‹ Les célébrites du jour 18601861Chapitre 50 sur 63 · SI» O'DONNELL · texte numérisé non relu

SI» O'DONNELL

lilé, sa connaissance exacte des localités et les ressources ij ne lui fournissait le jiays, l’intrépide et habile rlief carliste rendit vaine la victoire de Lucena. Même après celle victoire, 0' Donnell, entré en Aragon avec quarante mille hommes de lionnes troupes, n’avait pas conquis encore un pouce de terrain. Le moment devenait do plus eu plus critique pour la réputation militaire dODonncll, et Cordova devait commencer à se repentir de ses pronostics. L’armée de son protégé faisait chaque jour des perles nouvelles, tandis que les forces de Cabrera augmentaient, au contraire, et qu’il poussait ses conquêtes jusqu’aux portes de Madrid.

Ou ne sait pas comment se serait terminé ce duel entre Cabrera et O’Oonncll, mais, pour le moment, l’avantage ne paraissait pas être du cété de celui-ci.

Heureusement, dans les provinces du Nord, la guerre prenait une tournure plus favorable aux intérêts de la reine Isabelle. La division s’était mise dans le camp carliste, Marolo venait de lever le masque, et les Basques, fatigués de la lutte, demandaient la paix à tout prix. La convention de Vergara signée, don Carlos réfugié en France, Espartero put se porter avec son année sur l’ Aragon, tirer O’Oonnell d’embarras, cl mettre lin à la guerre civile. On siit ce qui s’ensuivit : une révolution militaire enleva le pouvoir des mains de la reine-régente Marie-Christine, et le lit passer dans celles du général victorieux, qu’une révolution militaire ne devait pas larder à renverser à son tour.

O'Domiell entra l'un des premiers dans celte conspiration tramée contre Espartero par ses compagnons d’armes, mécontents de la part de gâteau qu’il leur avait laissée. S'étant ménagé des intelligences dans la place, O'Donncll donna le signal de la révolte en s'emparant, le I" octobre 1841, de la citadelle de l'ampelunc. Le mouvement oui devait éclater simultanément à l’ainpi'luiie, à Saragusse et à Madrid ayant échoué sur les deux derniers points, O’bonuell prit vite la fuite, cl parvint à se réfugier en France, où no tardèrent pas à le rejoindre scs compagnons d’aventure ; ils vinrent se grouper autour de la reine Christine, et attendre des jours meilleurs en fumant des cigarettes sur le boulevard des Italiens.

L’exil pour O’Donncll avait quelque chose de plus triste cl de plus amer que pour la plupart de scs compagnons. Il était très-pauvre, et sa pauvreté pesait sur sa famille, sur sa dignité, sur son orgueil. La nécessité le forçait â accepter les subsides de Marie-Christine, qui ne savait pas toujours, àcoqu’il parait, user de la délicatesse nécessaire en pareil cas de la part d'une femme et d'une reine. Le souvenir de ces relations est toujours resté présent à la mémoire d’O'Donncll, et l’on assure qu’il n’a pas été étranger à I hostilité qui éclata entre Christine cl son ancien champion dès que celui-ci revint de Cuba.

O'IlOSMiU..

L’Espagne est un théâtre où tout sc fa il |>ar changements h vuo.

Pendant <|uc l'émigration de IK41 et la petite cour de la reine-mère lâchaient de passer aussi agréablement que pnssilde le temps à Paris, leurs amis préparaient dans ta coulisse un nouveau changement de décoration qui allait leur permettre de reparaître sur la scène politique. Tant qu'Bsparlero n’avait fait que frapper sur ses adversaires, personne n'avait rien dit, mais le moment étant venu où tout cher de parti est obligé de mécontenter ses partisans, un grand nombre de progressistes s’allièrent aux conservateurs, le mouvement de t N44 renversa la régence, e! força le régcnl à s'embarquer pour l’Angleterre,

Aussilùt O'Donneli, Narvafiz, les Coucha el tous les émigrés chrislinos d’accourir à Madrid. O’Donneli était certainement, par son nom et par ses antécédents, en mesure de disputer i\ Narvaêz le premier poste dans le gouvernement qui allait sc fonder ; il eut le bon sens do lui céder la place, el de préférer le solide au brillant. Il accepta la position de gouverneur général de l’ilc de Cuba que Narvafis lui faisait oITrir. C’était ce qui s'appelle tirer son épingle du jeu.

Le gouvernement de Cuba a cet avantage, qu'il enrichit ceux qui en sont chargés. Après quelques années de séjour dans celle ile, le gouverneur en revient ordinairement millionnaire. C’est un usage établi, une sorte de tradition de la monarchie espagnole. On a fort amèrement reproché, cependant, à O’Donneli d’avoir suivi l’exemple de ses prédécesseurs. Nous ignorons si ers reproches sont fondés, mais ils prouvent du moins qu’on devient plus scrupuleux en Espagne ; nous devons ajouter, pourtant, qu’à son retour de Cuba, en IH46, le général disait à qui voulait l’entendre : « J ai vécu à la Havane sans faste, j’ai économisé une partie de mes forls appointements, el je rapporte quatre-vingt mille piastres. » Ces quatre-vingt mille piastres font quatre cent mille francs.

Sans nier la vérité de ces assertions du général O’Donneli, quelques personnes ont insinué publiquement que la générale était lionne, compatissante, qu’elle aimait à protéger les gens, ù rendre service, à s’associer aux entreprises utiles, qu’elle comptait de nombreux clients à la Havane qui ne s’étalent point montrés ingrats, et qu’elle reçoit encore aujourd’hui des témoignages de leur reconnaissance, sous une forme ou sous une autre, le plus souvent sous la forme de dividendes. Laissons là ces insinuations qu’on n’épargnerait à personne dans une pareille situation, et qui, d'ailleurs, ne nous regardent pas. Ce sont là des choses d'Espagne, cosas île Espana, comme disent eux-mêmes les Espagnols, dont nous n’avons point à nous occuper.

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