‹ Les célébrites du jour 18601861Chapitre 37 sur 63 · I.ÊOI’OI.D · texte numérisé non relu

I.ÊOI’OI.D

Il rétablit en 1 852 des i-elatiuus diplomatiques entre son gouvernement et la Hollande. Les relations cuire les deux souverains acquirent presque un caractère d'intimité.

Son lils allié, le duc de Brahant, prince royal, atteignit en 1853 sa majorité constitutionnelle. En Tétant le fils, la Belgique honorait encore la mémoire de sa mère. Le peuple prit une part réelle aux réjouissances publiques ordonnées il l'occasion de cet avènement. Le président de la Chambre des Députés Tilt l'organe du pays lorsque, s'adressant à Léopold, il lui dit ces paroles: « Il faut que son affection soit bien profonde pour qu’un peuple » naturellement calme et peu porté, par caractère, aux démonstrations bruyantes, » manifeste un enthousiasme qui dépasse eu vivacité et surtout eu spontanéité » ce qui se toit ailleurs dans des circonstances analogues. Si la famille royale » est si populaire, c'est à vous surtout, Sire, quelle le doit, à vous qui aies » rendu au pays tant de services signalés, à vous qui avez consacré notre » indépendance et notre nationalité, à vous qui avez mjieetê et fait resjteeter » nos liberté » , à vous dont la bonté et l'affabilité ont su gagner tous les » cœurs. »

Malgré la présence du roi ces paroles furent couvertes d'applaudissements. Cet éloge était mérité, il n'était pas seulement sur les lèvres du président de la Chambre, il était dans sou cœur et dans tous les cœurs. Tant il est vrai qu'un roi, honnête homme, n'est pas chose commune, et qu'un roi prêt à déposer la couronne et à abandonner sou trône le jour où il cesserait d’avoir le concours de son peuple est chose moins commune cnrorc.

flous avons dit l'activité et l’habileté avec lesquelles le gouvernement Belge avait négocié des traités de commerce. En 1854, la Belgique s'unit avec l'Autriche par uu traité de cette nature. En cette même, année Léopold eut une entrevue ù Calais avec Napoléon III, et pour cimenter les bonnes relations des deux souverains et des deux pays, le petit-fils de Louis-Philippe vint visiter l'Empereur îles Français aux Tuileries, dans ce palais que son grand'père avait fui si tristement en 1848. Parlant de cette visite, Léopold dit dans son discours d'ouverture des chambres : «Le voyage du duc do Brabant eu France, l’accueil qui lui a été fuit nous ont moutré quel rang élevé la Belgique occupe outre les natious. »

UOI DKS HKM.KS.

Le fait est que le jeune prince avait été accueilli avec sympathie par le peuple parisien et que la cour des Tuileries avait mis quelque coquetterie à le bien recevoir. Aussi, à son retour, les partis extrêmes reprochèrent-ils au duc de Brabant d'avoir subi l'inlluence de la politique française. On a dit bien souvent que les Belges étaient des Français contrefaits. Le mot n'est pas juste. Les Belges ont une individualité. La communauté de mieurs et île langage qui existe entre les deux peuples, la facilité avec laquelle ils s'assimilent les progrès réalisés hors de cher, eux, ne doivent point nous faire illusion. Le peuple belge a des qualités et des défauts qui lui sont propres et ses qualités peu éclatantes, mais solides, méritent bien quelque respect.

La Belgique a célébré, en IS.'iG, le vingt-cinquième anniversaire de lavénemcut au trône du roi Léopold ; or, comme c’est de cet avènement que datent la nationalité et l'indépendance Belges, on comprend que la célébration d’on pareil anniversaire ait été une fêle publique, la fète de la nation. Aussi se pressa -t-el le tout entière autour de son elief et les témoignages d'afTection et de dévoûment furent unanimes. Seul, le parti clérical mit des restrictions à son enthousiasme. Battu dans les élections, c’est-à-dire par le pays, qui, de plus en plus, s'éloigne de lui. il contint mal sa mauvaise humeur cl l'occasion de la manifester ouvertement ne tarda pas à se montrer.

Le ministère soumit aux Chambres, en 1 8->7 , un projet de loi sur la charité et les établissements charitables. Quelques dispositions de ce projet touchaient aux privilèges du clergé. Ce fui pour le parti ultramontain le prétexte d'une levée de boucliers. Excitant les plus mauvaises passions, les préjugés les plus grossiers, montrant la religion menacée, il parvint à soulever des mécontentements qui se traduisirent par des actes de violence déplorables.

Le roi fit alors ce qu'un monarque constitutionnel doit faire : il prononça la dissolution de la Chambre et fit appel au pays, l'engageant à être juge lui-même du coullit qui venait de s'élever. Les éleetions eurent lieu. Le parti clérical comprit que ce duel était sérieux ; aussi n’épargna-t-il rien : menaces , intrigues , promesses , effroi des consciences , tout fut mis en œuvre et échoua devant la souveraine puissance de l'opinion. Le scrutin donna raison au roi, à son gouvernement, à sa politique, à la raison en un mot. Mais le parti ultramontain est incorrigible; les leçons qu’il reçoit ne l'instruisent pas; elles l'irritent. Dès le le lendemain, il recommença ses intrigues avec plus d'acharnement que jamais.

Le peuple belge est un peuple actif et laborieux, mais il est peu artiste.

i.Êopom

Léopold a fait tout ro qu’il <^lnit humainement possible do faire pour développer en lui le goût des arts. C’est à lui que la Delgiquo doit ses expositions triennales do peinture, la création d’une classe des beaux-arts et d’un prix d'histoire à l’Académie royale. C’est par son initiative «pie des statues monumentales ont été élevées h Rubens, à flrétry, au générai Belliard, à Charles do Lorraine, à Orlando Lasses ; à Vesale. etc. C’est sous son régne que le monument du Congrès national a été élevé; que le musée royal de peinture et de sculpture a été organisé.

Les premières expositions agricoles ont été ouvertes en Belgique ; un prix y a été fondé pour le meilleur ouvrage sur l'agriculture générale; d’autres prix sont décernés aux familles laborieuses, qui su distinguent par leur moralité , leur bonne conduite « et leur propreté. » D’excellentes choses, en un mot, ont été faites sous co long règne qui compte aujourd'hui près de trente années d'existence.

La Belgique constitutionnelle el libérale et le roi qu’elle s’est choisi donnent aux rois et aux peuples de l’Europe un exemple utile, en ce moment surtout où tant de trônes chancellent et tombent, non pas comme on le dit dans les gazelles monarchiques ou religieuses, sous le coup de la révolution , mais sous le coup de la désaffection des peuples. Le roi de Naples, le souverain temporel des Étals-Romains, les grands-ducs de Parme, de Modène et de Toscane, issus de races royales , rois et princes de droit divin , se croyaient affermis dans leur pouvoir , bien mieux que ce petit roi de Belgique, élu par un peuple. L'Autriche croyait son autorité sur son royaume Lombard-Vénitien bien plus solide que ne pouvait l'être celle du roi Léopold en Belgique; la volonlé nationale l’avait porté sur le Irène, la même volonlé pouvait l’en renverser. Esl-ce que le pouvoir souverain est compatible avec de telles éventualités, avec des chances si douteuses? Est-ce qu’il est digne d'un Roi de reconnaître des principes subversifs, de compter les peuples pour quelque chose, de leur demander autre chose que de l’argent?

Eh bien 1 ce petit roi de Belgique est roi depuis trente ans , il l’est en-

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