O’DONNELL
e roi Charles tli d'Espagne disait que ses sujets étaient comme les enfants qui crient quand on les nettoie. Ce roi aimait les réformes ; mal lui en prit un jour d’avoir voulu réformer le costume des Espagnols. Ils prirent les amies pour garder leur sombrero et leur manteau, et, sans le dévouement de la garde wallone et du régiment irlandais, le roi réformateur aurait passé ou mauvais quart d’heure. Ces monarques do l’ancien régime, si mus, nous dit-on, de l'amour de leurs sujets, faisaient sagement, néanmoins, d’avoir quelques étrangers & leur service ; ils s’en trou* ^ raient bien dans plus d'une occasion.
p,, nui les officiers de la légion irlandaise figurait un O'DonncIl, lequel < s/ 1 e „i quatre cillants qui tous suivirent la carrière des armes, comme leur père, se fixeront en Espagne, et firent souche de Irons Espagnols sans sombrero, mais non pas sans manteau ; car, par une transaction survenue entra Charles 111 et ses sujets, il fut entendu que ceux-ci sacrifieraient le couvre-chef
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et garderaient le "couvre-épaules. Les quatre fils d'O’Donnell parvinrent à de hauts grades dans l’armée, et moururent tous généraux. L'un d’eux, le lieutenant général don Carlos O’Donnel, fut le père d'O’Donncl, duc de Téluan, capitaine général des armées et président du cabinet de la reine Isabelle II.
En 1820, l’Espagne se souleva, non pour garder son chapeau, mais pour obtenir des institutions constitutionnelles. Placés entre la cour et la révolution, voici comment les voles des quatre fils O’Donncll se partagèrent :
Pour le Rey nette : le lieutenant général don Carlos O’Donnell et le lieutenant général don José 0‘Donnell.
Pour la Constitution : le lieutenant général don Henriquc O'Donncll, comte del Abisbal, et le lieutenant général don Alexandre O'Donncll.
Depuis l’Age de dix ans, par une faveur du roi, le fils de don Carlos O’Donnell, le futur vainqueur du Maroc, faisait partie de l’année avec le grade de sou s-lieu tenant. Lorsque le duc d’Angoulêmc franchit les Pyrénées [mur rendre aux Espagnols les bienfaits de l’absolutisme, et pour replacer sur son trône ce bon Ferdinand VH, qui faisait, comme chacun sait, tant d’honneur A la famille des Bourbons, le souslicutcnant O’Donnell remplissait réellement les fonctions de son grade dans l’armée constitutionnelle.
L’Espagne est le pays classique de la guerre d'embûches, d’assassinats cl de grande roule. Tous les bandits, routiers, voleurs, détrousseurs, tireurs de bourse, contrebandiers, trabucayrcs, s’étant empressés d’offrir leur concours désintéressé A la monarchie, on forma ileces gentilshommes une armée dite : armée de la foi. Ces fidèles sc mirent tout de suite A l’oeuvre: coupant 1rs oreilles et le nei aux libéraux pauvres, séquestrant les autres, et ne les rendant A leurs familles qu’en échange de fortes rançons; brûlant, saccageant, pillant, violant, sous la conduite des curés et des moines qui les commandaient, et qui ne voyaient rien de mal A cela, puisqu’on ne faisait rien qu’au nom de la foi.
Notre O'Donnell, on lésait, avait du sang royaliste dans les veines; soit que ce sang eût parlé, soit qu’il lui répugnAt do servir une cause qui n’était pas celle de son père, le jeune sous-licutonant décampa un beau matin, et courut sc ranger sons les drapeaux de l’armée de la foi. Les historiens qui se sont occupés de noire personnage glissent, en général, sur cette démarche, la plupart n’en parlent pas; et ceux qui en parlentcssayentde l’excuser en raison del’extrémc jeunesse du transfuge, de l’entrainement des guerres civiles, et de la situation de l’Espagne A une époque où constitutionnels et absolutistes reconnaissaient pour roi Ferdinand VIL
Faisons comme les autres, A notre tour plissons.
O’DONNEt.!..
Le due d’Angoulémc étant revenu en France se reposer sur 1rs lauriers du Trocadéro; Ferdinand VII ajant recouvré la plénitude de sa puissance cl autorité; les principaux chefs constitutionnels ayant été suffisamment pendus, étranglés, fusillés, garrottés et exilés, nonobstant l’amnistie, on songea qu’il était temps d’organiser un peu le gouvernement, c'est-à-dire l’armée.
On commença naturellement par la garde royale.
A défaut de Wallons et d’Irlandais, dont il aurait bien voulu s'entourer, Ferdinand VII choisit les officiers, sous-officiers et soldats do ce corps d'élite parmi la fine (leur des fidèles Espagnols qui avaient entretenu la guerre civile et servi d’avantgarde à l'armce d’invasion. Les états de service dans l'armée de la foi ne furent pas le plus mauvais titre d’admission dans les rangs des nouveaux régiments, plus spécialement chargés de monter la garde 5 la porte des palais royaux. O'Donnel reçut un de ces brevets d'officier sollicités par tout ce que la jeunrsse royaliste avait do plus ardent et de plus dévoué, il obtint l'immense faveur d’étre admis dans la garde comme lieutenant.
Quoique Irlandais d'origine, O’Donncll n’a aucune des qualités vives et brillantes de sa race; d'un caractère grave, sérieux, parfois taciturne, il sc fit bientôt remarquer parmi les jeunes officiers par sa conduite réglée, par son amour de l'étude, par son exactitude et son application à remplir tous ses devoirs militaires.
On envoyait ordinairement un bataillon de la garde royale dans les villes les plus importantes de l’Espagne ; Barcelone avait même les honneurs d’un régiment au grand complet. Le gouvernement se méfiait de celte grande cité commerciale et industrielle qui, sans cesse en contact avec la France, restait comme le foyer mal éteint des idées libérales dans la Péninsule. Le lieutenant O’Donncll vint y tenir garnison. Il y lit la connaissance d’une, jeune cl belle veuve, qui bientôt devint sa femmo.
Ferdinand VII, qui s'entretenait rarement de politique avec sc.s ministres, en parlait volontiers avec ses familiers, et surtout avec le violoniste Alexandre Bouclier, qu'il avait attaché à sa cour, cl dont il aimait l'entrain cl la vivacité, pour le moins autant que le talent; car S. M. Catholique ne passait pas pour goûter particulièrement la musique. Un jour doue, par une assez chaude après-midi de printemps, le roi cl le premier violon de toutes les Espagncs causaient familièrement dans un appariement retiré du palais, et ils causaient — qui le croirait? — do la situation politique du royaume. Le virtuose blâmait le système de compression suivi par le
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gouvernement avec sa chaleur accoutumée, et le roi l'écoutait en souriant. Boucher Unit enfin sa tirade. Ferdinand avait toujours à sa portée quelques bouteilles de vin de Champagne, sa lioisson favorite d’été ; il en prit une sur la table, la décoiffa luimême, et tenant le pouce sur lu bouchon, prêt à partir: s Vois-tu, dit-il à son interlocuteur, l’Espagne c’est cette bouteille, moi je suis le bouchon : quand je ne serai plus lé, gare l'explosion !
Quelque temps après 1830, Ferdinand étant mort, le bouchon partit.
Quand l’explosion eut lieu, O’Donnell, malgré son zèle, son exactitude et sa I K>n ne tenue d’officier, n’était encore que simple capitaine.
Ferdinand VII n’aimait personne, mais il délestait son frère don Carlos, qui le lui rendait bien. Pour lui faire pièce, il abolit la loi salique avant de mourir, et d’un Irait
plume le déshérita. Ainsi se trouva porté par le plus absolutiste des rois le coup le plus terrible que l’absolutisme pût recevoir en Espagne. Atteint profondément, mais non point encore mortellement, l’absolutisme lit un suprême appel à scs fidèles- La Navarre et Zumalacarreguy lui répondirent.
Le régiment d’O’ Donnell lit partie de l’armée envoyée pour comliatlrelcs carlistes. Notre capitaine sc battit dans ses rangs obscurément, et participa aux défaites que les armes de l’innocente Isabelle II ne cessèrent d’éprouver sous les généraux Qucsada, Rodil, Mina et Valdès.
Fort heureusement pour la reine Isabelle et pour le lieutenant O'Donnell, le général Cordova succéda à Itodil dans le commandement de l’armée littérale, à laquelle il rendit la confiance et la force morale par la victoire de Mcndigorria.
Don Louis Fernandez de Cordova, ayant servi dans la garde royale, prenait plaisir 6 pousser ses anciens camarades. Il protégea O’Donnell, lui fournit toutes les occasions de se distinguer, et, en peu de temps, il lui fit franchir tous les degrés de l’échelle militaire jusqu’au grade d’officier général inclusivement. Non content de cela, le général en chef ne cessa de vanter les connaissances militaires de son protégé, d’attirer sur lui l’attention de l’armée cl du public; en un mot, de le combler de réclames.
Ainsi inventé par Cordova, O'Donnell passa bientôt pour un des généraux qui avaient le plus d’avenir en Espagne. Aussi Espartcro, succédant à Cordova, pensa qu’il n’avait rien de mieux à faire que de choisir O’Donnell comme chef d’étatmajor général.
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l.o poste clait important, mais difficile. Militaire brave et intelligent, mais un peu indolent, Espartero laissait volontiers faire beaucoup de choses aux autres; son entourage exerçait une assez grande influence sur lui, et cet entourage n'aimait pas O'Donnell, surtout le brigadier l.inagc, qui était t'O'Donncll d’Espartcro, comme O'Donnell lui-même avait été le binage de Cordnva. Il s'agissait donc d’éloigner le chef d'état-major, cl le quartier-général était devenu un foyer d'intrigues cl de luttes, au moyen desquelles les deux partis cherchaient à emporter, par la ruse ou par la force, la décision du flegmaliquo commandant en chef.
La seconde guerre de succession en Espagne présentait alors uue double physionomie : au nord, c’est-à-dire dans les provinces basques et navarraises, elle était contenue et limitée par le syslèinc de blocus appliqué par Cordova ; mais à l'est, dans les anciens royaumes d’Aragon et de Valence, Cabrera faisait des progrès alarmants, qui s'étendaient déjà sur une assez notable portion du territoire de Castille. Sa base d’opérations fixée au cœur même de ('Aragon . l'armée constitutionnelle n’osait venir l’y attaquer. Il avait conquis et armé des places fortes, créé des fabriques d’armes, fondu des canons, et, par une succession de positrons militaires habilement échelonnées, il marchait sur Madrid, et se rendait |«eu à peu maître de toutes les communications aboutissant à cette ville. Le gouvernement constitutionnel allait se tr ouver placé dans la dure nécessité de se retirer à Séville, et d'abandonner la capitale au prétendant.
Pour échapper à celle extrémité, et pour arrêter les progrès de Cabrera, on renforça l'armée du centre, dont on confia le commandement à O’Donnell.
C’était Esparlero qui l'avait désigné pour ce poste.
Narvacz avait vivement ambitionné ce commande ment; grâce à la protection que nous venons de dire, son concurrent l’emporta.
Tous les moyens d'action, loirs les renforts dont pouvait disposer le gouvernement en ce moment furent fournis à O’Donnell, qui, grâce à la supériorité des forces constitutionnelles, reprit petit à petit l’ascendant sur l'ennemi. Il fallait pourtant l’attirer à une rencontre décisive, que Cabrera évitait autant que possible, sentant bien le désavantage de sa situation. Enfin oui lieu la bataille de buccna, qui valut à ODunuell b: litre de comte et le grade rie lieutenant-général.
Cabrera, battu, n’avait pas été cependant mis en déroute ; évitant soigneusement désormais de nouvelles rencontres générales, incitant à prolit sa prodigieuse mobi-