étaient évidents. Les bruyantes acclamations qui se faisaient entendre sur les pas de Pie IX au lendemain de sou avènement n'étaient-elles pas le prélude de la révolution qui allait s'accomplir ?
Le Inet de M. de Cavour ne s'y trompa point; avec cette souplesse d'esprit cl ce sens droit qui le caractérisent, il rnmpril que ee roneours des princes
I)K t: \VOi n,
nationaux était un rêve, une impossibilité. Il suffirait d'un examen attentif |miir se eouvaiucre que les princes italiens, à l'exception de Charles-Albert, n 'étaient pas des princes nationaux, qu ils étaient seulement les lieutenants de l'Autriche en Italie, les représentants de sa politique, les humbles serviteurs de son autorité. Attendre de ces princes une initiative généreuse, une participation quelconque à une entreprise nationale, était folie, M. de Cavour acquit bientôt cette conviction et des lors la ligne politique de sa vie fut invariablement tracée.
Au commencement de janvier 1848, au début même de cette année que de si graves événements devaient remplir, quelques troubles éclatèrent à Gênes. M. de Cavour, h celte occasion, adressa au roi Charles-Albert un mémoire, ou plutôt une adresse très-brève dans laquelle il démontrait que l'uuique moyen de garantir la stabilité du trône et de concilier la force du gouvernement avec les vrais inlérêls du pays, était d'accorder au Piémont une constitution libérale. Le conseil municipal de Turin lit de son côté, peu de temps après, une demande analogue et le Hoi signa le Statut.
M. de Cavour était alors journaliste; il dirigeait le flmryimento. La révolution de mars 1848 éclata à Milan : « L'heure suprême pour la Monarchie sarde est sonnée, s’écria-l-il dans un article qui retentit comme un coup de loscin, l'heure des fortes délibérations, l'heure de laquelle dépendent les destinées des empires et le sort des peuples. . . une seule voie est ouverte à la nation, au gouvernement , au Roi; la guerre! la guerre immédiate, sans délais! » On sait avec quel courage et quelle loyauté le père de Viclor-Kmmanuel répondit à ce cri qui était l'écho [du cri de son peuple. Nous ti avons pas U revenir sur ces événements si graves, sur les glorieux iueideuts et sur le douloureux dénoùment de cette guerre héroïque où la nationalité italienne fut écrasée par le nombre, mais non vaincue.
Le Comte fut élu député au premier Parlement subalpin qui se réunit à Turin. C'était la première récompense de ses efforts et de sou patriotisme. 11 u'appela point l'attention sur lui par des discoure retentissants, mais il se montra habile et compétent dans la discussion des affaires et plus particulièrement des questions de crédit et de finances dont il avait fait une élude approfondie. 11 s'était préparé de longue main aux luttes parlementaires et aux épreuves de la vie politique; il y arrivait armé de pied en eap. I) se lit surtout remarquer dans la discussion, demeurée célèbre, relative à l'union des provinces Lonihardo-Vénilienues au Piémont; à lu tribune, comme dans la presse, il s'opposa puissamment à la nomination d’une Assemblée Constituante avec un mandat illimité.
IMC CAVOl M.
su
Il n'était plus temps do délibérer, hélas! Le résultat de la bataille de Custoza vint frappper au c(Piir tous les patriotes italiens et ajourner les espérances du Piémont.
En apprenant retle défaite. M. de Cavour courut se faire inscrire comme volontaire ; il jugea qu'en des circonstances si graves la place de tout bon citoyen était sur les champs de Imtaillc. Au moment de son départ, ou apprit que l’armistice avait été signé. Ne pouvant saisir l'épée, M. de Cavour reprit la plume et. par sa parole écrite aussi bien qu’à la tribune et dans les réunions politiques, il s'efforça de calmer les passions surexcitées, il lit entendre aux masses le langage du bon sens et de la raison , celui qu'en temps de révolution elles sont le moins disposées à écouler. Le Comte ne marchanda pas avec sa popularité, il lit son devoir, sachant bien qu'il soulèverait autour de lui îles mécontentements, des haines, des calomnies. Il affronta l'impopularité avec un courage qu’il faut d’autant plus honorer qu’il est très- rare, et nulle considération personnelle ue le fit dévier de sa ligne. Qu'on nous permette d’insisler sur ce point. C'est là un des traits principaux de la physionomie originale que nous esquissons ici. M. de Cavour n'a jamais couru ni après le pouvoir ni après la popularité ;*il a ambitionné sans doute l'un et l'autre, niais il ne leur a jamais sacrifié une parcelle de ses convictions. Dans les temps les plus difficiles il a dit la vérité au peuple, il l'a dite à ses risques et périls. Homme d'ordre et de liberté, il a marché vers son but sans sc préoccuper des incidents de la roule, sans s'inquiéter de savoir si sa personnalité aurait à |ierdre ou à gagner, il a fait son devoir loyalement, honnêtement, eu disant comme le sage : advienne que pourra !
Quand vinrent les orages politiques suscités par les événements du mois d'octobre (848, alors que l'opposition s’attachait à démontrer qu'il fallait reprendre les hostilités et déclarer la guerre à l'Autriche, M. de Cavour, avec cette vigueur d'argumentation qui constitue son originalité d'orateur, réfuta un à un les motifs qui avaient été mis en avaul par la gauche, démontra leur peu de. solidité et prouva d'une manière irréfragable qu'il convenait de se préparer, plus complètement qu’on ne l'était, à affronter la chance de nouveaux combats, que celte fois la campagne serait décisive et qu’on risquait de compromettre pour longtemps la cause Italienne par une généreuse impatience et une précipitation irréfléchie, il 11 'avait que trop raison, hélas I
DE r.AVOI H.
Cb fui clans cette même séance qu’il ne craignit |>as aussi de défendre le gouvernement anglais contre les attaques dont il était l'objet : « Je tiens pour certain, dit-il, que l'Angleterre est entrée franchement, loyalement, résolument dans la médiation, ('.elle déclaration m'expose, je le sais, au danger d'être. plus que de coutume, taxé d'anglomanie et même à celui de devenir de nouveau, dans les journaux de la capitale, le point de mire de l'esprit débordé de quelques écrivains; mais, quelque soit le sort qui m'attende hors de celte enceinte, je me llatte de l’espoir que mes rollègues. après avoir entendu les raisons sur lesquelles j appuie mou jugement, m'absoudront de la grave accusation de ne pas aimer autant qu'uu autre mou |ia)s. »
Avec la même supériorité et ta même raison il romballil et parvint à faire repousser la proposition relative h l'établissement de l'impcit progressif.
On ii a pas impunément un pareil courage. Dire la vérité aux peuples c'est s'exposera leur colère ou à leur ressentiment. Aux élections de janvier 1849, la candidature de M. de Cavour échoua devait! celle d'un homme obscur palruitù par le journal de (iioherli. Os injustices de l'opinion sont fréquentes dans T histoire des gouvernements parlementaires; si elles abattent les élites faibles, elles fortifient les Ames bien trempées.
Dans sou journal, le Jiimiyhimtto, le Comte poursuivit sa lutte; il resta lidéle A ses principes el ne fit aucune biche concession dans l'espoir de reconquérir une popularité qui ne pouvait lui échapper un jour. Il lit à I administrai ion detiioberli une guerre hardie, mais lorsque cet homme éminent, ce rêveur illustre tomba du pouvoir, abandoutié et désavoué par le plus grand nombre de ses amis poliliqttes, M. de Cavour prit dignement et courageusement sa défense.
La guerre fut déclarée. Cette fois ce n'est plus f, usinât, c'est Novare! Tout l'échafaudage des illusions populaires s'écroula avec fracas. L'héroïque Charles- Albert abdiqua eu faveur de sou lits aîné. Victor-Emmanuel» qui venait de se distinguer avec tant d éclat sur les champs de bataille. Il fallait reconquérir le terrain perdu et préparer lentement, sagement la revanche. Les électeurs de Turin réparèrent leur injustice; M. de Cavour fut élu député par le premier collège de la capitale. L’opinion était inquiète; elle ne pouvait douter des dispositions patriotiques du nouveau Roi, mais ou craignait qu'il fût, moins que «on illustre père, dévoué aux princi|ics libéraux. Nous avons dit ailleurs, eu racontant la vie de Victor-Emmanuel, combien ces préventions étaient injustes. M. de Cavour lu savait, mais la réaction, à Turin comme à Paris, était disposée à ne rien respecter, et le courageux publiciste prit alors en main la défense des libertés menacées par l'aveugle esprit du passé. Il lie contribua
UK C.WOI'H.
pus |h>ii au iiiaiiilien de la loi organique (le la presse cl lus prétentions cléricales trouvèrent en lui un adversaire inébranlable. Il se sépara complètement alors de ses amis de la droilc et traça fermement sa voie patriotique et libérale.
En juillet Ifl.'ifl, le chevalier de Sauta-Rosa. ministre du commerce et de l'agriculture, tomba gravement malade. Son portefeuille devenait vacant. On songea à M. do Cavour ; le cabinet était liès-desireux de s'adjoindre une aussi incontestable capacité. Le ministre de l'intérieur, M. (lalvagno, fut chargé par ses collègues d'exprimer au Roi "ce désir. Victor-Emmanuel , qui cache une perspicacité et une finesse fort grandes sous des apparences de roudeur et de tmnhnmie , sourit en écoutant la proposition de M. Galvagnn. s Comment ne vous apercevez-vous pas, dit-il au miuistre, que ce petit homme liuira par vous supplanter tous! » — «Votre Majesté à raison, répliqua M. (lalvagno, mais il est des cimmstauc.es un certains iionis s’imposent sans qu'il soit possible de les discuter. »
Le Comte, bien qu'il n'eût pas alors, à beaucoup plis, l’importance qu'il a conquise depuis lors, exerçait déjà une influence considérable non-seulement sur la direction des esprits, mais sur la marche du gouvernement. Son ami et son collègue à la Chambre, M. Castelli, lui lit part de la résolution du cabinet , lui demanda quelles seraient ses conditions en acceptant le portefeuille qu'on lui offrait. — «Je n'ai pas de conditions à mettre en avant, répondit le Comte, j'accepte tout le programme du cabinet et la solidarité de sa politique. »
M. de Cavour arrivait au pouvoir par la petite porte, il cuirait au ministère avec une position secondaire; mais peu lui importait! Si étroit que fût sou poste, il savait bien qu'il l'agrandirait aux proportions de son génie et „ de son activité. Sou ambition était immeusc. elle n'avait rien de vulgaire.
M. de Cavour n 'avait pas intrigué pour arriver au pouvoir, c'était le pouvoir qui arrivait à lui , et il le saisissait non comme une tin ou une satisfaction pei-souuclie, mais connue un lourd fardeau et un moyen d'appliquer des idées longuement mûries, de sérieuses études, des sentiments généreux.
l-v prédiction de Vicfor-Kimnanuel ne tarda pas à se réaliser. Le ministre de l'agriculture et du conmuTco devint bientôt le membre le plus influent du
UK lUVOI 11.
cabinet. Il avait la haute maiu dans les délibérations, et il prenait le poste le plus périlleux et le plus difficile dans toutes les discussions parlementaires. M. île Cavour a une éloi|ueni'e. originale et spirituelle qui n’a do modèle nulle |Kirt et qui n’aura point d'imitateurs. Physiquement il ressemble h M. Thiers; sa pliysionomie a plus de distinction et non moins de linesse . mais une (iues.se plus franche, plus hardie que celle de l'ancien premier ministre de Louis-Philippe. M. de Cavour sait ce qu’il veut mieux que ne le savait M. Thiers; sa carrière politique a un but plus net, plus défini, et disons-le aussi, plus élevé. La désinvolture de l'un est égale à celle de l’autre. La tenue de M. de Cavour à la Chambre n'a rien de majestueux ; il ne porte pas sa tête comme un saiut-sacremeut, ii la façon de M. Guizot ou de M. Odilon-Barrot. Il tourne presque toujours le dos à ses collègues, et c’est il peine s’il semble prêter attention aux déliais dont il est rependant la cheville ouvrière. Il n’en perd cependant pas uu mot , et on s’en aperçoit bien il sa réplique mordante et agressive ; c’est la tactique du Comte de ne rester sur la défensive que pour démolir les arguments de ses adversaires, et cela fait il prend l'offensive aussitôt.
Comme M. Thiers, le comte de. Cavour est plutôt un causeur qu’un orateur politique; mais sa causerie facile, éloquente, d'une remarquable clarté, atteint tout à coup et saus effort aux plus hautes régions de l'éloquence. Sou geste est sobre, d’autant plus qu’il a presque loujouTsen parlant une main dans sa poche, et cetle main ne sort que dans les grandes occasions. Lorsqu’après une séance orageuse h la Chambre , ou dit ; Le Comte a parlé avec ses deux maius ! cela signifie que la discussion a été très-chaude et que M. de Cavour y a eu un plein succès.
Il donne il son corps , pendant qu’il parle à la tribune, un certain balancement qui supplée à la sobriété du geste. Sa voix n’a pas les sons aigres et criards de celle de M. Thiers, elle est pleine el vibrante, douce et moqueuse. Sa parole, rapide d’abord, se ralentit à mesure que l'orateur s'émeut ou que les contradictions l’excitent. Au milieu des plus vives ardeurs et des plus bruyantes contradictions, il ne perd ni son calme, ni son esprit. Il a des intonations qui émeuvent l’assemblée; nul ne prononce comme lui le mot sacré : lia lia!
Dans les grandes occasions, avons-nous dit , le Comte parle avec scs deux mains; mais parfois il met ses deux mains dans ses poches, c'est quand il pose uue question de cabinet , quand il fait du vole d'une loi la condition indispensable de sa présence aux affaires. M. de Cavour gouverne le parlement de Turin rumine le roi Léopold gouverne les Belges; ou peut appeler ce système .
•m l)K CAVOLH.
le système de la canne el du chapeau. « Si vous n'ôlos pas satisfaits, dit le roi Léopold à son |>euplc. je suis prêt à partir. » — « Si vous me refuse* les moyens de gouverner comme je l’entends, dit M. de Laveur , voici ma canne et mon chapeau, je vais me retirer. »
Le Comte s’est rendu tellement indispensable que celle menace manipie rarement sou effet. Nul plus que lui n’est maître de sa parole. Il dit ce qu’il veut dire, et il n'est pas de tactique qui parvienne à lui faire franchir la limite dans laquelle il a résolu de se renfermer; cette puissance sur luimème est d’autant plus remarquable que M. de Cavour n'est pas d'une nature calme , tant s'en faut ! Il a des impatiences et des emportements de jeune homme, parfois des caprices d'enfant gâté; mais le jeune homme sait se dominer quand il le veut. Il a infiniment d'esprit, el il s’en sert très-adroitement pour éluder les diflieullés dont le régime parlementaire enchevêtre souvent la marche des hommes d'État. « Parfois, a dit un île scs biographes, quand on l’inler|ielle h propos de la garde nationale, il répond en parlant du mont Cenis, et mee versa. Quand il répond à un discours, le diable ne lui ferait pas mettre, s'il ne le veut pas, les points sur les »'. Il a une habileté extraordinaire, non-seulement pour ue dire que ce qu'il veut dire, mais encore pour faire dire ce qu'il veut qu'on dise. Il échappe souvent à des objections pressantes par des personnalités qui n'ont rieu de blessant et qui ont le privilège de dérider la grave assemblée dans les circonstances les plus critiques. »
La carrière politique du Comte est loin encore de son terme, nous l'espérons. mais dM— elle s'arrêter ftu point ou elle est parvenue aujourd hui, elle suffirait h su gloire. M. de Cavour, en forçant l'Europe à accepter l'entrée du Piémont au congres de Paris, a préparé, plus activement et plus utilement que qui que ce soit, les événements qui s'accomplissent aujourd'hui. C'est lui qui a posé la question italienne, qui lui a donné sa haute valeur. Le jour oii M. de Cavour, île concert avec ses collègues, a soumis au roi Victor-Emmanuel le projet d'envoyer sur les champs de bataille de la Crimée un corps d’armée Barde pour combattre à côté des années fran-
lit I.AVUtiH.
çaist* et (malaise , il a fait l'acle politique le plus considérable qui puisse marquer la vie d'un homme d'Élat; il a émancipé l’Italie.
C'est là le plus beau titre du Comte à la reconnaissance de ses coneitoyeus. Tout le reste n'est qu 'accessoire, ou du moins n'est que le développement de la grnude et généreuse initiative que M. le comte de Oavutir prit dans le congrès de Paris. Trois hommes ont contribué également , mais a des degrés différents et avec des aptitudes diverses, à l'affranchissement de l'Italie : Victor-Emmanuel , Garibaldi , Cavour.
Le premier a été le régulateur de cet admirable mouvement national; par sa bravoure sur les champs de bataille, par sa loyauté qui l'a attaché au statut constitutionnel , par sa hardiesse dans les décisions, par son ardent patriotisme, il a désarmé toutes les prétentions hostiles et moralement conquis l'Italie, il lui a donné foi en elle-même.
Le comte de Cavour a été la tête de ce mouvement, comme Victor- Emmanuel en était le cceur. Sou habileté , son éloquence . sa prudente audace, ses talents, sa fermeté ont désarmé la diplomatie européenne, ravivé des sympathies éteintes et donné à l'ieuvre commune un concours qui lui était indispensable, celui de l'opinion publique. Eu vovaul que l’Italie avait un tel homme d'État, on a eu plus de confiance eu elle.
L’entreprise chevaleresque, disons mieux, l'épopée de Garibaldi a fait le reste. Si M. de Cavour avait conquis les classes éclairées, les régions politiques de l'Europe; si Victor-Emmanuel avait donué un centre à l'unité italienne, si de sou noble cœur il avait fait le cceur de sa patrie, Garibaldi a conquis les niasses, il les a enthousiasmées, électrisées, il a précipité le dénouement avec cette généreuse témérité qui a alarmé un instant le Roi et M. de Cavour euxmèraes.
Quand une uatiou produit simultanément trois hommes de celle trempe, trois individualités si originales el si puissantes, c'est que l'heure do cette nation a sonné. Les forces diverses que ces trois caractères représentent, réunies en faisceau et dirigées vers un même but, sont invincibles. Certes les puissances absolutistes de l'Europe ne voient pas avec joie les événements qui s'accomplissent en Italie, elles se sont réunies à Varsovie et chaque jour elles échangent des projets ténébreux ; le clergé tout entier, «nr tous les points du globe, réagit de toute sa puissance contre l'œuvre de l'unité et de l'indépendance italiennes. La papauté a lancé ses foudres, Pie IX a fait appel à la chrétienté, il a appelé tes fidèles à sa défense, il leur a demandé de l'aigeiit. A quoi cela a-t-il abouti ? à rien. Le Saint-Siège a perdu scs provinces el doit à la France le peu qu'il
UK CAVOI It.
possède. L'Autriche a perdu la Lombardie ; les grands-ducs ont perdu leurs principautés de Toscane, de Panne et de Modène ; le roi de Naples, après avoir perdu la Sicile, a perdu sa capitale, où Victor-Emmanuel entre en triomphateur, appelé par le vomi des populations. Et tout cela, pourquoi? Parce que Victor- Emmanuel, Cavour et tiaribaldi représentent les trois faces d une idée juste, parce qu'ils sont dans les desseins du Dieu liliérateur, parce qu'ils émancipent des |>cup!es, tandis que tous leurs adversaires ne songent qu a opprimer ou asservir.
Nous avons essayé de caractériser le rôle important que M. de Cavour a rempli et continue à remplir dans cette trilogie, dans cette œuvre prodigieuse qui ouvre aux peuples Européens une ère nouvelle et consacre pour eux un droit nouveau. Le descendant d'une des plus anciennnes maisons souveraines de l’Europe, le dentier rejeton d'une des plus illustres familles de l'Italie et le fils d'un pauvre pécheur de Nice, unis dans une même pensée, poursuivant le même but et travaillant ensemble, par des moyens différents, à la constitution de l'indépendance et de l'unité italiennes, préparant la transformation du catholicisme par la suppression du pouvoir temporel de la papauté, n'est-ce pas là un fait prodigieux, n’est-ce pas un miracle plus saisissant que celui de la liquéfaction du sang de saiut Janvier à Naples ?
Cette rapide appréciation de la carrière politique de M. le comte de Cavour serait incomplète si nous ne disions un mot de l'altitude qu'il a prise vis-à-vis du clergé piémontais et de la tournure qu’il a donnée aux relations de la cour de Turin avec le gouvernement pontifical.
Il eût été impossible de constituer l’unité de l'Italie en laissant au clergé catholique la faculté de conlrcminer l'œuvre laïque de l'émancipation des peuples, en no brisant pas dans ses mains les armes spirituelles dont il faisait, dans l'ordre temporel, un si déplorable usage. M. de Cavour et Victor-Emmanuel ont sagement compris qu'il était possible de séparer les intérêts spirituels de la religion de ses intérêts mondains, do sacrilier ceux-ci sans porter atteinte à ceux-là. Cele lutte contre les prétentions cléricales est la gloire de M. le comte de Cavour ; il y a apporté sans cesse une fermeté et mie modération qu'on ne saurait trop louer.
DE CAVOl'H.
sa
.Nous no saurions ici énumérer les incidents nombreux de cette lutte qui a soulevé tant de passions et allumé tant de pieuses colères. Dans les discours que le Comte a prononcés à la tribune, dans les notes diplomatiques qu'il a rédigées, nous trouvons toujours cet esprit calme et sûr, cette droite raison dont il a donné tant de preuves. Nous pourrions citer ici des pages que ne désavouerait aucun de nos plus grands écrivains. Nous préférons emprunter quelques lignes à uue réplique improvisée que le Comte prononça dans la séance du 30 décembre 1837, à propos de la discussion relative h la pression exercée par le clergé des Étals sardes dans les élections. La pensée de M. de Cavour, celles du Roi et du gouvernement y sont exprimées avec une remarquable netteté :
« Je ne crains pas, dit-il, les luttes politiques lorsqu’elles sont soutenues avec des armes légales ; mais je ne puis pas en dire autant lorsque le clergé peut impunément se servir des armes spirituelles dont il est investi pour des devoirs tout autres que cehd de faire triompher tel ou tel candidat. Oh ! alors, pour sûr, la lutte ne serait plus égale! Si on laissait l'usage de ces armes spirituelles s'établir et se consolider sur ce terrain, la société civile courrait les périls les plus graves; la lutte légale serait eu danger de se changer en lutte matérielle. Quand le clergé peut impunément dénoncer dans les assemblées électorales scs adversaires politiques, depuis ceux qui régissent l’État jusqu'au dernier fauteur des idées libérales, comme des ennemis acharnés de l'Église, comme des hommes qui méritent les foudres divines, il pourrait aisément porter ceux qui l'écoutent h s'opposer au gouvernement et à la majorité, non-seulement avec les armes de la légalité, mais en outre avec des moyens matériels. C'est pourquoi je n'hésite pas à proclamer que, si l'emploi abusif des armes religieuses pouvait avoir lieu impunément de la part du clergé, nous serions, dans un temps plus nu moins éloigné, menacés des horreurs de la guerre civile. »
Ces | racoles étaient si sages que le chef de la droite, M. le marquis de Costa de Beau regard , ne put se dispenser d'appuyer la politique du premier ministre : « Je suis d'avis, dit-il , que la menace d'excommunication ou de refus de sacrement devra motiver l'enquête. »
Ce n’est pas le moindre des bienfaits rendus à sa patrie par AI. de Cavour que d'avoir établi dans la conscieuca d’un peuple si longtemps courbé sous l'iulUienre cléricale, sous le manteau de plomb des superstitions et des préjugés , cette distinction radicale entre le spirituel et le temporel ; entre re qui est impérissable dans la religion et ce qui est humain et transitoire; entre la morale du Christ et les intérêts ou les ambitions du clergé. C’est
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df. cAvorn.
peul-êlre le plus utile des nombreux lorvices rendus il sa pairie par M. de Cavour que d'avoir popularisé celle grande idée parmi les populations italiennes. L'œuvre capitale île notre siècle consiste k détruira riullueuce temporelle de tout clergé quel qu'il soit. Il n'y aura pas de liberté possible en effet tant qu'une corporation sacerdotale, catholique ou protestante, musulmane ou israélite, pourra exercer une influence quelconque, dans l'ordre temporel, sur des populations ignorantes. L'œuvre d'émancipation politique et sociale que poursuivent tous les esprits généreux sera entravée tant que les elergés no seront pas renfermés exclusivement dans leurs attributions spirituelles.
M. de Cavour aura la gloire d'avoir puissamment contribué h ce grand résultat; nous devious mettre particulièrement en lumière celle face de sa vie politique.
Nous devons nussi dira quelques mots du dissentiment qui s'est élevé entra M. de Cavour et Cnribaldi, lors de l'héroïque expédition de ce dernier en Sicile, et «le sa prise de possession de la capitale abandonnée par le Roi de Naples. Bien des gens ont fait de ee dissentiment un grand crime à M. de Cavour et lui ont reproché d’avoir entravé l'œuvre libératrice du Dictateur. Ce reproche ne nous parait pas aussi fondé qu'on a bien voulu le croire.
Nous sommes trop portés à juger les hommes que les événements mettent en évidence comme s’ils étaient des Dieux. Les hommes, si grands qu'ils soient, sont des hommes, c'est-à-dire des êtres soumis à toutes les imperfections de la nature humaiue. Mieux ils sont doués el plus énergique est leur ambition de suffire à tous les besoins, à tous les périls de la situation qu'ils dominent ou dans laquelle ils soûl engagés.
Entra deux personnalités aussi éminentes, aussi originales que celle de Uaribaldi et celle du Comte, la nature, l'éducation, le milieu social ont creusé uu abîme qu’il n’esl pas facile de combler. Les procédés employés |>ar l’un différent essentiellement do ceux que l'autre affectionne. Celui-ci est habitué il agir sur les masses, à ne tenir compte d'aucune des difficultés que soulèvent la diplomatie et a les exigences des relations internationales ; il va droit au but et il n'hésite pas à prendre la révolution pour moyen, l'épée pour argument. Celui-la, au contraire, se montre habile k tourner lus difticultés que l'autre dédaigne; il tend nu même but, mais il y marche par d'autres voies; il ne brise pas les obstacles, il met son habileté à les aplanir: il sait ce que vaut l'opinion des cabinets Européens et il la ménage.
Qu'y a-t-il donc d’étonnanl à ce que deux hommes placés k des points
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(ii* vue si différents, agissent par des procédés si dissemblables, ne se soient pas trouvé toujours en parfait accord sur les moyens d'action, sur la conduite de l’œuvre immense que l'un et l'autre poursuivent, à laquelle ils travaillent tous deux avec un si admirable dévouement?
M. de Cavour, dit-on. a été jaloux de tiaribaldi et il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour faire échouer la glorieuse entreprise du Dictateur. Oue la premier ministre ait voulu diriger celte œuvre, eu déterminer ou eu modifier les conséquences, c'est possible et cela se comprend aisément ;* M. de Cavour pouvait légitimement croire que sa position, son autorité, ses services lui donnaient [le droit d'exercer quelqu'influence sur les décisions de Guribaldi autant que celui-ci était dans sou droit en refusant toute méticuleuse intervention d'un homme d'Etat dans uue entreprise si hardie. Dans le désir de l'un, aussi bien que dans les résistances de l'autre, nous ue voyous ricu que de Iris-naturel. Tous deux ont oliéi à leur uuliire, il leur mission; tous deux ont fait leur devoir, el si quelque faiblesse humaine s'esl mêlée à l'accomplissement de ce devoir, si l’un el l'autre n’ont pas su vaincre suffisamment, eu présence de l'œuvre commune, les antipathies personnelles qui les séparaient, on ne peut vraiment songer à leur en faire un crime.
Il est difficile de prévoir les proportions que prendra, dans un avenir prochain , ia carrière du Comte. L'œuvre glorieuse à laquelle il a voué sa vie est loin encore de son terme. Venise est sous le joug de l'Autriche ; le Pape est à Borne sous la protection des armes françaises. Il y a là deux drames. Quel eu sera le dénoàment? Le Pape rédera-t-il à la voix de ce peuple qui crie vers lui? Si Pie IX n’était le plus faible des monarques , nous espérerions; mais Pie IX est tenu par uu parti puissant et habile qui lie cédera sans doute qu'à la force. Ce n'est pas seulement ta personne du Pontife et son pouvoir précaire que l’armée française soutient à Rome ; sans le vouloir, elle y soutient l'Autriche. Entre ta papauté , telle qu'elle est constituée, et le cabinet de Vienne, foyer de l'absolutisme impérial et clérical, il y a uue connexité parfaite. Venise et Rome sont les deux termes d'une
même question. Le jour où l'un de res «leux termes disparaîtra, l'autre aura fait son temps.
Comment sera franchie cette double difficulté «pie la présence d’une armée française à Rome complique étrangement? Nul ne peut le prévoir; mais ce qu'il est possible d’affirmer, c'est que la puissante trinité que Dieu a préposée à l'affranchissement de l'Italie, Yictor-F.mmauucl, Cavour, Garibaldi, ne fera point défaut à sa glorieuse mission. L'affranchissement de l’Italie est la première condition de l'affranchissement, non-seulement des peuples européens, mais de 1 esprit humain , de la conscience humaine trop longtemps habitués a confondre ce qui louche aux intérêts périssables du clergé avec les intérêts éternels de la morale chrétienne. Douter qu'un tel but soit atteint, ce serait douter de Dieu.