‹ Les célébrites du jour 18601861Chapitre 39 sur 63 · I.ÊOPOl.D, HO! OFS REI.CFS · texte numérisé non relu

I.ÊOPOl.D, HO! OFS REI.CFS

L'almanach officiel de Golha donne à Léopold les titres de : » Roi des Belges, duc de Saxe, prince île Soxe-Cobourg-Gotha, propriétaire du régiment d'infanterie autrichien u’ 27.» Léopold est feld-maréehal d'Angleterre; il ne prend plus officielleniciit ce titre et il il conservé celui de oro/niélnire d’un régiment autrichien.

Nous mentionnons cette particularité sans y attacher plus d'importance quelle n'en mérite. Autrichien ou non, le Roi Léopold est Belge avant tout, il est roi constitutionnel, il observo fidèlement le pacte fondamental qu'il a juré de maintenir. Loin de porter atteinte aux droits et aux liliertés de son peuple, il les a développés avec sagesse ; sous son règne la Belgique s'est élevée à un très-haut degré de prospérité ; elle a été hospitalière pour nos proscrits et c'était pour nous un devoir d’honorer le prince qui a ainsi compris ses hautes et difficiles fonctions.

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ANTONELLI

mis aurions quelque peine h dissimuler nos secrètes sympathies pour cet étrange personnage. Il a été vivemeut attaqué de part et d'autre; nous avons mnis-mèmc plus d'une lois maudit son iullueuee : c’est que nous n'avions pas compris l'utilité du rôle qu'il remplit. Lorsque l'œuvre laborieuse à laquelle nous travaillons aujourd’hui sera terminée, lorsque l'Italie sera rendue ' à elle-mêmo et constituera une puissanto unité nationale, lorsque l' Autriche aura été chassée de Venise, lorsque Rome sera la capitale •' d'un pays libre, et lorsque, par conséquent, la Papauté aura perdu ’f tout pouvoir temporel, nous reconnaîtrons l'utilité du concours que 1 nous aura prélé le cardinal Anlonclli ; nous comprendrons que sans lui, . sans les haines qu'il a amassées autour du trône pontifical, sans la déconsidération politique qu'il a attachée au gouvernement du Saint-Siège, sans les violences, les scandales de sou administration, sans sa résistance obstinés; à toute

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idée de propres, il loute réforme, les résultats eussent forcément été plus leuts.

Anlonelli a fait plus que qui que ce soit pour éclairer l'opiuion publique, pour lui démontrer le danger que fait courir à la religion et & la société celte confusion des deux pouvoirs, spirituel et temporel, aux mains du Souverain-Pontife. L'heure de la justice sonnera donc pour cet homme habile qui a voulu servir à sa manière la révolution, pour ce ministre hardi qui est entré au Vatican revêtu de la pourpre cardiualesque, et qui a sacrifié sou nom, sa réputation d'homme d'Etat, afin de perdre plus sûrement la puissance temporelle des papes.

Nul ne pouvait mieux qu’Anlouelli accomplir cette difficile mission, mener à bien cette gigantesque hypocrisie. II est presque inutile de dire que nous ne parlons ici que du ministre, de l'homme public, et nullement de l'homme privé, dont nous u avons point h nous occuper et qu’aucune de nos appréciations ne saurait atteindre. Si le cardinal-ministre est justiciable de lu presse, monseigneur Anlonelli doit lui rester inconnu.

Ce fut près de Terracinc, lieu fatal aux chaises de poste et aux diligences, dans la petite bourgade de Soiinino, que le ï avril 1806 la femme d'un pauvre bouvier mit au monde un enfant pâle et chétif qui reçut le nom de Giacomo Antouelli. Son enfance fut bercée au récit des aventureuses expéditions de ses compatriotes; il apprit de lionne heure comment on rançonne les voyageurs, comment on dépiste les gendarmes, comment ou lutte avec eux; mais de bonne heure aussi il apprit comment on succombe daus ces luttes, car sous Pie VII cl sous Léon XII, alors que son esprit commençait il se développer, il vit plus d'une fois, exposées sur la place publique de Sonniuo, les têtes des voisins, des amis, des parents qui lui avaieut eux-mêmes, pendant les veillées d’hiver, raconté leurs hauts faits.

Ce spectacle était bien fait pour inspirer de sérieuses réflexions. Le père du jeune Anlonelli savait que, pendant l'occupation française, un membre de sa famille avait été condamné h mort et exécuté il la suite de certains démêlés avec la justice. Il désira pour son fils une carrière plus honnête et moins périlleuse. Le pauvre liouvier de Sonnino fit si bien qu’il parvint ft faire entrer le petit Jacques au grand séminaire de Rome, non que l'cuTant eût le moins du monde la vocation ecclésiastique, — le milieu dans lequel il avait graudi n’était guère propice il l'éclosion d'une vocation pareille, — mais le séminaire permettait d entrer dans les fonctions publiques, el la famille comprenait vaguement ipie I exploitation de ces fonctions dans les Etals-Romains devait être plus lucrative et moins dangereuse que celle des gramles mules.

Lejeune moutagnard se fil remarquer par la vivacité de son esprit, la prnmp-

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lilml<> de son intelligence et surtout par deux qualités qui semblent exclusives l'une de l'autre : une grande souplesse de caractère et une fermeté énergique dans ses volontés. Il reçut les premiers ordres et arriva jusqu'au diaconat, ce qui n'engage A rien. 1*1 prêtrise pouvait le gêner dans l'accomplissement de se* desseins et il y renonça. Voyageur prudent, il ne voulait pas se charger de bagages inutiles.

Il fut présenté A Grégoire XVI, qui fut frappé de celte physionomie vive cl accentuée. Ge jeune diacre au teint bistré, à la lèvre fine, au regard profond, cet ensemble de traits qui donne à la ligure de monseigneur Autonelü beaucoup d'analogie avec celle des oiseaux de proie, ce jeuue diacre plut A Sa Saiulelé, qui lui accorda sa souveraine protection. On en fil d'abord un monsiijnnr. ('.'est la moindre do* choses; il existe à Rome et dans la domesticité du palais pontifical une multitude de fonctions qui donnent la prélature et le titre de monseigneur. Ce n’est rien en soi, mais c'est un marchepied, et Anlonelli n’était jias homme li ne s'en point servir.

Le vent soufflait alors A la réaction. Anlonelli se fit, sans effort, réactionnaire; il exagéra ses opinions dans ce sens, et, pour utiliser les services de ce jeune monsignor, on le nomma assesseur au tribunal criminel supérieur; puis il fut délégué à Orvielo, A Vilerbe, A Maccrala. Partout il déploya un aèle frénétique. Se dévouant dès lors A la mission qu’il s’était donnée de servir la cause révolutionnaire en déconsidérant le pouvoir temporel de la Papauté, en le rendant odieux, il fui rigoureux, impitoyable. Il appela si vivement ainsi l'atlenlion sur lui que le gouvernement pontifical, pour récompenser de telles ardeurs, le nomma en 1811 sous-secrélaire d'Etat au département de l'intérieur.

L'ambition d’Antonclli visait plus haut, mais il accepta ce poste avec joie. Il pouvait de IA exercer sur les aOaires el les destinées de la Papauté une influence dissolvante. 11 no manqua pas A ce devoir, et ce fut A partir de ce moment qu'il songea aussi A édifier sa fortune personnelle et celle de sa famille. Mais pour atteindre ce but, il voulu! passer de l’intérieur aux finances. Ce n'était pas facile: les avenues étaient bien gardées, les positions étaient occupées. Anlonelli ne se découragea pas; il fit jouer les grands ressorts de l'influence féminine, il circoovinl adroitement le Saint-Père, et en 1844 il fut nommé second trésorier.

AXTOÜELLI.

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Mais un second trésorier suppose un premier trésorier, qui dirige, surveille, contrôle. Tosli ('•lait alors grand-trésorier des deux chambres apostoliques, c'està-dire ministre des finances. 11 s'agissait de renverser Tosti, qui n'était pas de force à lutter contre le rusé montagnard de Sonniuo. En moins d'un an Tosti céda sa place il Autouelli. Ce fut alors que celui-ci plaça scs frères, ses cousins, ses amis, et que l'humide bouvier de Sonnino, son père, fut élevé aux fonctions d'intendant et de receveur municipal.

Mnnsignor Antdnelli était occupé de ces soins pieux quaud le conclave élut Pie IX. Le bon et honnête Mastaï avait des velléités libérales. Autouelli orienta ses voiles eu conséquence et devint plus libéral que le Pape. 11 le poussa sur celte pente. L'ancien délégué d'Orvielo, de Viterbe, de Macerata. qui s'était distingué pur ses rigueurs réactionnaires, se changea en agneau. 11 fit des homélies sur les malheureuses destinées des peuples, sur les dangers de la tyrannie et du pouvoir alisolu. Pie IX fut enchanté d'avoir sous la main un démocrate de cette force; son caractère faible et timide fut captivé par celte souple et énergique nature. • Je veux vous faire cardinal, » dit le l'apc dans un élan de reconnaissance. Antoncili baissa les youx avec humilité, prétendit qu’il était indigne d'un si grand honneur, qu'il ne consentirait à accepter cette dignité que si elle lui permettait do servir plus efficacement les intérêts de la Papauté et la cause sacrée des réformes libérales. Le bon Pape n'y tint pas, il embrassa avec effusion ce serviteur modeste, et, le 12 juin I8i7, Autouelli fut créé cardinal de l’ordre des diacres.

Être prince de la sainte Église, c’est beaucoup sans doute; mais il ne fallait pas perdre de vue les petits intérêts de ce bas monde. Antonelli se trouvait bien aux finances; il n'eut pas de peine à persuader au Pape que c'était le poste où il pouvait lui être le plus utile. Eu conséquence, il resla ministre des finances, et en cette qualité il fit partie du premier conseil des ministres établi par Pic IX, et qui eut pour président le cardinal fi izzi . Ce fut à celle époque que le Pape sougea à établir une Consulte d'État, sorte do commission extraordinaire chargée d'examiner les besoins nouveaux, les réformes possibles. Oui pouvait présider cette Cunsulto mieux que le cardinal Autouelli, le prêtre libéral dont les idées avancées avaient séduit le Pape réformateur? Le cardinal, en efTet, poussa la Consulte dans la voie des réformes; sous son influence, elle formula des propositions trèspatriotiques ; mais eu sa qualité de membre du cabinet et du Sacré-Collégc, le cardinal contribua puissamment h faire repousser les propositions qu'il avait approuvées ou inspirées dans le sein de ln Consulte. Il ménageait habilement, suivant une expression populaire, la chèvre démocratique et le chou autrichien.

A.VrONïl.U.

La révolution de 1848 éclata sur ces entrefaites. On sait quelles espérances elle éveilla en Italie. Antonelli, pour être maître du mouvement, feignit de vouloir le diriger ; il sut habilement conquérir les sympathies du peuple, pauvre peuple si facile à tromper! Aussi, lorsqu’au mois de mars, sous la pression de l'opinion publique, le cabinet Gizxi dut faire place à un ministère plus libéral, le cardinal Antonelli en devint le président, et ce choix fut acclamé par toutes les classes de la population.

Le cardinal semblait alors abonder dans le sens du parti national: ce fut lui qui combattit les indécisions du Pie IX lorsqu'il fut question de mettre en campagne une armée de 17,000 hopmies destinée à combattre les Autrichiens, nonseulement dans les Légations dont ils s’étaient emparés, mais encore dans la Lombardie. Dans ce temps-là, Antonelli rêvait la gloire du cardinal Richelieu; il eût volontiers ceint la cuirasse et l’épée par dessus sa soutane rouge. 11 exprimait tout haut et avec chaleur cette opinion, «qu’il n’y avait de salut pour la Papauté que dans sa participation ouverte et déclarée à la croisade nationale contre toute domination étrangère, et plus particulièrement contre la domination autrichienne. »

Sincère ou non, ce généreux élan ne pouvait être de longue durée. Le cardinal calculait de sang-froid les chances que lui olfraicut les deux partis. Dans le grand mouvement de la nationalité italienne, son individualité disparaissait; à Rome, au contraire, avec l'ascendant qu’il avait pris sur le faible Pic IX, nul ne pouvait lui contester la première place. El puis, ce chapeau rouge qu’il avait tant ambitionné pouvait-il se fourvoyer au milieu des masses populaires, quand le haut clergé tout entier protestait contre la révolution triomphante? Sou choix fut bientôt fait : le cardinal rompit définitivement avec les idées libérales et quitta le ministère, mais il ne renonça pour cela ni aux affaires, ni aux intrigues politiques; il ne cessa pas d'être le conseiller intime du Saint-Père. C’était par lui que Pie IX correspondait avec Charles-Albert, faisait élaborer des projets de lois, nommait • aux fonctions importantes; ce fut sur ses indications que le Pape renversa le ministère Mammiani et plaça à la tête d'un nouveau cabinet l'infortuné Rossi, homme d'État intelligent et habile sans doute, mais le moins propre, sans contredit, à diriger la Papauté au milieu des crises et des difficultés soulevées par l’état do la Péninsule.

ASTONELLI.

La tournure <|iic no tardèrent pas A prendre les affaires d'Italie ne fut pas do nature à lui faire regretter la résolution qu’il avait prise. Autonelli avait tous les avantages du pouvoir sans en avoir la responsabilité. Il avait pressenti l'orage, l'orage éclata. On sait au milieu de quelles déplorables circonstances Rossi fut tué. Nous dirions volontiers le mot de M. de Tallevraml : fie fut plus qu'un crime, ce fut une faute 1 Et cette faute, ce crime détestable furent exploités par la contrerévolution avec une infernale habileté. Le cardinal Autonelli ne se souciait pas de subir un pareil sort; il conseilla au l’ape de fuir, et Pie IX accepta ce conseil avec empressement. Antouelli dirigea sa fuite, et, d'accord avec le roi de Naples, il choisit pour refuge A la Papauté la forteresse de Gaëto, où il ne tarda pas A aller rejoindre le Pape fugitif.

Antonelli exerçait déjà un lyès-grand ascendant sur l’esprit de Pie IX. Une fois à Gafte, quand le Saint-Père était bourrelé do remords, quand il se reprochait d'avoir lui-méme, par ses velléités de réformes libérales au début de son règne, allumé l’incendie révolutionnaire; quand il se frappait la poitrino et voyait des apparitions do saints et de saintes qui venaient l'affermir dans ses résolutions nouvelles, lui montrer la religion en péril et en péril par sa faute, le rusé cardinal prit un empire souverain sur cet esprit faible, sur cette Ame tourmentée. Le Pape ne vit plus que par les yeux d'Antonclli; il ne so décida à rien sans l'avoir consulté. Le cardinal Antonelli règne et gouverne en réalité, depuis lors, sous le nom de Pie IX. Il fut nommé secrétaire d'Élat de la Cour pontificale. Il se montra favorable à l'idée d’une intervention autrichienne, lui qui, quelques mois auparavant, avait hautement déclaré qu'il n'y avait pour la Papauté qu’un moyen de salut : la direction d'une croisade nationale italienne ronlre l’Autriche. II repoussa les députés de la Commission provisoire de Rome venus à Gaéte pour offrir leurs hommages au Chef spirituel de la chrétienté. Il protesta en son nom d'abord, puis an nom de son Souverain contre le nouveau gouvernement ; il en appela A toutes les cours catholiques, et les somma de rétablir le Pape dans son domaine temporel.

La République française eut la faiblesse do répondre A cet appel. Une division ’ française, sous le commandement du général Oudiuot, débarquai Civita-Yecchia en avril I8i9. Alors même quelle venait prendre A Rome la défense du Saint- Siège, la Franco était suspecte. Ne portait-elle pas la révolution dans les plis de son drapeau ?

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Rome capitula. Le P«]>e ne demandait pas mieux «pie do témoigner sa reconnaissance â ses liliéralcurs, d'aller immédiatement prendre possession du trône que la France lui rendait; mais Pic IX n'avait plus de volonté. Souverain nominal, il avait abdiqué en réalité sa puissance entre les mains d'Antonelli. Celui-ci s’opposa à ce que le Pape exprimât ses sentiments ; il lui inspira, au contraire, une attitude pleine de réserve et de défiance: « Prenez garde, Saint-Père , la Révolution va se déchaîner de nouveau ! » Et devant cette menace le Pape cédait en tremblant.

Antonclli fit son entrée il Rome comme dans une ville conquiso; il prit des mesures répressives qui produisirent un effet déplorable, et il ne fallut rien moins que l'intervention directe du gouvernement français pour l'obliger à traiter l'armée française avec les égards qui lui étaient pourtant bien dus, rar sa présence seule soutenait alors, comme elle soutient encore aujourd'hui, ce trône chancelant. Douze années se sont bientôt écoulées depuis que la France a accompli celte restauration: qu'a fait le Saint-Siège, pendant cette longue période, pour asseoir sa souveraineté temporelle si précaire? Quelles réformes a-t-il consenties? Quel casa-t-il fait des conseils désintéressés de la France? Quels efforts a-t-il tentes pour se concilier les sympathies populaires, sans lesquelles nul trône n’est solide? Au lieu do cicatriser la plaie, le cardinal Antonelli l'a envenimée ; il aurait été chargé par la révolution de servir auprès de Pie IX ses intérêts, do hâter le triomphe de la cause nationale, qu’il n’ertt ni mieux ni autrement agi.

Si l'on juge sa conduite à ce point do vuo, si on le considère comme un agent révolutionnaire en mission auprès du Saiul-Siége pour miner son pouvoir temporel, Antonelli est un homme d’une habileté consommée. Si, au contraire, il est sincèrement dévoué aux intérêts de la Papauté, s'il croit que 1e maintien du pouvoir temporel est indispensable au chef de l'Église, que, sans ce pouvoir, sans celte motte de terre, pour nous servir de l'expression pittoresque du Père Ventura, la religion catholique est sérieusement compromise, le cardinal est le plus maladroit, le plus mal inspiré des hommes d'Élat. L’est lui qui mène le deuil de la Papauté temporelle; c’est lui qui, par si* violences et ses fautes, la compromet sans retour. Or, si sévèrement que l'histoire le juge, elle ne pourra refuser h eet homme ni assez d'esprit ni assez de perspicacité pour qu'il n’ait pu mesurer la portée de ses actes, pour qu'il ne se soit pas rendu compte de l'effet qu’il produisait. C'est grâce â lui que les Romagnes se sont détachées des États pontificaux; c'est grâce h lui que les Marches et l'Ombrie se sont jetées avec un si patriotique eufraluement dans les liras de Victor-Emmanuel. Et si les populations du domaine de saint Pierre n'ont pas imité l'exemple de celles des autres

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ARTOKELLI.

provinces, le cardiual sait bien que ce résultat ne lui est pas dû, qu’il est le fait do la pression que nous exerçons sur elles par la présence de notre armée.

Où donc est l'habileté en tout cela? Il ne peut y avoir habileté que s'il y a trahison. Il faut nécessairement opter entre ces deux termes: ou le cardinal Antonelli est un idiot, — et rien n’indique qu'il lesoit, — ou il a trahi le Saint- Siège en feignant de le servir; ou il s’est trompé grossièrement, comme il n’est pas permis de se tromper, ou il a indignement trompé. Niais ou traître! l’histoiro prononcera. Mais poursuivons.

Pie IX était rentré h Rome le 12 avril 1850, suivi du cardinal Antonelli, ministre secrétaire d'État au département des affaires étrangères. Le premier soin de celui-ci, ainsi que nous l’avons dit, avait été de donner à la Papauté une attitude de défiance injurieuse contre l’armée française qui lui avait ouvert, au prix de si douloureux sacrifices, les portes de Rome.

Le cardinal ne s’en tint pas là: il fit tout ce qu’il était en son pouvoir de faire pour rendre le gouvernement pontifical odieux, pour ruiner les finances publiques déjà si gravement compromises par les prédécesseurs de Pie IX , pour détruire en un mot tout germe de prospérité intérieure.

Il fait des tribunaux l'instrument des plus détestables vengeances. Par deux édits successifs, il constitue les départements ministériels , établit un conseil d'État dévoué à sa politique et réorganise sur les bases les moins libérales l’administration des provinces et celle des communes. Celte réorganisation a pour effet le désordre financier, l'anéantissement du commerce et de l’industrie, le dépérissement des études, l’impunité assurée au brigandage, la permanence de l’état de siège, le mécontentement universel. L’habile cardinal eût été chargé par une puissance occulte de pousser les provinces au désespoir, de les engager a saisir ardemment la première occasion qui s'offrirait de secouer un joug détesté, qu'il ne s'y fût pas pris autrement.

Et remarquez qu'on ne peut excuser ici le ministre en disant qu'il a eu la main forcée par un pouvoir quelconque égal au sien. Non! jamais, dans aucun temps, les attributions du secrétaire d’État ne furent plus larges, moins contrôlées querelles dont jouit le cardinal. Le Pape règne nominalement, Antonelli gouverne en maître absolu. C'est lui seul qui traite avec les ambassadeurs étrangers; c'est de lui seul que les cardinaux-légats reçoivent leurs instructions; c'est lui qui préside les tribunaux de juridiction ecclésiastique et de juridiction mixte. L'administration, c'est lui; la police, c'est lui, lui seul. Il confère, au nom du Pape, les honneurs et les emplois. Les autres ministres ne sont pas ses collègues : ce sont des commissaires qu'il nomme à sou gré, et c’est lui seul qui reçoit les

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réclamations provoquées par leurs décisions. En même temps que secrétaire d'fitat, il a été ministre des armes jusqu'au moment où la gravité des circonstances a obligé le cardinal ü confier ce poste il M. de Mérodc, en même temps qu’il confiait le commandement de l’armée à l'infortuné général de Lamoriciêre, gloire éteinte, héroïque soldat devenu, par le malheur des temps, un aventurier de pape et d'épée.

Le cardinal Antouelli était tout, pouvait tout, ordonnait tout. Comment se fait-il qu'avec ce pouvoir prodigieux, avec une intelligence incontestable, il ait poussé le Saint-Siège aux extrémités où il est réduit? Si nous étions de ceux qui s'en affligent, quels griefs nous articulerions contre le cardinal ! Mais nous appartenons, Dieu merci! il la cause que monseigneur Antonelli a servie indirectement, et il ne nous reste qu’il regretter, pour cette juste cause, qu'elle ait trouvé un pareil serviteur et de pareils services.

Et l'honnête Pic IX ne voit rien de tout cela ! Son aveugle confiance est sans bornes. Lorsque, en 1835, la France et l’Angleterre lui adressèrent de vives remontrances sur la politique déplorable suivie dans les Etals-Honmins, le doux Pontife tomba des nues. Le cardinal joua alors, avec un talent consommé, la scène de Tartuffe : « Ils ont raison, je suis un serviteur indigne, je compromets le Saint-Siège et la religion; souffrez, Saint-Père, que je me retire et que j'aille dans l'ombre et le silence expier mes fautes. » Et le cardinal, en effet, offrit sa démission. Le Saint-Père, suivant son habitude, pleura il chaudes larmes, embrassa son cher frère, si indignement calomnié par les gouvernements français et anglaix et déchira la démission. Vaincu par les prières du Pape, Antonelli se décida h conserver le pouvoir. Hélas !

Ce fut peu de temps après cette époque qu’une tentative d'assassinat, non suivie d'effet heureusement, fut dirigée contre le cardinal. On no sait pas même si le coupable était porteur d’une arme. Le tout-puissant secrétaire d'État aurait pu faire grâce; l'assassin fut condamné à mort et exécuté. Depuis ce temps, monseigneur Antonelli est en proie à des terreurs inimaginables. Une courtisane romaine qu’il honorait de ses bontés a raconté & ce sujet un détail édifiant qui a été publié par un spirituel écrivain : « Lorsque j'arrivais au rendez-vous, il se jetait sur moi comme un fou et tétait passionnément mes poches; lorsqu’il s'était assuré que je ne portais point danne cachée, il se souvenait que nous étions. .. amis. «

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Nous rappelons ce fait parce qu'il aide à peindre l'homme, et non dans l'intention de décrier les moeurs du cardinal. Par état, il n’est obligé ni de Ire brave ni d'èlre chaste. 11 lient à la vie, c'est tout simple ; il se l'est faite assez belle pour qu'il ait le légitime désir d’en jouir le plus longtemps possible ; et quant aux relations de la nature de celles que nous venons de rappeler, elles sont trop complètement dans les habitudes et les traditions du clergé romain pour qu'on puisse songer à en faire un crimoà monseigneur Antnnrlli. D'ailleurs, à ceux qui ont le mauvais esprit de l'attaquer sur ce point, scs amis répondent bravement: u 11 n'est pas prêtre! » Et ils ont raison ; le cardinal, n 'avant jamais reçu que les ordres mineurs, n’a jamais dit lu messe. Dans un pays où les prêtres eux-mêmes se gênent si pou et mènent à front levé une existence très-mondaine, très-scandaleuse quelquefois, les plus gros péchés du cardinal Antonelli en cette matière ne sont que des peccadilles. Ses opinions & ce sujet sont très-arrêtées ; il n’a pas acquis sa haute position et sa grande fortune pour n'en point jouir à sa guise. C'est là, au surplus, lo domaine de la vie privée, et nous ne le voulons point aborder.

. Le cardinal est doué d'uno grande linesse d'esprit. Sa photographie est exposée à Paris derrière la vitrine de tous les marchands d'images, et on peut, en observant ses traits lins et accentués, son regard chercheur, sa lèvre pincée et railleuse, deviner les lignes principales de son caractère. On sent que cet homme peut se faire aussi humble qu'il le faudra en des circonstances données, et que l'instant d'après il pourra être aussi hautain, aussi impertinent que s'il était né dans une famille princière. 11 est naturellement violent et emporté ; il a su se vaincre : c'est à cette condition seulement qu'il a pu prendre sur le Souverain-Pontife et sur ses collègues en robes rouges cet ascendant qui fait de lui, au moment où nous sommes, le mallrc absolu des destinées du Saint-Siège. Le Saint-Siège, on peut s’y attendre, ne recevra pas de lui une bonne inspiration, et le Pape actuel est personnellement incapable de prendre une initiative quelconque. 11 ne voit et n'entend que par les yeux et les oreilles du cardiual ; il ne prononce pas une parole qui ne soit l'écho d'une parole d’Autonelli.

La plupart des voyageurs qui ont visité Rome pendant ces dernières années et qui, après avoir été présentés au cardinal, ont rendu publiques les impressions que cette Eminence leur avait laissées, s'accordent adiré qu’il est spirituel, railleur, aimable dans les relations privées. Sa conversation est vive et enjouée, semée de traits malins ; il s'euquiert volontiers de ce qu’on dit de lui, et nous nu connaissons personne qui ail eu le courage de lui dire en face toute la vérité sur ce sujet délicat. Un touriste français exposait un jour devant lui les conséquences de sa politique, l'isolement dans lequel elle plaçait la Papauté, et le cardiual, avec ce ton

A XTONELLt.

de persiflage qui lui est familier, répliquait : « Nous ne sommes pas aussi abandonnés que vous le dites; nous avons pour nous M. de Villemain!

« — C’est beaucoup sansdoule, répli(|ua malicieusement, it son tour, l'interlocuteur; mais sauvera-t-il la cour de Rome? Il est permis d’en douter.

« — La France est plus à plaindre que nous, répondit en souriant le cardinal ; nous prions pour la Frauce ! »

Le cardinal Antonelli plaignant la France et priant pour elle! C’est un spectacle assez curieux. Dieu ne serait pas juste s’il n’accueillait pas de telles prières.

Le même touriste raconte que, dausla suite de la conversation, il prononça le mot fatidique : Réformes !

ii — Que vous connaissez mal le peuple romain! reprit avec vivacité le cardinal; qu’a-t-il liesoin de réformes? que lui importent ces réformes dont vous parlez? 11 ne les connaît pas. Il a du paiu et le spectacle des pompes du catholicisme : que lui faut-il de plus? »

Ce qu’il lui faut ! Que la France, pour laquelle le cardinal a de si tendres commisérations et de si ferventes prières, retire de Rome la force armée qu’elle y entretient depuis douze ans, et monseigneur Antonelli apprendra immédiatement ce qu’il faut au peuple des Etats- Romains; il verra alors si ce peuple est déshérité et abruti à ce point qu’il se contente de pain ou du spectacle des pompes catholiques. L’expérience est si facile à faire ! Pourquoi ne pas la tenter? Puisque la dure leçon de 1848 ne suffit pas, puisque l'empressement avec lequel les Romagnes et les autres provinces du Saint-Siège que l’armée française De maintenait pas dans l’obéissance, puisque cet empressement, disons-nous, n’a rien appris aux défenseurs du pouvoir temporel de la Papauté, il faudra bien qu'un autre coup de. foudre les éclaire. Quand éclatera-t-il? C’est le secret de la Providence, qui dirige à son gré les destinées des rois et des peuples ; mais ou peut prévoir à coup sftr que le jour oh le gouvernement français, par un motif quelconque, retirera scs troupes de Rome, ce jour-là, c’en sera fait de la souveraineté temporelle du Pape; ce jour-là, ou verra si les habitants de Rome se contenteront, comme leurs aïeux, de pain et des jeux du cirque.

Nous le demandons à tout lecteur de bonne foi, comment no pas douter de la sincérité des convictions d'un homme «l'État aussi habile, aussi exercé que l'est le cardinal Antonelli, quand on lo voit se méprendre avec complaisance

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sur la gravie du la situation dans laquelle il a engagé le Saint-Siège ? Dira en plaisantant que la Papauté n’est pas si abandonnée qu'on le croit, )>arce qu'ello a M. ilo Villemaiu pour adhérant; ajouter que l'on plaint la France et qu'on prie pour elle, c'est bien , et personne assurément ne songe à prendre au sérieux ces facéties. Mais gouverner et administrer comme gouverne et administre M. le cardinal Autonelli, en froissant l'opinion publique, en remplissant les cachots, en s'opposant il toutes réformes, c’est préparer de parti pris uuc catastrophe inévitable. Le cardinal ne peut l'ignorer, et cependant il marche et eutratno résolûment avec lui le Saint-Siège vers l'abtine. Avions-nous tort de dire que. le premier ministre, le confident de Pie IX, avait toutes les allures d'un agent révolutionnaire qui aurait accepté la triste mission de précipiter vers sa ruine le pouvoir temporel de la Papauté?

Quand les événements préparés par le cardinal Antouelli et par l'aveuglement de Pie IX seront accomplis; quand le Pape ne sera plus que ce qu’il doit être, conformément à la tradition évangélique, c'est-à-dire le chef spirituel de l’Église catholique; quand Rome sera devenue aussi ce quelle doit être , la capitale de l'Ualic régénérée, ce sera une édifiante histoire que celle îles rapports diplomatiques de la France et do l'Angleterre avec le gouvernement romain pendant la période qui aura précédé la chute du trône pontifical. Jusqu'ici nous ne connaissons que quelques fragments de celte correspondance diplomatique, quelques lambeaux des notes échangées et l'esprit général qui les a inspirées. On verra alors ce fait , sans précédent, de deux puissances laïques unissant leurs efforts , prodiguant leurs conseils, expédiant notes sur notes, dépêches sur dépêches, pour déterminer la Papauté à concéder des réformes populaires en vue d'affermir son pouvoir temporel, et la Papauté maudissant ccs efforts, repoussant ces conseils avec hauteur, puis perdant, par cela même, cette souveraineté dont le maintien était l’objet de scs plus chères ambitions. On rendra alors cette justice au cardinal Antonelii, qu'il aura été l'agent le plus actif de ce grand événement, qui sera le point de départ de la plus grande transformation religieuse dont l'humanité ail été témoin depuis soixante siècles.

VU

Ce fut en réponse à une de ccs notes .diplomatiques dont nous venons de parler que le cardinal fit publier une statistique par laquelle il prétendait

AVT0NELL1

démontrer clans les Étals-Romains, les laïques occupaient tous les emplois civils, et que les prêtres, au contraire, eu étaient exclus. Pour soutenir sa tht'se, le cardinal énumérait tous les laïques investis des fonctions déjugés, secrétaires, commissaires, huissiers, chambellans, valets de chambre, gendarmes, douaniers, copistes, etc. Mais ce cpie le cardinal ne disait pas, ce qui avait été l'objet principal de la note à laquelle il feignait de répondre, c’est que des ecclésiastiques seuls avaient le privilège des charges supérieures, des emplois élevés, de tous les postes importants dans l'administration et dans l'État. Aucun laïque, en cITet, ne peut entrer dans la diplomatie, ni dans les tribunaux de Rote, de la Signature ou de la Sacrée-Consulte. La loi exclut formellement les laïques des fonctions de gouverneurs de proviuces. Ce sont les ecclésiastiques de la Chambre qui composent le tribunal du contentieux administratif, et les éludes, l'administration supérieure, les institutions de bienfaisance, tout est gouverné et dirigé en dernier ressort par des ecclésiastiques. 11 fallait avoir le courage île le dire, d'autant plus que la fameuse statistique ne trompait personne, et moins que qui que ce soit encore les ambassadeurs français et anglais. Cette tactique est du reste habituelle au cardinal. Lorsque, dans le sein du congrès de Paris, le comte Walewski et lord Clarendon firent remarquer que le système administratif el politique des États-Romains pouvait créer des dangers que le congrès devait s'efforcer de prévenir, le cardinal se raidissait contre ces sages avis el affirmait que son administration était h l'abri de tous reproches. Tout le momie savait cependant qu'à ce moment mémo la seule prison de Bologne, sur 038 détenus politiques, n’en renfermait pas moins de 124 qui u'éiaieut ni condamnés, ni poursuivis, mais que l'on avait incarcérés par précaution , ainsi que le constataient les livres d'écrou.

Qu’esl-il arrivé aussi? C’est que ce système a porté ses fruits, el qu'il aura pour résultat définitif la perte du pouvoir temporel de la Papauté. On se lamentera alors, on gémira comme on gémit et comme ou se lamente aujourd'hui; en accusant la révolution, les mauvais principes, on troublera les consciences, on sèmera les haines et les divisions; el cependant qui aura causé le fait de la dépossession? qui aura provoqué le résultat linal? Le cardinal Antonclli est Irop iuleliigenl pour ue pas répondre, du fond de sa conscience, à ces questions.

Nous avons esquissé les traits principaux de la carrière politique du cardinal Antnnelli. Nous nous sommes abstenu de pénétrer dans les détails de sa vie

ISO

ANTONF.LLI.

privée; nous pourrions écrire un volume avec les notes qui, rie divers côtés et de Rome surtout, nous sont parvenues sur les mœurs, les intrigues, les désordres de cette existence; sur les moyens dont le cardinal s’est servi pour élever l’édifice de sa fortune, sur l'influence qu’exercent scs frères pourvus par lui de fondions importantes et lucratives.

Nous n’avons ni le temps ni le désir de vérifier l’exactitude de ces faits. La passion peut les avoir exagérés ou dénaturés, et, indépendamment de la réserve que nous nous sommes prescrite dans ce travail, nous considérons comme un devoir pou r tout écrivain de ne pas se laisser entraîner nu delfi des limites de ce que l’on peut appeler sa juridiction. Cette juridiction embrasse la vie publique, la libre appréciation des actes publics et de leurs conséquences bonnes ou mauvaises; mais elle s'arrête devant la vie privée.

Nous croyons ne pas nous être départi de celte règle salutaire. Le jugement que nous avons porté sur le cardinal Antonelli est-il conforme b celui que l'impartiale histoire poitera plus tard? Si nous ne le croyions fermement, nous n'eussions pas pris la peine de le formuler. Nous avons pu nous tromper, mais nous affirmons que c'est de Ivonne foi.

Comment ne pas croire que le cardinal Antonelli a été fatalement placé près du Saint-Siège, dans la haute position qu’il occupe, avec l’intlueuce souveraine qu’il exerce sur l'esprit du Pontife et sur les affaires pontificales en général , pour accélérer la ruine du pouvoir temporel de la Papauté, lorsque l’on songe il la simplicité, à l’innocuité de* moyens h employer pour sauver ce qui est irrévocablement compromis aujourd’hui? Puisque le cardinal, auquel ses plus ardents adversaires ne sauraient refuser une très-haute intelligence et uu esprit d'une vivacité peu commune, n'a pas cru devoir employer ces moyens; puisque, voyant l'écueil où allait se briser le gouvernement temporel du Saint-Siège, il n'a rien fait pour éviter cet écueil, au contraire ! il en faut bien conclure que le cardinal a agi résolument et de parti pris, que. volontairement ou non, il a été l'agent le plus actif de la révolution qui transforme la péninsule italique. Ce n’est doncpas une proposition paradoxale que nous avons émise au début de ce travail. Il est possible que le cardinal n'ait pas conscience du mal qu'il fait au pouvoir temporel de la Papauté, ni du service qu’il rend à la cause des idées libérales; mais le mal n’en est pas moins réel et profond, le service u'en existe pas moins. II faut bien constater l'un et reconnaître l’autre.

l!ne personne qui a eu l'honneur de voir souvent l'illustre Kiniueuce dans une assez grande intimité nous racontait dernièrement que le cardinal envisageait sans effroi les circonstances qui auraient pour effet de forcer le Pape à s'éloigner

AXTONELLI.

iino fois encore de Rome, et monseigneur ajoutait : « Nous sommes bien revenus de Gaf-te ! Oui, il peut arriver tels événements qui forcent le Pape et le Sacré-Collége à aller chercher un refuge en Allemagne ou en Kspagne; mais l'exil ne sera pas de longue durée : nous rentrerons encore à Rome, et cette fois avec un tel éclat, un tel ascendant, une telle force, que nous n’en sortirons plus. »

Nous avons une entière confiance dans la personne qui nous rapportait ces paroles, et nous ne doutons pas que ces craintes et cet espoir n'aient été exprimés par le cardinal ; mais ce que nous ne pouvons sérieusement croire, c'est que cet homme d'État si habile sc fasse illusion h ce point. Qu'il prévoie ainsi un échec inévitable, c’est possible ; mais qu'il croie à la possibilité d’une éclatante restauration du pouvoir temporel du Saint-Siège, nous ne saurions l’admettre. Oui, la Papauté est revenue de Gaéte en 1849; mais comment y est-elle revenue? A-t-elle été rappelée par le vœu des populations? Le peuple frappait-il sa poitrine et reconnaissait-il la faute qu’il aurait commise en la laissant s'éloigner ?

Hélas! non! Pour que Pie IX et les cardinaux pussent reprendre possession d’un pouvoir dont ils avaient fait un si triste usage, il avait fallu qu’une armée française vlut conquérir Rome, que la République française vint renverser la République romaine. Pour que, depuis onze ans, le Pape ait pu rester sur sou trône et le cardinal Antonclli gouverner en son nom, il a fallu que notre armée demeurât en 'sentinelle autour du Vatican. La dernière heure du gouvernement romain sonnera le jour où il plaira à la France de retirer ses troupes. Si la France, obéissant à une saine politique, accomplit un jour, comme nous l’espérons, ce grand acte; si elle compreud qu’en donnant depuis onze ans ce suprême témoignage de respectueuse sympathie au Chef spirituel de la religion catholique, elle exerce une pression regrettable sur le peuple des Étals-Romains ; si elle compreud (pie, par sa seule présence à Rome, elle fait obstacle & 1 unification de l'Italie en la privant de sa capitale naturelle; qu’elle intervient en un mot là où elle s'est elle-même interdit et où elle a interdit aux autres toute intervention ; si la France, disons-nous, se décide à retirer ses troupes, ce ne sera pas pour recommencer plus lard ce qu’elle lit en 1848 et 49: sa résolution sera bien arrêtée ! Kl alors, comment revenir d'uti nouveau Gafde? Est-ce que vous seriez revenus de Gaëte, en 1849, sans l'appui de la Franco? Est-ce que, sans cet appui permanent et dévoué, vous seriez encore à Rome? Non ! Les instants de la souveraineté temporelle des papes sont comptés. Le cardinal Antonclli le sait bien, et il sait bien aussi que l'arrêt prononcé par la France, le jour où notre armée s'emliarquera à Civita-Veechia, sera définitif.

Ce jour-là sera un grand jour dans l'histoire du monde : te génie du mal aura

ANTONELLt.

subi une irréparable défaite. La religion catholique, privée de toute domination temporelle, dépouillée de la brûlante tunique de Nessus, remontera vers sou origine; elle se transformera et s'épurera au foyer d’où sortirent les enseignements du divin Maître. Le cardinal aura été un des instruments les plus actifs de cette immense révolution. Il est pour la Papauté ce que M. de Poliguac fut pour l'antique monarchie française issue du droit divin. M. de Poliguac aussi croyait et disait que l'exil île Charles X ne serait pas de longue durée, que la monarchie serait rappelée avec enthousiasme par ce peuple révolté. Trente années se sont écoulées depuis lors ; c’est peu de chose, il est vrai, dans la vie d’une nation, mais c'est beaucoup dans la vie des hommes. Où est le droit divin aujourd'hui? et la France voua parait-elle disposée à l’acclamer?

Il en sera de même pour cette royauté romaine dont le cardinal Antonclli conduira le deuil : elle s’évanouira un jour comme un nuage s’évanouit à l'horizon, ut, dans quelques années, uns lils, songeant aux émotions qui nous agitent, se diront ce que nous nous disons nous-mêmes en songeant h la monarchie do droit divin : Où est-elle ?

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